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 À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]

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Chiara Lunabille
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MessageSujet: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Dim 27 Avr - 15:43

Chiara était véritablement furieuse et pourtant rien dans son expression ou son attitude ne le montrait. Aussi hautaine et glaciale qu’elle l’était toujours, elle paraissait bien au-dessus de toutes ces contingences déplaisantes et de ces émotions trop humaines pour elle. Car il se murmurait qu’elle n’était pas vraiment humaine, elle ne l’ignorait pas. Tout comme elle savait très bien que la rumeur lui attribuait diverses liaisons avec des hommes qui n’avaient pour seul point commun que de servir son ambition démesurée. Foutaises ! La grossièreté ne franchit pas ses lèvres, évidemment, mais eut le mérite de l’apaiser quelque peu intérieurement. Priant en silence Eda de lui accorder la patience de faire face aux caprices des jeunes gens ombrageux, elle noua ses mains devant elle et sourit aimablement au valet de pied venu lui apprendre que Brun Braveterre se défilait comme un lâche et n’honorerait pas leur rendez-vous. Elle le remercia d’un hochement de tête lorsqu’il eut fini, puis le congédia sans plus de cérémonie. Elle devait à présent agir en duchesse, ni plus ni moins.

Malice approcha, devinant sans avoir besoin de mots ou de regards que sa maîtresse avait besoin de lui dire un mot. Une perle que cette jeune femme, mais Chiara se gardait bien de le lui faire savoir avec trop d’enthousiasme ou de lui confier des informations comportant un risque même infime et lointain. Elle était ainsi et le resterait : elle se protégeait pour mieux protéger les siens et leurs terres. Tournant son regard froid et de la nuance d’un ciel d’orage sur sa camériste, elle lui indiqua que la promenade était maintenue. À elle de se débrouiller pour trouver la personne susceptible de la seconder efficacement dans le choix des chevaux et de l’itinéraire. Sans escorte, elle n’avait plus autant de possibilités et ne pouvait envisager de s’éloigner tant soit peu de Castelcerf, mais qu’importe. Il ne serait pas dit que la Duchesse de Rippon s’en était retournée déçue après avoir vainement attendu un jeune godelureau inconséquent. Le Comte Braveterre payerait en temps et en heure pour cette insolence. En attendant, elle refusait de s’asseoir sur sa fierté.

Alors que la femme de chambre partait en quête de ce que lui avait demandé sa maîtresse, Chiara ramassa d’un geste gracieux la traine de son amazone de velours bleu nuit et se détourna pour approcher d’un enclos où paissaient paisiblement quelques chevaux des écuries royales. Penser qu’elle était obligée d’attendre debout dans la cour lui donnait la nausée mais il n’était pas question de montrer à quel point elle en était irritée. Brun Braveterre ne serait jamais l’allié qu’elle tentait de s’en faire, il lui fallait changer de stratégie. Et apprendre à se montrer moins à cheval sur les convenances pour ne plus être aussi agacée des entorses à l’étiquette. Alors qu’elle tournait le dos aux barrières pour observer l’activité dans la cour, elle remarqua une haute silhouette. Un homme encore inconnu mais dont la démarche claudicante la renseigna immédiatement. Vaillant Fructurive. Elle n’avait pas encore eu l’occasion de l’approcher mais connaissait les grandes lignes de son histoire grâce à son réseau d’informateurs et aux ragots de cour. Une part d’elle ressentait une grande compassion pour ce jeune homme au destin aussi irrémédiablement brisé que son genou, mais elle admirait surtout la force de caractère et l’ambition. Se morfondait-il ou était-il à la hauteur de ce qu’il avait été ?

Elle remarqua alors brusquement ce qui eut du lui sauter aux yeux dès le départ : il venait vers elle. Quelques pas derrière lui marchait Malice qui adaptait son allure à celle du jeune homme, puis venaient deux palefreniers guidant trois montures harnachées. La camériste l’avait-elle rencontré aux écuries et lui avait-elle demandé de servir d’escorte à la Duchesse ? L’avait-il proposé de lui-même en comprenant la situation ? Mais dans ce cas, pourquoi ? Pourquoi aurait-il décidé de se soucier d’elle ? Par simple galanterie ou y’avait-il une raison cachée ? Voilà qui promettait d’être fort intéressant. À nouveau un sourire gracieux adoucit son expression trop sévère alors qu’elle laissait approcher le beau jeune homme. Car il était beau, c’était un fait, sinon au sens classique du terme, du moins par sa prestance et son allure martiale. L’accident lui avait sans aucun doute beaucoup coûté en fierté mais le sang ne mentait pas et celui de Vaillant Fructurive était plus que bleu. La matinée était loin d’être perdue finalement, songea-t-elle alors qu’une brise légère mais glaciale venait effleurer son col de vison et une boucle cuivrée échappée de sa coiffure.


Dernière édition par Chiara Lunabille le Lun 9 Juin - 0:11, édité 1 fois
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Jeu 1 Mai - 18:14

Après avoir rempli son devoir, l'écuyer entra à tout berzingue dans les écuries royales et commença à jacasser. Moins débordés que d'habitude, les lads lui prêtèrent bonne oreille et Vaillant lui-même, du fond du box de son cheval, eut droit à toute l'histoire. Comment le Roi et sa troupe avaient pris en chasse un gros gibier qui ne voulait pas se laisser attraper, la folle course-poursuite qui allait s'éterniser jusque dans l'après-midi, et tatati, et tatata. C'était héroïque, viril, dangereux et bien plus encore pour le gamin de treize ans, et Vaillant n'avait qu'à ronger son dépit.

Il n'était plus question pour lui de ce genre de sport à présent. La maîtresse d'écuries voyait même d'un mauvais œil qu'il continue à monter avec la selle qui s'était faite fabriquer à grands frais et ne s'était pas gênée pour lui signifier que s'il chutait, il se ferait traîner derrière sa trop nerveuse monture jusqu'à ce que mort - ou autre chose de pas très propre - s'ensuive. Eh bien, qu'elle aille se faire...

Une voix féminine l'interrompit dans ses réflexions haineuses. Une voix qu'il ne connaissait pas et qui interrogeait l'écuyer, lui demandant si le "Comte Braveterre" (il mit un moment à comprendre de qui elle parlait) était à cette chasse et si c'était pour cette raison qu'il n'avait pu honorer ses engagements auprès de sa maîtresse. Piqué par la curiosité, le Baugien sortit du box et se greffa sans hésiter à la conversation.

Quelques minutes plus tard, il sortait des écuries suivi de la camériste et des deux montures supplémentaires qu'il avait fait préparer pour elles. Il aperçut presque aussitôt la silhouette de la maîtresse en question, et tâcha de ne pas ralentir le pas. Il n'était plus si sûr de lui tout à coup. Sous le feu de son regard, il lui sembla boiter terriblement. S'apprêtant à partir à cheval, il n'avait pas la canne élégante sur laquelle il s'appuyait désormais. Lui, l'estropié, s'en allait proposer escorte à une Duchesse, rien de moins !

Il tenta de se rassurer. Si elle avait accepté de sortir avec quelqu'un d'aussi rigide et ennuyeux que le maître d'armes, il ferait nécessairement bonne figure. Il marchait peut-être comme un vilain canard, mais il savait vivre, lui ! Il plaqua un sourire sur ses lèvres alors qu'il arrivait devant elle.
- Duchesse Lunabille, la salua-t-il en s'inclinant profondément.
Il se redressa après les quelques secondes protocolaires et reprit avec fluidité :
- Je me présente : je suis Vaillant Fructurive, fils d’Égal Fructurive, de Gué-de-Négoce.

Son nom était moins connu dans les Duchés par le rang de noblesse, pourtant respectable, que par les vignes qui poussaient sur les terres familiales, et le vin fruité qu'elles donnaient chaque année. Un breuvage subtil à la robe d'or qui se vendait fort bien, et partait sur la Vin jusqu'en Rippon et ailleurs. En un sens, les Lunabille et les Fructurive tiraient leur fortune du commerce de l'alcool, et étaient d'ailleurs partenaires commerciaux, parmi bien d'autres. Il n'eut pas l'audace de le lui rappeler.

- Pardonnez mon indiscrétion
, poursuivit-il, mais j'ai entendu dire que vous vous apprêtiez à sortir à cheval. Permettez-moi de vous accompagner. Je ne suis pas de Cerf mais depuis les quelques mois que je vis ici, je me flatte de plutôt bien connaître les environs et leurs charmes.

Et, sur ce dernier mot, il s'autorisa enfin à regarder vraiment son interlocutrice. Elle était élégante et belle, d'une beauté racée, et il se troubla imperceptiblement. Presque inconsciemment, son Art se tendit vers elle et sonda les limites de son esprit. Il eut l'intuition qu'il lui plaisait, cela le surprit et le conforta. Il poursuivit avec une aisance renforcée :
- Ce ne sont sans doute pas des montures dignes de vous, les meilleures sont à la chasse. Celle-ci à fort caractère.

Derrière lui et Malice, se tenaient son cheval, un grand alezan, ainsi que deux juments : l'une gris pommelé qui piaffait, l'autre bai. Avec un petit sourire, il se demanda laquelle elle allait choisir. Il espérait qu'elle allait choisir...
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Sam 3 Mai - 17:42

Le tour inattendu que prenait la matinée avait largement de quoi satisfaire Chiara. Surtout lorsque Vaillant Fructurive se fut présenté avec les meilleures manières du monde. En voilà au moins un à qui l’étiquette n’était pas inconnue, songea-t-elle, secrètement ravie. À son tour, elle se fendit d’une légère révérence parfaitement protocolaire compte tenu de leurs rangs respectifs.

- Messire Vaillant, souffla-t-elle de sa voix mélodieuse en guise de réponse.

Elle aima instantanément ses manières, son discours et sa franchise, tout comme elle appréciait son allure et son physique charmeur. Avec quinze ans de moins, elle eut pu perdre la tête pour un tel jeune homme. Mais les années avaient mis un peu de sagesse dans la tête de la duchesse à défaut de lui enseigner la modestie. Nul besoin d’être douée d’Art pour sentir d’instinct qu’elle lui plaisait également et cela satisfit tout particulièrement sa vanité de femme. Il avait l’âge de s’intéresser à Sérénité et pourtant c’était elle qu’il regardait avec admiration. Souriante et plus sûre d’elle que jamais grâce à cet hommage silencieux, elle détailla les traits réguliers du jeune noble tout en répondant avec la meilleure grâce du monde.

- Voilà une proposition fort aimable et qui tombe à point nommé, je ne peux le nier. Je craignais de devoir renoncer à sortir faute d’escorte digne de ce nom.

Il était un fait qu’ici, à Cerf, elle ne se fut pas permise de se promener à cheval n’importe où avec sa camériste et un palefrenier ou un valet comme à Rippon. Ici, elle craignait autant pour sa vie que pour sa réputation. Un sourcil cuivré forma un arc délicat au-dessus de son regard amusé et bienveillant alors qu’elle voyait le jeune Fructurive gagner en assurance à mesure qu’ils s’apprivoisaient. La Fortune faisait décidément bien les choses en lui épargnant une matinée d’ennui et de raideur aux côtés du jeune Braveterre au profit d’une nouvelle connaissance prometteuse.

Contournant la haute silhouette qui la dominait largement, elle approcha prudemment de son cheval. L’animal était aussi fier et fort que son maître, c’était indéniable. Pour un peu, elle l’eut envié de pouvoir enfourcher une telle monture. Sa main gantée dûment présentée aux naseaux de l’alezan, elle remonta ensuite le long de son encolure et le flatta quelques instants avec un sourire appréciateur. Si sa curiosité fut piquée par la selle particulière dont il était harnaché, elle eut pourtant la discrétion de ne pas interroger Vaillant dessus. Pas pour le moment. Lui jetant un sourire par dessus son épaule, elle continua son avancé et dépassa Malice pour venir observer les deux jolies juments choisies pour elles. L’instinct avait choisi pour elle bien avant qu’elle se l’avouât en pensée. Réminiscence de son sauvage sang chalcédien ou pure fierté ? En tout cas, c’est près de la pommelée caractérielle qu’elle vint se poster. À nouveau ses doigts glissèrent sur la robe soyeuse de l’animal, montant et descendant, flattant ici ou là et appréciant à leur juste valeur les indéniables qualités de la bête.

- Si elle a fort caractère, nous sommes faites pour nous entendre. Reste à savoir laquelle imposera sa volonté à l’autre, plaisanta-t-elle avec légèreté alors que le palefrenier lui confiait les rênes et venait l’aider à enfourcher sa monture.

Aussitôt la jument renâcla et piaffa de plus belle pour la plus grande satisfaction de Chiara qui n’aimait rien tant que les affrontements dignes d’elle.

- Madame… Chuchota Malice postée près du palefrenier.

Un regard glacial de la duchesse la fit taire et elle n’eut plus qu’à enfourcher sa propre jument, placide et agréable. Pourvu que l’occasion d’une belle course s’offre à eux, espérait Chiara avec un sourire ravi. Se mesurer à Vaillant Fructurive et son immense cheval avait de quoi séduire la fougueuse duchesse qui se sentait pousser des ailes.

La traine de son amazone fut arrangée sur la croupe de sa monture, sa botte coincée comme il seyait et ses rênes rassemblées, elle était prête. Penchée sur l’encolure de la jument récalcitrante, elle la caressa et lui parla quelques instants à voix basse avant de s’élancer au petit trot pour rejoindre sa noble escorte et quitter enfin cette maudite cour où elle étouffait. Un simple regard suffit à faire comprendre à sa camériste et dame de compagnie qu’elle devait rester en arrière. Car elle entendait bien mettre ce temps à profit pour faire plus largement connaissance avec le jeune Fructurive et découvrir la raison pour laquelle la Fortune les avait mis en présence l’un de l’autre.

- Avez-vous souvent le temps et l’opportunité de vous promener à cheval dans les environs, Messire ? Attaqua-t-elle tout en remettant sa monture au pas à présent qu’elle s’était portée à sa hauteur. Devant eux, le pont-levis et au-delà, la liberté enfin. Elle était impatiente de lâcher la bride à sa monture.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Dim 4 Mai - 19:04

Non seulement la Duchesse accepta sa proposition, mais elle la jugea "aimable" et le qualifia d'escorte "digne de ce nom". Cela lui passa du baume au cœur et, soudain, il ne regretta plus tant cette chasse. Il était bien mieux ici en charmante et noble compagnie. 

Content, il la regarda avec amusement bichonner son alezan, qui se laissa faire avec volupté, peu habitué à de telles caresses de la part de son maître. Puis, avec un petit sourire qui le laissa pantois, elle contourna sa monture pour s'approcher de celle qu'elle avait choisi pour elle-même. Tempête, Grêle ou quelque chose comme ça.

- Si elle a fort caractère, nous sommes faites pour nous entendre. Reste à savoir laquelle imposera sa volonté à l’autre, plaisanta-t-elle alors que le palefrenier s'approchait pour l'aider à monter.

Vaillant ne pouvait et ne voulait compter sur l'aide de ce dernier. Pas question de s'abaisser ainsi devant des yeux féminins, qui lui faisaient jusqu'ici la grâce de l'admirer. Il n'y était plus tant habitué, et voulait que ça dure. Mais Assaut était haut et c'est avec l'énergie du désespoir qu'il saisit le pommeau.

Le geste fut rapide et la douleur au rendez-vous. Il n'eut pas un cri, mais quelques gouttes de sueur emperlèrent son front. Il se dépêcha de sangler à la selle sa jambe blessée et s'essuya dans sa manche. Assaut s'était déjà mis en marche et il se retourna pour scruter Chiara. Penchée sur l'encolure de son cheval, elle semblait n'avoir rien remarqué.

Était-elle en train de chuchoter à l'oreille de la bête ? Un vague soupçon le traversa, vite remplacé par l'inquiétude d'avoir choisi peut-être une monture trop rebelle. Mais, comme il lui avait expliqué, il n'y avait plus tant de choix. Et puis... peut-être avait-il pensé, ainsi, lui donner du grain à moudre, décourager une grande chevauchée. Il sentait chez la Duchesse une enthousiasme qui ne lui disait rien qui vaille...

Son amazone flottant derrière elle, elle le rejoint au petit trot et ils franchirent ensemble la porte du château. Le garde eut un sourire narquois auquel il répondit par un geste amical, distrait. Il était tout à sa réponse.

- Ma foi, oui. L'exercice de l'Art est intense et notre formation se restreint à quelques heures par jour.
Il s'était mis à employer, sans s'en rendre compte, non le "nous" royal mais celui du Clan. Ils partageaient souvent un même esprit et cela n'était pas sans conséquence sur leur façon de penser, bien contre sa volonté.

- N'ayant d'autres obligations familiales que celles de faire honneur à mon nom, j'utilise le reste de mon temps comme il me sied.
Cela avait été de longues heures d'épée, mais ce n'était plus trop d'actualité. Il eut avec elle un regard complice, étant loin de se douter de ses modestes extractions :
- C'est l'avantage de notre condition.

Il tendit son visage vers le soleil et ajouta :
- J'aime l'air marin d'ici.
Il n'en avait strictement rien à faire, mais avait son idée. Il tendit la main vers le chemin côtier qui serpentait le long de la falaise, et poursuivit :
- Ma préférence va au sentier des douaniers. M'y accompagneriez-vous ?

- Il faudra faire attention : le sentier est escarpé, et le vent est de la partie
, reprit-il avec une fausse inquiétude.
Elle avait l'air d'aimer le défi : cela l'encouragerait sans doute à le suivre sur ce chemin où il serait à l'abri de toute chevauchée débridée.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Jeu 8 Mai - 20:48

Les mots de Vaillant Fructurive laissaient à Chiara tout lieu de penser qu’il n’avait pas le moindre soupçon quant à ses origines. Réjouissant. Rassurant. D’autant plus que personne n’avait jamais mis le doigt dans cet engrenage depuis le temps qu’une obscure provinciale était devenue duchesse de Rippon. Ravie de cet état de fait autant que de la compagnie que lui offrait le jeune homme, la flamboyante duchesse lui sourit en retour et approuva son projet.

- Si vous me le permettez cependant, objecta-t-elle en tournant la tête vers un espace dégagé qui s’ouvrait à droite un peu avant le sentier désigné. Je vais calmer ma monture avant que de nous engager sur ce chemin dangereux. Je m’en voudrais de nous faire courir des risques à tous les deux.

Ni une, ni deux, elle raffermit sa prise sur les rênes et lança sa jument au galop aussitôt que le cheval de Vaillant l’eut dépassé. Elle la fit tourner et volter, galoper quelques minutes jusqu’à ce qu’enfin elle sente les muscles puissants se détendre quelque peu sous ses cuisses. Après quelques longueurs au petit trot, elle remit la jument au pas et rejoignit son escorte sans se presser, les joues rougies par l’effort et le plaisir. Elle avait maîtrisé l’animal en cavalière émérite et remercia mentalement Raki qui n’avait jamais cessé de la pousser à s’améliorer dans ce domaine jusqu’à ce qu’elle y soit aussi parfaite que dans tous les autres aspects de leur vie ducale. De retour à hauteur du jeune homme, elle reprit leur conversation comme si elle n’avait jamais été interrompue par cette petite démonstration de contrôle.

- J’aime l’air marin, moi aussi. C’est l’une des rares choses ici qui me rappelle un peu Rippon.

Elle sourit encore, dévisageant le jeune noble avec une bienveillance toute particulière. Il lui plaisait, elle se le répétait, tant par ses manières que par son apparence. Déjà ils s’engageaient sur le sentier des douaniers qui s’avérait effectivement escarpé et particulièrement venteux. Elle repoussa un pan d’écharpe soyeuse qui s’était enroulé sur le bas de son visage et admira sans réserve le paysage qui s’étendait à leurs pieds et devant eux. La falaise était haute et sans aucun doute dangereuse et pourtant, elle s’y sentait bien. Mais était-ce le cas de son accompagnateur ? Pour la première fois, elle baissa les yeux sur sa selle pour observer sa jambe et se demanda à quel point il souffrait au quotidien depuis son accident. Lorsqu’elle releva la tête, elle croisa son regard mais ne se détourna pas ni ne sembla gênée. Elle n’avait pas à rougir d’étudier un fait, même s’il était clair que cela manquait de délicatesse, surtout venant d’une femme aussi réputée pour sa perfection dans le domaine mondain. Son expression s’adoucit sans qu’elle ait cessé de sourire.

- Il est toujours particulièrement navrant de voir un jeune homme aussi fringant et prometteur stoppé dans son élan par un accident et handicapé à vie. Je remarque cependant avec plaisir que vous ne vous laissez pas abattre. Votre père a de quoi être fier.

Elle tourna son regard vers l’horizon, loin devant eux, le port altier comme à son habitude. Sa camériste savait où était sa place et leur avait laissé prendre suffisamment d’avance pour ne pas entendre leur conversation.

- Nous avons tous des poids, des handicaps, des peurs qui nous retiennent d’avancer. Chacun d’entre nous. Mais il est de notre devoir d’avancer et de montrer la voie. Je crois que vous êtes quelqu’un de fort, Messire Vaillant. Quelqu’un dont l’Histoire retiendra le nom.

Elle darda sur lui un regard pénétrant et intense. Son sourire avait déserté son visage, cependant elle n’était pas hostile. C’était même le contraire, elle semblait chercher un détail, un indice, quelque chose qui l’encouragerait à continuer. Elle avait senti immédiatement qu’il la trouvait belle et noble, par cet instinct féminin immémorial. Mais cela suffirait-il à faire de lui l’un de ses trop rares alliés à la Cour ? Elle laissa passer plusieurs minutes de silence, leur marche reprenant comme si de rien n’était et son regard errant à nouveau sur le rude et beau paysage.

- Cerf est un très beau duché et cependant, il y ici des hostilités et des rivalités qui me mettent mal à l’aise. Ce pays est belliqueux, cela se sent jusque dans l’air que nous respirons. Et vous, jeune Fructurive, qui sont vos ennemis ?

Elle avait parlé avec douceur, comme si ce sujet était anodin. D’ailleurs, cela aurait pu être le cas. Et son interlocuteur pouvait fort bien le prendre comme tel. Ou alors, il pouvait prendre cela comme une invitation à s’allier à elle, à faire naître une forme d’amitié entre eux qui leur serait bénéfique à tous deux. Elle était seule à Castelcerf et avait désespérément besoin d’alliés pour la soutenir dans ses efforts pour retarder la guerre, empêcher sa fille de se jeter à la tête de Vainqueur et convaincre Raki de renégocier la tutelle sur Rippon. Elle avait besoin d’amis. Et pour la toute première fois, son époux n’était pas à la hauteur dans ce domaine, dépassé qu’il était par les élans belliqueux de son roi.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Jeu 8 Mai - 23:40

Bouche bée, le jeune homme contempla l'exercice équin de la Duchesse. Légèrement humilié par cette démonstration de supériorité féminine, mais franchement admiratif, il se dit qu'il n'avait encore jamais rencontré une femme de cette trempe. En se portant volontaire pour lui servir d'escorte, il avait cru se prêter à la courtoisie la plus élémentaire et teintée d'intérêt : il n'y avait que du bon à fréquenter les grands noms, pour peu que l'on sache s'y prendre. Mais il pressentait à présent qu'il avait mis le pied à l'étrier d'une aventure bien moins lisse que prévu, qui lui réserverait sans doute quelques surprises. Si le galop ne pouvait plus le griser, peut-être cette étonnante Duchesse le pourrait-elle...

Elle revint comme si de rien n'était, les joues rougies par le vent comme une gamine de seize ans, et partagea ses fausses confidences. Était-elle nostalgique de Rippon ? L'était-il, lui, de Bauge ? Sa douce langueur, peut-être, la lumière dorée du paysage, le raffinement mutin de Gué de Négoce. Ses frères, aussi, lui manquaient, bien qu'il ne l'ait jamais réalisé jusqu'alors. Il aimait surtout en Cerf sa liberté nouvelle, loin de la pesante atmosphère familiale. Et la découverte de l'Art qui avait ouvert son horizon plus encore que ce panorama sans fin, aux mêmes récifs.

Émergeant de ces réflexions, il remarqua les yeux de la Duchesse rivés sur sa jambe entravée. Leurs regards se croisèrent et des paroles s'écoulèrent. Prononcées trop vite, comme pour dissiper la gêne. Car Vaillant ne pouvait pas croire que l'habile Lunabille s'abîme dans une telle maladresse.  
Navrant. Handicapé à vie. Ses mots étaient durs et le jeune homme les prit de plein fouet. Comme s'il avait besoin qu'on lui jette au visage une vérité qu'il ne pouvait ignorer. Il détourna vivement la tête pour qu'elle ne remarque pas sa colère. Des insultes auréolées de gloire facile et de fausse complicité étaient toujours des insultes. De quoi se mêlait-elle ?

- Vous ne me connaissez pas, répondit-il d'une voix rauque. Que savez-vous de mon père et de mon avenir ?
Son père était affligé et son avenir compromis. En tant que second fils, il était promis à l'épée. Que pouvait être à présent son utilité dans le monde ? Seul son don de l'Art l'évadait du statut de parasite, et il comptait bien participer à cette foutue guerre d'une manière ou d'une autre. L'Histoire, comme elle disait, l'avait laissé sur le bas-côté par la main - ou l'esprit - de son acteur principal, et il comptait bien prendre sa revanche.

Il avait un goût amer dans la bouche, et dut se retenir pour ne pas tourner bride. Faisant un effort sur lui-même, il se recomposa un sourire et poursuivit plus posément :
- Ce n'était pas un accident, c'était une bataille. Une bataille que j'ai perdue. Vous ne pouvez le déplorer plus que moi.
Il tenait à sauver ce qui lui restait de virilité. Que l'on pleure sur son sort ne lui était d'aucun soulagement, et ne faisait que blesser sa fierté. Il était clair que le sujet était clos à présent, et il espérait n'avoir point été trop discourtois. Mais elle l'avait clairement précédé dans ce domaine.

Un silence s'installa entre eux, rythmé par le pas prudent de leurs chevaux sur le sentier escarpé. Le vent balayait les visages mais pas tant les sentiments, et il accueillit ses prochaines paroles avec un reste de rancœur. Après avoir paradé, elle se découvrait légèrement devant lui, confessant de manière détournée ne pas approuver les projets royaux de guerre contre Chalcède. Mais c'était un secret de Polichinelle, et il n'avait pas l'intention de lui rendre la pareille. Il n'était pas Duc, il n'était plus soldat ; il n'était qu'un Artiseur "prometteur" mais novice, et sa position était bien plus fragile.

- Des ennemis, Madame ? Je n'en ai point. Je ne suis que le loyal vassal que mon suzerain. N'est-ce pas ce que l'on attend de moi ?

Et il éclata d'un rire bref qui laissait clairement deviner son ironie.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Ven 9 Mai - 14:10

Soudain plus pâle, Chiara resserra sa prise sur ses guides pour faire ralentir sa jument. Véritablement désolée de sa maladresse, elle leva de grands yeux limpides vers ceux du jeune homme.

- Je vous ai blessé, je le vois, et j’en suis navrée. En pensant vous complimenter sur votre force de caractère, je vous ai insulté. Ce n’était pas le moins du monde mon intention, je vous prie de le croire. On pourrait penser que je suis rompue à l’exercice mondain et pourtant, vous le voyez, je suis capable de terribles indélicatesses. Acceptez toutes mes excuses, je vous en prie. N’y voyez que la maladresse d’une femme à qui les angoisses font perdre le sens commun.

Un bref instant, elle tendit la main comme pour étreindre son bras, mais ils étaient trop éloignés l’un de l’autre et elle ne put que reprendre sa posture initiale. Son expression disait assez combien elle était désolée d’avoir fait preuve de si peu de jugeote.

- Pardonnez-moi et ne parlons plus de cela, voulez-vous ? Je n’aurais jamais choisi une escorte que je ne pensais pas digne de moi.

Elle se mordillait la lèvre et paraissait sincèrement mal à l’aise d’avoir été si grossière. Cela ne lui ressemblait pas, en effet. Cerf lui faisait perdre la tête. Cerf et Vainqueur, Sérénité et Songe, Kesar Bonsergent, Clément Ordajonc, Raki lui-même… Oui, elle était déstabilisée et s’en voulait terriblement.

L’ironie mordante de l’éclat de rire du jeune Vaillant la frappa de plein fouet. Rougissant d’embarras, elle se raidit bien malgré elle alors qu’un imperceptible soupir franchissait ses lèvres. Il la repoussait à présent et ce n’était que justice. Mais elle n’allait pas rendre les armes si facilement. Elle pouvait rattraper sa maladresse. Elle le voulait plus que tout.

- C’est ce que l’on attend de nous tous, en effet. Nous sommes tous de loyaux vassaux de la Maison Loinvoyant.

Ô combien désespérant était ce fait pour elle qui rêvait d’indépendance. Elle se sentait soudain découragée, submergée de toutes parts et plus à même de faire face. Un instant elle songea à renoncer à leur promenade et rentrer la tête basse mais non, elle n’était pas de ceux-là. Elle sacrifiait trop aux apparences, y compris son propre bien-être.

- Pourtant, telle que vous me voyez, je suis furieuse contre sa Majesté qui songe à mettre notre beau duché sous la tutelle d’un soldat de bois.

Voilà une confidence qui, espérait-elle, le rendrait un peu curieux et apaiserait, même si peu que ce soit, sa rancœur bien naturelle. Elle découvrait une carte importante s’il savait lire entre les lignes. La culpabilité vous pousse à bien des choses, songea-t-elle, et pourtant celle-ci n’avait pas l’air d’une erreur de jugement.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Dim 11 Mai - 0:17

La Duchesse se confondit si bien en excuses qu'il s'en sentit presque gêné. Qui était-il pour s'indigner quand la première Dame de Rippon faisait taire sa fierté ? Il devait se défaire de cette carapace d'orgueil qui le coupait des autres, même les mieux attentionnés. Mais il était trop tard pour saisir la main tendue, et il se contenta d'obéir : ils n'en parleraient plus.

Elle poursuivait, déjà, avec une déclaration de loyauté pour le moins dépitée. Cela suscita sa curiosité. Elle était furieuse, vraiment ? Cela ne se lisait pas sur son visage de marbre. Pourquoi lui faisait-elle de telles confidences ? Et qu'attendait-elle de lui pour le ménager ainsi ?

- Kesar Bonsergent ? demanda-t-il par pure forme. Il est bon soldat, mais piètre diplomate, je vous l'accorde.
C'était peu dire : l'homme était rustaud, il fallait bien le reconnaître, même si ses compétences de combattant et de stratège lui valaient le respect.
- Comme notre Roi... ajouta-t-il du bout des lèvres.

Même ici, entre terre et mer, loin des oreilles indiscrètes, il avait du mal à formuler pareille pensée. N’était-ce pas traîtrise ? Mais après tout, ce n'était qu'énoncer une évidence. Vainqueur balayait tout sur son passage sans se soucier des conséquences. Il était bien placé pour le savoir, et ce souvenir douloureux réveilla la colère dans son œil. Il prit une grande inspiration et reporta son attention sur Chiara. 

- Que craignez-vous ? lança-t-il, prévenant.
Elle avait parlé d'angoisses, cela ne lui avait pas échappé, et semblait vraiment voir l'assaut d'un mauvais œil. Rien de bien étonnant, après tout, pour une femme et une mère.
- Il videra les lieux une fois la guerre achevée. Nous frapperons vite et fort, cela ne devrait pas s'éterniser.

Et cette bataille là ne pouvait pas être une défaite, il en était persuadé.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Mar 27 Mai - 0:11

- La diplomatie n’est pas donnée à tout le monde, acquiesça Chiara avec un léger soupir. Mais je dois bien avouer moi-même que parfois, elle ne suffit plus. Même si je désapprouve la guerre et certains choix stratégiques de la Couronne, je ne peux que reconnaître que les solutions diplomatiques ripponnaises n’ont pas su empêcher les attaques chalcédiennes à long terme.

Pour une fois – peut-être même la première fois – elle admettait sans faux-semblant les limites de la politique de son époux. Pourtant elle continuait d’abhorrer la guerre comme ceux qui y voyaient la solution à tous les problèmes frontaliers. Elle voulait toujours trouver une autre voie que cette guerre absurde et dangereuse. Elle voulait l’indépendance, que diable !

Sous elle, la jument avait cessé de broncher après l’effort physique qu’elle lui avait imposé. À présent plus calme, elle ne risquait plus de s’énerver de la proximité du cheval de Vaillant ou de s’emballer à la moindre frayeur. Était-elle consciente d’avoir ainsi œuvré pour leur tranquillité d’esprit à tous deux ? Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule puis autour d’eux. Malice était loin derrière, leur accordant toute la discrétion dont ils avaient besoin. Et pourtant, ils étaient toujours à Cerf et chaque recoin pouvait receler des oreilles indiscrètes.

- Je crains que Rippon ne se relève pas ou très difficilement de l’occupation de l’armée royale. Je crains pour mon peuple et mon pays… Je crains, enfin, pour mon époux et mon fils si cette guerre devait se prolonger.

Elle avait dit cela à voix plus basse et en laissant son regard s’évader vers l’horizon une fois encore. Quelque peu mélancolique, il se teinta de plus de volonté avant de revenir effleurer l’escorte inattendue avec douceur.

- Accompagnerez-vous donc le Roi et son armée en Chalcède ? Est-ce ce que vous désirez ?

Elle semblait le craindre et l’espérer à la fois. Pour le revoir à Castelorme ? Pour sa fierté ? Eda seule le savait. La jeune Duchesse ne pouvait se permettre de familiarité avec un jeune homme qui ne lui avait même pas été présenté dans les formes. Elle était déjà mortifiée de l’avoir insulté sans le vouloir, elle ne voulait pas piétiner davantage les convenances. Pourtant, elle eut aimé se faire un ami de ce jeune Fructurive si vigoureux et si farouche. D’une certaine manière, il lui rappelait Raki dans sa jeunesse, même si le Duc n’avait jamais eu au fond des yeux cette amertume et cette dureté. Sous le vernis des bonnes manières et la raideur toute ducale, la Lunabille avait bon cœur, semblait-il, et était touchée par le jeune Vaillant.
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Jeu 29 Mai - 19:08

La Duchesse était honnête. Elle reconnaissait les défaillances militaires à la frontière à de son Duché, qui justifiaient précisément la tutelle de Kesar et la guerre en Chalcède. Il était plus que temps de montrer à ces barbares qu'on ne piétinait pas en toute impunité les terres et les peuples des Quatre-Duchés. Au delà de sa soif personnelle d'aventures, Vaillant était d'accord avec le Roi sur ce point. La guerre était inévitable : la bonne santé du Royaume était un argument en sa faveur plutôt que le contraire. Ils étaient tous bien hypocrites de ne pas l'admettre. Vaillant y voyait là la paresse de la Noblesse pantouflarde et la frilosité des petits commerçants.

Pour Chiara, il fit une exception. La crainte n'était-elle pas le digne privilège des femmes ? Et puis il était vrai que, s'il ne doutait pas de leurs forces, Rippon était en première ligne. Sa seule réquisition par l'armée allait considérablement puiser dans ses ressources. Il était question de milliers d'hommes. Il n'avait jamais pensé à cela.

- Votre époux et votre fils n'iront pas au front, dit-il.
Puis, conscient d'avoir mal tourné ses propos qui se voulaient réconfortants plutôt qu'insultants, il précisa:
- Ils sont trop précieux pour le Royaume.
Le Roi irait, certes, mais c'était son devoir de guider ses troupes. N'importe quel suzerain serait resté en sécurité à l'arrière, mais on le disait téméraire. Cela suscitait beaucoup d'espoirs et de craintes : s'il était tué, il laisserait les Duchés sans héritier. Cette pensée laissa Vaillant indifférent, et il réalisa qu'il avait perdu, à défaut de toute sa loyauté, son admiration pour Vainqueur.

Également songeuse, la Duchesse l'interrogea sur sa volonté de participer à cette guerre, et c'est sans hésiter qu'il répondit par l'affirmative. Cela le ferait peut-être tomber en disgrâce à ses jolis yeux, mais il ne pouvait mentir à ce propos. Et il n'en avait pas envie.
- C'est mon rôle, s'expliqua-t-il avec un certaine solennité. Mon frère aîné gère les terres familiales. Depuis ma naissance, je suis destiné à l'épée. Enfin, je l'étais, ajouta-t-il avec un petit rire de dépit. Il n'avait pas besoin d'expliquer pourquoi ce projet de vie était compromis.

Mais il ne voulait pas donner une image déplorable et reprit sans modestie :
- J'appartiens au Clan d'Art de Vainqueur. A ce titre, je compte bien l'accompagner en campagne.
Il ne participerait pas à proprement parler à la bataille, certes, mais y trouverait son utilité. L'Art n'était pas un don assez courant pour être négligé.

Il tourna ses regards vers Chiara et ajouta avec un sourire :
- Je serai ravi de découvrir Castelorme à cette occasion.
C'était une audace, mais elle ne portait pas à conséquences, et la chance ne souriait-elle pas aux audacieux?
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Jeu 29 Mai - 23:51

Un pâle sourire accompagna la réplique de Vaillant. Non, Raki et Songe ne seraient jamais en première ligne de cette guerre. Du moins si elle ne durait pas trop longtemps. Leurs caractères respectifs les tenaient déjà éloignés des conflits de grande ampleur comme celui-là. Mais si les choses allaient dans le sens qu’elle désirait, alors ils seraient tous deux exposés, tout comme Sérénité, et tout comme son peuple. Si l’Épée Ardente… Elle chassa ces pensées funèbres de son esprit et revint au jeune Vaillant. Il avait beaucoup de prestance à cheval, c’était indéniable. Et comme bien des jeunes gens de son âge et de son sang, il était assoiffé de combats, de gloire, d’héroïsme. Quoi de plus naturel ? Peut-être serait-il un peu moins exposé en tant qu’artiseur que s’il avait eu ses deux jambes pour combattre aux côtés de Vainqueur. Cette pensée la rasséréna secrètement même si elle refusait de s’expliquer pourquoi.

- Je comprends. Vous avez votre place parmi eux. Par votre sang autant que par vos talents et votre don, c’est certain.

On eut pu croire à une platitude poliment énoncée, mais Chiara était sincère. Plus elle passait du temps avec le jeune Fructurive, plus elle l’estimait. Ses derniers mots lui firent absurdement venir le rose au front en même temps qu’un sourire radieux s’épanouissait sur ses lèvres.

- Je serais ravie de vous faire les honneurs de Castelorme. C’est un lieu magique, vous verrez.

Mais alors, il rencontrerait Raki et les enfants. Sans trop savoir pourquoi, cette pensée ne la réjouissait pas tant que celle de revoir le jeune noble sur ses terres. Le chemin des douaniers continuait de suivre la falaise et bientôt ils se retrouvèrent à son sommet, sur une belle plaine herbeuse verdoyante d’où la vue était à couper le souffle. Un instant rendue muette, elle s’autorisa à songer que le paysage valait presque l’un des moins spectaculaires de Rippon. Quelle loyauté en son cœur pour ce duché alors qu’elle n’y avait même pas vu le jour ! Pourtant Raki ne l’avait jamais raillée à ce sujet alors qu’elle le poussait souvent dans ses retranchements concernant l’indépendance de leur contrée.

- J’espère que vous trouverez Castelorme à votre goût et que vous y reviendrez souvent en des circonstances plus heureuses.

El seul savait ce que les soldats laisseraient de leur duché après leur départ pour la Chalcède. Un bref pincement au cœur lui rappela que c’était là sa terre également, celle qui l’avait vue naître, mais c’était ridicule. Elle ne lui appartenait plus depuis fort longtemps. Les gros rustres qui la peuplaient ne lui étaient rien. Alors que Raki et Rippon étaient tout à ses yeux. Arrêtée pour profiter du panorama, elle hésita à descendre de cheval pour faire quelques pas et s’asseoir sur un tronc couché non loin de là. Elle se souvint à temps que Vaillant était sans doute plus à l’aise en selle que debout à côté d’elle, aussi se contenta-t-elle de sourire en lui indiquant de poursuivre sur le sentier d’un petit coup de menton. Plus loin, peut-être, il aurait envie de s’arrêter et mettre pied à terre lui aussi. Botte à botte sur le chemin rocailleux, ils étaient proches en tout cas, plus qu’elle ne l’eut cru possible, et Malice n’était nulle part en vue. Si on les surprenait, sa réputation en pâtirait sans doute, mais pas question de mettre fin à cette parenthèse de fraîcheur survenue juste à temps après de longs mois d’agonie silencieuse et de solitude à Castelcerf.

- Dites-moi, jeune Fructurive, reprit-elle sur un ton malicieux de confidence. Y a-t-il une jeune fille qui fasse battre votre cœur ?

Elle voulait plus de légèreté, plus de taquineries, de flirt sans conséquence, elle voulait un souffle, un répit. Et peut-être aussi lire à nouveau dans les yeux de son escorte cette audace et cette admiration qu’elle y avait vu un peu plus tôt. Faiblesse de vieille femme se reprocha-t-elle sans se corriger pourtant.
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Ven 30 Mai - 12:09

Le flattait-elle ? Il l'ignorait, mais ses paroles lui faisaient du bien. Il se sentit plus fort et plus sûr, et surprit son sourire épanoui. La lumière jouait sur ses cheveux, et ses paroles aimables étaient miel à son oreille.
- Je n'y manquerai pas, l'assura-t-il alors qu'ils atteignaient le panorama. J'aime découvrir des terres nouvelles.

Ils firent un bref arrêt pour admirer le paysage. Bien que peu porté sur ce genre d'extase, Vaillant devait reconnaître qu'il était à couper le souffle. Un vent modéré faisait onduler les herbes comme autant de vagues, sans emporter leurs paroles. A son zénith, le soleil blessait les yeux. Pour cette raison, il préférait regarder Chiara. Et puis, l'océan serait toujours là, alors qu'il n'aurait plus souvent la chance - il le savait malgré ses invitations - de côtoyer la Duchesse. Sur un geste de sa part, ils se remirent en marche.

- Dites-moi, jeune Fructurive, y a-t-il une jeune fille qui fasse battre votre cœur ? reprit-elle alors, et il s'étonna de la transition.
Étaient-ils en train de s'adonner à un jeu de séduction ? Il devait se montrer prudent, mais ne craignait rien. Il se montrait adroit dans ce genre d'exercice verbal à multiples lectures.

Il réfléchit un instant à sa réponse. C'était le genre de question que lui aurait posé sa propre mère, mais il n'en dit rien. Chiara n'apprécierait certainement pas la comparaison, et il ne la voyait pas comme telle. Elle n'avait définitivement pas l'âge d'être sa mère, bien qu'il soit plus proche en printemps de sa fille Sérénité, qu'il n'avait fait que croiser. Elle avait dû l'avoir fort jeune, songea-t-il avant de commencer :

- Il y a beaucoup de jeunes filles charmantes et de bonne famille à la Cour de Castelcerf, venues chercher bon parti. Mais je ne souhaite pas encore lier mon destin.
Son avenir était incertain et, surtout, il souhaitait profiter de sa jeune liberté. Beaucoup l'auraient jugée vile et sans valeur, puisque l'honneur lui défendant de courtiser les filles de la noblesse, il ne pouvait se tourner que vers les filles du peuple et les catins. Mais il s'en moquait bien et ces mœurs de soldat, propres à son âge plutôt qu'à son rang, lui convenaient tout à fait.

- Bien que certains mariages soient des réussites, ajouta-t-il avec un regard complice envers la Duchesse.
Sa romance avec le beau Raki était bien connue, et ils formaient du Royaume l'un des couples les plus unis. Espérait-il un quelconque démenti ?
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Ven 30 Mai - 17:05

Un bref instant, la pensée vint à Chiara que Vaillant Fructurive eut fait un agréable époux pour sa fille Sérénité. Mais aussitôt et sans pitié, elle repoussa cette idée saugrenue. La jeune fille se croyait assez solide pour être l’épouse de Vainqueur Loinvoyant et la reine des Quatre-Duchés, elle ne pourrait que rendre malheureux un homme qui n’était pas à la hauteur de ses ambitions. En outre, elle était fille de duc et avait son rôle à jouer dans la succession de Rippon. Enfin, plus secrètement, l’idée de partager son chevalier servant, fut-ce avec sa propre fille, ne l’enchantait guère.
Et puis Raki revint dans la conversation, doux fantôme cher à son cœur, bien trop absent et détaché des problématiques belliqueuses de ce monde pour la rassurer en cet instant. Mais il emplissait son être de bonheur, c’était un fait. Leur mariage n’était ni de façade ni de convenance, mais placé sous le signe d’un amour profond et sincère. Son regard adouci en témoignait pour elle quand elle tourna la tête pour sourire avec malice au jeune Vaillant.

- En effet, certains d’entre nous ont été tout particulièrement chanceux, je dois bien l’admettre. Presque vingt ans plus tard, nous sommes restés les meilleurs amis qui soient.

Les convenances ne lui permettaient guère d’en dire davantage mais Vaillant lirait entre les lignes, croyait-elle. Il n’était pas difficile de saisir que deux jeunes gens fougueux et éperdument amoureux avaient laissé la place à un couple uni et soudé, s’aimant avec plus de retenue mais tout aussi sincèrement.

- Je vous souhaite de connaître un bonheur au moins égal au mien, ajouta-t-elle plus doucement en posant une main légère sur son bras. A travers la double barrière de ses gants et de la manche du jeune homme, elle sentait ses muscles contractés, secs.

L’étiquette ne l’autorisait pas non plus à dire à quel point elle était meurtrie d’avoir perdu tant d’enfants, blessée de voir Raki courber l’échine devant leur suzerain et roi, déçue enfin, de ne pas parvenir à l’aimer mieux ou davantage. Elle était heureuse certes, mais pas dans tous les aspects de sa vie. L’Epée Ardente avait éveillé en elle une profonde et dangereuse rébellion. Elle songea soudain que Vaillant serait une recrue de choix pour son mouvement indépendantiste. Mais le moment n’était pas encore venu, il était trop risqué de lui en parler ici et maintenant. Ils se connaissaient à peine, après tout. En attendant, il devait sans aucun doute avoir compris que même un mariage d’amour avait ses hauts et ses bas, même si elle ne pouvait lui confier ses états d’âme en l’état actuel des choses. Elle se prit soudain à souhaiter qu’il l’admire, peut-être même qu’il l’aime un peu. Comme il serait agréable de se sentir à nouveau jeune et désirable alors que Raki restait enfermé avec ses livres de comptes et sa cohorte de négociants. Sans était-ce cruel pour ce jeune homme qu’elle appréciait honnêtement, mais comment s’en empêcher ?
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Dim 1 Juin - 16:39

Amis ? Vaillant ne sut trop comment interpréter ces propos. L'amitié était-elle le masque d'un amour essoufflé ? Ou était-elle au contraire ce qui le rendait plus fort et plus solide ? Peu de couples de noblesse pouvaient se vanter d'être véritablement amis. On s’accommodait le plus souvent de l'autre...

- Je me le souhaite aussi, répondit le jeune homme avec bonne humeur, après la brève surprise que lui avait causée son contact. Mais je ne vois pas à la Cour celle qui pourrait être l'amie de toute une vie...

A vrai dire, il avait du mal à s'imaginer en propriétaire terrien encadré de son épouse fidèle et de sa brochette de marmots. Il se représentait davantage en voyage ou en guerre, toujours en mouvement. Alors, mourir bienheureux entre quatre murs... mourir tout court n'était pas au programme.

- Me conseilleriez-vous sur ce point ? reprit-il avec toute l'ingénuité dont il était capable, en posant une main légère sur son poignet ganté.
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Lun 2 Juin - 21:36

Surprise par le contact chaleureux de la main de Vaillant sur son poignet ganté, Chiara s’empourpra jusqu’à la racine des cheveux. Les yeux dissimulés derrière le rideau pourpre de ses cils, elle crut qu’elle allait en bafouiller de confusion et garda donc le visage baissé le temps de se reprendre. Mais la vue de cette grande main forte enserrant son délicat poignet la troublait plus que de raison. Elle déglutit et un ange passa puis une brise légère lui rafraîchit le front et elle put se reprendre. Elle ne se dégagea pas de sa prise pourtant mais se contenta de lever un regard limpide vers celui du jeune homme.

- Si c’est ce que vous désirez, je vous aiderai de mon mieux, oui.

Baissant à nouveau les yeux, elle tenta sans grand succès de réprimer un sourire alors que son cœur battait la chamade. Par Eda qu’elle était idiote ! Elle était sur le point de se pâmer comme une adolescente. Mais ça faisait tellement de bien ! Pour rien au monde, elle n’eut renoncé à ce flirt qu’elle croyait réellement sans conséquences. Une large part d’elle voyait se développer une relation infiniment plaisante d’amitié avec le jeune homme à long terme. Oh oui, elle prendrait tout le temps de le conseiller comme il fallait sans trop se presser. Non pour lui nuire, bien entendu, mais seulement pour profiter le plus longtemps possible de la jeunesse et des rires qu’il lui offrait. Non, elle ne pouvait pas renoncer à cela.

- Il vous faudra me faire quelques confidences alors, afin que je vous conseille au mieux…

Un nouveau sourire incurva ses lèvres. Elle lui avait abandonné sa main plus que les convenances l’autorisaient et finit par se redresser pour reprendre sagement ses rênes. Trop en faire serait une erreur. Trop lui autoriser également. Elle ne pouvait s’oublier trop longtemps.

- Je suis certaine que vous serez surpris. Les jeunes filles ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être.

À nouveau, elle se montrait malicieuse et effrontée, elle plaisantait avec lui. C’était si bon cette légèreté !
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Mar 3 Juin - 14:41

Avec sa peau de rousse, il était difficile d'ignorer qu'elle rougissait - et Vaillant, bien que fasciné et flatté du spectacle, s'obligea à regarder ailleurs pour préserver sa pudeur. Après un temps, Chiara accepta sa proposition et il se demanda si elle avait compris qu'elle lui donnait là le prétexte, sous couvert de ce patronage sentimental, pour revenir la voir.

Il sourit à ses prochains mots, se demandant quelles "confidences" il pourrait bien inventer. Car ses vérités ne plairaient certainement pas à la Duchesse. La façon dont l'innocence des filles de Cour l'ennuyait et l'excitait à la fois. Ses visites dispendieuses chez la Maquerelle ou, plus pitoyable encore, l'abstinence forcée qui avait été la sienne depuis l'été. Il était presque devenu, depuis son "accident", le chaste nobliau qu'elle se représentait sans doute.

L'air de rien, comme si elle s'était posée là par inadvertance et oubliée un instant, Chiara ôta sa main de son bras. Il la laissa s'envoler alors qu'elle poursuivait :
- Je suis certaine que vous serez surpris. Les jeunes filles ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être.
Il sourit et répondit :
- Je l'espère bien. Car on dirait parfois qu'elles sont toutes les mêmes.

C'était un moyen de flatter la Duchesse en la plaçant plus haut que ces pâles jouvencelles. Mais c'était aussi son sentiment véritable. Avec leurs toilettes compliquées et leurs manières impeccables, il était difficile de percer l'armure de bienséance des filles de la noblesse. Tout semblait étudié pour paraître le plus insipide possible. On leur apprenait à être de charmantes tapisseries aux motifs sophistiqués et plats. La grâce étouffait l'intelligence.

Il réalisa qu'adroit envers la femme, il avait peut-être commis un impair envers la mère et ajouta :
- A quelques exceptions près bien sûr. Je n'ai jamais eu l'honneur de rencontrer votre fille.
On la disait charmante et pleine d'esprit. Mais elle était promise à Vainqueur et les amis de Vainqueur n'étaient pas ses amis.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Mar 3 Juin - 19:38

Flattée, Chiara l’était indéniablement. Plus que cela même. Et soudain, tout lui parut plus beau, plus lumineux, plus savoureux. Pour un peu, elle en aurait ri de contentement, comme ça, sans raison apparente, comme une folle. Elle se retint mais un sourire mystérieux et lointain continuait à fleurir ses lèvres. Oui décidément, conseiller Vaillant quant à ses choix matrimoniaux serait sans doute l’une des aventures les plus distrayantes qu’elle ait eues cet hiver. Enfin, cette morosité pesante allait la quitter. Et à son retour à Castelorme, elle aurait l’Épée Ardente en plus pour la faire vibrer. Elle en était fébrile de plaisir contenu. Pourtant, c’est la paisible duchesse, toute en retenue, qui reprit le fil de la conversation avec un rire léger.

- Je vous accorde que les débutantes ont bien souvent l’air d’une jolie brochette de nigaudes empêtrées dans leurs jupons amidonnés, mais il suffit de connaître leurs secrets pour être assuré de faire le bon choix. Or, il se trouve que je connais bien des choses sur bien des gens. Je peux vous dire laquelle cache une taille épaisse de poissonnière sous des corsets si serrés qu’ils lui coupent toute sensation dans certaines parties du corps. Je sais laquelle a dans sa famille des antécédents peu enviables de maladie. Et encore une foultitude d’autres informations intéressantes.

Elle leva à nouveau un regard rieur vers le beau visage de son escorte et conclut non sans malice.

- Et je ne parle là que des jeunes filles à marier. Imaginez un peu ce que je sais du reste du monde !

Son éclat de rire frais et cristallin se propagea autour d’eux comme une onde légère, la grisant plus que de raison. Elle jouait avec le jeu, elle le savait, mais il lui était impossible à présent de faire marche arrière. Oh non ! Elle voulait l’admiration de ce soupirant. Il lui plaisait trop pour y renoncer. La mention de sa fille la ramena à plus de modération mais faillit lui faire hausser les épaules. Bien peu digne d’une duchesse. Elle s’abstint de justesse et répondit avec un hochement de tête gracieux.

- Sérénité a bien des qualités, je me dois de le souligner étant sa mère. Mais je la trouve encore trop jeune pour convoler, même si elle-même a déjà des projets en tête.

Peu à peu, son regard se fit à nouveau lointain et son sourire perdit de son éclat. La pensée de sa fille l’avait ramenée à Vainqueur et à tout ce qui les opposait.

- Projets dont vous êtes informé, je suppose, étant donné que sa Majesté la Reine-Mère n’en fait pas mystère. Mais bien que je n’y sois pas favorable en l’état actuel des choses, je me garderai de vous proposer Sérénité parmi les jeunes filles à étudier. Il me serait bien trop désavantageux de vous vanter ses mérites.

Par Eda, que disait-elle ? Ne venait-elle pas de faire des avances presque ouvertement à un jeune homme qui avait l’âge d’épouser sa fille ? Elle s’empourpra légèrement et pria qu’il ne la trouve pas trop présomptueuse. Pas comme ces grosses et vieilles rombières qui se mettaient en avant en espérant faire succomber les jeunes gens à leurs charmes plutôt qu’à ceux de délicates jeunes filles de la moitié de leur âge. Elle serait mortifiée qu’il la prenne pour l’une de ces matrones jalouses qui refusent de vieillir.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Mar 3 Juin - 20:52

Avec la langue acérée des femmes, la Duchesse lui brossa un portrait sans scrupules des jeunes filles à marier et de leurs petits secrets. Des poissonnières engourdies dans des corsets ? L'image le fit rire et il demanda d'un air malicieux :
- Comment savez-vous tout cela ? Avez-vous des espions en jupons à la cour de Cerf ?

La question n'était pas si innocente que cela et il s'efforça de la tourner avec humour. Duchesse ou pas, il ne pouvait concevoir qu'elle soit si bien renseignée sur des questions qui touchaient à l'intimité. Lui-même ne crachait pas sur les rumeurs, sujet de distractions, même s'il n'allait pas jusqu'à en fabriquer.

- J'espère que vous n'avez rien entendu de tel sur moi, reprit-il lorsqu'elle lui fit miroiter les secrets de tout un chacun. Je vous jure que je ne porte pas de corsets.
Il s'amusait bien, et était content qu'ils aient laissé derrière eux leurs désaccords au sujet de la guerre à venir. Il songea même qu'ils avaient commencé par se brouiller à propos de sa jambe, à peine une heure auparavant. Cela lui paraissait des jours : les choses allaient très vite et il s'étonna du semblant de familiarité qu'ils avaient acquis en si peu de temps.

Pour autant il n'osa pas lui faire remarquer que sa fille Sérénité était dans la fleur de l'âge du mariage. Se servait-elle de cette prétendue jeunesse comme excuse pour décliner l'alliance royale ? Et si oui, pourquoi refuser un tel honneur ? On ne pouvait trouver meilleur parti dans le Royaume que le Roi lui-même. Cela l'intrigua, et il se promit d'y revenir. Pour l'instant, il se devait de la détromper sur ses intentions.

- Les attraits de Sérénité vous flattent au contraire. N'est-elle pas la chair de votre chair ? dit-il d'un ton détaché.
C'était une manière bien détournée de louer sa beauté, mais elle saurait lire le sens de ses paroles. Il ne voulait pas passer pour un impudent. Qu'elle ait pu croire qu'il se servait d'elle pour atteindre sa fille était déjà bien suffisant. Il espérait avoir été assez clair pour la détourner de cette idée.

- Pourquoi refuser un mariage royal ? Vos désaccords avec Vainqueur en sont-ils la cause ? reprit-il, soudain plus sérieux.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Mer 4 Juin - 11:15

Chiara prit son air le plus mystérieux possible pour le plaisir de faire encore sourire et rire Vaillant. Il était si bon d’avoir enfin quelqu’un avec qui plaisanter. Raki n’en avait guère le temps ni l’envie ces derniers mois.

- Des espions en jupons, en pantalon et de toutes sortes. Je corresponds avec beaucoup de gens et écoute toujours avec une grande attention les confidences des uns et des autres. Non dans le but de leur nuire, je vous prie de me croire, mais si quelques-unes de ces informations peuvent aider un ami et le guider dans un choix capital, je n’aurai aucun scrupule.

Elle se fit plus sérieuse et le regarda bien en face.

- Le savoir, c’est le pouvoir, il y a bien longtemps que je l’ai compris. Voyez-vous, lorsque j’ai épousé Raki, je n’étais rien. Ce n’est qu’au fil des années, à force d’écrire et d’entretenir mes relations que j’ai pu devenir une Duchesse digne de ce nom et utile à mon époux comme à mes amis.

Elle était loyale, c’était un fait. Plus que la plupart de leurs contemporains. Et pourtant une force mystérieuse et dangereuse la poussait à se confier à un homme autre que celui qu’elle avait épousé. Comment ? Pourquoi ? Elle l’ignorait mais croyait en sa bonne Fortune et lui faisait confiance pour placer sur sa route les êtres qui avaient de l’importance.

- Mais rassurez-vous, reprit-elle avec un sourire taquin. Je ne sais rien sur vous qui implique un corset ou quoi que ce soit d’humiliant.

Elle rit encore avec légèreté, laissant ses pensées s’envoler et parcourir le livre de ses souvenirs. Elle savait qu’il fréquentait parfois les bordels, comme bien des hommes de la Cour, mais n’en était ni choquée ni surprise. Les hommes avaient cette faiblesse, notamment quand ils n’avaient pas de quoi les satisfaire chez eux. C’était dans l’ordre des choses. Par ailleurs, elle croyait savoir qu’il s’était assagi depuis son accident et cela ne lassait pas de l’intriguer. Mais le moment n’était pas encore venu de le pousser à des confidences aussi intimes. Il leur faudrait encore du temps et beaucoup d’amitié pour en arriver là. Elle n’oubliait pas qu’ils ne se connaissaient que depuis quelques heures à peine. Tout pouvait encore basculer s’ils ne se montraient pas prudents. Il revint alors sur Sérénité, la ramenant au présent et à ses rougissements de jeune fille. Par Eda qu’il était bon de plaire. Elle le récompensa d’un sourire avant de reprendre son sérieux une fois encore. Elle redevenait changeant et volage comme une adolescente et cela la faisait sourire intérieurement.

- Vainqueur poursuit sa propre voie, commença-t-elle prudemment. Je ne crois pas qu’il ait orchestré lui-même ce projet d’alliance mais il y voit certainement une manière de nous récompenser pour notre servilité tandis qu’il assoira ce balourd de Kesar Bonsergent sur le siège ducal de Rippon. Même si nous sommes venus négocier les termes de cette tutelle, le Duc et moi-même, nous ne nous faisons guère d’illusion. Sa Majesté aura le dernier mot. Cependant il est hors de question qu’il légitime son action en épousant ma fille. Ni qu’il puisse un jour revendiquer un quelconque droit dans la succession de mon époux.

Empourprée par une certaine colère cette fois, elle craignit d’être allée trop loin et leva un regard plus circonspect vers Vaillant. Elle avait développé une certaine forme de confiance en lui au cours de leur conversation mais restait prudente. Après tout, si elle espionnait le reste du monde en permanence, ne pouvait-on imaginer que quelqu’un lui rende la pareille ?
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Sam 7 Juin - 15:47

Bien qu'il n'en laissât rien paraître, la réponse de Chiara le troubla. Ainsi elle avait réellement des espions, en Cerf et ailleurs...? Il était sans doute naïf : elle était Duchesse après tout, même s'il avait tendance à l'oublier en chevauchant familièrement à ses côtés. Peut-être tous les gens de pouvoir se livraient-il à l'exercice. Il était bien connu que la Reine-Mère, la subtile Bienséance, avait des yeux et des oreilles partout. Il fallait croire qu'elle ne faisait pas exception...

Bien qu'à l'aise comme un poisson dans le milieu mondain, Vaillant se sentit soudain bien ignorant de la politique. Il jeta un coup d’œil en coin à Chiara. Peut-être pourrait-elle faire son éducation dans ce domaine ? Son idée de patronage sentimental n'était qu'une plaisanterie, un prétexte. Mais si elle acceptait sa compagnie, il aurait tout intérêt à la fréquenter. Car elle était, plus qu'une femme charmante, une femme puissante. Ne venait-elle pas de lui proposer de mettre son savoir à son profit ? A moins qu'elle ne se joue de lui et que cette entrevue n'ait pour but que de recueillir davantage d'informations. N'était-il pas suspect en soi qu'une femme de son rang flirte avec un estropié dans son genre ?

Pourtant elle lui faisait aussi des confidences.
- Lorsque j’ai épousé Raki, je n’étais rien, avait-elle dit.
Qu'entendait-elle par là ? Il voulut la questionner mais n'osa. Ils n'étaient pas encore assez proches... Même s'il décidait de lui faire confiance, il devait se montrer prudent. Il ravala sa curiosité et sourit à sa plaisanterie, avant que la conversation ne devienne plus sérieuse. La politique encore... il n'aurait jamais pensé que le sujet puisse être aussi intéressant.

L'alliance entre Vainqueur et Sérénité était à double tranchant, comprit-il en l'écoutant. Il n'avait vu que l'honneur accordé à la famille Lunabille et le pouvoir qu'ils pourraient en retirer. Elle y voyait plutôt une preuve et un moyen de domination, ainsi qu'une menace sur sa succession.
- N'est-ce pas votre fils qui héritera du Duché ? demanda-t-il, se sentant à nouveau bien naïf. Quels sont vos projets pour lui ?

Il tourna son regard vers Chiara et prit la mesure de sa colère. Elle n'était pas seulement inquiète : elle était en colère. Les Lunabille avaient-ils l'honneur chatouilleux, ou Vainqueur avait-il fauté lors de son opération en Rippon ? Car les mots de la Duchesse était durs, insoumis, et il était évident qu'elle se sentait humiliée par la tutelle imposée à son Duché. Vaillant ne pensait pas que le Roi assoirait Bonsergent sur le trône, à moins qu'il soit vraiment stupide. Etait-il vraiment stupide ? Son esprit se troubla alors qu'il sentait la compassion et l'indignation l'envahir. La Duchesse lui ouvrait les yeux et sa haine se sentait pousser des ailes nouvelles.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Lun 9 Juin - 17:37

Chiara hocha la tête lentement, le regard dans le vague.

- En effet, Songe est destiné à prendre un jour la tête du Duché de Rippon. Mais…

Mais quoi, au juste ? Elle ne pouvait tout de même pas expliquer au jeune homme que ses beaux-parents lui avaient retiré son fils des années durant pour l’élever eux-mêmes. Ils l’avaient estimée si incapable qu’ils ne lui avaient pas fait confiance pour éduquer son propre fils qu’elle aimait pourtant plus que la vie elle-même. Ils l’avaient forcée à se contenter de Sérénité, comme si elle n’était bonne qu’à apprendre les bonnes manières à une demoiselle récalcitrante. Par El qu’elle les haïssait ces vieux croûtons ! Elle serra les dents et son cheval tressaillit, sentant la soudaine tension qui l’avait traversée. Elle se força à se calmer, respirant lentement par le nez, et se composa un visage neutre et serein pour reprendre comme si de rien n’était.

- Songe n’a que quatorze ans et il est bien loin de prendre toute la mesure de ce qu’on attend d’un Duc. Il a vécu retiré du monde fort longtemps. Je sais qu’il fait beaucoup d’efforts mais il a encore un long chemin à faire et beaucoup à apprendre avant de pouvoir prétendre hériter véritablement le siège ducal de Raki.

Elle avait parlé lentement, pesant chaque mot avec soin, se confiant réellement et sincèrement à Vaillant mais sans pour autant trahir de secret ou mettre à mal l’image de son fils. Le fait est qu’elle eut du se battre pour l’appeler Brave ou Hardi comme elle en avait eu l’intention. Mais quatorze années plus tôt, elle était encore jeune, elle n’avait pas autant d’assurance qu’aujourd’hui. Quand elle avait compris que Raki ne la soutiendrait pas dans sa lutte contre ses parents, elle avait baissé les bras, désespérée de se trouver seule. Elle le regretterait toujours et faisait tout ce qu’elle pouvait à présent pour se faire pardonner cet abandon à son fils.

- Sérénité reste l’aînée. Si Songe était incapable de reprendre les rênes du Duché à la mort de Raki, l’époux de sa sœur aurait le droit de prétendre à la succession. Par ailleurs, je n’oublie pas non plus que Songe pourrait tout simplement renoncer. Il n’est pas d’un caractère particulièrement ambitieux et s’il décidait qu’il était plus heureux ailleurs qu’à Castelorme, je ne saurais le contraindre à une vie qui ne lui convient pas. C’est peut-être là une faiblesse de ma part, je le reconnais.

Elle leva un regard un peu penaud vers le beau visage de Vaillant, souriant malgré tout. Elle lui avait fait ce nouvel aveu avec une facilité déconcertante qui ne lassait pas de la surprendre. C’était plaisant également. Le front rosi, elle baissa les yeux en lui confiant une dernière chose.

- Je n’ai jamais cessé d’espérer qu’un troisième enfant verrait le jour chez nous, avoua-t-elle d’une voix plus basse et un peu hésitante.

C’était là un sujet très intime, mais après tout, n’avait-elle pas décidé de se laisser porter par son instinct dans cette relation naissante avec le jeune Fructurive ?
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Lun 9 Juin - 19:03

La Duchesse avait l'air inquiète jusqu'au pessimisme. Malgré ses paroles mesurées, elle n'avait pas l'air de tenir son fils Songe en très haute estime. L'héritier était encore un enfant, il n'était pas à la hauteur de ses futures responsabilités : défaut d'éducation ou rébellion contre celle-ci, cela, Vaillant l'ignorait. Il y avait du laxisme d'un côté ou de l'autre, et il s'étonna de la résignation de Chiara : elle avouait être prête à laisser son fils délaisser le trône du Duché pour suivre ses aspirations personnelles. Une faiblesse qu'elle reconnaissait elle-même.

En cet instant, elle lui apparut plus femme que Duchesse. Et lui fit penser à nouveau à sa propre mère : un exemple, également, d'amour maternel. Mais sa mère n'aurait jamais laissé ses fils dévier de la voie que leur rang de naissance leur avait tracée. A quatorze ans, son frère Juste savait qu'il serait amené à gérer le domaine familial, et faisait déjà un intendant tout à fait respectable. Voué à l'épée, lui-même fréquentait assidûment l'entraînement, assimilait tactique et techniques. Quant à Fidèle, son frère puîné, il récitait déjà par cœur tous les préceptes d'Eda. L'âge n'était pas un obstacle quand le cœur y était ; mais il se garda bien d'en faire la remarque.

- Je n’ai jamais cessé d’espérer qu’un troisième enfant verrait le jour chez nous, finit-elle dans un souffle, et il la dévisagea.
Il n'était sans doute pas trop tard, quoiqu'il n'en savait rien. Quel âge avait-elle ? Il ne pouvait se livrer qu'à des suppositions, et savait par on-dit qu'il pouvait être dangereux pour les femmes d'accoucher tardivement. Il n'était ni savant ni légitime à se prononcer dans ce domaine. Pire, le sujet le mettait mal à l'aise. Pour autant, il ne voulut pas garder le silence. Il sentait qu'elle était inquiète et triste, et voulut la réconforter.

- On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise, dit-il avec un sourire, en tâchant de ne pas imaginer Chiara enceinte. Pour une raison qu'il ignorait, cette image ne lui plaisait pas du tout.
- Voyez la Duchesse Mésange.
Il réfléchit un instant. Le parallèle n'était pas insultant : on avait là deux femmes de haut rang, de belle apparence et d'âge équivalent. Même si Mésange paraissait bien fade en comparaison de la flamboyante Lunabille...

- Qui l'eût cru, entre vous et moi ? ajouta-t-il avec un regard complice.
Il espérait guider l'échange sur le chemin plus léger de la médisance. Il y avait fort à dire sur le couple ducal de Béarns, aussi mal-assorti que Chiara et Raki faisaient la paire. Mésange et son esprit volatil, Glace chaleureux à faire geler l'oiseau sur la branche. Et pourtant, après toutes ces années, ils attendaient un heureux événement. De l'enfant à naître, ses pensées glissèrent vers Acuité, et il se demanda quelle serait sa place dans la succession, si un mâle voyait le jour.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Mar 24 Juin - 23:00

La taquinerie et le regard complice de Vaillant produisirent leur petit effet sur Chiara qui éclata d’un rire léger et chaleureux. Alors qu’elle était sur le point de se laisser aller à la mélancolie, le jeune homme avait su trouver les mots justes pour retourner la situation et lui rendre sa belle humeur.

- Certes ! S’il m’est permis de faire preuve d’irrévérence envers mes pairs, alors je puis vous confier que je n’aurais jamais cru Glace et Mésange capable d’une telle chose !

Elle rit encore de bon cœur, se sentant à présent plus légère, à nouveau plus jeune, d’humeur taquine, même.

- Il se dit que cette grossesse inopinée a quelque peu rapproché les heureux parents. Mais je m’interroge cependant : croyez-vous que Glace perde un peu de cette froide hauteur dans l’intimité ? Par Eda, je frissonne rien que de l’imaginer se montrer chaleureux, ce doit être fort déconcertant, en vérité. Terrifiant, même !

Depuis combien de temps n’avait-elle pas plaisanté ainsi ? Elle avait toujours eu l’esprit porté à se moquer des uns ou des autres sans méchanceté, comme d’elle-même. Mais elle avait toujours gardé tout cela pour elle, craignant trop d’ébrécher son image de perfection. Avec Vaillant, les choses semblaient différentes, plus aisées. Une fois encore, elle ne put s’empêcher de comparer cette relation naissante à celle qu’elle avait connue il y a bien des années avec Raki. Pour la deuxième fois, elle se permit un geste vers lui et sa main se posa sur son bras avec une douceur inhabituelle. Son rire avait laissé place à un sourire chaleureux.

- Vous êtes un compagnon de tout premier ordre, jeune Fructurive. Vous égayez ma journée. Je vous en remercie sincèrement.

Cette fois pourtant, elle ne retira pas sa main mais resta penchée sur sa selle vers celui qui avait animé ainsi sa promenade et amené un joli rose sur ses joues.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Ven 4 Juil - 23:29

Vaillant commença à imaginer Mésange et Glace "dans l'intimité" de manière très précise, oscillant entre le dégoût et l'amusement. Il choisit finalement d'en rire, comme la Duchesse, et osa un jeu de mot facile mais non dénué de vérité :
- Tout homme peut fondre quand sa compagne sait s'y prendre...

Il tourna ses regards vers elle, mutin, lorsqu'elle posa sa main sur son bras pour la seconde fois. Et l'y laissa sans ambiguïté possible. C'est tout son corps qui était penché vers le sien, alors qu'elle le complimentait.

Il eut un mouvement spontané. On eût cru que sa main allait se poser sur la joue de Chiara, mais elle bifurqua à la dernière seconde et se referma sur une mèche de cheveux volante qui tombait en arabesques. Elle glissa jusqu'à la pointe puis rejoignit les rênes. Aussi rapide soit-il, le geste était inapproprié et Vaillant fixa son regard sur l'horizon pour tempérer ses espérances.

- Je crains que vous ne changiez d'avis une fois que je serai descendu de cheval, Madame, dit-il d'une voix un peu rauque, s'infligeant à lui-même une douche froide.
Les choses prenaient un tour un peu trop idyllique et il comptait sur son handicap pour le rappeller à la réalité.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   Jeu 10 Juil - 0:31

Troublée au-delà des mots, les joues empourprées, Chiara se perdit un instant dans les yeux de Vaillant alors que sa main approchait de son visage. Le cœur battant, elle crut qu’il allait… Mais non. Il ne pouvait pas. Et elle ne pouvait pas se permettre ni de désirer ces gestes ni d’espérer que le jeune homme y pense de la même manière qu’elle. Non, c’était par trop risqué ! Cependant…

Elle baissa les yeux en même temps que les doigts du jeune homme glissaient le long de sa boucle de cheveux mais n’osa les relever que lorsqu’il s’efforça de les ramener sur terre tous deux par ses paroles dures. Car elle savait bien ce qu’il essayait de faire et d’une certaine manière, elle lui en était reconnaissante car ils ne pouvaient se laisser aller. Pas ici, pas maintenant. Il y avait bien trop d’oreilles et d’yeux indiscrets partout.

Pressant brièvement son bras, elle en retira ensuite sa main mais sans se presser alors qu’un sourire chaleureux revenait éclairer son visage. Ses yeux retrouvèrent ceux du jeune homme, alors et sa voix se fit douce et basse.

- Ne me mésestimez pas, Monseigneur, je connais votre valeur.

Elle acheva de se redresser et rassembla posément ses rênes, retrouvant plus de dignité et l’allure qui seyait à une dame. Il fallait mettre fin à cet interlude avant que de s’égarer. Il avait mille fois raison et elle lui en était reconnaissante.

- Retournons, voulez-vous ? Je suis lasse de ce vent, badina-t-elle.

Sans savoir si elle était déçue ou soulagée, elle tourna bride et attendit qu’il en fit de même pour reprendre leur avancée paisible, en direction de Castelcerf cette fois.

- J’espère que vous me rendrez visite à présent, et que nous renouvellerons souvent ce plaisir de partager une chevauchée.

Plus que sincère, elle était un peu inquiète. Parce qu’elle était nettement plus âgée, parce qu’elle éprouvait des désirs interdits, parce que tout cela semblait aussi fou qu’incertain.
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MessageSujet: Re: À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]   

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À CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE [DÉCEMBRE 09]

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