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 Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]

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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 25 Oct - 14:47

La jeune mère s’empressa de corriger l’assassin et les fausses informations qu’il lui avait été données par Jordken.  L’homme lui avait pourtant assuré qu’elle vivait chez eux mais c’était en réalité pour mieux la protéger, mais de quoi ? De lui ? Que risquait-elle si Kex savait qu’elle vivait en retrait, seule dans une maison dans la forêt ? Le jeune homme n’en savait rien mais il trouvait cela curieux en un sens et s’empresserait de demander des éclaircissements à propos de cela. Il acquiesça alors à son invitation et déclara qu’il viendrait lui rendre visite en début d’après-midi. Sur ces politesses, il la laissa s’en aller et termina ses occupations avec les oiseaux. Il retourna d’ailleurs inspecter la blessure de l’animal qu’il soignait avant qu’elle ne vienne le détourner de ses obligations et fut satisfait du résultat. A son tour, il quitta les tentes qui abritaient les bêtes.

En chemin vers la minuscule cabane où il avait élu domicile, Kex observa l’oiseau qui devait lui faire office de repas pour le soir. Il trouvait que le préparer –déplumer, couper la tête et vider l’animal- pour une seule personne représentait un travail bien trop long et compliqué et la motivation lui manquait. Aussi donna-t-il la prise à une famille qui s’en contenterait bien plus que lui. Le soir, il se contenta d’une soupe qu’il réchauffa et, bien qu’il se coucha tôt, eut grande peine à trouver le sommeil. Des images de sa mère revinrent sans cesse s’imposer à lui, le tourmentant au point qu’il préféra se préparer une potion pour dormir à poings fermés, sans qu’aucune pensée ne vienne lui gâcher le sommeil.

*

A l’heure prévue, Kex s’aventura dans la forêt, se dirigeant vers la maison d’été de l’époux de l’Oblat. Il connaissait un raccourci qui coupait à travers bois mais cela aurait pu paraître étrange à la jeune femme qu’il n’arrive pas par le sentier principal si elle épiait son arrivée. En avançant dans la neige, il se demandait bien d’ailleurs pour quelle raison elle pourrait scrutait à la fenêtre en l’attendant. Souhaitait-il qu’elle soit impatiente de le voir ? Curieusement, il sentait son estomac noué à l’idée de se trouver à nouveau en sa compagnie. L’assassin mit cela sur le compte des souvenirs qu’elle ravivait chez lui et de la douleur qu’il se remémorait. La voir, douce et gentille avec son enfant était une réelle épreuve et il espérait vraiment que le nourrisson soit endormi hors de sa vue. La considérer comme une simple femme qui travaillait le bois était bien plus aisé que la vision de cette mère aimante qu’elle lui imposait malgré elle.

Légèrement tendu, le jeune hommr arriva finalement jusqu’à la maison de bois, où il frappa à la porte sans faire trop de bruit pour ne pas déranger l’enfant s’il dormait.

C’est Kex, murmura-t-il un peu plus fort pour qu’elle l’entende. Lorsqu'elle lui ouvrit et qu'il découvrit son visage, un sourire s'étira sur ses lèvres alors qu'il se faufilait à l'intérieur pour éviter que le froid n'entre avec lui.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 25 Oct - 16:54

Après l'avoir remercié, Acuité avait pris le chemin qui la ramènerait jusqu'à la cabane de Jordken.
Le reste de sa journée s'était déroulée sans nouvelle visite et elle avait concentré ses actes essentiellement aux soins de Espoir et à la préparation du bois pour l'arc.
Elle avait pris le temps de se réchauffer correctement, autour d'un thé qu'elle n'avait pas mis longtemps à concocter.
Jordken avait du passer, le feu dans l'âtre était encore vif et une douce chaleur régnait dans le cabanon.
Elle avait placé Espoir dans son berceau, dans la petite pièce annexe où elle-même dormait puis avait longuement observé la branche, sous toutes les coutures. Observant la courbure naturelle du bois pour mieux le travailler.
Un sourire s'était alors dessiné sur son visage au souvenir de ce moment partagé avec le soigneur.
Il était prévenant et semblait posséder des valeurs identiques aux siennes, aussi, elle espéra qu'ils deviendraient bons amis.
Elle mit une large marmite d'eau à bouillir et pendant ce temps, retira l'écorce de l'arbre avant de le tailler pour lui donner sa taille maximale.
Enfin, elle le fit tremper quelques heures d'un côté puis de l'autre avant de le laisser sécher au dessus de l'âtre, s'assurant qu'il se plie dans l'axe souhaité.
Entre temps, Espoir avait eu droit à de nombreuses tétées, mais la ballade au grand air du matin avait eu rapidement raison du bébé qui s'était endormi à de nombreuses reprises.
Acuité elle-même avait aisément succombé à la fatigue le soir même et s'était endormi la tête pleine d'images dans lesquelles un homme au visage inconnu prenait soin d'elle et la chérissait plus que de raison.
Quelque part, elle redevenait la jeune femme plein de rêves d'aventure et de passion, cette même jeune femme qui avait été écrasée, formatée par l'éducation de son père mais qui au fond d'elle, avait survécu dans l'attente qu'un jour, elle puisse refaire surface.

*

Le lendemain matin, les cris de Espoir l'avaient réveillée en sursaut. Elle s'était redressée et l'espace d'un instant, son esprit avait flotté dans le vide avant de la ramener à la dure réalité qui était à présent son quotidien.
La fuite des Duchés, sa participation à la Guerre, son abandon de Shyrin, la torture, les cris, l'odeur du sang et de sa propre peur, la naissance d'Espoir, Brun...
Elle laissa couler quelques larmes avant de se lever et de prendre son enfant dans ses bras. Immédiatement, il chercha son sein et le pris en bouche, effaçant ainsi sa faim. Elle resta quelques instants, le regard dans le vide, se demandant si au final, elle avait bien fait. Elle aurait pu rentrer à Castercelf mais...non, tout aurait été bien trop compliqué.
Son regard dévia sur la chevelure brune contre sa poitrine et elle compris qu'elle n'avait pas d'autre solution.
Elle se leva alors, portant le bébé et se présenta dans la pièce à vivre. De sa main libre, elle raviva le feu et tomba nez à nez avec le bout de bois, destiné à devenir un arc.
Kex viendrait aujourd'hui et elle était pleine de doutes. Avait-elle bien fait de l'inviter ? N'était-ce pas inconvenant de rester avec un homme pour plusieurs heures, seuls dans une maisonnée ?
Dans les Duchés elle aurait eu un chaperon, mais ici, les traditions différaient. Elle soupira ne sachant vers qui se tourner pour comprendre ce qu'elle devait ou ne pas faire.
Rester naturelle ? Oui mais...et si elle disait quelque chose de mal ? Et si...si il interprétait ses propos ou ses moindres faits et gestes ?
Et la matinée se déroula ainsi, la jeune femme oscillait entre interrogations et gestion de son enfant.
Lorsque l'on frappa à la porte, elle tressaillit et resta un moment immobile à fixer la porte.
Et puis, reprenant sa respiration lorsqu'elle entendit sa voix, elle vint rapidement l'ouvrir. Espoir dormait et elle se retrouva seule nez à nez avec l'homme, mais lorsqu'il lui sourit, son expression trouva immédiatement un écho en elle. Elle le laissa ensuite passer, préférant mettre de l'eau à chauffer pour lui offrir une tasse d'un thé brûlant autant que pour masquer ses joues roses qui n'étaient pas liées qu'au froid.
Elle se sentait perdue, et ne savait pas par quoi commencer. Son regard se perdit sur le bois, toujours en hauteur et elle finit par se tourner vers le soigneur :

- J'ai retiré l'écorce et ébouillanté le bois. Il sèche depuis hier, nous allons pouvoir le tailler et...et...je ne vous ai même pas demandé comment vous allez...


Par Eda qu'elle se trouvait sotte et insipide...Ses mains tortillaient le bout de tissu faisant office de tablier devant elle tandis qu'elle regardait Kex, lui demandant en silence de faire preuve d'un peu de compassion à son égard et surtout, de beaucoup de tolérance.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 25 Oct - 18:08

L’assassin était entré dans la maisonnée après y avoir été invité. Un feu brûlait dans l’âtre et réchauffé la pièce. Alisel ne portait pas l’enfant dans ses bras et il ne le vit ou ne l’entendit pas. Son bébé devait dormir dans la pièce voisine, songea-t-il en observant la jeune femme mettre de l’eau à chauffer. Il s’agissait déjà de ça en moins à devoir gérer, cette vision d’une mère aimante lui rappelant douloureusement sa propre mère. Au-dessus du foyer, son se perdit sur un morceau de bois légèrement courbé. La jeune femme s’était déjà attelée au travail la veille comme elle lui en fit part. Il ne s’agissait pas de tâches complexes, mais il aurait bien apprécié y assister. C’était un savoir-faire qu’il ne lui était connu qu’en théorie, et dans bien des domaines qui lui avaient été enseignés, il manquait cruellement de pratique.

Alisel s’excusa alors de ne pas avoir pris de ses nouvelles, ce qui l’étonna car lui non plus, il n’y avait pas pris attention. Sociabiliser avec les gens, il ne savait pas non plus. Aussi, un simple bonjour suffisait généralement pour qu’il lui soit demandé de soigner telle personne ou de vérifier l’était de tel animal. Il n’en fit donc pas grand état et ne prit même pas la peine de l’excuser. Il lui répondit simplement.

Je vais bien, merci. Et vous ? fit-il en s’approchant du bois pour constater de quelle manière la jeune femme aux boucles blondes lui avait déjà imposé une courbure particulière pour pouvoir en faire un arc très prochainement. Vous allez le tailler plutôt. Je ne tiens pas à abîmer le bois et devoir grimper à nouveau pour vous en récupérer un autre morceau, déclara-t-il en faisant référence à la chute qu’il avait essayé de feinter mais qui avait bien failli lui coûter bien plus qu’une petite égratignure. D’ailleurs, Kex s’empressa de la rassurer, il ne lui reprochait rien et il avait fait lui-même le choix de grimper dans cet arbre. La responsabilité lui incombait à lui seul.

Avez-vous procédé d’une façon particulière pour retirer l’écorce ? s’enquit-il dans un premier temps. Les écrits qu’il avait lus ne faisaient état d’aucune manière précise mais les maîtres couchaient rarement leur savoir sur un papier. Les plus talentueux des artisans conservaient jalousement leurs secrets et cela expliquait en grande partie leur succès. Alisel, qui avait été une archère dans une autre vie, savait peut-être quelque chose à ce sujet, pensa-t-il.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 25 Oct - 19:27

Acuité sourit aux propos de Kex concernant sa volonté de ne pas abîmer le bois. Elle ne se souvenait que trop bien comment il avait faillit chuter de l'arbre la veille et comment cela aurait pu être pire qu'une simple égratignure. Elle se retint cependant de lui demander des nouvelles de la blessure, jugeant que s'il n'en parlait pas, c'était soit par pudeur soit par manque d'intérêt.

- Je vais bien merci, répondit-elle à son tour.

Elle attrapa le morceau de bois et le posa sur la table juste après qu'il lui posa la question sur la technique de retirer l'écorce. Elle comprit immédiatement qu'il aurait souhaité qu'elle l'attende. Elle ne portait pas son prénom pour rien, son instinct avait toujours été bon.
Elle se mordit la lèvre un moment et leur servit deux tasses de thé brûlant avant de reprendre :

- Installez vous à table et attendez moi ici.

Et sans attendre de réponse, elle sortit rapidement sans prendre la peine de se couvrir d'un manteau. A quelques mètres de la maisonnette, elle trouva un arbre dont les feuilles l'avaient quitté depuis longtemps. Pourtant, le bois était encore vivace et s'apprêtait à passer l'hiver. A l'aide de sa botte et de ses deux mains, elle arracha une branche. Peu lui importait la taille, il lui suffisait d'avoir de l'écorce.
Elle se précipita à l'intérieur de la maison et referma derrière elle en tapant ses bottes sur le sol pour les débarrasser de la neige. Les joues et le bout du nez roses, ses cheveux lâches en pagaille coiffés par le vent, elle posa le nouveau bout de bois sur la table avec un sourire et s'installa à côté du soigneur.

- Vous voyez ? reprit-elle en lui montrant l'extrémité de la branche du bout du doigt. Le bois est vert alors l'écorce sera difficile à retirer. Si l'on veut se faciliter la tache, il suffit de lui faire prendre un bain bouillant pendant quelques heures, parfois moins, cela dépend de l'essence de bois. Pour ma part, j'aime travailler le noisetier qui est plus tendre et demande moins d'effort.

Elle se leva pour placer une nouvelle marmite d'eau à chauffer avant de remarquer que ses doigts étaient abîmes par la coupe de la dernière branche. Elle avait renoncé depuis longtemps à posséder des mains de Duchesse, peu encline à travailler la broderie de toute façon, ni même le chant.

- Je vais vous apprendre à le faire, ajouta-t-elle simplement depuis l'âtre. J'avais pris de l'avance hier soir parce que je souhaitais gagner du temps pour éviter de vous en faire perdre...je ..je n'avais pas réalisé alors...
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 25 Oct - 22:57

Le jeune homme resta un moment abasourdi lorsqu’elle lui servit une tasse de thé brûlant et lui ordonna de s’asseoir avant de filer au dehors dans un coup de vent. Kex la regarda disparaître les yeux ébahis, lui laissant son enfant pour un temps bien court mais qui lui sembla durer une éternité. La crainte de devoir gérer le nourrisson accéléra son pouls et lorsqu’elle reparut, quelques instants seulement après être sortie, il ressentit un profond soulagement. Il lâcha même un léger soupire malgré lui. Kex posa ses yeux sur son visage aux joues et au nez rosis par le froid. Cela mettait en valeur son teint et les boucles décoiffées de ses cheveux.

Sans perdre une seconde, elle s’approcha et désigna le bois qu’elle était allée récupérer. Le bois vivait encore, c’était ce qu’elle voulait dire. Un bois sec, mort, était ainsi plus facile à façonner en conclut-il. Elle employa un vocabulaire clair et précis qui attestait d’une certaine maîtrise dans l’art de fabriquer un arc. Kex était toujours fasciné par ces personnes qui parlaient avec passion de quelque chose qu’elles aimaient. Peu importait le domaine, il pouvait les écouter des heures. Alisel le considéra comme un néophyte et précisa pourquoi elle préférait tel bois à un autre et il hochait silencieusement la tête pour ne pas la couper dans ses explications mais pour lui signifier qu’il comprenait. L’assassin la suivit alors du regard, poser une nouvelle marmite d’eau à chauffer puis lui déclarait qu’elle allait lui montrer comment faire.

Elle balbutia alors une excuse et il la coupa net. Pourquoi vous pensez ça ? J’ai accepté de vous voir travailler le bois, c’est que j’avais du temps pour cela et que cela pouvait m’intéresser. C’est moi qui devrais m’excuser de vous déranger chez vous, je crois…

Le jeune homme avait encore les mains glacées à cause du froid qui enveloppait les montagnes depuis quelques temps. Il plaça ses mains autour de la tasse de thé qu’elle lui avait servi pour les réchauffer. Merci pour le thé, fit-il simplement avant de prendre, donc, pendant que l’eau chauffe, vous allez tailler le bois… pas avec ces mains j’espère ! s’exclama-t-il en lui découvrant des doigts meurtris par le travail de la veille lorsqu’elle se saisit de la tasse. Comme elle l’avait fait la veille, il s’empara de sa main pour examiner les meurtrissures puis s’interrompit, comme figé dans le temps. Kex déglutit alors, se rendant compte de son geste déplacé et lâcha promptement sa main et fit mine de fouiller sa besace à la recherche d’une pommade. Il finit par la trouver et la tendit à la jeune femme en regardant dans sa direction mais sans poser ses yeux sur elle, gêné. Au moins pour éviter que cela ne s’infecte…
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 26 Oct - 22:12

Penchée en avant vers l'âtre, Acuité n'eut pas le temps d'achever ses excuses que Kex la coupa net. Elle se redressa lentement face à ces paroles qu'elle jugea dures et dont elle ne comprit pas la fin. Était-il entrain de s'excuser à son tour ou bien, avait-elle fait quelque chose de mal ?
Machinalement, elle essuya ses mains sur son tablier et revint à table. Elle s'installa devant sa tasse et entoura le grès de ses doigts fins.
Il la remercia pour le thé et elle eut un mouvement de tête indiquant que ce n'était rien car elle trouvait cela normal.
Habituée aux climats froids, elle connaissait le bien-être procuré par une simple tasse de thé après un trajets à l'extérieur sous la neige.
Un sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'il énonça la suite de ce qui les attendait, mais s'effaça tout aussi rapidement alors qu'il lui saisissait sa main avec enthousiasme.
Elle le fixa un moment, surprise et terriblement gênée. Ses joues s'empourprèrent instantanément mais pour autant, elle ne retira pas sa main qu'il tenait entre ses doigts et qui lui paraissait si petite en comparaison.
Un silence s'installa tout comme le temps sembla se figer face aux deux personnes qui paraissaient aussi surprises l'une comme l'autre.
Par Eda...on ne lui avait jamais pris la main ainsi. Ce contact l’électrisa autant qu'il lui fit peur et elle détourna le regard tandis qu'il la relâchait. Ses yeux se posèrent alors sur le bout de bois vert trônant sur la table, il ne dévièrent que lorsqu'ils perçurent le mouvement du Soigneur qui lui tendait la petite boite de bois. Elle comprit qu'il s'agissait d'une pommade et la saisit entre ses doigts en prenant soin de ne pas le toucher à nouveau.

- Merci, balbutia-t-elle. Je m'en servirais après.

Pour gagner un peu de temps afin de se remettre, elle se leva à nouveau, saisit le bois vert et alla le plonger dans la marmite. En contrepartie, elle revint s'installer avec le futur arc qu'elle posa sur la table et sorti de la poche de son tablier un petit nécessaire d'outils, soigneusement enroulés dans un tissu brun.

- Comme vous pouvez le voir, commença-t-elle en glissant son doigt sur la longueur, j'ai accentué la courbure naturelle du bois. Cela me permettra de ne pas aller à l'encontre de sa forme d'origine et l'arc sera alors plus solide malgré les tensions répétées de la corde.

Elle prit en main un couteau à la lame assez large, presque carrée et dont l'un des côtés paraissait très tranchant. Là, elle commença à retirer, copeau après copeau la matière qu'elle ne souhaitait pas garder. Elle travaillait assez lentement ne l'ayant pas fait depuis longtemps et surtout sans se soucier de égratignures qu'elle ajoutait à celles, déjà présentes, ni même au sang qui commençait à poindre sur la pulpe de son pouce tandis qu'elle poussait le petit couteau à creuser toujours plus loin, toujours plus profond.
Concentrée sur sa tache, la présence de Kex n'était pas une gêne et elle s'absorba dans ses gestes, caressant de temps à autres, la courbure plus prononcée que le bois prenait sous ses coups.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mar 27 Oct - 22:43

Le contact inattendu entre eux deux avait instauré une atmosphère étrange dans la pièce, pesante et ils étaient tous les deux mal à l’aise. Il s’agissait de quelque chose d’anodin, mais qui prenait des proportions démesurées pour deux personnes qui semblaient souffrir affreusement de leur isolation sentimentale, volontaire pour l’une, inconscient pour l’autre. Cela avait peut-être ravivé ou allumé quelque chose au plus profond de leur être. Ou bien s’agissait-il plus simplement d’une gêne à l’idée d’avoir eu un mouvement déplacé envers une femme presque inconnue, un geste inopportun et qui demandait bien plus de proximité qu’il n’y paraissait. Le salut vint d’Alisel, qui se leva pour éviter son regard et que le tumulte qui l’habitait puisse se calmer. Le jeune homme prit un profond soupir qu’il s’efforça de faire aussi inaudible qu’il était possible.

Elle ne s’éloigna de lui qu’un bref instant, mais ce fut suffisant pour qu’il reprenne son calme et contenance pour la leçon qu’elle allait lui dispenser. Elle semblait parfaitement équipée pour la réalisation de l’arc et, à la voir ainsi caresser le bois qu’elle allait sculpter, l’étrangère lui donna l’impression de se lancer amoureusement dans son travail. Kex l’écouta religieusement expliquer le but du procédé qui visait à donner une courbe au bois afin de le renforcer pour les tensions qu’il subirait alors.

Alisel débuta alors la taille de l’arc en usant d’une lame qui meurtrissait autant ses doigts que le bois qu’elle coupait. L’assassin grimaça en la voyant s’affairer jusqu’au sang pour parvenir à ses fins. Nul besoin de la reprendre en lui indiquant qu’un gant lui éviterait de ses blesser. Elle et lui savaient que la protection ôterait tout sens du toucher et risquerait d’aboutir à un coup de lame de trop et gaspillerait le bois –même s’ils en disposaient en quantité-. La jeune mère ne semblait pas en souffrir, l’esprit accaparé par ses gestes précis. Elle n’éviterait toutefois pas les douleurs une fois la concentration retombée et il lui rappellerait d’user de la pommade sans attendre. Mais pour l’instant, elle seule et le bois existaient. Kex avait l’impression d’être invisible, ce qui, eu égard à leur petit incident juste avant, ne le dérangeait guère.

Elle continua ainsi quelques minutes qui lui parurent passer bien vite. Il existait une sorte de magie qui parvenait à captiver l’attention des enfants comme des adultes lorsqu’une personne montrait son talent. Une atmosphère intime s’instaurait alors entre l’artisan et la matière qu’il travaillait, et rien ne pouvait la troubler. Lorsqu’elle eut terminé –ou que Kex le jugea à en voir son attitude-, il la gratifia de félicitations.

C’était… fit-il, hésitant, assez prenant. Et vous ne semblez pas à votre coup d’essai. Il vous a fallu longtemps avant de maîtriser ça ? Je ne pensais pas que les chasseurs fabriquaient leur propre arc.

Pour le coup, il s’attendait à ce qu’elle lui montre et qu’il soit forcé d’essayer avec l’autre morceau et qu’il risque de se ridiculiser. Manier un couteau, il savait, du moins, il pensait savoir, mais pas forcément pour tailer un morceau de bois. Il avait un toucher délicat, pour soigner les bêtes, pas pour un travail aussi méticuleux et précis.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mer 28 Oct - 21:23

Acuité finit par stopper ses gestes, comme si elle avait besoin de reprendre son souffle. Elle était si concentrée sur sa tache, si absorbée par ses mouvements qu'elle avait l'impression parfois, d'oublier de respirer.
Lorsque la voix de Kex lui parvint jusqu'aux oreilles, elle papillonna des yeux, légèrement surprise par sa présence et tourna un visage comme à peine éveillé vers lui.
Il la complimenta sur son travail et automatiquement elle sentit la chaleur lui monter aux joues. On ne l'avait jamais complimenté à ce sujet et pour cause, elle n'avait jamais fabriqué son arc devant quiconque et pour couronner le coup, elle ne l'avait fait qu'une fois de nombreuses années auparavant.

- Je ne suis pas chasseuse à proprement parler...répondit-elle doucement, je suis une archère. Et pour être tout à fait honnête avec vous, ce n'est que la deuxième fois que je fabrique un arc. Je n'ai certes pas le savoir-faire d'un armurier, mais...mon arc à simplement besoin d'être opérationnel.

Inutile de préciser que l'arc qu'elle avait jadis fabriqué ne lui avait pas servi longtemps. Son père lui avait alors offert une arme véritable, jugeant peut-être que sa fille méritait mieux qu'un bout de bois incurvé sculpté par ses mains de pré-adolescente. Elle mettait aujourd'hui en oeuvre une pratique dont elle ne connaissait qu'une théorie précaire dont les souvenirs dataient de plusieurs années. Certes elle n'arriverait jamais à la cheville de l'artisan qui avait fabriqué son arc blanc. Véritable oeuvre d'art et cadeau de Brun, la jeune femme voyait en la perte de ce présent la fin de cette relation. Même si elle avait été à sens unique.

Sans effacer son sourire, elle reposa le bois et le couteau et retourna près de l'âtre. Armée d'une large pince utilisée pour replacer les bûches, elle ramena sur la table le bout de bois fumant qu'elle déposa face à Kex.
De sa trousse en tissu, elle sortit un petit couteau à la lame très fine et très coupante.

- A vous de jouer. Vous entaillez l'écorce ici vous voyez ? (elle lui montra du bout du doigt le haut de la pièce de bois) A ce niveau on peut voir la différence entre l'écorce et le coeur. Glissez y la lame et fendez l'écorce sur la longueur. Ne vous brûlez pas !

S'il y allait en douceur, l'écorce suivrait d'elle-même en un seul morceau.
Ses doigts abîmées s'enroulèrent autour de la tasse de thé et elle en bu une gorgée en couvant le soigneur du regard derrière le grès.
Elle ne doutait pas un seul instant de sa réussite. L'homme semblait méticuleux et soigné dans sa tache et elle s'apprêtait avec un plaisir non feint à le voir oeuvre sous ses yeux.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Ven 30 Oct - 12:21

La jeune femme lui révéla finalement le métier qu’elle exerçait avant d’arriver dans les Montagnes. Elle était archère, comme il le savait déjà, mais il était parvenu à ce que soit elle qui lui donne cette information. Il s’agissait là d’une petite victoire pour lui car il était parvenu à orienter leur échange pour qu’elle se découvre davantage à lui. Du moins, c’était ce qu’il aurait voulu prétendre mais en réalité, il n’avait aucune arrière-pensée, aucune envie de mettre à l’épreuve ses compétences. Il échangeait, simplement, avec une femme qui était originaire des Duchés, et avec laquelle il partageait un moment privilégié, loin de son rôle d’assassin qu’il avait laissé en partant de chez lui ce matin-là. La simplicité de leur interaction était rafraîchissante, et qu’il parle le même langage avait fait tombé une barrière qui était épaisse avec le peuple des Montagnes malgré leur caractère avenant mais dont il se rendait à présent compte de l’existence.

Alisel avoua également son manque de pratique dans la fabrication de l’arc, alors que le jeune homme semblait plutôt convaincu d’un certain savoir-faire qui officiait devant ses yeux. Comme elle l’expliqua à juste titre, il fallait simplement qu’il soit fonctionnel, et pas forcément rutilant et parfaitement ouvragé. Elle avait raison et il acquiesça de la tête. Il restait pourtant persuadé de son aptitude et que la jeune femme avait un certain talent à travailler le bois.

Ce fut alors son tour, elle récupéra le bois et lui expliqua précisément ce que le jeune homme devait faire pour débarrasser le bois de son écorce afin de le mettre à nu dans l’optique de le tailler dans un deuxième temps, comme elle venait de lui en faire la démonstration.

Sous son regard inquisiteur, Kex s’empara de la pince pour tenir le bois sans se brûler et du couteau parfaitement aiguisé qui lui servirait à ôter l’écorce. Le regard rivé sur le morceau de bois, le frond plissé par la concentration, le jeune homme analyse d’abord l’extrémité du morceau avant de placer la lame à l’endroit désigné, en tâtonnant légèrement pour trouver l’angle adapté pour le geste demandé. Il fit son entaille et inséra la lame dans la fente, la bougeant légèrement pour découvrir la différence d’intensité entre le cœur et l’écorce. Là, il entreprit de suivre la courbure du bois pour séparer l’écorce dans un geste qu’il essayait d’être lent et sans à-coups.

S’il avait la précision, Kex n’était pas habitué à la réalisation d’un tel geste, surtout pas en étant contraint de tenir la tenaille tout en officiant, si bien que le morceau d’écorce, plutôt que d’être retiré d’un seul tenant, le fut en plusieurs morceaux de taille de plus en plus grande, attestant d’une certaine progression. Il la jugea d’ailleurs bien maigre à son goût à en voir le regard critique qu’il jeta sur le bout de bois qu’il tenait.

Et bien, c’était… approximatif. Ce n’est pas parce qu’on prend un marteau et une enclume que l’on sait forger, ça, c’est certain !

Il caressa alors le bois nu du bout des doigts, suivant délicatement la courbure naturelle de celui-ci en prêtant une attention toute particulière au son que cela dégageait. Le toucher lui semblait chaud, et ce n’était pas parce qu’il avait été plongé dans une marmite d’eau bouillante. Le bois vivait, même après avoir été détaché de l’arbre.

C’est assez agréable, lança-t-il distraitement avant de reposer le morceau et les outils sur la table. Il se saisit alors de la tasse et en bu une gorgée en posant ses yeux sur la jeune femme aux boucles blondes qui ne manquait pas de détailler son ouvrage. Malgré la lumière du jour, la lueur du feu qui brûlait dans l’âtre dansait sur son visage, se reflétant dans le doré de ses cheveux. Cela lui donnait un certain charme qu’il ne manqua pas de remarquer.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Sam 31 Oct - 17:39

Acuité avait fini par poser son coude sur la table, et son menton dans la paume de sa main. La tête légèrement inclinée, elle observait le soigneur.
Tout comme elle, il se concentra immédiatement sur sa tâcher et comme elle s'y attendait, agit avec une minutie presque excessive. Par Eda, les animaux des Montagnes devaient être entre de bonnes mains.
Elle le couva du regard sans même s'en rendre compte, faisant le lien régulièrement entre ses sourcils légèrement froncés sous le plis de la concentration et de ses mains habituées aux travaux difficiles qui œuvraient pourtant avec une douceur incroyable, comme s'il avait peur d’abîmer la matière. A force d'observer, elle se rendit compte que c'était forcément le cas. Délicat avec l'écorce comme avec le coeur de la branche. Pour un novice, il ne s'en tirait pas si mal et au fur et à masure, le regard d'Acuité se fit plus évasif, emporté par une fatigue liée à une nuit trop courte.
Lorsqu'il reprit la parole, elle se redressa légèrement pour reprendre pied dans la réalité.
La chaleur du feu, du thé et la bonne compagnie avait aidé à son assoupissement.
Depuis son arrivée dans les Montagnes, la jeune femme se sentait en sécurité et ce sentiment grandissait lorsque Jordken se trouvait à ses côtés. L'homme ours la protégeait depuis qu'il l'avait trouvé et aujourd'hui, elle ressentait ce même sentiment envers Kex.
Ils ne se connaissaient pas, mais Acuité percevait un bon fond chez l'homme, une gentillesse et un besoin  de protéger autrui.
Elle se souvint rapidement avec quel engouement il lui avait proposé de soigner ses égratignures et porta un regard sur ses mains qui n'avaient plus rien de celles d'une Duchesse.

A nouveau, elle coula un regard sur lui au moment où il caressait le bois. Était-ce par mimétisme qu'il agissait ainsi ? Elle aussi avait pour habitude d'entrer en contact avec la matière.
Lorsqu'il reposa le bois et las outils, Acuité se saisit du morceau et l'observa sous différents angles.
Elle sourit à ses mots. Oui c'était agréable et terriblement reposant.
Armé de la branche, elle se leva pour se diriger vers l'âtre.

- Aurais-je suscité une nouvelle vocation ? demanda-t-elle en riant.

Elle plaça le bois de façon à ce qu'il sèche correctement, Kex pourrait le tailler demain s'il voulait s’entraîner. Il n'y aurait pas suffisamment de matière pour un arc, mais il pouvait en faire ce qu'il voulait, une cuillère peut-être ou quelques coupelles qui trouveraient forcément de la place chez lui.
Elle se rendit compte qu'elle ignorait tout de lui en dehors de son nom et de son occupation. Une fois assise à nouveau à côté, elle bu une nouvelle gorgée du thé et reprit l'ébauche de l'arc et ses outils. Il fallait continuer et tailler encore avec précision, mais pas forcément dans le silence.

- Vous vivez à Jhaampe ? Je me doute que vous venez des Duchés, mais d'où exactement ?

Et maintenant qu'elle était lancée, elle se rendait compte qu'elle avait une multitude de questions à lui poser. Il lui apparut comme évident, qu'elle avait très envie de le connaître à présent, et cette pensée la fit culpabiliser autant qu'elle la fit sourire. En avait-elle le droit ?
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 1 Nov - 20:09

Le sourire qu’elle lui dispensa lorsqu’elle analysa son office lui fut impossible à déchiffrer. Etait-il pour lui ? Jugeait-elle que son travail fût suffisamment de bonne qualité pour une première fois ? Ou bien se satisfaisait-elle d’avoir pu partager sa passion pour le travail du bois et le façonnement d’un arc ? Kex était incapable de le déterminer et, à en juger par la remarque qu’elle lui fit en retournant près du feu, il estima qu’il s’agissait de sa dernière hypothèse. Elle était heureuse de s’évader un instant et de partager la simplicité du travail du bois avec quelqu’un. C’était ainsi qu’il interpréta ses mots car, même s’il appréciait également de toucher ce bois, de le travailler et de le tailler, il ne se voyait pas en faire son métier. Il était trop tard pour apprendre convenablement un nouveau métier et y exceller suffisamment pour pouvoir en vivre. Tout juste s’agirait-il d’une passion qu’il apprécierait d’assouvir avec la jeune femme. Et en soi, cela lui allait parfaitement.

Mais l’innocence de l’échange et la simplicité de la situation lui imposa d’en plaisir avec elle. Me prendriez-vous pour apprenti, Maîtresse Alisel ? lâcha-t-il le sourire aux lèvres en réponse à sa plaisanterie.

La jeune femme revint s’asseoir face à lui, bu à nouveau et se remit à la tâche, cette fois-ci, déterminée à ne pas œuvrer dans le silence. La question qu’elle lui posa le prit au dépourvu. Personne ne s’était jamais intéressé à son passé jusqu’à aujourd’hui, le père de l’actuel Oblat mis à part. Le reste des habitants se doutait, par son accès et son physique, qu’il était originaire des Duchés mais jamais personne ne s’y était davantage intéressé. Et maintenant qu’elle lui demandait, Kex songea qu’il n’était peut-être pas si près que cela à partager l’histoire de sa vie avec quelqu’un, aussi avenante soit-elle. Mais c’était cela aussi, nouer des liens avec quelqu’un, découvrir une personne. Cela ne demande-t-il pas également de se découvrir et donc forcément de s’ouvrir aux autres ? Cela risquait fort de le sortir de sa zone de confort, mais la solitude dans laquelle il vivait ne pouvait demeurer éternellement. Il lui fallait des attaches autres qu’une promesse faite à un homme aujourd’hui décédé.

Le regard rivé sur la tasse de thé encore fumant, le jeune homme se lança, curieusement à l’aise avec cette femme qu’il connaissait à peine. Son sourire, charmant et illuminant son visage, termina de le faire craquer.

Pas sous le grand arbre, mais dans une des maisonnées de bois qui le borde, oui. Il marqua une pause, non hésitante mais nécessaire à trouver les bons mots. Je suis né en Bauge, non loin de Lac Bleu. Mes parents avaient des terres qu’ils cultivaient et des troupeaux qu’ils élevaient. A leur mort, j’ai estimé que plus rien ne m’y liait. J’ai donc gagné les montagnes.

Il avait légèrement menti, car seule sa mère avait quitté le monde des vivants, mais elle était tout ce qu’il avait. Partie, détesté par un père qu’il ne savait pas être le sien, il avait préféré fuir vers les Montagnes et conclut un lourd pacte pour avoir le droit d’y rester. Mais elle savait l’essentiel de l’histoire, ce qu’il estimait être la vérité. Kex sentit alors la curiosité le gagner. Qu’en était-il de son histoire à elle ? Elle avait un enfant, mais où était son père ? Il posa un instant son regard sombre sur le visage de la jeune femme. Ce n’était pas à lui de le demander. Mais le reste, cela ne serait certainement pas déplacé de s’en quérir.

Et vous ? Quelle est votre histoire pour être venue vous isoler dans ces montagnes enneigées ? Ce n’est pas pour la qualité de son bois j’espère ! Vous n’aurez jamais la chance de chiper une branche de l’arbre de Jhaampe. Cela fait des décennies qu’il n’en fait plus !
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 1 Nov - 22:15

Elle rit à nouveau à sa réponse. Maîtresse Alisel...si tel était le cas, ce ne serait surement pas de la taille du bois ou de la fabrication d'un arc mais plutôt dans le mensonge.
Ceci dit, elle se rendit compte qu'elle s'habituait bien à son nouveau prénom, y répondant désormais naturellement.
Cela lui coûtait de mentir à ce peuple mais...la liberté de son enfant était en jeu et elle ne pouvait rien laisser au hasard. Si l'Oblat apprenait qu'il hébergeait une héritière Loinvoyant, les conséquences pourraient être multiples. Quand à l'existence d'Espoir, ce serait pire que tout.
Elle ferma les yeux quelques secondes pour se débarrasser de ses pensées négatives. Il n'y avait aucune raison pour que l'on apprenne ses vraies origines. Elle devait se conforter à son mensonge et donner la même version à tous ceux qui le lui demanderaient.

Elle reporta son attention sur le soigneur qui se trouvait fort pensif face à sa tasse de thé. Silencieuse, elle n'ajouta mot et le laissa prendre son temps pour répondre. Ainsi, il habitait non loin de l'arbre dans une petite maisonnette certainement dans le même genre que celle qui l'hébergeait.
Il était originaire de Bauge. De Lac Bleu plus précisément. Sa famille à priori modeste ne devait visiblement manquer de rien, mais s'il était parti après leur décès, qu'était-il advenu des terres et des troupeaux ?
Il n'expliquait cependant pas pourquoi les Montagnes, un autre Duché aurait pu faire l'affaire alors pourquoi avoir choisi de changer de pays ?
Surtout que les Montagnes n'étaient ouvertes que depuis peu aux étrangers et qu'il fallait parler le langage chiurda. Kex ne s'était visiblement pas facilité la vie et Acuité se douta qu'il ne racontait pas tout. Il gardait volontairement un fait dont il ne souhaitait pas lui faire part.
Qu'à cela ne tienne, chacun possédait son jardin secret, elle aurait été bien mal placée pour lui en tenir rigueur.

Son regard croisa subitement le sien et elle se raidit légèrement. Le soigneur lui apparut si sombre d'un seul coup qu'elle se redressa légèrement, en reprenant sa tasse entre ses doigts.
Et puis, les questions affluèrent et s'il y mêlait un certain sens de l'humour, la jeune femme savait qu'elle allait devoir lui servir l'histoire qu'elle répétait encore et encore depuis son arrivée.
Elle fut surprise cependant qu'il ne soit pas déjà au courant, dans les Duchés, les rumeurs auraient raconté depuis longtemps son histoire.
Comme cela s'était d’ailleurs produit suite à l'attaque des brigands. Elle tressaillit au souvenir de ce jour sombre où elle avait tué son premier homme mais se força à esquisser un sourire malgré son mal-être.

- Non pas pour le bois, reprit-elle en souriant sincèrement.

Ce fut son tour de se concentrer sur la tasse qu'elle tenait entre ses mains.

- Pardonnez mon trouble, je pensais que tout le monde à Jhaampe était au courant, alors que je n'ai eu de cesse de raconter cette histoire.

Elle but une gorgée pour se donner du courage. Si elle n'avait eu aucun scrupule à raconter son mensonge à Kaïran, quelque chose la dérangeait à l'idée de tromper Kex aussi. Mais elle ne pouvait pas prendre de risque.

- Vous connaissez les Duchés, vous savez donc que les bâtards n'y sont pas bien vu. J'aimais un homme contre l'accord de mon père. Lorsque la Guerre est arrivée, je pensais ne jamais y survivre et la veille du départ, je me suis offerte à lui.

Elle marqua une pause, se rendant compte à quel point il lui était douloureux de parler de Brun au passé, mais...cette vie était révolue désormais et elle devait la laisser derrière elle.

- Eda m'a alors gratifiée de cette nouvelle vie, mais j'étais captive des Chalcédiens lorsque je l'ai su. J'ai réussi à m'échapper de leurs chaînes, mais...je ne savais pas où aller. Avec l'enfant, il me semblait impossible de rentrer chez moi, alors je me suis dit que...ici peut-être...(elle observa l'intérieur de la maisonnette un moment) il pourrait vivre librement.

Son mensonge n'était pas loin de la vérité, elle avait simplement omis les noms et quelques détails comme par exemple le fait que Brun ne partageait pas ses sentiments et qu'elle avait eu la sottise de se dire qu'elle mourrait pendant la guerre et qu'elle souhaitait au moins connaitre le bonheur dans les bras d'un autre. Stupide et si naïve. Aujourd'hui encore avec le recul, elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait accepté de lui ouvrir ses draps. L'alcool avait certainement aidé.
Elle soupira, cherchant à chasser la tristesse qui devait certainement peindre ses traits et offrit un nouveau sourire à Kex.

- Voilà, vous savez tout, conclu-t-elle avant de prendre une nouvelle gorgée de thé. N'êtes vous pas nostalgique de chez vous parfois ? Pensez-vous rentrer en Bauge un jour ?
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 2 Nov - 19:13

Le regard qu’ils échangèrent la fit réagir, mais la tension qui fut palpable lorsqu’elle se redressa lui parut incompréhensible. Il avait simplement posé ses yeux sur son visage, prenant la peine de le détailler à la lueur des flammes dansant dans l’âtre. Un frisson la transperça, vestige d’un temps que visiblement, elle redoutait certainement. Ils avaient au moins en commun de redouter leur passé et de préférer le conserver loin derrière eux. S’il avait pensé que parler de son propre passé lui avait paru être une certaine épreuve, le sentiment que lui donnait Alisel en ruminant ainsi face à sa tasse de thé lui donna l’impression d’une montagne gigantesque à gravir, malgré le fait que tous à Jhaampe savaient le gros de son histoire.

Mais il est une chose d’avoir ouïe d’une histoire, il en est une autre de l’entendre directement de celle qui l’a vécue.

La jeune femme lui raconta alors, d’une manière qui faisait écho à la sienne malgré la précision sur l’avenir sombre réservé aux enfants illégitimes. Cela par contre, il n’y avait pas prêté attention jusqu’alors. Espoir, son enfant, n’avait pas été reconnu par l’homme qui l’avait conçu. Ce fut du moins de cette façon qu’il interpréta la bribe d’informations qu’elle avait partagé à ce sujet, n’imaginant pas un seul instant que le père du nourrisson n’avait pas eu vent de son existence. C’était d’ailleurs ce qu’elle sous-entendait très fortement en passant rapidement sur cet instant de son passé, un acte qui sonnait comme désespéré à son oreille, mais qui devait avoir une importance toute particulière pour la jeune femme.

Dans ce récit aussi parsemé de mystère que l’histoire qu’il lui avait gratifié, Kex vit défiler plusieurs hypothèses. L’homme qu’elle aimait avait perdu la vie et il aurait été malvenu de mettre la paternité de l’enfant sur un défunt, surtout si elle n’avait aucun preuve pour étayer ses propos. Dans un contexte où les bâtards sont aussi peu appréciés, elle ne pouvait se permettre qu’on remette en doute ses dires. L’homme, sinon, était marié, promis, ou d’une position si haute qu’il ne pouvait s’amouracher d’une femme de plus basse naissance. Enfin, c’était peut-être elle qui était fille de haute société et qui s’était entichée d’un simple soldat et qui risquait de jeter le déshonneur sur sa famille. Mais dans ce cas, qui aurait été assez fou pour laisser sa fille –probablement son héritière- guerroyer sans grandes chances d’en réchapper ? L’assassin estima qu’il s’agissait de l’histoire la moins probable, privilégiant la thèse de l’homme ayant péri héroïquement au combat lorsqu’elle conclut son récit.

Le voile de tristesse qui passa un court instant sur ses traits n’échappa pas au jeune homme, ni même l’amertume dans les mots qu’elle utilisa pour mettre fin à son exposé. Regrettait-elle son passé ? Aurait-elle préféré prendre le risque d’assumer son enfant aux yeux de tous si son passé avait été un peu différent ? Tant de questions qu’il n’avait point le droit de lui poser. Et pour l’heure, il s’agissait de ses propres regrets dont elle s’enquérait. Kex laissa échapper un léger soupir. Non, vraiment pas, de son passé, il ne regrettait que sa mère. Et elle n’était plus.

Non. L’endroit où j’ai grandi doit rester un souvenir, il doit rester derrière moi car il n’y existe plus rien de bon, lâcha-t-il un peu trop spontanément, dévoilant un pan de sa personnalité qu’il aurait préféré conserver pour lui-même. Bauge, reprit-il pour se rattraper, il n’y a plus rien de moi là-bas. Je retournerai peut-être en Bauge, mais pas pour revenir hanter mon passé. J’ai rejoint le royaume des Montagnes pour tout ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Comme vous, en somme.

Il posa un regard un peu plus neutre sur elle tant le précédent, pourtant fasciné par l’éclat brillant de ses yeux, l’avait mise mal à l’aise.

Vous, demanda-t-il en sachant la réponse, repartiriez-vous en arrière ? Je ne vois pas ce que les Duchés peuvent offrir que Jhaampe ne puisse pas. Alors que l’inverse… laissa-t-il en suspens, certain qu’elle comprendrait à quoi il faisait référence car elle-même avait déjà en partie avoué ce qui l’avait poussée à gagner les Montagnes.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 8 Nov - 13:00

La façon dont il abordait la vie en général était assez surprenante. Kex était le genre d'homme à aller de l'avant, comme il le lui signifiait en ses propres termes. Elle aurait vraiment souhaité être comme lui, car même si elle jouait le jeu de ne rien regretter du passé, de tourner la page pour un avenir plus radieux, il n'en restait pas moins qu'Acuité demeurait nostalgique.
Pas de la vie qu'elle avait eu, mais de celle qu'elle aurait pu avoir. Si elle avait été plus sage peut-être, ou au contraire, si elle avait été capable de se faire entendre par son père, quelle aurait été sa vie ?
Duchesse de Béarns, mais aussi et en priorité, Artiseuse du clan d'Art de Vainqueur. Sa vie se serait déroulée à la cour et de nombreux prétendants auraient cherché à gagner ses faveurs. Aurait-elle pu inciter son père à en choisir un plutôt qu'un autre ? Elle en douta. Glace Loinvoyant aurait effectué son choix sans tenir compte des préférences de sa fille et il y aurait eu fort à parier que son futur époux aurait été âgé, riche et gestionnaire de génie.
En sommes, tout l'inverse de ce que la jeune femme désirait ardemment.
Si pré-adolescente elle avait rêvé de l'homme parfait, comme toute jeune fille, il aurait été loin des choix de son père. Suffisamment jeune pour être séduisant, travaillant de ses mains dans un métier tout à fait digne avec la connaissance d'un travail honnête et sincère.
Brun correspondait à tout cela. Même si les armes n'étaient pas le fort de la jeune femme en dehors de l'arc, elle appréciait la volonté du guerrier qu'il était à toujours faire de son mieux et de toujours progresser. C'était le genre d'homme qu'elle aimait.
Kex aussi correspondait à cette définition et elle en conclu rapidement que c'est ce qui devait l'attirer.

Il avait raison dans son discours sauf que lui était capable de le sortir d'une traite, sans hésitation aucune. Acuité réfléchissait toujours aux possibilités qu'elle aurait pu avoir, même s'il s'agissait d'une période révolue.
Elle ne quitta pas son regard brillant lorsqu'il lui demanda si elle repartirait en arrière et resta un moment suspendue à ses lèvres. Encore une fois, il avait raison. Mais elle ne put s'empêcher de songer à ce qui se serait produit si elle ne s'était pas rendu dans la chambre de Brun la veille du départ pour la Guerre.
Si Espoir n'était pas là, qu'aurait-elle fait ? Se serait-elle autant raccroché à la vie ?

Elle déglutit silencieusement, cherchant à masquer son trouble en baissant les yeux. Son regard se posa sur le breuvage tiède qu'elle e mit à faire tournoyer au fond de sa tasse.

- Non, murmura-t-elle. Jhaampe m'offre la liberté pour mon fils. Rien de ce que pourrait m'offrir les Duchés n'aurait plus de poids. Mais....

Elle s'arrêta et osa à nouveau plonger son regard dans le sien hésitant à lui faire part de ses angoisses et de la culpabilité qui la rongeait.

- J'impose à mon fils une vie sans père. Pour l'instant, il n'a besoin que du lait que je lui fourni et de toute mon affection, mais que se passera-t-il lorsqu'il aura besoin de limites et de repères, propres à ce que seul un père sait donner ? Je suis née femme et j'ignore la façon dont un homme grandit, on ne me l'a pas appris, alors...oui, j'ai peur d'avoir fait le mauvais choix parfois.

Elle savait qu'il la comprendrait. une part de son intuition le lui soufflait. Kex était apte à écouter les autres et ses propres douleurs du passé qu'elle avait perçut à travers ses paroles, lui donnaient la force de comprendre et d'aider ses interlocuteurs.

- Vous, qu'auriez-vous fait ?
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 8 Nov - 13:58

Si lui était spontané et découvrait un peu trop facilement les mystères de son passé, Alisel, elle, pesait chacun de ses mots et les réfléchissait avant de partager son avis avec le jeune homme. A croire que leur discussion imposait une forte réflexion à la jeune femme. Ou bien était-ce lui qui était trop hâtif ? Kex prit alors la résolution d’être plus calme et de prendre le temps de ruminer les questions et les explications qu’elle partagerait avec lui. Ainsi, il pourrait davantage analyser ses réponses et éviter d’ainsi révéler son passé à une femme dont il ne savait pas grand-chose malgré tout.

Visiblement, elle avait plus grande peine à tirer un trait sur son passé, à raison. Ses choix, comme elle lui révéla, l’avait poussée à priver son fils d’un père. Ainsi, l’homme qu’elle aimait n’était pas mort comme il l’avait d’abord pensé et la jeune femme avait décidé elle-même de fuir, d’abord à la guerre, puis vers les Montagnes. Alisel avait préféré éviter le déshonneur, pour elle et pour lui d’avoir un fils illégitime. Mais quel homme digne de ce nom aurait laissé son fils et la mère de son enfant s’en aller ainsi ? Ou bien la mystérieuse femme aux boucles d’or avait-elle conservé le secret ? Son choix la hantait désormais à un point qui la faisait douter et la torturait à en lire l’expression de son visage et son regard brillant cherchant un peu de réconfort.

Avait-elle eu raison de priver son fils de père, et le père de son fils ?

L’échange de regard dura un long moment, silencieux. Kex essayait de découvrir quels mystères elle conservait encore, car, en l’état, il était imprudent de lui donner raison ou de la culpabiliser d’avoir souhaité protéger son fils. Sans la quitter des yeux, il lui fit part de son avis, sincèrement.

C’est difficile de vous donner raison ou de vous donner tort, Alisel. Mais l’instinct d’une mère est infaillible, et elle fait toujours ce qui est bon pour le bien de son enfant. Vous l’avez dit vous-même, que serait-il advenu de lui s’il était né dans les Duchés, d’une union illégitime ? Rien de bon. Le simple fait que votre choix continue de vous hanter montre que vous êtes soucieuse de son bien. Et on ne pourra jamais vous le reprocher. J’ose espérer que j’aurais réagi de la même façon que vous, mais, il faut du courage, pour avoir un enfant, pour décider de l’élever seule. Cette force vous vient certainement de lui, de votre enfant. Je ne sais pas si j’en aurais été capable.

Kex n’avait pas d’enfant, il n’avait jamais été responsable de qui que ce soit. Son rôle se cantonnait à celui d’un outil que l’on utilisait lorsqu’il le fallait, tantôt pour panser des blessures, tantôt pour de plus sombres desseins. Mais la responsabilité d’un être vivant, sur le long terme, c’était quelque chose qu’il ne connaissait pas. Dès lors, se mettre à sa place devenait imprudent. Il osait croire qu’il aurait fait le même choix, mais il en était incertain.
Cependant, au-delà d’avoir raison ou tort, Alisel craignait que la présence d’un père ne se fasse sentir pour son fils. Mais là, elle était au meilleur endroit.

Ne craignez rien, par contre, pour son éducation. Jordken, comme vous l’avez dit, vous a sous sa protection. Il pourra certainement assumer ce rôle pour votre enfant, même s’il n’en est pas le père. Vous êtes au royaume des Montagnes, l’individualisme n’existe pas. Je suis certain que beaucoup seront prêts à vous aider en ce sens. Vous n’êtes pas seule, ici. Personne ne l’est.

Le jeune homme termina son petit discours en pinçant les lèvres dans un timide sourire, forcer un visage avenant, ce n’était pas son fort en réalité, ni même celui de feinter ses émotions. Pour le coup, il éprouvait une certaine empathie envers cette jeune femme et son enfant, elle qui lui rappelait tellement sa mère. Kex espérait que son jeune enfant ne subirait jamais la même enfance que lui avait pu avoir, avec un père qui le détestait au plus haut point. Ce n’était pas cela qu’Alisel souhaitait à son fils. Et le jeune homme avait la naïveté de penser qu’un tel malheur ne pourrait jamais leur arriver.
A nouveau, Kex plongea son regard sombre, neutre, dans le sien.

Vous n’aurez qu’à demander, Alisel.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 9 Nov - 9:41

Accrochée à son regard et suspendue à ses lèvres, Acuité conserva le silence démontrant une patience qu'elle n'aurait pas eu avant tout cette histoire. Avait-elle tant mûri ?
A moins que ce ne soit son trouble et son esprit embrumé qui la faisait agir de la sorte.
Et puis les paroles franchirent ses lèvres.
Pas de simples paroles de consolation mais la vérité telle qu'elle l'attendait. Abrupte peut-être, mais apportant son lot de chaleur et de réalisme.
Et tandis que Kex parlait, elle sentait quelque chose se briser en elle. Ses barrières peut-être ou sa peur. Avec ses mots, il lui apportait un réconfort sans précédent.
Elle hocha lentement la tête, déviant son regard vers la table. Ses lèvres tremblaient légèrement et ses yeux s'humidifièrent jusqu'à ce que les premières larmes ne roulent sur ses joues pâles.
Elle se mit à sourire pourtant, timide arc en ciel à travers la pluie qui inondait son visage. A plusieurs reprises, elle essuya ses yeux avec le bord de sa manche ou avec ses doigts abîmés mais l'eau ne s'arrêtait pas.

Elle sentit le regard de l'homme posé sur elle et se força à le regarder, tentant d'afficher un air bravache mais en réalité, elle était si fatiguée et si vulnérable qu'il aurait pu la faire voler en éclat d'une simple pichenette.

- Oui, finit-elle par dire tout bas, comme si elle concédait tout ce qu'il venait de dire.

Un nouveau sourire plus large illumina ses traits et fit rosir ses joues. Il n'était pas feint, mais elle avait besoin de temps pour tarir ses larmes trop longtemps contenu.

- Pardonnez moi, ajouta-t-elle en s'essuyant une nouvelle fois. Je ne sais pas pourquoi...c'est...enfin...merci Kex.

Espoir choisit ce bon moment pour se réveiller et Acuité se leva instantanément. Elle se dirigea vers la chambre annexe et se tourna une dernière fois avant de disparaître à côté.

- Je suis contente de vous avoir rencontré, lança-t-elle à son intention.
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mar 10 Nov - 15:26

Le jeune assassin s’était attendu à toute sorte de réaction, sauf à celle qui se déroula devant lui. L’éclat brillant de ses yeux qu’il avait pris pour le reflet de la faible lueur dispensée par le foyer de la maison et de la lumière qui perçait à travers les fenêtres de la petite maison était en réalité le fait de nerfs mis à rude épreuve et qui lâchaient sous ses paroles qu’il aurait voulu plus réconfortante et moins percutante. Les sentiments avaient quelque chose de mystérieux qui lui échappait constamment. Aussi, voir un arc-en-ciel d’expressions courir sur le beau visage de la jeune femme le laissa sans voix. Pleurait-elle de tristesse, de soulagement ? Pourquoi ?

Trop de questions qui lui étaient insolubles pour l’heure. Ne pas avoir côtoyé pendant de nombreuses années autre chose que des animaux avait fini par estomper toute la profondeur de l’homme, de ses sentiments et de ses aversions. La simplicité déconcertante de l’esprit d’un animal lui avait paru si facile à appréhender qu’il s’était contenté de cela, bien loin des subtilités des sentiments d’une personne normale. Etait-ce pour cela qu’il avait décidé de s’occuper des bêtes ?

Alisel se leva finalement, les yeux gonflés par les larmes qui avaient coulé. Son enfant l’appelait, comme un écho après qu’elle lui ait fait part de ses inquiétudes quant à son rôle de mère. Espoir n’avait que des besoins simples pour l’instant, manger, dormir. C’était tout ce qui comptait et dont elle devait se préoccuper pour l’heure, pensa-t-il. Toutes ses interrogations à propos de la présence d’un père, d’avoir fui, tout cela importait peu, en réalité. Du moins, c’était comme cela qu’aurait pensé la mère d’une portée de chiots, de moutons ou d’un poulain. Pourquoi cela devait-il être si différent pour les humains ?

Kex lui rendit son sourire, comme une réponse muette et qui signifiait que lui aussi, il en était content, et la laissa reprendre contenance auprès de son enfant qu’elle chérissait tant. La porte se referma derrière elle, emportant avec elle la curieuse atmosphère qui s’était instaurée, une gêne impalpable qu’il sentait désormais. Il l’avait poussée bien trop loin, jusqu’aux larmes, alors qu’il ne la connaissait pas, qu’il n’en avait probablement pas le droit, peu importait les mots utilisés ou le fond de ses propos. Un curieux sentiment monta en lui. Fuis. Il se leva d’un bond et approcha de la porte. Mais il s’arrêta. C’était impoli. Et s’il partait, il ferait ce qu’elle redoutait. La laisser seule. Le jeune homme s’approcha finalement du foyer où crépitait faiblement les quelques braises restantes. Il rajouta une buche et en attisa le feu pour conserver la chaleur de la pièce. Sa main droite soutenant tout son poids, appuyé contre la pierre de la cheminée, il réfléchissait, se massant le front de son autre main. Kex pensait à ce qu’il avait dit, aux similitudes entre Alisel et sa mère. Son enfant, au moins, pouvait se targuer de ne pas vivre avec un homme qui le considérait comme un poison, jusqu’à lui en faire croire qu’il s’agissait de son nom. Cette vie-là, cette douloureuse vie pour son fils, il refusait que cela puisse lui arriver. Sa souffrance –il venait d’en prendre conscience- restait omniprésente, faite de regrets et d’amertume, d’avoir eu une enfance si tourmentée malgré l’amour de sa propre mère.

Cela n’arriverait pas, il s’en faisait la promesse muette.

Lorsqu’elle reparut, il se tourna vers lui, posant un regard bienveillant sur Alisel avant de se demander s’il devait encore rester et qu’elle ne préférait pas un peu rester seule avec son enfant.

Peut-être voulez-vous que l’on reprenne l’atelier demain et que vous restiez tranquille avec Espoir ? s’enquit-il en réalisant qu’il disait le prénom de son enfant pour la première fois. Un son, émit de ses lèvres, qui sonnait curieusement sans qu’il puisse se l’expliquer.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Sam 14 Nov - 14:40

Lorsque Acuité pris Espoir entre ses bras, elle chassa loin ses angoisses et ses inquiétudes. Un seul regard sur son enfant lui confirmait qu'elle avait fait le bon choix. Que serait devenu un bâtard de la lignée à Castercelf ? On lui aurait arraché des main ou pire...
Elle ne préféra plus songer à cette éventualité et serra son enfant dans les bras, qui en sentant l'odeur du laid s'agita un peu plus en grognant. Elle lui demanda de patienter un peu et le reposa dans son berceau afin de changer son lange. La tâche s'avéra plus ardue que prévue, le nourrisson était trop actif et elle dû s'y reprendre à plusieurs fois pour obtenir une attache satisfaisante.
Cependant, elle ne se décourageait pas. Avec le temps, ses gestes seraient plus précis et mieux réalisés.
La jeune mère sourit en caressant la joue de son enfant, juste avant de lui donner accès à sa poitrine. Elle le plaça correctement et l'emmaillota de manière à ce qu'il puisse téter en toute discrétion avant de reposer sur lui le morceau de châle qui recouvrait ses propres épaules. Ainsi, très peu de sa peau était dévoilée au niveau de sa clavicule.
Elle revint dans la pièce principale et Kex la regarda à nouveau. Elle fut touchée par l'expression qu'il afficha mais n'en montra rien. Pourtant, lorsqu'il lui demanda si elle souhaitait qu'il parte, une moue triste se dessina sur son visage.

- Je ne voudrais pas vous retenir loin de vos obligations, dit-elle en s'avançant vers la table. Cependant, j'avais espéré que vous resteriez dîner avec nous. Enfin avec moi puisque Espoir est déjà entrain de manger.

Elle émit un petit rire devant l'étrangeté de la situation, avant de se reprendre et d'annoncer bien plus sérieusement :

- Je vais chercher de la neige pour faire chauffer de l'eau. Prenez donc ce temps pour y réfléchir si vous le souhaitez.

En réalité elle ne souhaitait pas qu'il parte, pas maintenant après tout ce partage d'émotion. Elle était chamboulée et vulnérable, et lui semblait être la personne indiquée pour la soutenir. Il était fort et n'était pas du genre à renoncer devant l'effort. Elle trouvait ce trait de caractère commun aux Chiurdas qu'elle avait rencontré, mais le soigneur avait quelque chose en plus. Comme une faille qu'il s'évertuait à combler. Mais s'il était capable de la soigner elle, alors peut-être que l'inverse serait également possible ? Le temps le leur dirait et c'est justement ce qu'elle appréciait dans cet environnement calme, la douceur de l'atmosphère et de la vie, comme si tout se mettait en suspend, en attendant qu'elle prenne une décision. Mais laquelle ?
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 15 Nov - 18:47

La première réponse à sa question serra un bref instant le cœur du jeune homme qui se voyait déjà contrait de quitter la maisonnée par politesse. Mais tout de suite après, Alisel révéla s’être attendue à ce que qu’il reste diner avec elle, son enfant profitant déjà de son repas. Il jeta un bref regard sur l’enfant lové contre sa poitrine et se délectant déjà de son diner par petits bruits de succion. En voilà un qui ne se souciait pas encore de son avenir et qui, comme un chevreau, ne s’inquiète que d’être nourri et de dormir.

Lorsqu’il s’apprêta à répondre, la jeune femme ne lui laissa pas le loisir d’accepter son invitation car, déjà, elle était partie dans le froid récupérer de quoi faire bouillir de l’eau. Kex la suivit du regard, légèrement hébété par l’après-midi qui venait de s’écouler et le début de soirée qui s’annonçait. D’un simple partage de connaissances, la confidence s’était imposée à eu, légère, fragile, chacun ne se dévoilant qu’à peine, muré derrière un solide souhait de ne pas trop parler d’un passé douloureux et voilà désormais qu’il mangerait à sa table comme l’on invite habituellement un ami. L’étrangeté de leur échange continuait de lui malmener l’esprit. Avait-il été juste ? Son discours lui avait tiré des larmes, et maintenant il s’était promis de la protéger elle et son enfant. Tout cela n’allait-il pas trop vite ?

La fuite, son cœur battant la chamade, vint susurrer à son esprit. Il avait été trop hâtif dans sa décision, dans sa réaction. Mais Alisel, chérissant son nourrisson, lui rappelait tant sa mère, elle qui n’était plus. Il aurait donné tout ce qu’il avait pour qu’un homme la protège de cet odieux mari et ce père qui le détestait. Il avait embrassé les Montagnes car elles offraient l’opportunité à tous, même aux étrangers –Alisel et lui en étaient la preuve vivante- de faire partie d’un tout uni. Comme si ce petit royaume, loin des guerres et des manigances des Duchés, était le seul havre de paix qui existe en ce monde.

Lorsque la jeune femme aux boucles d’or reparut et referma la porte derrière elle, Kex s’empressa de la débarrasser de son sceau de neige, sans lui laisser davantage de choix qu’elle ne l’avait fait avec son invitation pour le repas.

Vous ne m’avez pas laissé le temps d’accepter. Je ne vous donne pas le temps d’accepter mon aide. Asseyez-vous, ordonna-t-il d’une voix faussement dure en affichant un sourire plus avenant que le ton employé. Nourrissez donc votre enfant et dites-moi ce que je dois préparer. Il a bien le droit à ce que vous lui accordiez un peu de votre temps. Je vous ai déjà accaparée tout l’après-midi.

Et sans lui laisser davantage le choix, il avança une chaise pour qu’elle s’y installe avant d’aller vider la neige dans l’immense marmite et de la suspendre au-dessus du feu qu’il attisa avec le tisonnier. Au moins, en gardant l’esprit focaliser sur une tâche –celle de préparer le diner-, ce dernier ne se laisserait pas tourmenter par quelques réflexions quant à ses réactions si précipitées envers la jeune femme. Les choses simples, se focaliser sur la tâche assignée et ne pas penser. La vie était bien plus facile ainsi. Car dès qu’Alisel le laissait seul, ou restait dans le silence, mille questions s’imposaient à lui. Et il n’avait aucune réponse à apporter si ce n’était qu’il était irrémédiablement captivé par la jeune étrangère.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Sam 21 Nov - 14:22

Il faisait froid, pas de la même façon qu'en Béarns, mais la fin de la journée marquait le paysage de nouveaux flocons qui se déposaient sur le manteau déjà bien en place. Le vent forcissait également et Acuité se hâta de rentrer dans la petite cabane. Ses cheveux légèrement en bataille à cause de la bise blanche, masquaient une part de son visage pâle aux joues ornées de rose plus vif égayées par le froid.
A peine refermait-elle la porte que Kex lui prenait déjà le seau des mains.
Surprise, elle le laissa faire et accueillit ses paroles avec un sourire gênée. C'était vrai, elle ne lui avait pas laissé le loisir d'accepter, mais seulement parce qu'elle avait peur qu'il refuse.
Sa présence lui faisait du bien. Il était aussi bienveillant que Jordken, c'était certain, mais si l'ours lui faisait d'avantage penser à un père, Kex se rapprochait plus de l'ami, du confident.
Elle lui rendit son sourire et obéit docilement après avoir laissé son regard se porter sur la chaise qu'il lui tendait et sur lui à nouveau.
Aussi, elle s'installa face à la table et dégagea sensiblement le tissu qui recouvrait Espoir. Enveloppant l'enfant de son bras, elle inclina la tête pour le contempler tandis qu'il mangeait goulûment à son sein.
Sans le quitter des yeux, un sourire ravi étirant ses lèvres elle répondit :

- Je pensais faire cuire l'oiseau d'hier vous savez ? Je l'ai posé dans l'abris dehors pour qu'il reste au frais. On pourrait peut-être l’accommoder de quelques légumes pour adoucir le ragoût...

"On pourrait". En dehors de la viande grillée sur des piques après une chasse, Acuité n'y connaissait rien en cuisine. Une soupe, un ragoût, des gâteaux et du pain, tout ceci lui était parfaitement étranger.

- Désolée, lâcha-t-elle dans un petit rire face à Espoir, je suis une piètre cuisinière, alors, faites comme bon vous semble, je suis certaine que ce sera délicieux.

Il vivait seul alors il devait savoir comment se nourrir non? Depuis son arrivée dans les Montagnes, Jordken la gâtait de repas rustiques et succulents. Mais pas une seule fois elle n'avait mis la main à la pâte pour l'aider à le concocter.

Espoir avala de travers et se mit à toussoter en crachant quelques gouttes de lait. Du bout des doigts, Acuité lui essuya le menton avant de lui caresser la joue. Puis elle le gourmanda gentiment en ne murmurant que pour lui :
- Voilà ce qui arrive lorsqu'on se précipite trop jeune homme !

Elle fut stupéfaite de reconnaître parfaitement la moue de Brun lorsqu'il était contrarié sur les traits de son enfant et resta un long moment à l'observer, le regard perdu dans la nostalgie et dans la curiosité.
Que faisait-il maintenant ? L'Armée était rentrée victorieuse, avait-il reçu des honneurs et des demandes de mariage pour quelques jeunes femmes de bonne famille ? Elle n'en douta pas une seconde, après tout il était Comte et d'un âge avancé, nulle doute que la pression d'un héritier lui ferait rapidement prendre épouse.
Si seulement il savait qu'il en possédait déjà un...même s'il ne lui appartenait pas vraiment, son statut de bâtard lui donnant appartenance à la Royauté. Aurait-il défendu son fils ? Mieux valait ne pas penser à ce qui aurait pu être et qui ne serait de toute façon jamais.
Pourtant, dès qu'elle portait Espoir dans ses bras, sa ressemblance avec son père l'incitait à imaginer encore et encore ce qui aurait pu être et ce qui était à présent.
Le regard embrumé, elle décida de chasser ses sombres pensées et de s'occuper de son invité qui avait pour charge de préparer le repas.

- Qu'est ce que vous préférez manger ? demanda-t-elle avec une curiosité non feinte. Je peux quand même aider vous savez.

Son fils s'était remis à manger avec une attitude plus calme. Si elle avait pu mettre ce comportement sur le fait de sa remarque, elle savait toutefois qu'il n'en était rien. L'enfant commençait simplement à ressentir la satiété.
Dans l'heure prochaine, il s'endormirait, elle pourrait alors le reposer dans son berceau et discuter encore avec le soigneur, autour d'un breuvage chaud, simplement bercée par le crépitement d'un feu qui la réchauffait autant que la présence de l'homme qu'elle venait pourtant de rencontrer.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 22 Nov - 22:44

La jeune femme avait donc prévu de préparer le gibier chassé la veille. Kex sortit alors dans le froid un bref instant récupérer l’animal sous l’abri indiqué avant de rentrer prestement à l’intérieur de la maisonnée, chassé de l’extérieur par le froid piquant qui lui rougit instantanément le nez. L’assassin s’ébouriffa les cheveux pour faire tomber les quelques flocons qui s’y étaient mêlés, la neige ayant fortement repris depuis quelques instants.

Ainsi affublé de la lourde tâche de préparer le repas –lui non plus n’était pas un grand cuisinier, mais la vie solitaire lui avait au moins appris à se débrouiller un peu-, le jeune homme plaça une partie de l’eau bouillante dans un récipient assez grand pour accueillir la proie capturé. Il y plongea le gibier tout entier un bref moment, son regard se posant discrètement sur le visage de la jeune femme occupée à réprimander la gloutonnerie de son chérubin. L’enfant se dégagea pour cracher un peu de lait et les formes d’Alisel se découvrirent légèrement. Aussitôt, Kex reporta son attention sur l’animal à plumes qu’il sortit de l’eau et posa sur la table. Il entreprit alors de le déplumer en prenant soin de ne pas abimer la chair, tâche facilitée par la peau ébouillantée de l’oiseau.

Il fallait un certain temps pour enlever le gros du plumage et les dernières petites plumes furent les plus compliquées à retirer. A l’aide de l’extrémité d’une lame, Kex finit par les retirer au prix d’un certain effort. Ce n’était pas son métier, et c’était en grande partie pour cela qu’il n’aimait pas manger de volailles. Il fallait un temps interminable pour les préparer. Mais il fallait voir le bon côté des choses, au moins restait-il plus longtemps en compagnie de la femme aux cheveux dorés.

Totalement accaparé par sa tâche, le jeune homme ne prêta attention à son hôte que lorsqu’elle proposa son aide. Il releva alors la tête vers elle pour découvrir à nouveau son visage et ses immenses yeux brillants. Les flammes n’étaient pas à l’origine de la lueur de son regard, mais bien la mélancolie. Son enfant, son Espoir, était autant sa raison de vivre que ses tourments qui allaient la hanter toute sa vie. Il lui faudrait accepter d’avoir fui son passé et ne plus se tourner que vers l’avenir de cet enfant, en faisant une croix sur tout ce dont elle le privait et en embrassant le futur qu’elle lui offrait. Mais ce n’était pas à l’assassin de lui dire cela, c’était au temps de faire son office.
Le jeune homme désigna son nourrisson du regard, disposé à manger plus calmement.

Laissons –le terminer son repas à lui. Nous aurons le temps de manger après. Vous n’aurez qu’à vous occuper des légumes, d’accord ?

Dès son assentiment obtenu, Kex s’éloigna avec le gibier, préférant terminer de le préparer dans le froid plutôt que de laisser le nourrisson entendre la violence des coups de couteau trancher les os et la chair du gibier, sons qui pourraient l’effrayer et lui valoir cris et pleurs. Il était déjà si souvent gêné avec les gens en temps normal, aussi préféra-t-il éviter d’être celui à l’origine du chagrin d’un chérubin. Etait-ce par mansuétude ou plutôt par crainte d’être mal à l’aise ? Aussi brava-t-il le froid pour sectionner les pattes, les ailes et le coup du gibier. Kex en profita d’ailleurs pour décoller les poumons et retirer les entrailles de l’animal qu’il jeta au rebus. Les charognards des montagnes auraient tôt fait de les chiper pour s’en nourrir.
Le froid ayant achevé de congeler le bout de son nez et de ses doigts, le soigneur se faufila à nouveau à l’intérieur avec le gibier. A nouveau, il se débarrassa de la neige qui était tombée sur ses épaules et sa tête avant de frissonner pour chasser la fraîcheur de l’extérieur qui s’était faufilée jusque sous ses vêtements. Il se hâta de placer la volaille dans le grand récipient d’eau qui bouillait encore dans l’âtre, plaçant ensuite ses mains au devant des flammes pour les réchauffer.

Il neige pas mal dehors. Je n’aurais pas pensé que le froid arrive si vite, souffla-t-il. Vous venez d’un duché où il neige souvent ou bien découvrez-vous les joies des blizzards et du froid mordant ? demanda-t-il en se tournant vers elle tout en se frottant les mains pour finir de les réchauffer.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 29 Nov - 15:38

Acuité regarda Kex préparer l'oiseau. Ses gestes étaient sûrs tandis qu'il plumait et dépouillait l'oiseau de ses tripes. C'était un spectacle peu ragoutant mais nécessaire et la jeune femme en avait pris l'habitude depuis sa fuite. Tuer un animal, le préparer pour le manger était devenu son quotidien. Le temps des buffets et des mets délicats préparés par les cuisiniers du château était bien trop loin à son goût. Mais, elle appréciait tout autant cette nourriture plus rustique, car préparé avec la sueur de son front. Espoir commençait sérieusement à s'assoupir lorsque Kex lui indiqua qu'elle pourrait préparer les légumes.
Au moins ne resterait-elle pas les bras croiser à regarder l'homme oeuvrer seul. Pourtant, ce dernier sortit à nouveau à l'extérieur. Elle ne comprit pas immédiatement pourquoi, jusqu'à ce qu'il ne revienne avec l'oiseau prêt à être cuisiné. S'il pensait l'épargner de ces images il n'en fût. La pauvre avait vu bien pire avec la guerre et même avant, lorsque les brigands l'avaient attaqué dans la vallée de Castercelf.
Elle dû reconnaître cependant que l'intention était noble, mais avait simplement perdu l'habitude d’être vue comme une femme fragile du château. Depuis de longs mois, elle était une archère et un membre de l'armée, non plus la petite Duchesse héritière de la famille royale. Et c'était tant mieux d'un côté.

- Je viens de Béarns, répondit-elle machinallement avant de se rendre compte que cela pouvait donner un indice sur sa véritable identité.

Elle ne s'angoissa pas plus que cela cependant. S'il y avait une rumeur concernant Acuité Loinvoyant, elle était porté décédée et non pas disparue. Nul ne pourrait faire le rapprochement.

- Mais j'ai fais mes classes d'armes en Cerf, dans l'armée du château.

Le lien entre soldat et artiseur du clan était mince, et les paroles qu'elle venait de prononcer auraient pu convenir aux deux. Dans d'autres circonstances elle en aurait rit.
Elle se leva, le nourrisson endormit contre son coeur la bouche encore sur son sein et se dirigea vers la chambre annexe pour aller le déposer. Là, elle le posa dans son berceau et le recouvrit de la couverture avant de rajuster ses propres vêtements et masquer ainsi son sein.
Ensuite, elle revint dans la pièce à vivre et se plaça à côté du soigneur pour jeter un coup d'oeil dans la marmite. Il se réchauffait auprès du feu, elle ne pouvait lui en tenir rigueur, la neige à l'extérieur glaçait tout. Encore plus la nuit.
Aussi près, elle observa leur différence de taille discrètement puis les mains qu'il frottait pour gagner un peu de chaleur.
Son regard dévia sur les siennes avant de noter toutes les petites entailles qu'elles portaient.

- Bon les légumes, lança-t-elle avant de se diriger vers le panier d'osier un peu plus loin et de saisir quelques navets et pommes de terres.
Elle s'installa à nouveau à table et commença à éplucher chacune des racines, bien que régulièrement ses yeux fassent l'aller-retour entre la peau couverte de terre et l'homme qui se tenait toujours bien droit.

- Pourquoi n'êtes-vous pas marié ? demanda-t-elle subitement avant de se rendre compte que cette question était vraiment grossière.
Le rose aux joue, honteuse elle s'excusa immédiatement un léger sourire ornant ses lèvres.
- Pardonnez-moi, c'était inconvenant.

Et comme pour la punir, la lame du couteau qu'elle tenait lui entailla le pouce.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 29 Nov - 21:59

Occupé à se réchauffer au coin du feu, Kex écouta d'une oreille distraite la réponse de la jeune femme. Bien qu'elle lui apprit le Duché où elle était né et qu'elle rappelait où elle avait fait ses armes, l'assassin ne découvrait rien de nouveau à part son duché d'origine. D'ailleurs, il ne nota pas l'information préférant garder son attention sur le foyer qui chassait peu à peu le froid de ses membres et qui le décrispait finalement.

Dans son dos, le jeune homme l'entendit se lever pour aller border son enfant avant de revenir rapidement prendre place à ses côtés, silencieusement. Sans se tourner vers elles, Kex sentait son regard poser sur lui, à le jauger. Se demandait-elle s'il n'était finalement pas une menace pour elle et son enfant ? Un bref instant s'écoula, et ce n'est que lorsqu'elle mentionna les légumes et qu'elle le laissa seul qu'il se rendit compte à quel point l'analyse qu'elle faisait de sa personne l'avait tendu. Son propre regard sombre se perdit dans les flammes, le jeune homme s'évertua à comprendre ce qu'il venait de se passer.

Kex resta un long moment devant le ballet incessant des flammes qui se mouvaient dans l'âtre. Le feu avait un mouvement et une chaleur apaisant, et le crépitement du bois qui succombait aux flammes et le rythme régulier du couteau qui tranchait les légumes chantaient comme une berceuse à ses oreilles. S'il fermait les yeux, il aurait pu s'endormir, songea-t-il.

Mais la question, abrupte, le surprit tout autant que celle qui l'avait énoncée. Bouche-bée, il fit volte-face alors qu'elle s'excusait et se blessait aussitôt avec le couteau. Son regard s'attarda un instant sur le pouce en sang avant de venir la dévisager. Un peu plus tôt, le contact entre leurs mains les avaient mis mal à l'aise. Il était inconvenant de toucher une inconnue, il le savait. Mais il était bien plus efficace qu'elle pour soigner les blessures, même légères.

Motivé par une force dont il ne comprenait rien, Kex s'installa juste à ses côtés et se saisit de sa main en l'interrogeant du regard. Le jeune homme revêtit alors le rôle de soigneur et tira de sa besace un tissu propre pour nettoyer la légère coupure, avant d'appliquer une pommade sur cette dernière. Malgré son habitude pour ce geste anodin, il ne put s'empêcher de lui trouve une certaine particularité sans parvenir à la définir. Comme pour éviter de trop y songer, il préféra répondre à sa question alors qu'il s'affairer à la soigner, se rendant compte qu'il s'emportait peut-être un peu. Mais il était trop tard, et il aurait été encore plus curieux de s'interrompre maintenant qu'il avait commencé.

- Parce que pour se marier, il faut avoir une femme à épouser, vous ne croyez pas ? lâcha-t-il faussement moqueur. C'est, il me semble, un prérequis important.

- La vérité,
reprit-il, c'est que je n'ai jamais côtoyé personne de cette façon. Il y a toujours une barrière invisible entre le peuple des Montagnes et moi. Je reste un étranger, je pense, ou j'agis comme tel. Et comme pour vous, le passé est suffisamment fort pour nous forger un avenir auquel nous n'aspirons peut-être pas. Ou du moins pour dessiner un chemin que nous suivons sans y prendre garde et qui nous mène vers un futur bien différent de notre idéal. Je devrais peut-être m'en détacher et me mettre en quête d'une femme à aimer, si j'étais l'un de ces hommes romantiques qui rêvent d'amour.

- Mais qui pourrais-je aimer ici et qui m'aimerait en retour ?


Il avait laissé échapper cette dernière phrase sans y prendre garde en adoptant un air faussement idiot alors qu'il relâchait la main de la jeune femme aux boucles blondes, ayant terminé de soigner la ridicule blessure de son pouce. Il se sentait nigaud d'avoir réagi ainsi et il s'empressa de prendre le couteau pour reprendre la préparation des légumes pour les ajouter au bouillon qui cuisait sur le feu de l'âtre.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 30 Nov - 10:24

Acuité resta un moment à observer le sang qui s'écoulait de son pouce. C'était très certainement stupide, mais elle voyait dans cette scène une sorte de purification mystique et s'y absorba entièrement. Le liquide vermeil s'écoulait lentement tandis que son autre main relâcha le couteau qui s'échoua dans un bruit métallique sur le bois de la table.
Cela piquait un peu et elle sentait la chaleur liée à la morsure de la lame à travers sa chair tout autant que le battement de son coeur semblant pulser sous sa pulpe.
Elle était sur le point de porter son pouce sa bouche lorsque Kex prit place à côté d'elle. Sa réaction ne la surprit qu'à moitié. Il était soigneur alors ce genre de plaie devaient attirer son attention.
Elle se sentait gauche et terriblement désolée de se montrer si maladroite, elle qui habituellement était soignée et rigoureuse. De ce fait, elle ne dit rien alors qu'il nettoyait l'entaille avant d'y appliquer un nouveau baume dont il possédait le secret et qui semblait contenir le sang.
Le regard de la jeune femme se porta sur ses gestes si sûr d'eux, sur ses mains presque deux fois plus grandes que les siennes qui paraissaient ridiculement minuscules à côté.
Seul le son du feu et ceux du soigneur qui s'affairait ne tranchaient dans l'atmosphère, du moins jusqu'à ce que l'homme prenne la parole.
Il avait choisi de répondre à sa question stupide et prononcée sans grande réflexion. Au fond d'elle pourtant, elle savait parfaitement pourquoi elle l'avait posé. Sa nature romantique reprenait le dessus et elle ne comprenait pas qu'un homme tel que lui, bien portant et attentionné puisse vivre seul. D'autant plus qu'il était loin d'être laid.

A ses premiers mots pour le moins moqueur, elle sourit, gênée de passer pour si sotte. Mais lorsqu'il reprit la parole, elle écouta attentivement, en fronçant les sourcils au fur et à mesure que les mots déroulaient et qu'elle les enregistrait dans son esprit.
Sa dernière question lui fit mal au coeur. Fallait-il qu'il soit si désespéré pour en arriver à songer ainsi ?
Il relâcha sa main et elle le remercia avec humilité, mais ne put se résoudre à lui faire face à nouveau, les yeux dans les yeux et comme il reprenait la taille des légumes à sa place, elle en profita de le savoir affairé pour répondre à son tour, le regard gravé sur la table.

- Pourtant, vous disiez que les Montagnes ouvraient ses bras aux étrangers, qu'il n'y a rien que les Duchés pourraient vous offrir que vous ne puissiez trouver ici. Vos discours semblent se contredire à présent.

Elle prit une profonde inspiration et se renfrogna un peu plus.

- Il n'y a pas si longtemps, j'étais encore une de ses sottes romantiques espérant vivre un idéal amoureux comme nous les chantent parfois les ménestrels. J'ignore si je l'ai cherché ou non, mais l'amour m'est tombé dessus sans que j'y sois préparé. Au final, lorsqu'il est là, il vous coupe le souffle et plus rien ne compte, pas même la raison.

Sa voix se faisait plus lasse à mesure qu'elle parlait, comme si elle se rendait compte elle-même de ses erreurs.

- Je ne pense pas qu'il existe de réponse à votre question, car ce choix ne vous appartient pas.

Si elle avait pu choisir qui aimer, alors ce choix ne se serait pas porté sur le maître d'armes. Sans tomber dans un romantisme excessif, il lui semblait aujourd'hui évident que l'amour se subissait plus qu'il ne se vivait.
Et cette idée, confrontée à tous ses idéaux d'adolescente lui brisa le coeur.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 30 Nov - 19:42

La formulation employée avait été maladroite. En effet, il l’avait rassurée sur le caractère bienveillant, ouvert et protecteur des Chyurdas, et voilà désormais qu’il faisait état d’un manque d’intégration. Il s’éclaircit alors la voix et préféra se reprendre.

- Vous avez craint d’être seule et de ne pas être capable d’éduquer convenablement votre fils. Mes propos sont différents, d’ailleurs, j’ai dit que mes actes étaient également responsables. Si je ne m’intègre pas totalement au peuple des Montagnes, j’en suis en grande partie le fautif. Ils vous soutiendront, et vous aideront. S’ils vous ont accueilli, soyez certaine qu’ils ne vous laisseront jamais tombé. Mais votre question était différente. Vous me parlez d’un mariage, je vous dis qu’il faut être amoureux pour cela. Et je n’ai pas eu cette chance.

Le ton qu’il employait était loin de ressembler à de l’apitoiement. En réalité, il énonçait cela comme n’importe quelle autre vérité, parfaitement neutre. Il s’agissait d’un fait, qu’il s’en accommode ou s’en plaigne ne comptait pas. Il n’avait jamais rencontré de femmes envers lesquelles il ait ressenti ce que la jeune Béarnaise avait décrit. En était-il triste pour autant ? Pas vraiment. En était-il heureux ? Pas vraiment non plus. Mais l’assassin avait, depuis la mort de sa mère, toujours vécu ainsi et le quotidien l’y avait habitué. Il n’était pas pourtant autant hermétique à l’amour, mais ce n’était pas son but dans la vie. Il partagea d’ailleurs cette remarque qu’il venait de se faire à part lui.

- Mon discours a donné l’impression que je suis désespéré, mais c’est faux. Je ne suis pas de ceux qui voient comme un accomplissement d’avoir femme et enfants. Et je ne suis pas non plus un coureur de jupons. A vrai dire, je ne me suis jamais vraiment intéressé à cet aspect de la vie. Comme je l’ai déjà dit, le passé façonne notre avenir. Peut-être le mien me hante trop pour que je sois prêt à m’attacher de la sorte à quelqu’un. Je ne sais pas. En tout cas, ce n’est pas ce à quoi j’aspire, mais je ne ferme pas non plus la porte à cette éventualité, déclara-t-il tout de go alors qu’il terminait d’éplucher les navets et les carottes puis de les couper en rondelles. Il se leva alors pour ajouter le tout dans la marmite pour que le tout cuise sur le feu et leur fasse un repas frugal mais qui les rassasierait malgré tout.

Ce qu’il oubliait volontairement de dire, c’était le poids que pesait son rôle d’assassin sur ses épaules, et tout ce que cela impliquait. Pouvait-il partager sa vie avec une femme sans la mettre dans la confidence ? Cela ne la mettrait-elle pas d’autant plus en danger ? Et ne serait-ce pas la trahir que de lui cacher ce pan entier de sa vie ? Avant même que des sentiments puissent naître, cette réflexion s’imposait toujours à lui. La manière dont il arriverait à concilier ses obligations envers le Royaume des Montagnes et celles envers sa femme lui paraissait introuvable et l’idée même de ne pas être honnête avec la personne aimée lui arrachait le cœur. En réalité, ses secrets avaient déjà choisi pour lui, se dit-il en reprenant place face à la jeune femme.

Son regard s’attarda un instant dans les reflets or de ses boucles, la lueur du feu et l’obscurité environnant la maison les mettant parfaitement en valeur. Ses yeux croisèrent les siens l’espace d’un instant, et il déglutit aussitôt. Très vite, il reporta son attention sur les épluchures, qu’il entreprit de débarrasser, non sans penser à la jeune femme, à sa gentillesse, son hospitalité et à son courage. Un sourire au coin des lèvres, il se dit que c’était peut-être dommage car Alisel correspondait au genre de femme qu’il aurait courtisé dans une autre vie.
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Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]

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