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 Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]

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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 10 Jan - 22:24

Après la courte méprise quant à ceux qui connaissaient la vérité, Acuité lui assura très clairement que personne ne savait. Pas même Jordken, ce qui brisait d'autant plus le coeur de la jeune femme avec un sentiment de le tromper au quotidien.
Cette culpabilité lui serrait la poitrine et elle ne cessait de se répéter que dès lors qu'elle se sentirait vraiment Montagnarde, ce sentiment négatif disparaîtrait. Elle aurait fait table rase de son passé.

Elle fut légèrement surprise lorsque Kex lui indiqua qu'il pouvait la soigner. Il s'occupait des animaux et elle jugea qu'en effet, il serait capable de désinfecter et de panser son dos, alors pourquoi n'y avait-elle même pas pensé et surtout, pourquoi rechignait elle à cette idée.
Alors qu'il l'incitait à nouveau à avancer et bien qu'elle traîna un peu des pieds le temps de se décider, elle réfléchissait à sa deuxième phrase qui confirmait bien que son rôle de soigneur n'était qu'une petite facette de ce qu'il était vraiment.
En confiance à l'idée de se réchauffer, elle n'ajouta rien et se laissa mener à la maison de Jordken, par quelques raccourcis qu'elle ignorait jusqu'à présent.
Pourtant, intérieurement, elle se questionnait encore. Pourquoi était-elle si dérangée qu'il soigne lui-même ses blessures ?

A peine arrivée dans la maison, il la relâcha pour attiser le feu. Elle resta, sur le seuil de la pièce, à le regarder s'affairer, n'osant pas bouger, cherchant encore à mettre le doigt sur ce qu'elle n'arrivait pas à définir. La différence entre l'extérieur et l'intérieur était notable en terme de température et rapidement, comme pour améliorer le réchauffement de son corps, ce dernier se mit à grelotter, mais elle ne bougeait toujours pas.
Kex mit de l'eau à chauffer et se tourna face à elle.

Certes, elle aurait pu inventer un tas d'histoire, mais aucune n'aurait été suffisamment crédible pour expliquer qu'une des cicatrices avait lâché. Ermenhild aurait très certainement remarqué la violence du geste qui avait provoqué cette réaction, accompagné de quelques bleus sur ses bras, lorsqu'elle avait tenté de se débattre.
Mais ces blessures restaient invisible, contrairement au sang séché du soigneur qui tachait sa peau, là où il s'était essuyé rapidement. Elle regrettait son geste autant que sa panique.
Son attitude le lui confirma lorsqu'il lui souffla qu'elle pourrait en apprendre plus sur lui et quelque chose se brisa en elle, lorsqu'il lui parla de le fuir encore.

Soudain, elle comprit pourquoi elle n'avait pas souhaité ni même songé qu'il s'occupe de la soigner. Elle avait été éduqué dans un univers où le simple fait de s'entretenir avec un homme se faisait sous la surveillance d'un chaperon, où le contact d'un galant s'effectuait par un baise-main.
Songer qu'il puisse la voir à demi-nue, même s'il s'agissait de soigner son dos était au delà des convenances, bien au dessus de la limite imposée par sa pudeur.
Et puis...il s'agissait de Kex et elle savait qu'elle n'était pas indifférente au jeune homme. La connotation d'un tel contact prêtait à confusion aussi bien pour elle que pour lui.
Ne venait-il pas de lui signaler son inquiétude à la voir disparaître ?

Elle s'avança vers lui et saisit un torchon plié sur le dossier de la chaise à côté de laquelle elle passa. Elle en trempa un bout dans l'eau qui chauffait et se tourna vers lui. D'un geste doux, elle essuya le sang qui avait croûté sur sa peau comme pour laver sa culpabilité.

- Quoique je décide, tu sera le premier au courant.


Est-ce que ce sera suffisant pour le rassurer ? Elle resta un moment, le regard perdu dans le sien jusqu'à ce que son geste ne s'arrête de lui même.
Le feu achevait de la réchauffer, elle ne tremblait plus, pourtant elle se sentait si fébrile que d'un souffle il aurait pu la faire tomber.
Déroutée par ses émotions, elle se retourna et s'approcha de la table. Là, elle se défit de son gilet en peau sans manche, qu'elle installa sur la chaise à côté, avec une grimace non feinte. La douleur se ravivait avec la chaleur.
Dans un deuxième effort qui lui coûta un nouveau gémissement contenu entre ses dents serrées, elle retira l'épaisse laine qui couvrait le haut de son corps. Ne lui restait que sa tunique en tissu, qu'elle sentait tendue dans son dos, probablement collée à ses chairs.
Elle s'installa sur la chaise, dos au soigneur et croisa les bras sur sa poitrine avant de s'appuyer en avant, sur la table.

- N'hésite pas à couper le tissu. Finissons en.

Ces dernières paroles lui étaient également destinées. Elle appréhendait la réaction de l'homme, face à l'horreur que représentait son dos et qui resterait gravé à jamais sur sa peau.
Elle s'était juré que nul homme ne verrait ça et continuait à mentir et à trahir ses propres promesses.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 11 Jan - 0:36

Il s’était attendu à ce qu’elle lui réponde simplement, ou qu’elle lui demande d’aller chez Ermenhild. Mais certainement pas à ce qu’Alisel, pourtant bien plus souffrante que lui, ne prenne un instant pour prendre soin de lui. Le geste qu’elle eut pour laver le sang qui avait coulé était d’une incroyable douceur, comme la voix qu’elle prit pour le rassurer. Ses yeux cherchaient les siens alors que tout son corps se raidissait. Quand ils les trouvèrent, son cœur rata un battement et elle arrêta son geste. Il n’eut le temps de ne rien dire, de ne rien faire qu’elle détourna le visage et s’approcha de la table. Elle avait été si proche de son visage, son mouvement si doux. Il lâcha un imperceptible soupir.

La jeune femme ôta une à une les couches de vêtements, lentement. Elle souffrait le martyr, mais le Baugien sentit une autre réticence ralentir ses gestes. Elle hésitait à se dévêtir devant lui. C’est alors qu’il vit les liserés rouges lézarder son dos. Le tissu était imprégné de son sang et il collait aux blessures qu’il avait ravivées. Son courage ne l’étonna guère, car la simple présence de ces marques attestait d’un lourd passé. Mais comme il lui avait promis, il ne poserait pas de question. De toute façon, elle avait déjà expliqué en grande partie comment elle les avait eues. Le soigneur grimaça malgré tout, elle allait souffrir.

Kex retira l’eau du feu et vint la poser sur la table. Il la laisserait refroidir car, trop chaude, l’eau ferait fondre la croute de la plaie et mettrait les blessures à vif, trop froide, elle ne ramollirait pas suffisamment le sang. Le jeune homme prépara des linges propres, déboucla sa ceinture de cuir et récupéra une fiole d’un alcool à base de liqueur de châtaignes et posa le tout sur la table à côté de la marmite d’eau. Il lui servit un verre et lui tendit.
- Bois, ça apaisera la douleur.
Il s’empara alors d’un couteau bien aiguisé et en tenant fermement le tissu, il le coupa au-dessus des épaules et sur les flancs pour que du tissu continue de lui couvrir le reste du corps une fois qu’il aurait réussi à retirer celui collé à son dos. Puis il entreprit de commencer.

- Je vais noyer ta chemise dans l’eau. Cela ramollira le tissu et le sang. Une grande partie de la chemise sera retirée sans douleur. Mais pour le reste, mords la ceinture.
Puis il mouilla plusieurs linges qu’il épongea sur les épaules d’Alisel. Il prit son temps afin de s’assurer que sa chemise soit suffisamment trempée pour entamer la partie la plus délicate. Comme il s’y était attendu, il parvint à retirer le vêtement sans trop la faire souffrir, mais deux plaies rouges furent plus récalcitrantes. Le tissu résistait, et elle gémissait de douleur. D’une voix douce et chaude, il se pencha vers elle pour murmurer et la rassurer, comme il l’aurait fait avec un animal qu’il soignait, mais pour elle, son ton fut encore plus doux.

- Tu es courageuse, Alisel. Certainement la femme la plus courageuse que je connaisse. Ton fils sera bien éduqué et tu seras en sécurité ici, j’y veillerai. Tu sais pourquoi je te dis tout ça, parce qu’en cet instant, tu es concentrée sur ma voix..
Kex tira alors d’un coup sec sur le tissu encore collé par endroit pour laisser finalement son dos délivré de la chemise. Elle ne put retenir la douleur, à raison, et aussitôt, il prit sa tête entre ses mains et appuya son front contre le sien.
- Je suis désolé.
Il l’était vraiment. Car même si elle l’avait fui, c’était lui qui avait ravivé ces vilaines blessures. Il se redressa et préféra ne pas s’attarder sur les marques de son dos, il en avait eu un aperçu si tôt la chemise retirée, et ce n’était déjà pas beau à voir. Kex lui prit le bras et l’amena, avec la chaise, plus prêt du feu pour que sa chaleur vienne la réchauffer davantage. Puis, dans un silence presque religieux, il entreprit de laver toutes les plaies de son dos avec une grande application et autant de délicatesse. Ses mains agissaient sur son dos, mais son regard était perdu dans les éclats dorés de ses cheveux.

- Merci de me faire confiance, Alisel, lâcha-t-il d’une manière à peine audible.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mar 12 Jan - 10:26

Il déposa un verre d'alcool sur la table et elle fronça légèrement le nez à l'odeur. Il devait être fort sans aucun doute. A cette idée, une appréhension parcourut sa colonne vertébrale. Elle allait souffrir et cette sensation la ramena des semaines en arrière, lorsque Jordken l'avait découverte. Ses plaies étaient infectée et sales, elle en avait bavé, mais aujourd'hui, sa peau était fragilisée par la cicatrice et d'autant plus sensible. Elle sentait que cela serait alors pire.

Le verre fut vidé d'un trait et elle grimaça tandis que l'alcool lui brûlait la gorge, avant de laisser échapper une expiration appuyée. Elle plaça la ceinture entre ses dents comme il le lui avait suggéré, et reprit sa position, les bras croisés et les yeux clos.
Elle sentit l'eau couler à travers le tissu, former un lien étroit avec sa peau lézardée. C'était chaud et pas forcément désagréable, bien qu'elle sache ce qui l'attendait.
Et puis, le vrai travail du soigneur commença et avec lui, les tiraillements transformés en douleur intense qui lui fit serrer les dents à plusieurs reprises.
Par moment, des larmes fuyaient de ses yeux clos, mais elle tenait bon et tentait même de retenir les cris de souffrance sans grand succès néanmoins.
Étouffés par la ceinture et par sa dignité, elle se contenait et ses doigts se crispaient sur le tissu conservé contre sa poitrine, jusqu'à ce que ses phalanges ne blanchissent.

Il lui parlait mais elle ne comprenait pas tout, l'alcool bien trop fort l'abrutissait, elle n'en avait pas bu depuis une année.
Pourtant, elle s'accrochait à sa voix, son ton et surtout son souffle, le sentant si proche que les petits cheveux de sa nuque bougeaient au gré de ses paroles. Il était là, il la protégerait et ça lui suffisait.
Lorsqu'il acheva de retirer le tissu, la douleur la plongea au bord de la nausée et de l'évanouissement. Elle commençait à se laisser aller, épuisée lorsque les mains de Kex entourèrent son visage pour mener son front contre le sien pour maintenir sa conscience éveillée peut-être.
Elle conserva les yeux clos alors qu'il lui disait être désolé et ne put répondre que par un léger son à peine inaudible.
Lorsqu'il lui prit le bras ce pendant, elle plaqua un peu plus celui appuyé sur sa poitrine, mais fit l'effort d'ouvrir les yeux pour le suivre. Sa vue était légèrement floue et elle avait l'impression d'avancer trop lentement, comme dans un rêve, tout semblait, comme dans un rêve.
Sa douleur se diffusait désormais dans tout son dos comme s'il était entièrement à vif, alors qu'elle savait que seulement quelques entailles s'étaient réveillées.
Il l'installa devant le feu, et elle se laissa faire. Pour ne pas gêner les soin prodigués dans son dos, elle plaça le dossier sur le côté et s'y appuya du côté de son épaule, la tête légèrement basculée sur celle-ci.
Son regard fatigué se posa sur les flammes dansantes et elle tâcha de s'y accrocher. L'alcool courrait dans ses veines et si la douleur lui avait permis de dessaouler à quelques reprises, elle ne se sentait pas tout à fait elle-même.

Les paroles de Kex lui firent légèrement relever la tête. Lui faire confiance ? Était-ce qu'il avait dit ? Elle n'en était pas certaine et elle conserva donc le silence suite à ses mots.
Avait-elle le choix ? S'il était un homme de main de l'Oblat comme elle le supposait, il valait mieux l'avoir dans son camps n'est-ce pas ?
Mais il y avait autre chose, plus profond que l'accord muet qu'ils avaient passé. Elle se sentait bien en sa présence et elle aimait l'observer à la dérobée. Les sentiments naissant qu'elle cherchait à nier, se dévoilaient chaque jour un peu plus, même si elle se le refusait. Un seul de ses sourires lui donnait le sentiment de n'être que tous les eux, seuls au monde et elle adorait ça, ce partage sans avoir besoin de prononcer un seul mot. Un seul regard de sa part, lui donnait l'illusion que son coeur allait bondir hors de sa poitrine avant de brutalement s'arrêter.
Pourtant, elle ne le connaissait pas vraiment.

- Tu as dis que...tu trahissais un engagement pour moi. Qui es-tu exactement et quels sont tes ordres vis à vis de moi ? demanda-t-elle d'une voix molle avant de grimacer sous l'effet de ce qu'il appliquait sur ses plaies.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mar 12 Jan - 19:59

Après avoir passé de longs instants à laver ses plaies pour éviter qu’elles ne s’infectent, Kex laissa son regard analyser les liserés rouges qui couraient sur son dos. Nul regard désapprobateur ou de frayeur, son instinct lui murmurait simplement que les cicatrices ne partiraient jamais, et quelles étaient le résultat de supplices bien supérieurs aux marques qu’elle arborait malgré elle. Elles étaient propres maintenant que le tissu avait été retiré et qu’il s’était attardé sur chacune d’elles. Le sang coulait en minces fils, et il les épongea délicatement avec un linge propre et mouillé. Puis il se leva, alors qu’elle laissait sa tête s’appuyer contre la chaise, épuisée par les révélations, la douleur et l’alcool. Le soigneur partit en quête de l’onguent qu’il lui avait laissé pour soigner ses mains dès qu’elle travaillait le bois pour améliorer sa technique, éternelle insatisfaite qu’elle était.
Quand il mit la main dessus, il revint se place derrière elle, assis sur un autre siège et entreprit de passer la pâte façonnée par ses soins sur chacune des cicatrices qui s’était ouverte suite à leur échange physique un peu mouvementé. Il prit son temps, bien plus que s’il s’occupait d’un animal. Il s’agissait d’Alisel. Et même si c’était synonyme de souffrance pour elle, plus il prenait son temps, plus il prenait soin d’elle, et plus il restait longtemps avec elle.

Lorsque la jeune femme, la voix faible et endormie, s’adressa à lui. Son geste se figea, et son regard quitta les marques de son dos pour venir mourir dans sa nuque, la peau dorée par la lueur du feu, à peine visible derrière ses boucles blondes. Malgré les blessures dorsales, son cou restait immaculé, la peau lui semblait douce, chaude et envoutante. Chaque fois qu’il l’avait touché, ç’avait été pour la soigner ou pour la rassurer. Mais en voyant sa peau et ses épaules dénudées, il avait envie de la toucher sans aucune justification. Du moins, aucune qu’il n’acceptait s’avouer.  Mais elle avait demandé son histoire, en juste retour à ses propres confidences.
Il reprit alors là où il s’était arrêté, et prit une voix détachée.
- Je suis un assassin. Il la sentit se raidir, mais était-ce à cause de ses gestes ou de ses mots. Je rends des comptes à Kristen, uniquement, mais d’autres, à mon grand désarroi, savent : Jordken et Kaïran. Mais je n’ai jamais été utilisé afin d’ôter la vie à quelqu’un, et je souhaite que cela n’arrive jamais.
Puis le jeune homme marqua une pause alors qu’il étalait ce qui restait de pâte sur les boursouflures de son dos, là où les cicatrices avaient tenu mais qui restaient bien irritées. Il n’y avait pas de cicatrisation à aider, mais au moins cela apaiserait-il la douleur.
- Je n’ai aucun ordre vis-à-vis de toi. Personne ne sait. Personne n’a à savoir. Tu es Alisel des Montagnes. Ton fils est né ici. C’est la seule histoire qui existe, c’est la seule que nous dirons, c’est la seule qu’ils écouteront. Tu es Alisel.

Il la rassurait à nouveau et réaffirmait sa promesse de les protéger, elle et son enfant. Il trahissait un engagement, mais il le faisait pour quelqu’un qui comptait sur lui, se persuadait-il. Et parce qu’il l’appréciait bien plus qu’il ne le devrait. Cela l’aveuglait-il ? Probablement. En était-il désappointé ? Pas du tout. Mais de la même façon qu’elle restait la femme qu’il avait côtoyée pendant ces quelques jours, il ne voulait pas qu’elle voit davantage l’assassin plutôt que l’homme qu’il était avec elle.
- Je suis surtout le même homme que tu connais depuis qu’on s’est rencontrés. Rien n’est faux,
conclut-il en faisant référence, à demi-mots, à ses sentiments envers qu’elle avait probablement déjà mis à jour.

Le soigneur estima alors avoir terminé de panser ses plaies. Il s’empara d’une chaude couverture qui traînait dans un coin et lui plaça sur les épaules en lui demandant de se redresser, de telle sorte qu’elle ne se colle pas à nouveau sur l’onguent qui séchait. Dans un sourire qu’il lui adressa, il récupéra sa ceinture sur laquelle les traces de ses dents marquaient le cuir. Il fit une moue de la tête et plaisanta :
- Tu me dois une ceinture. Veux-tu du thé ?
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mar 12 Jan - 22:41

Kex ne répondit pas de suite. Peut-être cherchait-il ses mots ? Peut-être rechignait-il à lui dire la vérité ? Elle l'aurait compris, ayant été la première à user de mensonges et à ne pas vouloir avouer ce qu'il en était vraiment.
A nouveau, elle ferma les yeux, se laissant bercer quelques instants par la chaleur douce des flammes et par le contact du soigneur à nouveau.
Alanguie ainsi, elle accueillit sa réponse sans s'en rendre compte dans un premier temps. Et puis, elle se redressa légèrement, ses muscles se raidissant alors qu'elle rouvrait les yeux. Un assassin. Celui de Kristen. Jordken savait ? Et Kaïran...voilà qui expliquait bien des choses...
Le poignard sortit de nulle part avec lequel il l'avait menacé sous la tente pour commencer. Devait-il lui faire part du reste ?
Elle hésita et préféra le laisser poursuivre.
Ainsi, il n'avait pour autant jamais tué. Que penserait-il d'elle en sachant qu'elle avait tué son première homme l'an passé ? Et d'autres encore avaient connu le même sort tragique durant la Guerre.
Dans cette pièce, c'était elle la meurtrière.

Le discours qu'il lui servit juste après lui mit du baume au coeur, plus qu'elle n'aurait osé songer. Si l'assassin des Montagnes était de son côté, elle n'avait pas grand chose à craindre, même si le combat au corps à corps ne semblait pas être son fort. Elle sourit, en songeant qu'elle se trompait. Il avait certainement retenu ses gestes parce qu'il s'agissait d'elle.
A demi-mots, il formulait à nouveau cette promesse de la protéger et elle lui en fut reconnaissante. De la même façon, il lui confirmait être l'homme qu'elle avait connu, lui le soigneur, pas l'assassin.
Elle ne le voyait pas de cet oeil neuf, pour elle, il restait le même, l'homme qui la protégeait et avec qui elle partageait beaucoup de cette nouvelle vie. Il en faisait entièrement partie.

Elle sentit le mouvement dans son dos alors qu'il se levait et revenait lui déposer une couverture sur les épaules. Toujours peu à l'aise, même avec ce tas de laine sur son corps, elle se sentait tout aussi nue, un simple bout de tissu masquant son buste qu'elle tenait toujours d'un bras.
Le regard toujours légèrement flou, elle posa ses yeux sur lui alors qu'il lui souriait avant de se moquer doucement d'elle.

- J'aurais préféré ton alcool de châtaigne, ricana-t-elle, mais ce n'est pas très bon pour Esp...Kjeld. Il ne faut pas que je traîne pour le récupérer, il va avoir faim d'ici peu. Alors, un thé serait parfait, s'il te plaît.

Elle attendit qu'il le lui serve et dès que sa tasse fut posée dans sa main qu'elle lui tendit, elle en savoura la chaleur se diffusant à travers ses doigts avant de la porter à sa bouche. La petite gorgée qu'elle avala lui fit du bien, à moins que ce ne soit l'image du soigneur qu'elle avait sous les yeux et qu'elle couvait du regard. Un nouveau sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle reprenait derrière sa tasse.

- En fait, ça explique beaucoup de choses. Tout est plus clair pour moi, je comprends mieux ton côté taciturne lorsque nous nous sommes rencontrés, ton esprit vif et analytique, sans oublier le poignard sortit de nulle part, enfin de ta manche sans doute.

La jeune femme marqua une courte pause et acheva dans un souffle :

- Et je comprends aussi mieux les menaces de Kaïran à mon encontre, c'est de toi qu'elle parlait...
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mer 13 Jan - 9:44

Alisel restait tendue, par la douleur pensa-t-il. Alors qu’elle était tout autant gênée d’être à peine vêtue du drap face à lui. Mais pour l’heure, le jeune homme ne la voyait pas simplement comme la femme qu’il désirait –sans pour autant se l’avouer- mais comme celle qu’il avait soigné. Plus tard peut-être son esprit repenserait à ce moment et peut-être dériverait-il sur des songes bien différents.
Lorsqu’elle fit part de sa préférence pour l’alcool, le soigneur leva un sourcil réprobateur alors qu’il souriait également. Il se moquait d’elle puis hocha la tête quand elle mentionna son fils.
- A ce propos, tu devrais le nourrir avec un autre lait que le tien, lui suggéra-t-il en faisant référence à la liqueur qu’il lui avait fait ingurgité. Sa consommation pouvait se répercuter sur son propre lait et avoir d’autres conséquences sur la santé de son fils. Comme il en était responsable, il préférait la mettre en garde à ce sujet.

Quant à ses inquiétudes à propos d’aller le récupérer :
- Tu devrais te reposer un peu, laisser ton corps reprendre des forces et gérer le processus de guérison. Il te reste du temps, et Inge saura s’en occuper, même pour le repas. De toute façon, il vaut mieux éviter que tu ne portes quoi que ce soit pour l’instant. Cela tendrait ta peau et rouvrirait tes blessures. Je te déconseille de marcher pour aller le chercher, mais je perdrai probablement cette bataille.
Et il lui offrit un sourire à ces mots. Il parlait autant de leur échange physique que de son acceptation –pour ne pas dire résignation- de le laisser la soigner alors qu’elle appréhendait, et il comprenait désormais pourquoi, de lui montrer les marques de son passé. Il reprit.
- Je t’accompagnerais, si tu le veux bien, et porterais ton fils pour toi.

Elle allait certainement refuser, car elle se voulait indépendante. Elle l’avait été pendant longtemps, et même si elle se reposait sur d’autres –comme il l’avait compris- pour survivre, elle voulait pouvoir garder cette indépendance salvatrice. Mais lui ne pouvait s’empêcher de lui proposer son aide tant la vision de son visage crispé par la douleur et ses gémissements quand il l’avait soignée avaient été de véritables poignards plantés dans sa propre chair. Cette femme, il ne voulait plus la voir souffrir.

Il prépara alors le thé avec l’eau encore tiède. Il aurait pu la faire chauffer à nouveau mais cela aurait retardé le moment où elle aurait pu s’allonger. Et il voulait qu’elle se repose, même un peu. Il fit rapidement infuser quelques herbes aromatiques et lui tendit une tasse qu’elle reçut avec empressement. Un sentiment de plénitude, qu’il désigna comme cela étant donné le contraste saisissant avec l’expression qu’avait pris son visage depuis un petit moment désormais, qu’elle afficha lui tira un sourire en réponse au sien. Si la douleur n’était pas complètement passée, elle allait mieux.

Sa remarque quant à ses réflexions à son propos le surprit et il écarquilla les yeux. Il allait lui répondre que, maintenant qu’ils savaient tout l’un de l’autre, ils avaient donc le droit de faire part de leurs impressions, mais il préféra rétorquer d’un ton plus léger en levant le doigt comme pour donner une leçon.
- Pas de ma manche, Alisel. Mais tu devras attendre, je ne te dévoilerai pas tous mes secrets en une fois, laissa-t-il échapper avec un clin d’œil avant que son visage ne se referme à la mention de Kaïran.

La jeune femme l’avait donc rencontrée et leur échange ne s’était pas conclu de la meilleure des manières. Ce qui le gênait davantage n’était tant la menace faite par la sœur de l’Oblat, mais que cela sous-entendait fortement qu’elle possédait les outils pour la mettre à exécution. Même si cela n’avait pas été aussi clair que de dire qu’elle avait un assassin, cela signifiait abattre ses gardes devant un adversaire dont on ne sait rien. En l’occurrence, Alisel n’était pas un adversaire, mais le Royaume des Montagnes aurait pu être bien moins chanceux à l’avenir. Mais le soigneur balaya ses inquiétudes d’un revers de la main.
- Ne prête pas d’importance aux mots qu’elle emploie. Kaïran est capricieuse et c’est une enfant gâtée. Tout ce qui n’est pas de son côté est forcément contre elle. Du coup, elle profère des menaces et des insultes comme on jette des morceaux de pain à des pigeons. Elle n’en a ni le pouvoir, ni la capacité. Mais elle a été imprudente…
Il marqua une courte pause avant de lui faire part de sa réflexion.
- Seulement, je ne peux mentionner cela à quiconque sans avouer que nous avons eu cette conversation. Et je serais bien en vaine si j’arrive à trouver une explication crédible ! Mais sois sans crainte, personne ne te fera de mal.

Il lui prit alors la tasse des mains quand elle l’eut terminé et la reposa sur la table avant de se tourner vers elle. Il posa alors les yeux sur elle et la couva du regard avant d’adopter une expression sévère, qu’il feignait.
- Va t’allonger quelques instants, je te réveillerai avant la tombée de la nuit pour aller récupérer Kjeld.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mer 13 Jan - 23:24

C'est vrai qu'elle aurait pu cesser de l’allaiter. Du lait de chèvre ou de jument aurait probablement fait l'affaire, mais la période n'était pas vraiment propice aux naissances, alors tant pis, pour une fois Espoir profiterait du lait altéré par l'alcool.
A moins qu'elle ne puisse retarder son heure de repas...
L'idée de le laisser à une nourrice ne lui plaisait pas, elle aimait la proximité que l'allaitement lui donnait avec son fils et la gardait jalousement.
Cependant, elle ne dit rien, comprenant parfaitement où Kex voulait en venir. Il n'intervenait que pour le bien être de l'enfant et elle ne put s'empêcher de réprimer un sourire. Monsieur l'assassin avait un vrai coeur qui se souciait d'eux. Et la suite de ses paroles le lui confirmèrent, elle le laissa parler, souriant toujours, touchée par ses propos si bienveillant et surtout si naturel. Il ne se forçait pas à être ainsi et c'est ce qu'elle aimait chez lui. Alors pour ne pas le vexer, pour ne pas le mettre mal à l'aise, elle ne dit rien.

Sa tasse entre les mains, elle continua de boire tranquillement lorsque le sujet revint sur Kaïran. Elle se doutait du genre de femme qu'était la soeur de l'Oblat et malgré ses réticences quant à la fiabilité de ses menaces, elle ne pouvait s'empêcher de songer que la femme l'avait prise en grippe.
Elle serait surveillée et le moindre faux pas serait sanctionné, elle n'attendait que ça pour la coincer. Sur le point de lui confirmer qu'elle était d'accord sur ses propos, elle fut couper par le mouvement de Kex qui reprit sa tasse à peine vidée des mains avant de lui imposer un repos forcé.
Elle haussa un sourcil en relevant vers lui un regard provocateur et se leva à son tour.

- Laissons Kaïran de côté, ce n'est pas comme si elle avait une quelconque importance, mais sa façon de traiter Jordken me met hors de moi, commença-t-elle d'un ton neutre. Sais-tu qu'elle le considère comme un animal ?

Agacée, elle secoua la tête lentement avant de soupirer et de saisir les deux pans de tissus qui pendaient de chaque côté de ses épaules.
Elle croisa les deux pièces sur le devant de manière à masquer sa poitrine et les attacha avec sa ceinture. Ainsi, ses mains étaient libres.

- Et non je n'irais pas m'allonger, reprit-elle en fermant les yeux une fraction de seconde pour palier à un léger vertige. J'ai besoin de savoir ce que je peux me mettre sur le dos, pour sortir. Je te remercie de m'accompagner chercher mon fils, mais ne puis sortir le dos à nu. Et pour demain ? Comment ferais-je si je ne peux pas le porter ?

Comme une vieille habitude ne quittait jamais vraiment son possesseur, elle plaça ses poings sur ses hanches, dans une position caractéristique d'attente avant prise de décision. Le regard ferme bien que fatiguée, sa volonté et sa ténacité ne cillaient pas.

- J'ai besoin de toi, encore. Qu'allons-nous dire pour cette blessure ? Que j'ai fait une mauvaise chute ? Était-ce si vilain ? D'après toi, combien de jours avant une cicatrisation partielle ? Je n'arrive pas à réfléchir...

Tout se mêlait dans sa tête et elle n'arrivait pas à savoir si l'alcool, la fatigue ou la douleur toujours diffuse était en cause.
A nouveau, elle ferma les yeux et s'appuya d'une main sur le dossier de la chaise. Ses boucles rebondirent sur ses épaules tandis qu'elle inclinait doucement la tête.

- Me voilà avec un nouveau mensonge à trouver, acheva-t-elle dans un souffle coupable.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Jeu 14 Jan - 20:24

Le soigneur ne comprit pas la raison de son regard provocateur quand elle se leva à son tour après qu’il lui eut pris la tasse des mains. L’étrangère préféra mettre de côté le sujet qui concernait la jeune sœur de l’Oblat même si elle ne put s’empêcher de rajouter une information qui ne tombait pas dans l’oreille dans un sourd. L’époux de Kristen avait un aspect sauvage et il tenait autant de l’ours par son apparence physique que par son tempérament. D’aucun n’avait jamais trouvé quelque chose à lui reprocher, mais il avait une opinion tranchée et un caractère protecteur que beaucoup peinait à accepter. Comme il n’était pas aussi docile qu’elle l’exigeait, Kaïran ne le portait clairement pas dans son cœur. Mais de là à le considérer comme un animal, elle dépassait les limites, malgré sa position. Et elle s’était risquée à le proclamer face à Alisel. Savait-elle que sa façon de parler à bâtons rompus pourrait avoir de graves conséquences lors du voyage qu’elle avait prévu ? Voyage qui d’ailleurs se rappela au bon souvenir de celui qui ne voulait plus s’éloigner de la jeune femme qu’il avait soignée un peu plus tôt.
Il se racla la gorge, autant en signe de réprobation que pour repousser au loin le moment où il devrait lui avouer les projets que d’autres avaient pour lui.

Kex eut alors un bref aperçu de l’entêtement dont elle avait dû faire preuve pour résister à la torture ou pour arriver jusqu’à Jhaampe malgré les obstacles. Elle écoutait ses conseils, en suivait une bonne partie mais elle souhaitait affirmer son propre caractère, de sorte que l’assassin devait accepter qu’elle assume ses propres décisions. Il s’agissait du moins qu’il puisse faire étant donné les efforts qu’elle avait dû déployés pour consentir à lui révéler ses secrets les plus sombres.
Sa remarque à propos de la cérémonie prévue le lendemain était fort avisée. Il était de coutume que les enfants présentés aux montagnards le soient par leurs parents et l’Oblat. Alisel devait le porter mais cela rouvrirait les plaies de son dos. Il se garda pourtant de lui annoncer. Un problème à la fois, songea-t-il.

La jeune femme adopta alors la posture qu’il lui connaissait bien. Celle où elle feignait la détermination avant de s’inquiéter un peu de la portée de sa décision puis de demander conseil. Il réprima un sourire lorsqu’elle requerra son aide et s’enquit d’une raison solide pour justifier qu’elle ne porte pas son enfant elle-même.
Kex laissa échapper une longue expiration et détourna le regard, à la recherche de la solution sur le sol froid de la maisonnée. Il agita la tête en laissant sa langue exprimer sa pensée.
- Tu es tombée à nouveau dans la tenture, comme quand tu es arrivée. Le lad confirmera que tu n’es pas très agile et cela nous ira bien. Et en tombant… Il chercha rapidement une justification plausible et qui permettrait d’éluder les questions. Tu t’es luxé l’épaule. Oui, voilà. Tu t’es luxée l’épaule en tombant à cause du sol gelé.
Il hocha la tête, satisfait du mensonge qu’ils allaient devoir utiliser.
- Pour tes blessures, ça prendra quelques jours. Ça dépend de ta forme et de ta capacité à te reposer.

Puis elle accusa le coup, devoir mentir, encore. Il passa sa main sur le tissu qui couvrait son épaule, une expression compatissante sur le visage. Elle devrait consentir à ce sacrifice si elle voulait préserver son identité et son histoire. Il lui sourit et lui montra sa chambre pour l’inviter à aller s’habiller. Elle aurait probablement besoin d’aide pour se vêtir, mais on frôlait l’indécence s’il essayait même de se proposer.
- Allons chercher Kjeld.

Puis elle disparut dans la pièce d’à côté et lui s’affaira à débarrasser la table des lingues humides et rouge. Il les mit à tremper dans la marmite. Il faudrait les essorer et les faire sécher à l’abri des regards indiscrets mais là, le temps lui manquerait. Pour le tissu déchiré, Alisel n’aurait qu’à le brûler ou l’utiliser comme d’un chiffon. Il remit en place les chaises et elle reparut.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Ven 15 Jan - 15:22

C'était crédible, elle devait bien l'avouer. L'excuse apportée par Kex sonnait bien et justifiait qu'elle ne puisse porter son enfant. S'il paraissait satisfait, elle se sentait toujours coupable malgré le sourire qu'elle lui offrit. Un assassin devait savoir mentir, une fugitive également. Dans une certaine mesure, ils s'étaient bien trouvés.
Quelques jours encore avant que les marques gravées sur sa chair ne cessent de se rouvrir et la laissent en paix. Elle n'avait pas le choix et soupira doucement, résignée cependant.
Il posa alors une main compatissante sur son épaule et elle se surprit à penser au contact de sa main directement avec sa peau. Honteuse d'avoir de telles idées, elle ne se fit pas prier pour regagner sa chambre ne serait-ce que pour masquer le rouge pointant à ses joues. Cette bouffée de chaleur devait être lié à l'alcool et à la fatigue. Son corps devait être perturbé entre la douleur, l'épuisement et l'alcool.

Elle referma la porte et resta un moment, les mains sur le bois pour se remettre. Un nouveau vertige la fit légèrement tanguer, mais elle se campa mieux sur ses jambes et secoua là tête, comme pour se remettre les idées en place. Ses traits étaient tirés, elle était fatiguée mais elle ne pouvait se reposer, son fils l'attendait.
Après une profonde inspiration, elle se décida à enfiler une tunique en lin, sans manche qui suffirait à masquer ses plaies. Elle retira le châle qu'il avait placé sur ses épaules et le laissa sur son lit avant d'enfiler la nouvelle pièce. Alors qu'elle faisait glisser le tissus, elle sentit cependant la matière du baume agripper la tunique et tira doucement et surtout lentement pour ajuster le haut.
Elle enfonça le lin sous la ceinture de sa taille et ressortit de la chambre. Là, elle enfila à nouveau son pull et ajusta le gilet en peau qu'elle serra doucement à sa taille avec une large ceinture de cuir.

Autour de son cou, elle attacha un nouveau châle plus fin, avant de venir placer son bras dans l'écharpe, comme s'il était immobilisé et se tourna vers Kex pour obtenir son avis.
Satisfaite, elle couvrit ses épaules d'un lourd manteau et invita Kex à faire de même avant de quitter la cabane.
Une fois à l'extérieur, ses pieds s'enfoncèrent dans la neige épaisse et la vague brutale de froid lui fit plisser les yeux. Son souffle se perdit un instant en volute de vapeur dans l'air alors qu'elle se tournait vers le soigneur, osant attraper sa manche entre ses doigts libres.

- Puis-je ? demanda-t-elle alors que sa main commençait à s’agripper au bras de l'homme et que son regard ne le quittait pas.

La chaleur de cette proximité était aussi étrange qu'agréable et sur le moment, elle n'eut envie pour rien au monde de s'en éloigner. Son regard dévia sur le blanc immaculé lorsqu'elle reprit :

- J'ai encore quelques vertiges et marcher dans la neige avec un bras immobilisé risque de s'avérer compliqué, se justifia-t-elle.
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 17 Jan - 20:44

La jeune femme utilisa un châle pour place son bras en écharpe, et le soigneur acquiesça de la tête devant le mode opératoire. Il suffirait à poser quelques questions sur son origine, mais d’aucun ne remettrait en question le fait qu’il porterait son enfant en attendant qu’elle se remette.
Pour l’imiter, Kex s’empara d’un lourd manteau qui appartenait certainement à l’époux de l’Oblat à en voir la coupe. Il nageait dedans car sa carrure, tout de même loin d’être frêle, ne suffisait pas pour tendre les coutures. Il n’était, ni assez grand, ni assez gros, pour prétendre à ce qu’il lui aille bien. Mais cela ferait l’affaire le temps d’aller chercher l’enfant et de revenir. Il n’y avait aucun intérêt à faire un détour pour aller chercher son propre manteau, et lorsqu’il rentrerait chez lui, le froid glacial le revigorerait, se persuadait-il.

Une fois au dehors, la différence de température se fit brusquement ressentir et il leur fallut à tous deux un petit moment pour s’habituer au froid piquant leurs joues déjà rosies par le froid. Alisel se tourna vers lui, et il l’interrogea du regard avant qu’elle ne demande son bras pour avancer. Elle se justifia aussitôt et, même sans qu’elle ne le fasse, il aurait accepté de marcher ainsi à ses côtés.

Ses doigts déjà bien froids vinrent se poser sur la main qui agrippait son bras, et le contact, tendre et doux, lui donna l’impression de recevoir une décharge électrique dans tout le corps. Il la touchait, depuis bien longtemps lui semblait-il, avec un geste affectueux qui contrastait tant avec ceux qu’il usait pour la soigner. Ce contact était curieusement le bienvenu, et à peine eut-il effleuré sa peau qu’il n’avait plus envie de s’en détacher. Elle et Kex entreprirent alors de gagner la modeste demeure qui abritait l’enfant de la jeune femme.

En chemin, il lui fit tout de même part de quelques précautions à prendre à propos de son bras.

- Tu devras prendre garde à bien jouer ton rôle. Si on te bouscule en te touchant le dos, tu n’auras pas à beaucoup jouer pour feindre la douleur, mais rappelle-toi, c’est à l’épaule que tu as mal. Pas au dos. Si certains n’y prêteront que peu d’attention, dis-toi que, sans connaître ton secret, d’autres savent que tu es blessée au dos. Si l’on ne veut pas se perdre dans d’obscures explications, il ne faut pas que l’on pense que tu t’es rouvert tes vilaines blessures. Sinon, ils sauront que je t’ai soignée...
avec tout ce que cela pouvait impliquer et l’interrogatoire qui irait probablement avec.

Mais il lui sourit à nouveau et la rassura malgré le fait qu’il lui dévoilait un pan de sa personnalité : celle de l’assassin calculateur. Elle pourrait toujours prétendre être fatiguée pour rentrer plus tôt et éluder certaines questions dérangeantes. Toutefois, elle ne pouvait pas éviter la cérémonie car Kjeld devait y être présenté comme un enfant des Montagnes. Il n’y avait que de cette manière qu’il serait reconnu comme tel.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 18 Jan - 8:39

Kex avait posé sa main sur la sienne. Elle ne s'y était pas attendu mais n'avait pas pour autant montré son trouble. Le regard posé sur le manteau immaculé qui s'ouvrait devant eux, elle persistait à fuir celui du Soigneur sans savoir si elle avait peur de ce qu'elle pourrait y lire ou bien de ce qu'elle pourrait y transmettre.
La chaleur que leur proximité dégageait, se diffusait entre eux comme un champs magnétique qui les rapprochait inévitablement. Sa main tiède était forte, elle était celle d'un homme de labeur, mais elle était aussi douce et protectrice.
Si elle y réfléchissait quelques instants, elle ne pouvait se résigner à croire que cet homme était un assassin, bien qu'elle ait tué plus souvent que lui.
Elle refusa cependant de laisser des pensées morbides ou de peur rompre ce moment, car elle se sentait bien. Kex la soutenait, de toutes les manières dont une personne pouvait l'être et elle s'en sentit chanceuse.

Il lui donna les dernières recommandations quant au comportement à adopter dans la foule le lendemain, et elle sut alors que Inge serait la première partie du test.
Elle répondit simplement un " je sais" après avoir hoché la tête pour lui montrer son accord mais elle se demanda en son fort intérieur, si elle pourrait jamais vivre sans mensonge et sans tromperie.
Cette voie qu'elle avait choisi, pesait lourd sur sa conscience et elle pria Eda, de lui donner la force de ne jamais faillir.
La peau de son dos tirait à chaque pas, mais elle ne s'en plaint pas une seule fois et bientôt, la petite demeure de Inge apparut dans leur champs de vision.

Acuité frappa doucement et Inge lui ouvrit dans les minutes qui suivirent. Le sourire de la jeune femme, ravie de la revoir se dissipa lentement, pour laisser place à l'inquiétude.

- Alisel ! Mais, que s'est-il passé ?
- J'ai glissé et me suis blessée à l'épaule, mais ça va, assura-t-elle avec un sourire. Kex m'accompagne pour récupérer mon fils. Est-il éveillé ?
- Il ne devrait pas tarder, entrez ! proposa la jeune femme.

Acuité échangea un regard avec le soigneur, pas pour obtenir son accord mais plutôt pour s'assurer qu'il validait son rôle. Peu de temps après, ils entrèrent.
L'intérieur de la tente ressemblait fortement à celui de la maisonnette de Jordken, le strict minimum trônait au centre de la pièce, foyer, table, quelques sièges et d'épais tapis de peau pour apporter le confort. Aussitôt, Inge s'affaira à préparer du thé sans cesser de parler, racontant ce que la jeune mère avait raté de son fils dans la matinée.
Acuité relâcha Kex et s'avança vers le petit lit de bois où dormait son fils qui ne se doutait pas une seule seconde que l'on puisse autant parler de lui. Avec un sourire tendre, elle caressa sa joue du bout des doigts alors que Inge reprenait en posant deux tasses sur la table :

- Tenez, ça vous réchauffera un peu, il fait bien froid aujourd'hui, j'espère que le soleil sera plus présent demain et...ça alors, Alisel, tu as de la paille dans les cheveux !

Acuité se retourna et porta sa main libre dans ses boucles.

- Oui je...on a ..bredouilla-t-elle avant de lancer un regard un peu perdu à Kex.
Inge suivit son regard et s'exclama à nouveau face au soigneur :
- Mais toi aussi !

Et elle retira un brin des cheveux sombres de l'homme.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 18 Jan - 19:48

Elle acquiesça simplement lorsque le jeune homme la conseilla à propos des réactions à adopter pour feinter sa blessure au bras. Elle ne paraissait pas particulièrement enchantée à l’idée de mentir à nouveau, mais cela était un mal nécessaire.
Kex la laissa les guider jusqu’à la tenture qui abritait son fils et ne fit d’abord qu’acte de présence alors qu’elle justifiait sa compagnie alors que la femme s’étonnait du bras en écharpe. Elle les invita tous deux à entrer car Kjeld dormait toujours à poings fermés, tellement éloigné des tumultes et des douleurs que venait de vivre sa mère.

Si l’étrangère s’enquit immédiatement de son enfant, l’assassin détailla du regard les mouvements et réactions de la montagnarde. A peine se tourna-t-elle vers eux qu’il comprit. Ils n’avaient pas été suffisamment fins car, elle autant que lui gardaient d’originaux stigmates de leur bataille. Point de marque de coups ou de trainées de sang mal essuyées. Non, simplement de la paille qui était restée collée à leurs cheveux et qui trahissait le fait qu’ils s’étaient tous deux roulés dedans. Si cela put porter à confusion, la jeune mère ne fut pas d’une très grande aide. Elle bafouilla et chercha son secours.
Ainsi donc était son nouveau rôle : menteur.
Elle requérait son aide pour élaborer un mensonge, à nouveau.

- Oh oui !
fit-il en regardant le brin qu’elle tenait entre ses doigts tout en posant un regard curieux et plein de malice sur les deux jeunes gens. Son esprit vif se précipita à sa rescousse.

- Le vieux Cokrek a ramené sa chèvre, celle qui est aussi vieille que lui. Et la pauvre, lorsqu’Alisel est entrée en trombe, impatiente de s’occuper des rapaces, elle s’est affolée et a commencé à tout envoyer valser sous la tenture. On s’est tous les deux précipités sur elle mais, la folle, elle reste pleine de vigueur ! Son vieux maître doit être vert de jalousie d’être si vive alors que lui a l’air si fatigué !

Il ne détaillait pas trop et avait distillé quelques détails connus du peuple des montagnes pour que le mensonge soit assez plausible. Et sa boutade gentillette à propos du vieil éleveur suffit à reporter la conversation sur l’âge avancé de l’ancêtre et le fait qu’il en étonnait plus d’un de passer chaque hiver alors que tous l’enterraient déjà. Mais il avait de la ressource, au moins autant que l’assassin. Il avait déblatéré son mensonge avec conviction et naturel, à un point qui l’en effraya un peu. C’était peut-être la première fois qu’il jouait vraiment à ce jeu, et voir avec quelle facilité il s’en était sorti était tout autant troublant. Et peu importe la manière dont il prit cette nouvelle, elle n’avait rien d’agréable.
Kex sentit le regard de la jeune femme se poser sur lui et il se retint de pincer les lèvres. Valait-il mieux passer pour un excellent menteur aux yeux d’une femme qui comptait tant pour lui ou pour deux jeunes gens impétueux aux yeux d’une presque inconnue ? Pour le coup, il préférait largement la deuxième option, d’autant plus que l’image que lui tira cette remarque lui fit monter le rose aux joues. Par Eda, heureusement que le froid s’en était occupé en premier lieu !
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 18 Jan - 21:56

Acuité écouta le récit de Kex qui réussit par Eda ne sait quel miracle à inventer une histoire qui tienne la route. Elle ignorait totalement de ce dont il parlait, mais souriait mi-figue, mi-raisin aux différentes intonations lors du récit.
Il faut dire que la situation aurait pu prêter à confusion, si Inge les imaginait rouler dans la paille, ferait-elle le lien avec son épaule luxée ou bien ?
La jeune femme pâlit tandis que son sourire s'effaça sensiblement. Si Acuité voyait dans ces brins de paille les réminiscences de leur bagarre, il lui apparut comme évident que toute autre personne aurait pu voir autre chose, comme...elle ne préférait pas y penser.
Mais son regard se posa sur Kex dans sa confusion. Par Eda...à quoi pensait-elle !

Elle se racla la gorge et ajouta pour donner plus de corp au mensonge en souriant à nouveau :

- C'est vrai, la vigueur de la chèvre nous a surpris. Une chance que nous n'ayons pas pris un coup de sabot sur la tête.

La jeune femme affichait l'air de celle qui se remémorait un souvenir drôle, mais intérieurement, elle avait peur que le mensonge tombe à plat. Heureusement, Inge ne semblait pas avoir l'esprit tordu et elle rit à son tour avant de les gratifier d'un " vous l'avez échappé belle!".
Elle n'aurait pas pu dire mieux...

Tandis que les trois adultes buvaient leur thé, la discussion reprit sur un nouveau rythme dont le sujet principal restait celui de la fête du lendemain. Inge apprit ainsi que Kex accompagnerait Alisel, pour l'aider à porter son enfant. Tout était dit avec un tel naturel, que la situation plutôt peu commune, devenait normale, voire logique.
Kex semblait être reconnu pour sa serviabilité, aussi, Inge ne s'étonna pas qu'il donne un coup de main.
Peu de temps après, Espoir se réveilla et en l'espace de quelques secondes, Acuité fut à ses côtés. L'enfant sourit en reconnaissant sa mère, mais la jeune femme savait que d'ici peu, les pleurs feraient leur apparition, il aurait faim.
Cependant et après tout ce qu'il s'était passé, elle ne pouvait l'allaiter ici, aussi, elle demanda à Kex de bien vouloir couvrir l'enfant afin qu'ils puissent se mettre en route à nouveau, afin d'éviter la crise à Inge.
Acuité remercia la jeune femme et ils prirent congés.

A nouveau le froid leur mordit la peau et bien que la blonde fasse confiance au soigneur, elle ne pouvait s'empêcher en marchant à ses côtés de vérifier qu'il tenait bien son enfant et que ce dernier ne prendrait pas froid. Et comme il était plus grand quelle, elle devait régulièrement se pencher pour avoir une meilleur vue, ce qui la poussait à s'approcher de lui à nouveau.
Après l'épisode du brin de paille cependant, elle préféra éviter le contact, comme si cela pouvait éveiller en elle une envie de le toucher un peu plus.
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Lun 18 Jan - 23:23

D’aucuns disent que plus un mensonge est, plus il est crédible aux yeux de tous. Kex n’en était pas convaincu, et lorsque la jeune femme ajouta sa pierre à l’édifice fragile qu’ils tentaient d’ériger, il pinça les lèvres. Le regard qu’il posa sur elle suffit à lui affirmer qu’elle forçait le trait. Mais s’il s’estimait capable de mettre à jour un faux sourire, l’assassin doutait que la montagnarde en soit également capable. A raison, car elle ria à son tour à leurs dépens.

La conversation dévia alors bien loin du mensonge et Kex ne l’écouta que d’une oreille distraite. Il fit une moue lorsque sa serviabilité fut abordée, peu convaincu que son caractère soit aussi avenant qu’il était présenté. Il faisait preuve d’une remarquable gentillesse pour la jeune femme et son enfant, mais pour d’autres, il les envoyait paître bien volontiers. Ce qui, visiblement, n’était pas encore de notoriété publique à en croire les paroles d’Inge et ce, malgré les années.
Le salut vint à nouveau du nourrisson, qui s’agita, et qui motiva sa mère à quitter les lieux plutôt que de l’allaiter à la vue de la femme qui s’en était occupé. Sa pudeur, après avoir malheureusement observé ses marques, il la trouva justifiée. Lorsqu’elle lui demanda de le préparer, il enroba l’enfant dans une épaisse couverture de laine et seul sa tête paraissait du cocon de tissu qu’il lui avait créé. Il salua Inge d’un signe de la tête et suivit sa mère de l’enfant au dehors, puis pour regagner la demeure de Jordken.

Il n’avait pas fallu plus de quelques pas pour que, déjà, elle cherche à s’enquérir de la manière qu’il avait de le porter. Elle s’y reprit à plusieurs fois et, agacé par sa manière de l’inspecter, il finit par laisser échapper un grognement.
- Tu confies ton enfant à une femme que tu ne connais pas, mais par contre tu n’as de cesse de voir si, moi, je prends soin de lui pour faire quelques pas. Il n’est pas en sucre, je ne suis pas un manche. Je ne vais pas le laisser tomber !
Puis, comme pour détendre un peu l’atmosphère et faire fuir son agacement, il ajouta, le rire aux lèvres :
- De toute façon, la neige est trop molle et lui trop protégé par la couverture, il ne sentirait même pas qu’il a touché le sol.

Cela suffit, sans qu’il sache s’il l’avait rassurée ou vexée, à la convaincre de ne plus l’analyser de la sorte. Ils gagnèrent rapidement la maisonnée, où dans l’âtre crépitait toujours le feu qu’ils avaient ravivé plus tôt. Kex laissa la jeune femme ôter son manteau puis son écharpe et s’installer près du foyer avant de lui rendre son enfant, qui commençait à s’agiter, visiblement affamé.
A son tour, il se débarrassa du lourd manteau et resta un moment dans son dos, toujours autant captivé par les chaudes lueurs du feu qui se reflétaient sur ses boucles d’or. Toutes les plus solides résolutions du monde seraient mises à mal par la vision qui lui était offerte.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mar 19 Jan - 13:02

Lorsque Acuité perçut le léger grondement émanant de la gorge de Kex, elle se recula sensiblement, sur ses gardes. Elle comprit cependant à travers ses mots que son comportement inquiet l'agaçait, mais n'y répondait pas. N'était-ce pas logique ? Inge était une femme qui avait l'habitude des enfants, Kex un homme qui avait l’habitude des chevaux et des chiens, sans compter le fait qu'il s'agissait également d'un assassin. Ne souhaitant pas le vexer, elle conserva le silence et laissa échapper un petit soupir agrémenté d'un sourire lorsqu'il plaisanta sur le fait que la neige et la couverture amortiraient toutes deux la chute du nourrisson.

Son regard dévia cependant sur le sol. Son dos lui tirait à force de faire des efforts de marche dans la neige molle et la vision de la maison de Jordken lui redonna courage. Ils étaient bientôt arrivés.
Lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur de la maisonnée, la chaleur du feu crépitant toujours la revigora un moment. Elle retira l'écharpe puis son manteau, dégagea la manche de son gilet sans manche puis de son pull. Là, elle s'installa face à l'âtre en appui sur le côté du dossier pour éviter que son dos ne le rencontre.
Espoir pleurait et elle se hâta de délier les liens en cuir fin de son débardeur dévoilant la naissance de ses seins.
Kex lui donna enfin son fils qu'elle installa dans un geste le plus naturel du monde, sur ses genoux, contre elle.
Bouche contre son sein il tétait avec enthousiasme sans quitter sa mère des yeux. Sa petite main palpait régulièrement sa peau pâle comme si cela pouvait lui donner plus de nourriture.

D'un geste imprécis, Acuité passa sa main libre dans ses boucles et observa le brin de paille qu'elle plaça devant ses yeux. Cet élément si insignifiant qui aurait pu trahir tant de choses...Elle le jeta dans le feu et il s'y désagrégea dans un petit crépitement étouffé.
Fatiguée, elle laissa sa tête s'incliner contre le dossier pour la soutenir et le regard perdu dans le feu, elle reprit :

- Comment va ton nez ?

Son estomac émit alors un grondement sinistre, lui rappelant ainsi qu'eux aussi devaient se sustenter.
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Mer 20 Jan - 20:02

Elle semblait exténuée. La journée avait été mouvementée, et si elle se terminait enfin avec de la tendresse, elle avait été difficile et douloureuse. Surtout pour elle. Kex l’observait, dos à elle alors qu’elle se débarrassait de la paille restée emmêlée dans ses cheveux. Elle resta pensive en l’observant alors que le jeune homme l’imitait, avec bien moins d’analyse. Quoique son bon sens se rappela à son bon souvenir car, ayant disparus, certains avaient dû s’inquiéter –ou s’étonner- de voir les étales et l’abri aux rapaces laissés à l’abandon, le travail à peine entamé. Bah, songea-t-il, un autre s’en occuperait pour eux.

Alisel, d’un air détaché, s’enquit de son état alors qu’elle était la seule à plaindre.
- Je survivrai ! lâcha-t-il sur le ton de la plaisanterie avant de répondre plus sérieusement. Il n’est pas cassé, et le sang n’a que peu coulé. Et il me serait malvenu de me plaindre de quoi que ce soit.

Le soigneur prit une chaise et vint s’installer à ses côtés, l’imitant en posant son regard sur les flammes plutôt que sur la jeune femme, son désir de l’observer plus brûlant que le feu qui brûlait dans l’âtre. Le chaud ballet dansant l’hypnotisait, mais elle en était également capable, et il préférait la regarder elle. Mais elle allaitait son enfant, et même s’il dissimulait bien ses formes féminines, il aurait été déplacé de la couver du regard. Pour un homme qui n’avait aucune expérience en la matière, il prenait bien soin de ne pas être un rustre ou un voyeur. Il en sourit, à part lui.

Le gargouillement horrible qu’il entendit le tira de ses pensées. Avec toutes ces péripéties, ils n’avaient pas mangé. Il expira longuement et de manière très lente. Comme si, dès qu’il décidait de partir, quelque chose le retenait constamment à ses côtés. Il osa un regard dans sa direction, ses yeux sombres captant les siens.
- Tu as besoin d’aide ? Ou préfères-tu rester seule ?

En réalité, il ne savait pas quelle réponse il préférait. La première, il aurait l’impression de lui être indispensable mais de n’être considéré que comme un homme serviable, ce qui, curieusement, lui déplaisait. La remarque d’Inge lui avait d’ailleurs tiré une grimace. Il ne voulait pas être « juste serviable ». Mais, si elle demandait à être seule, il devrait quitter sa compagnie, même s’il devait l’accompagner le lendemain. Il aurait pu trouver bien des raisons d’imposer sa présence, mais il l’avait déjà obligée à faire tant de choses à contrecœur qu’il voulut lui laisser le choix.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Jeu 21 Jan - 11:34

Dans un souffle, elle sourit pourtant lasse de cette journée qui était loin d'être achevée. Il avait raison, ce n'était certainement pas son petit poing qui aurait fait des ravages sur son visage. La force brute n'était pas son fort. Sans arme elle ne valait rien.
Il était venu s'installer juste à ses côtés et à nouveau, sa présence apaisa la jeune femme. C'était un peu étrange cependant de se sentir en sécurité en compagnie d'un assassin, mais même si elle venait d'apprendre sa vraie nature, elle voyait avant tout le soigneur et l'homme qu'elle avait rencontré. Il fallait croire que l'attraction qu'il exerçait sur elle balayait tout le reste, même le pire. Mais elle ne pouvait encore véritablement se l'avouer car son passé possédait une prise encore trop puissante sur elle. Alors tout simplement, elle rejetait l'idée, et se servait de lui, égoïstement.
Se sentant coupable, elle coula un regard dans sa direction et se rendit compte qu'il la regardait également, surement après cet affreux bruit de gargouillis.

Il prit la parole, lui proposa de l'aider ou de la laisser seule et elle resta un moment sans rien dire, à simplement le regarder.
Pouvait-elle vraiment lui imposer de l'assister ? Non, certainement pas.

- Je vais me débrouiller, finit-elle par prononcer. Mais si tu pouvais juste mettre de l'eau à chauffer avant de partir et ramener le baquet qui est devant la maison, cela m'arrangerait.

Elle se redressa et finit par quitter la chaise, ajustant au passage la position de son enfant en masquant une grimace de douleur. Le poids de l'enfant dans ses bras tirait sur son dos, mais elle se garda bien de le faire remarquer à Kex.
Elle devait se débrouiller seule.
Il lui restait un peu de viande séchée dans la réserve et surement deux ou trois racines à faire mijoter. Elle s'en sortirait forcément mais une toilette lui ferait du bien et à Espoir aussi.
Et puis, elle avait besoin de faire le point et elle ne pouvait le faire en présence du soigneur.

Espoir commençait à jouer entre ses bras, elle décida alors de le poser sur l'épais tapis en peau ornant le sol avec délicatesse, aussi bien pour lui que pour elle. Accroupie pour économiser ses bras, elle le laissa sur le sol tandis qu'il gazouillait et referma le lien qui maintenant son débardeur, afin de masquer sa féminité.
Elle débarrassa la table pour faire un peu de place afin qu'il puisse déposer le baquet en prévision du bain du nourrisson.
Tandis qu'elle s'affairait cependant, ses gestes se firent plus lents jusqu'à se stopper.

- Kex...dit-elle subitement toujours face à la table et le regard plongé sur le bois. Est-ce que ça ira vraiment ? Demain je veux dire. C'est gentil à toi de vouloir m'aider...nous protéger mais, est-ce que c'est cohérent avec ton rôle au sein du peuple ? Est-ce qu'ils ne vont pas trouver étrange ce comportement ?

Elle tourna son visage vers lui et coula son regard dans le sien.

- J'ai besoin de réfléchir à cette vie et j'ai besoin de savoir si je peux t'y impliquer de la sorte.
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Kex Enhor
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Jeu 21 Jan - 19:41

Elle le libéra finalement. Lui ne se sentait pas la force de la laisser, seule et avec le dos meurtri. Et même s’il se le cachait, il y avait davantage qui le retenait que le simple fait d’être « serviable ». Elle lui demanda malgré tout un peu d’aide pour quelques tâches et, lorsqu’elle se leva, il s’exécuta. Il remplit la marmitte d’eau et rajouta du bois au feu puis sortit rapidement dans le froid pour récupérer le grand récipient de bois qui lui permettrait de baigner son enfant. Il le reposa alors sur la table, aussi silencieux qu’elle. Puis elle se figea.

Le regard interrogatif, il l’observa alors qu’elle n’osait se tourner vers elle. La voix aussi basse qu’un murmure, elle s’interrogeait. Mais pour une fois, il n’était pas question de son passé qui la hantait tant mais bien de son avenir qu’elle appréhendait. La fête  à venir et les réactions que susciterait sa présence aux côtés de la jeune femme. Le soigneur fronça les sourcils, incapable de percer les sous-entendus que masquaient ses nouvelles inquiétudes. Son rôle au sein du peuple ? Comportement étrange ? Autant de non-dit qu’elle n’osait pas énoncer à voix haute. Mais que craignait-elle ?
Passer du temps à ses côtés n’impliquaient pas, aux yeux de la grande majorité, de délaisser son travail. Seule l’Oblat pouvait avoir à redire, mais elle n’avait requis ses services que tout récemment. Et la cotoyer n’avait jamais retardé le départ pour ce qu’elle lui avait demandé de faire. Il devait assister à la fête de la neige, qu’importait son véritable rôle. Ainsi, était-il cohérent pour un soigneur d’aider une jeune femme blessée physiquement ? Pour lui, cela coulait de source, et il n’y avait rien d’étrange à cela.

Craignait-elle alors que l’on murmure qu’elle l’exploitait et profitait de son inclination envers elle ? Personne ne savait, mais tous saurait probablement en les voyant. Et s’il ne s’agirait pour beaucoup que de simples ragots lancés parce que les gens aimaient bien parler, la vérité n’était peut-être pas si éloignée.
Mais avant qu’il fasse part de son avis, elle se tourna vers elle, ses yeux brillants plongeant dans les siens. Les mots, malgré qu’ils soient partagés dans sa langue natale, n’eurent aucun sens qu’il puisse comprendre. Faisait-elle référence au fait de lui avoir révélé son passé et continuer à mentir ? Mais en quoi le lui avoir avoué changeait-il quoique ce soit ? De son point de vue, lui avoir annoncé son véritable rôle l’avait soulagé d’un poids. Il supposait que cela devait être aussi le cas pour elle.
Mais c’était la suite de sa déclaration qui lui fut encore plus incompréhensible. Que voulait-elle dire par implication ? Son regard se durcit alors un peu, non pas par reproche, mais par incompréhension. Elle était trop mystérieuse pour qu’il puisse lui répondre.

- Je ne sais pas ce que tu veux dire par là. Je ne sais pas ce qu’impliquer veut dire dans ce contexte si obscur que tu ne me dépeins même pas.
Il marqua une pause et reprit.
- Ce sont les parents qui doivent présenter leur enfant au peuple des Montagnes. Si tu es capable de le porter avec un seul bras, alors porte-le toi-même, je soignerais tes blessures si elles s’ouvrent à nouveau. Par contre, si tu as peur que les gens se fourvoient en me voyant avec ton fils dans les bras… Eh bien, tu peux requérir l’aide d’un autre, je n’en prendrais pas ombrage.

Et s'il s'agissait de tout ce qu’il voyait à lui dire, il s'était gardé d'ajouter qu'il n'était pas son fils, qu'elle n'était pas sa femme. Et lui avait été plus direct. Et s’il n’avait pas voulu être sec, il cherchait simplement à ce qu’elle comprenne que les choses étaient plus simples à dire sans faire de détour. On ne décrit jamais mieux un oiseau gris qu’en disant que c’est un oiseau gris, pensa-t-il. Qu’elle énonce clairement ses craintes lui serait plus facile. Ne cotoyait-il pas davantage les bêtes plutôt que les hommes ? Les subtilités du langage était quelque chose qu’il ne connaissait guère.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Ven 22 Jan - 18:29

La dureté avec laquelle il répondit à ses mots la fit se rembrunir légèrement. Elle regrettait déjà d'avoir prononcé ses paroles précédentes et conserva le silence, face aux mots qu'à son tour il prononçait.
Elle ne pouvait malheureusement pas être plus précise, son esprit étant déjà trop embrumé par ses dernières semaines, elle ne voyait déjà pas où elle voulait elle-même en venir alors l'expliquer à quelqu'un s’avérerait compliqué.
Elle ne sut que dire, que répondre tant ses mots la firent s'interroger sur les réelles intentions du soigneur. Qu'elle le porte elle-même d'un seul bras...elle le pourrait oui, mais quelles en seraient les conséquences ?
Pourtant, il le lui ordonnait presque.
Et comme pour continuer à prendre une distance il alla jusqu'à lui proposer de demander à un autre de l'aider à le faire.

Elle fronça les sourcils dans l'incompréhension la plus totale, mais n'était de toute façon pas en état de réfléchir plus dans l'immédiat. La fatigue, la douleur, les émotions, tout se mélangeait pour l'assassiner petit à petit.

- Pardon, je réfléchissais juste à voix haute, dit-elle d'un ton presque froid malgré le sourire affiché sur ses lèvres.

Rapidement, elle ajusta quelques produits sur la table et inspira profondément avant de décider de la suite.
Elle essuya ses mains dans le torchon posé sur le dossier de la table la plus proche avant d'ajouter sans pour autant le regarder :

- Et pour demain, ne t'inquiète pas, je me débrouillerais.


Quant à son dos, elle ne voulait plus qu'il n'y touche. Elle se débrouillerait oui, c'était justement pour cela qu'elle était venu dans les Montagnes, pour se débrouiller, seule. Pour refaire sa vie et en offrir une à son fils. Elle n'avait besoin de personne et encore moins de la pitié de quiconque.
Acuité était plus forte que ça, elle le savait au fond d'elle et si la tentation de sombrer à nouveau dans l'amour l'avait titillé, et pour cause, elle se souvint de sa promesse d'embrasser la voie qu'avait choisi son coeur des mois auparavant, même si celle-ci menait à une impasse. Elle s'était jurée de ne jamais dévier même si sa loyauté restait fidèle à la mort. Son amour était mort, elle le savait car il n'avait existé que l'espace d'une nuit et grâce à l'alcool. C'était risible, ridicule même et stupide, mais pour ce que cette seule nuit lui avait offert aujourd'hui, elle ne pouvait se contraindre à la regretter.
Convaincue par ses propres pensées, elle releva le menton avec une légère suffisance avant de se diriger vers la porte.

- Merci pour ton aide, je vais te raccompagner. Tu peux garder le manteau de Jordken pour ce soir, je le récupérerais demain. Sois prudent sur le retour.
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Ven 22 Jan - 22:28

Elle fronça les sourcils à l’écoute de ses mots, et il l’imita en réponse. Son visage s’était refermé à peine avait-il commencé sa première phrase. Avait-il prononcé quelque chose qui venait de tout faire voler en éclats ? Visiblement, car le ton froid qu’elle employa acheva de le convaincre, pas dupé une seule seconde par le sourire que son visage affichait. Et plutôt que de lui expliquer qu’elle se fourvoyait, lui aussi se refermait comme une huître. A part lui, il songea qu’elle pouvait réfléchir à voix haute et faire part de ses doutes, à condition qu’il ne s’agisse pas de lui. Il était bien peu à l’aise avec les sentiments des gens pour être capable d’y voir clair même si les mots justes étaient utilisés. Alors quand elle parla avec trop de mystéres et que cela le concernait, il préféra lui répondre plus clairement. Si elle ouvrait la bouche pour dire qu’elle doutait à son sujet sans pouvoir énoncer ce qui n’allait pas, mieux vallait qu’elle garde ses questionnements pour elle. Il en avait déjà assez pour lui pour en plus devoir faire avec les hésitations qu’elle avait à son sujet.

D’un air totalement détaché, elle prépara le bain de son enfant et répondit, aussi séchement. A ses gestes, à son visage, à ses yeux où il ne voyait plus le même éclat, il comprit qu’elle venait de prendre une résolution. Le temps s’était figé alors qu’elle se perdait dans sa réflexion, et lorsqu’elle releva le menton, cet air impérial s’étant dessiné sur ses traits. Elle avança jusqu’à la porte et se tourna vers lui. Elle ne le remerciait pas, pas vraiment du moins. Elle ne le libérait pas non plus. Alisel le congédiait.

Kex plissa les yeux et serra la machoire, le désagréable sentiment d’être maintenant davantage un serviteur plutôt qu’un allié. Il avança, le regard distant et posa sa main sur le loquet de la porte sans même revêtir le manteau du propriétaire des lieux. Le froid ne le mordrait que quelques instants, pas de quoi en tomber malade. Le jeune homme tourna lentement sa tête vers elle. Il aurait préféré attendre, mais puisque l’heure était au cinglant, il déclara, d’un air aussi détaché que le sien :

- L’Oblat m’a chargé d’une mission qui doit m’emmener loin de Jhaampe. Je partirai quelques jours après la fête de la Neige.
Il soupira, et ajouta ensuite :
- Je ne devrais pas te le dire. Mais Kaïran ambitionne de mener une expédition jusqu’à Castelcerf dès l’hiver terminé. Toi et moi savons qu’elle découvrera tout. Et si tu fuis, comme tu comptais le faire aujourd’hui, tu vous condamneras, toi et ton fils. Tu n’as aucune option, en réalité. En tout cas, aucune qui te permette de t’en sortir seule.

Seule, elle avait beau tenter de se persuader d’être assez indépendante. Elle ne l’était pas. Elle ne l’était plus. Il avait une longue liste en mémoire de faits qui appuyaient son idée. Mais plutôt que de lui jeter au visage, il préféra la laisser réfléchir, seule. Elle comprendrait vite qu’une personne seule n’arrive jamais à ses fins et qu’elle est contrainte de s’appuyer sur ses alliés pour, en l’occurrence, survivre aux tempêtes qui s’annonçaient. Et lui avait une solution. Il tuerait pour elle. Il y était prêt. Il savait qu’à peine Kaïran aurait-elle appris la vérité qu’elle enverrait un messager. Un message qui n’atteindrait jamais Jhaampe. Mais s’il lui annonçait, il serait à ses yeux un homme serviable, un simple serviteur comme elle le considérait alors. Et s’il était au service des Montagnes en tant qu’assassin, il ne voulait servir personne en tant qu’homme.

Kex ne cherchait pas la reconnaissance, mais au moins la gratitude, et davantage de considération qu’elle ne lui en offrait en le congédiant de la sorte, refroidie parce que, pour la première fois, il n’avait pas été aussi avenant que précédemment. Il pinça les lèvres, et ouvrit la porte, avec le peu qu’il lui restait de fierté.
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MessageSujet: Re: Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]   Dim 24 Jan - 12:04

L'atmosphère de la pièce avait changé. Acuité savait pertinemment qu'elle était en cause mais refusait, par orgueil peut-être de lâcher du leste. Inflexible, elle le raccompagna donc, un curieux goût amer dans la bouche qui s'accentua lorsqu'il lui fit part de son départ prochain. Elle pinça légèrement les lèvres à son annonce et se rembrunit sensiblement. Le moment était plutôt mal choisi pour  lui en parler non ?
Elle se demanda s'il le faisait exprès pour provoquer en elle une quelconque émotion et si c'était bien le cas, il y était parvenu. Elle était agacée. Le fait de lui balancer cette information en plein visage, juste avant de partir lui donnait l'impression d'une gifle. Comme s'il insistait sur le fait qu'elle devrait se débrouiller seule. Qu'à cela ne tienne, elle le ferait et ne requerrait plus son aide.

Conservant le silence, elle détourna le regard qu'elle fixa sur la porte alors qu'il poursuivait sur la deuxième annonce de la journée. Les muscles de la jeune femme se raidirent et son coeur accéléra considérablement par la peur inspirée des paroles. Une délégation dans les duchés...bien évidemment que Kaïran ferait le rapprochement.
Depuis combien de temps le savait-il ? Et il osait lui parler de confiance ?
Elle se renfrogna plus encore, tentant de masquer ses émotions et de reprendre le contrôle d'elle-même. Surtout, ne pas montrer sa peur. Elle trouverait une solution rationnelle, c'était certain. D'autant plus que la délégation ne partirait pas avant la fin de l'hiver et qu'elle mettrait un certain temps avant d'arriver en Cerf.
Cela lui laissait de quoi réfléchir posément et surtout, de bien se préparer à toute éventualité.

Elle releva ses yeux vers lui en même temps que son menton avant de lâcher d'un ton sûr :
- D'ici là, j'aurais pris ma décision.

Ils en avait déjà parlé et s'il lui avait demandé alors de ne pas le fuir, elle se demanda sincèrement s'il ne la surveillait pas pour le compte des Montagnes. Peut-être lui révélait-il des informations pour mieux la manipuler ou rendre les comptes de ses pensées.
La confiance qu'elle plaçait en lui commença lentement à s'égrainer tandis que ses pensées la poussaient à songer qu'il pouvait essayer de la piéger.
Après tout, elle était une mère célibataire, fragile psychologiquement, il pourrait parfaitement en profiter et le retourner contre elle.
S'il était vraiment un assassin, il devait connaitre quantité de manière de détourner des intérêts ou de manipuler l'esprit.
C'était un jeu dangereux et elle regretta amèrement de ne pas être en mesure d'utiliser l'Art pleinement. Sans cela, elle n'aurait pas hésité à s'en servir contre lui, ne serait-ce que pour se rassurer sur ses intentions.

Voulait-il vraiment son bien, ou souhaitait-il simplement la contrôler ?

Elle le regarda franchir le seuil, déçue et légèrement meurtrie, comme si leur dernier échange remettait leur relation en question ou l'affichait dans une nouvelle perspective.

- A demain, à la fête, précisa-t-elle, sous-entendant que comme il le lui avait signalé, elle devrait s'en charger seule.

Après un dernier regard, elle referma la porte et resta de longue minutes, les paumes plaquées sur le panneau de bois. Elle devait faire le point, très vite. Serait-il capable de la trahir ? Oui, évidemment. Mais elle était coincée par la neige actuellement. Pouvait-elle encore lui faire confiance ? Elle l'ignorait et dorénavant, elle savait que leur sécurité était en danger.
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Le soigneur et celle dont on ignorait la vérité [Début décembre 10 - Kex]

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