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 A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]

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MessageSujet: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mar 21 Juil - 20:52

La nouvelle aile du monastère était réellement magnifique, avec ses lignes épurées soutenues par la blancheur immaculée de la pierre. La façade qui donnait du côté de l'espace monacal avait la même simplicité que celle caractérisant les bâtiments plus anciens qui l'entouraient. Cependant, ce que tous admiraient, c'était la partie qui donnait sur la grande place, cette face que la construction tout juste terminée présentait au monde extérieur. Ornée de sculptures délicates figurant animaux et végétaux, ses fenêtres ogivales garnies de vitraux aux tons intenses, elle semblait proclamer à tous la perfection de la création de Sâ.

« Tout cela… n'est-ce pas un peu trop pour nous, humbles serviteurs de Sâ ? »
avait demandé Mellna, qui découvrait avec ébahissement les merveilles créées en son nom. C'était naturellement Dorhan, responsable du chantier depuis ses débuts, qui l'accompagnait, et il ne se laissa pas démonter par l'objection de la Mère.
« Peut-il exister quelque chose de suffisamment beau pour rendre justice à la toute-puissance de Sâ ? Ainsi, personne ne pourra ignorer la magnificence de notre créateur. Et puis, le nouveau dortoir des novices était devenu indispensable, avec toutes ces fuites dans le toit de l'ancien. Nous aurons également une infirmerie plus spacieuse et plus claire, ce ne sera pas du luxe. Regardez, vous voyez ce vitrail dans les tons mauves ? C'est une œuvre de la jeune Yasmyn. »
Il continua à lui glisser les paroles qu'il savait capables de la détourner de sa préoccupation première, s'appuyant sans remord aucun sur l'affection qu'éprouvait toujours la vénérable prêtresse à l'égard de ses jeunes recrues.

Non loin des deux religieux en robes vertes de toile grossière, se tenait celui qui avait financé les travaux. Drarar Qassem, en tenue d'apparat dont la richesse proclamait son rang, contemplait l'édifice que son or avait permis de faire émerger, et qui associerait pour longtemps le nom de son clan à une œuvre magistrale. Il était debout près de la table d'honneur, dressée sur une estrade surmontée d'un dais qui procurait une ombre bienfaisante. A quelques pas de lui, ses fils cadets, les inséparables Dalath et Dathal, discutaient à mi-voix en observant les allées et venues sur la place.
Un peu plus loin, d'autres tables avaient été dressées, avec une simplicité bon enfant. Elles avaient été disposées les unes au bout des autres, et formaient deux arcs de cercles concentriques qui couraient sur presque toute la bordure de la place. C'est là que le commun se tiendrait, les artisans et artistes qui avaient contribué à la construction, une ligne pour les libres, une autre pour les tatoués.
En face, outre l'estrade réservée aux personnalités, une forme longiligne était cachée sous une grande pièce de tissu, qui serait symboliquement retirée pour l'inauguration. Il se murmurait que la création encore dissimulée dépassait tout le reste en magnificence, mais bien rares étaient ceux qui avait pu la contempler…

Hommes et femmes du commun, libres et esclaves, affluaient autour des tables en arrondi dans un brouhaha joyeux et quelque peu désordonné. On se félicitait, on plaisantait et on se montrait tel ou tel détail du bâtiment, en racontant une anecdote qui le concernait. Le murmure des fontaines de la place se faisait presque inaudible devant l'enthousiasme populaire.
Sur l'estrade des personnalités, les postures étaient bien plus dignes, et Drarar Qassem paraissait régner en maître de cérémonie, attendant de recevoir ses hôtes. Dorhan vint bientôt le rejoindre, Mellna trottinant toujours à ses côtés telle une petite souris, et l'apparition de la sainte femme sous le dais fut saluée par des applaudissements spontanés. Elle sourit sereinement au bon peuple qui manifestait ainsi sa joie, avant que son collègue ne fasse brièvement les présentations. Le prêtre passé maître dans l'art de l'hypocrisie se plaça ensuite un pas un retrait de la Mère, comme dans son ombre, feignant une attitude modeste et effacée de manière tout à fait convaincante. On n'attendait plus que les invités officiels pour commencer.
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mer 22 Juil - 20:18

Ewena, esclave/peintre
Un brouhaha joyeux s'échappait de la foule des esclaves. Moins disciplinés que les gens libres, et encore moins que les nobles, ils ne voyaient pas ici un monument absolument neuf mais l'aboutissement d'un travail phénoménal. Chacun racontait alors une petite histoire, souvent très enjolivée, sur la pierre posée par untel, ou sur ce qui s'était prétendument passé pendant qu'une des esclaves nettoyait le sol avant la cérémonie: une poussière envolée devenait alors presque un phénomène mystique. On parlait alors de la gloire de Sâ, et de la famille qui lui rendait un si grand hommage. Certains râlaient en se plaignant de ne pas pouvoir assister de plus près à ce qui allait se dérouler, et d'autres comme Ewena, gardaient le silence.
Elle se tenait bien droite - dans l'attitude la plus digne qu'elle pouvait avoir - et fixait avec un sourire sincère le voile qui masquait encore la pièce maîtresse de tout ceci. Bousculée par certains de ses pairs, elle ne perdait tout de même pas son objectif de vue.
Elle n'attendait en fait rien d'autre que de voir les réactions, pour essayer d'y voir un air impressionné. Ce serait là une marque de reconnaissance dont elle pourrait être fière, et cela rejaillirait très bien sur son maître qui la traitait si bien. Elle avait eu l'immense honneur de travailler sur ce qui serait le clou du spectacle, et brûlait d'impatience à l'idée qu'on le découvre. Son regard descendit alors vers les nobles personnes présentes, même si elle n'osa pas en fixer un seul de peur d'attirer leur mécontentement. Il en manquait encore, c'était certain, même si elle n'avait aucune idée de qui allait arriver exactement. Tout ce qui comptait, c'était qu'ils soient heureux.
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Luve Fanel
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mer 22 Juil - 22:34

Luve avait d’abord vu ce voyage comme une corvée. Bhaal lui avait demandé d’y aller à sa place. Il adorait ce genre de pince-fesses, d’habitude. Mais l’idiot s’était intoxiqué avec des raisins. Il en avait trop mangé, vomi tripe et boyaux puis s’était épuisé à torturer les esclaves de maison, pour qu’ils avouent avoir tenté de l’empoisonner. Est-ce qu’il y croyait vraiment, ou qu’il voulait juste un prétexte pour s’amuser, Luve l’ignorait. Elle n’avait pas posé la question. Le poison était un sujet sensible, dans la famille Fanel…
 
Bhaal savait que les mondanités n’étaient pas son fort, mais il fallait quelqu’un du sang pour ne pas faire outrage aux Qassem. Ce qui ne laissait pas des masses de possibilités. Elle serait entourée d’une dizaine de ses « amis », avait-il dit pour la rassurer. Mais elle n’avait pas peur, et cela ne l’avait pas enchantée : ses féaux étaient arrogants, stupides et méprisants. Elle leur avait faussé compagnie à la première halte, partant aux aurores alors qu’ils dormaient encore. Galopant dans le vent, son dogue sur les traces de son petit cheval… Seule. Libre.
 
Un duo de maraudeurs avait cru pouvoir l’attaquer, mais ils s’en étaient mordus plus que les doigts. A part ça, le voyage s’était bien passé. Sa peau avait bruni, sa poitrine s’était allégée. Elle était arrivée à Sinjon trop tôt à son goût.
 
La ville blanche était en effervescence. On y croisait une drôle de faune. Prêtres et dévots, familles honnêtes, esclaves raffinés… tout semblait trop calme et civilisé. Où étaient le sang, la sueur et les hurlements ? C’était troublant, mais reposant. Elle choisit l’auberge la plus clinquante (elle était bien sûr partie avec le pactole pour dix), y laissa ses quelques affaires et partit aux thermes qui faisaient la célébrité de la ville. Elle se baigna longuement, se laissa même masser par une tatouée.
 
En vue de la cérémonie, elle quitta ses vêtements de cuir pour un pantalon hybride, ni jupe ni pantalon, et une tunique violette, aux couleurs de sa maison. Comme à son habitude, elle tira en arrière ses cheveux huilés. Pas une boucle ne virevoltait sur son visage sans fard et couturé. Il ne fallait pas trop lui en demander.
 
Quand vint l’heure, elle marcha vers le temple sans se presser, fendant la foule dans les rues, fendant l’assemblée amassée. Une brune, le nez en l’air, ne s’écarta pas de son chemin ; elle la heurta violemment. La fille roula au sol. Luve n’avait pas dévié sa trajectoire d’un pouce : la route la plus courte vers l’estrade. Là où étaient les gens importants. Ces esclaves et ces gueux n’étaient que des cloportes sous ses semelles.
 
Quand les applaudissements fusèrent, elle remarqua que son chien n’était plus à ses côtés. Elle se retourna, vit qu’il était resté près de la fille, lui reniflant l’entrejambe. Luve le siffla et il revint vers elle, inhabituellement docile. Il songeait aux femelles depuis un moment. Il ne s’était sans doute pas accouplé depuis longtemps. Elle n’avait pas croisé beaucoup de ses semblables, ici. Les chiens n’étaient quand même pas interdits dans la ville, dans le temple de Sâ ?
 
Trop tard : elle déjà sur l’estrade avec sa bête. Peu habituée à tergiverser, elle se dirigea droit sur Drarar Qassem et lui présenta les respects de la famille Fanel selon la formule rituelle. Elle n’avait pas apporté de cadeau, parce que Sâ était détaché des choses du monde. Bah. Ça ne l’empêchait pas de tuer cent esclaves à la tâche pour construire son temple. Mais c’est à ça que les esclaves servaient, pas vrai ? Même dieu le savait.
 
Elle remarqua derrière Drarar une vieille femme toute froissée, et un homme légèrement en retrait. Ils semblaient attendre qu’elle leur dise quelque chose, mais elle ne les connaissait pas. Dans le doute, elle fit un sourire à la vieille. Si on l’avait laissée vivre jusque là, c’est sans doute qu’elle avait son importance. Et puis, malgré ses plis, elle avait une certaine classe, drapée dans ses voiles. La petite Luve avait-elle un jour connu sa grand-mère ? Elle ne se souvenait pas. Elle ne se souvenait que de sa mère.
 
Créature improbable, le sourire de Luve s’évanouit. Était-ce à l’évocation de ce souvenir maternel ? Ou à la vue de son dogue, qui s’accouplait avec la jambe de l’homme ?
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Shane
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Ven 24 Juil - 14:28

A l’unisson avec Shyrin, Shane trépignait d’excitation depuis qu’elles étaient arrivées à Sinjon. Hobes flattait les Qassem en se déplaçant personnellement à l’inauguration : lui, le Guerrier de la Nation, ainsi que sa précieuse petite princesse et leur importante suite de courtisans et d’esclaves. A moins qu’il ne veuille faire miroiter Shyrin aux yeux des fils de Clans. L’occasion semblait rêvée, et la princesse n’avait nul besoin de se faire prier pour parader ; c’était chez elle comme une seconde nature.
 
Comme toujours, Shane était près d’elle pour l’aider, la rassurer, prévenir le moindre de ses désirs. Mais Shyrin l’avait sèchement renvoyée. Elle ne voulait pas que le peuple, les dignitaires et les jeunes hommes les voient ensemble. La grâce et la boiteuse. Ridicule ! De toute façon, l’estrade n’était pas faite pour les esclaves !
 
Shane n’en avait pas été le moins du monde offensée. Elle avait été élevée et nourrie à l’humilité. Parfois, c’est vrai, Shyrin était méchante avec elle. Mais c’est parce qu’elle était nerveuse. La princesse devait bien se tenir sur l’estrade devant tous ces gens importants, alors qu’elle n’y voyait goutte. Et puis, cela laissait à la jeune esclave une liberté inespérée : celle de se tenir avec tous les autres, devant la façade voilée du temple, d’attendre les beaux discours et les belles et bonnes choses.
 
Minuscule dans la foule, elle se tenait sur la pointe des pieds, un arc béat sur les lèvres. Son sourire s’effaça lorsqu’elle vit la Fanel tracer la foule. Les Fanel étaient effrayants ; ils ne se contentaient pas d’être hautains comme les autres maîtres. On racontait sur ceux et la manière dont ils traitaient leurs esclaves tout un tas de choses horribles.
Ne me vois pas, ne me vois pas, pria-t-elle en s’écartant.
La vierge Fanel semblait de toute manière ne remarquer personne. Pas même cette femme qu’elle jeta à terre. Jusqu’à ce que son chien la renifle.
 
Personne n’osa faire quoique ce soit jusqu’à ce que la Fanel et son dogue soient loin sur l’estrade. Alors Shane, qui était tout près, et quelques bonnes âmes s’approchèrent.
- Vous allez bien ? couina l’adolescente, à genoux dans la poussière.
A côté d’elle, un homme à la joue tatouée, vêtu d’un simple pagne – sans doute un ouvrier – lui tendit la main pour l’aider à se relever.
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Sam 25 Juil - 19:51

La religion avait beau ne pas tenir une grande place dans sa vie -- pas plus que les ronds de jambe diplomatiques --, Hobes avait fait le déplacement jusqu’à Sinjon pour assister à l’inauguration de la nouvelle aile du grand monastère de Sâ. Il l’avait fait en tant que Guerrier de la Nation, mais aussi en tant que chef du clan Cardia, père attentif, et politique avisé. Outre le fait que le culte de Sâ soit une tradition ancrée dans l’esprit des Chalcédiens, à laquelle ses dirigeants devait se plier sans rechigner, il s’agissait en effet pour Hobes de faire étalage de sa condition physique, de flatter le clan Qassem, de présenter sa fille aux bons partis potentiels tout en la divertissant et, qui sait, peut-être de conclure quelques alliances, notamment avec le clan déjà cité.

Ainsi le Guerrier de la Nation se frayait-il un passage à travers la foule au bras de sa Shyrin, en direction de l’estrade principale. Shyrin paradait, très à son aise, tandis que son père, au contraire, engoncé dans des vêtements trop étroits et aux coutures irritantes, se contentait d’avancer en marmonnant contre les esclaves qui ne s’ôtaient pas de son chemin assez vite.

Pourtant, tout irrité qu’il soit de la masse de prolétaires, Hobes ne put s’empêcher de grimacer quand il vit “l’exploit” de Luve Fanel. Le second clan de la nation n’était pas connu pour son respect des esclaves, ni son membre féminin pour son élégance. Il avait espéré voir son frère, Bhaal, pour conclure certaines affaires avec lui, mais la présence de Luve laissait pressentir sa propre absence. Mais à quoi pensait-il ? Cette femme était incapable de la moindre retenue, et s’afficher en public avec un tel visage…

Avec moult grommellements supplémentaires, que Shyrin eut le bon goût de ne pas relever, Hobes parvint enfin à l’estrade. Son premier regard, à l’instar de Luve, fut pour Drarar Qassem. Les formules rituelles énoncées, il présenta sa fille à l’homme et à ses deux cadets qui se tenaient en retrait, néanmoins à l’écoute. Il prit ensuite congé provisoirement, pour se tourner vers les prêtres de Sâ, et grogna de nouveau en s’apercevant que la Fanel faisait encore des siennes. N’avait-elle donc aucune tenue ? Qu’à cela ne tienne, il ferait d’une pierre deux coups en saluant toutes ces personnalités à la fois. Shyrin était aussi là pour apprendre comment marchaient les affaires, après tout.

--- Dame Fanel, grimaça le Guerrier de la Nation en se portant à sa hauteur, la main sur le coeur, mes hommages. Prospérité et sécurité pour vous et votre clan, poursuivit-il, écourtant la formulation habituelle -- mais le sens était là, et c’était bien suffisant. Je ne vois pas votre frère ?

Puis, se tournant vers les deux prêtres, il s’inclina à demi devant la Mère et son collègue en prononçant un hommage à Sâ. Avisant le dogue de Luve, il souhaita un instant que son propre molosse, Croc, soit présent, puis il se rappela qu’il était dans un lieu saint. Tout rustre qu'il paraissait aux yeux des autres, avec son allure de guerrier, il avait au moins cette présence d’esprit, lui.
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Luve Fanel
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mar 28 Juil - 13:09

Bien qu'elle eut préféré le laisser finir son affaire, Luve donna un coup de pied dans les grosses couilles de son chien pour qu'il laisse le vénérable inconnu tranquille. Le dogue glapit et quitta l'estrade au galop.
- Pourquoi ? Mauvaise. Vais retrouver la femelle.
Luve fronça les sourcils. C'était comme si elle avait mal elle-même. Qu'il aille donc retrouver l'esclave, si cela calmait sa douleur et ses ardeurs. Elle pourrait le retrouver ensuite et se faire pardonner avec un gros steak ou des grattouilles derrière les oreilles.

En parlant de grosses couilles, Hobes vint la saluer. Il prononça les formules rituelles, bien qu'il n'ait manifestement aucun plaisir à la voir. Il ne s'intéressait qu'à son frère.
- Prospérité et sécurité, répéta Luve, en portant de même la main à son cœur, ou plutôt à son sein qui par nature en barrait l'accès.
Il se satisferait de la version courte. C'était le Guerrier de la Nation, pas un courtisan à franfreluches. Et elle le respectait pour ça. Même s'il était vieux et laid, avec ses poils roux qui lui poussaient n'importe où, il avait défait tous ses ennemis. Que Bhaal essaie donc de rivaliser avec son esprit !

- Mon frère est indisposé, répondit-elle sans détours. Je viens faire les hommages à sa place.
Ah oui, les hommages. Imitant son aîné, elle s'inclina à son tour devant la vieille et son subordonné. Des prêtres de Sâ, à en croire les paroles du Guerrier et leur allure pleine d'une agaçante humilité. Sans doute les responsables du nouveau temple.
- Sâ est grand, et votre temple est à son image, dit-elle assez fort pour que Drarar aussi l'entende.
N'était-ce pas lui qui avait organisé cette petite sauterie pour qu'ils admirent tous son argent et lui lèchent les bottes ? Elle espérait que ce coup de langue suffirait pour le reste de la journée. La vierge Fanel n'était ni coutumière ni friande de l'exercice.
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mer 5 Aoû - 21:10

Drarar Qassem jouait son rôle d'hôte comme il se devait, accueillant les uns et les autres. Ses principaux invités se présentèrent presque coup sur coup, et il leur rendit leurs saluts avec le respect dû aux représentants des plus importants clans de sa nation, non sans laisser voir une certaine fierté personnelle. A côté, Mellna renvoya un sourire à la femme aux cicatrices, une expression toute simple, sans pitié ni obséquiosité. Derrière elle, Dorhan lui glissait à l'oreille les identités de ces grands de Chalcèdes, mais pour la Mère, esclaves et rois étaient semblables aux yeux de Sâ. Le sourire qu'elle avait adressé à Luve était le même que pour Hobes et Shyrin, ou pour l'esclave qu'elle avait croisé un peu plus tôt.

« Que voilà une bête fidèle, »
commenta la vieille femme en apercevant le chien, tandis que son “assistant” cherchait désespérément un moyen de se débarrasser des attentions du clébard en préservant les apparences, et imaginait déjà un moyen de faire s'introduire un de ses protégés spéciaux chez les Fanel, pour à l'avenir, se débarrasser discrètement de cet animal dont la présence l'avait insulté. Sa propriétaire ne s'embarrassa pas de tant de façons, mais au moins, le prêtre fut soulagé que la bête s'en aille hors de sa vue, et surtout, loin de ses robes, neuves pour l'occasion. Ce qui n'était pas le cas de celles de Mellna, avec sa couleur verte un peu fanée. Cependant, ce genre de détail ne semblait pas bien important, en comparaison avec son sourire franc.

« Un grand guerrier et une charmante demoiselle, bienvenus, bienvenus, enfants de Sâ, »
salua-t-elle avec la simplicité qui la caractérisait, avant que son air d'heureuse sérénité ne s'amplifie aux mots de l'autre femme.
« Ce serait presque faire insulte à son saint nom que de dire pareille chose. Aucun de nos ouvrages humains ne peut faire plus que refléter une infime partie de la grandeur de Sâ. Mais l'intention est bonne et je t'en remercie, »
termina-t-elle de la même manière qu'elle s'adressait à ses jeunes ouailles, et par conséquent, à quasiment tout le monde, puisque nombre de prêtres confirmés qu'elle fréquentait avaient effectué leur noviciat à Sinjon, et que son âge lui permettait de considérer à peu près tout le monde comme des enfants. De toute manière, tous l'étaient, elle comprise, du point de vue de leur divinité.

Dans la foule des tatoués, il avait avancé pour aider la jeune brune à se remettre debout après le passage de la furie défigurée et de son molosse. Il la trouvait étrange, comme loin des réalités matérielles, et ne se souvenait pas de l'avoir croisée sur le chantier. A coup sûr, si ç'avait été le cas, il n'aurait pas oublié ce visage avenant ! Mais sans doute s'agissait-il d'une artiste, voilà qui expliquerait à la fois son air absent, quoique ravi, et l'éloignement qui l'avait empêché de la croiser plus tôt, lui, le manuel. Sans un mot, il lui offrit son bras pour se relever, tandis qu'une autre des leurs s'enquérait de son état.

« Je crois que notre hôte est impatient de voir tout le monde prendre place, »
glissa Dorhan, toujours sur l'estrade, après avoir capté quelques gestes du Qassem à son encontre. Tranquillement, il désigna les sièges disposés autour du maître de cérémonie, puis offrit son bras à la Mère pour la conduire à l'un d'eux. Et, puisqu'il ne semblait y avoir personne d'autre pour le faire, Hobes étant monopolisé par sa fille, il proposa le second à Luve Fanel. Drarar attendait que tout le monde soit installé pour démarrer son discours, et continuer la mise en scène.
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Sam 15 Aoû - 13:28

La Fanel lui rendit son salut et Hobes, ne voyant rien à ajouter, s’en désintéressa tout à fait. Si son frère n’était pas là, il valait mieux qu’il attende une prochaine occasion pour parler affaires. Malgré son dédain pour elle, cependant, il ne manqua pas de relever la flatterie subtile adressée aux Qassem, sous couvert de parler aux prêtres.

Très vite, l’intérêt minime du Guerrier de la Nation pour l’évènement retomba. Les présentations terminées, il aurait aimé pouvoir arpenter le temple, montrer la ville à Shyrin, ou encore parler à bâtons rompus avec d’autres chefs de Clans. Mais autour de lui rien ne bougeait, et il devait faire des sourires polis aux religieux tout en se retenant de danser d’une jambe à l’autre d’impatience.

Enfin, enfin, l’un d’eux annonça le banquet à venir et, faute de mieux, Hobes s’en réjouit. Il n’était jamais le dernier quand ils s'agissait de faire bonne chère, et il espérait bien que Drarar avait mis les petits plats dans les grands pour l’occasion. Toujours au bras de sa fille, il s’avança vers la grande table disposée pour l’occasion, leur choisit de bonnes places, non loin du maître de cérémonie, et s’assit, les yeux fixés sur lui. Le discours ne devrait pas tarder et, ensuite, ils pourraient manger.
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Luve Fanel
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mar 25 Aoû - 13:07

Les yeux ronds, Luve regarda Mellna.
Une charmante demoiselle.
On ne l'avait plus appelée comme ça depuis ses dix ans. Est-ce qu'elle se moquait ? Elle n'en avait pas l'air.

Malgré ces paroles ridicules et sa petite leçon de théologie, Luve se sentit pour la vieille une inexplicable vague de sympathie. Elle grimaça un sourire qui se crispa quand l'autre prêtre lui tendit le bras. Allait-elle déambuler au côté de cet efféminé ? Elle aurait préféré un geste d'Hobes, mais c'était manifestement trop lui demander. Malgré son sang qui faisait presque d'elle l'égale de son frère, elle essuyait le désintérêt du Guerrier. Bah. Cardia était peut-être le premier des hommes, mais ça restait un homme. Pour lui, les femmes n'étaient sans doute bonnes qu'à baiser ou qu'à parader comme de jolies poupées, comme sa petite dinde dorée.

Prenant sur elle, elle posa le bout des doigts sur le bras du prêtre et se laissa sagement guider jusqu'à la table d'honneur. Pas loin de Hobes, dommage pour lui. Et pas loin de Shyrin, dommage pour elle : la juxtaposition de leurs deux visages n'était pas à son avantage ; on aurait dit la Belle et la Bête, ce conte des Duchés dont elle se souvenait vaguement. Une histoire qui finissait bien, pas comme dans la vie.

La Fanel leva les yeux vers Drarar et attendit qu'il veuille bien ouvrir la cérémonie. Mais tous les culs princiers n'étaient pas encore posés, et elle reporta son attention sur la foule, tentant de localiser son dogue au milieu de tous ces cloportes.
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MessageSujet: Re: A la gloire de Sâ [fin printemps an 8]   Mer 2 Déc - 22:21

Quelques instants pleins de raclements de chaises et de murmures discrets passa encore, pour que chacun trouve sa place. Drarar restait fièrement debout, tandis que du côté des prêtres, Mellna souriait de toutes ses vieilles dents à ceux sur qui se posait son regard, et que Dorhan endossait à la perfection une humilité factice pour mieux observer son entourage. Puis le chef de clan Qassem fit un signe, et derrière lui, un gong sonna une fois. L'attention de tous lui étant acquise, il se redressa plus encore, et commença un discours de circonstance. Il était question de la grandeur de Sâ et de la fierté d'avoir participé à un si grand, si beau et si saint ouvrage. Sous le vernis de la bonne œuvre dédiée au dieu, l'auto-satisfaction suintait.

Tout près, à la haute table, la vieille Mère poussa sa voisine Fanel du coude, et, le visage toujours épanoui, lui glissa :
« On pourrait presque se persuader qu'il y croit lui-même… »
Elle semblait tout à fait inconsciente de l'orateur, qui ne pourrait manquer de l'entendre, car elle n'avait pas spécialement baissé le ton. Son comparse Dorhan lui jeta un regard horrifié, suivi d'un geste d'excuse pour le Qassem, lequel avait interrompu ses paroles de propagande personnelle d'un raclement de gorge. Curieusement, après cet incident, le discours sembla tourner court, et fut bientôt terminé sur une invitation à dévoiler le chef d'œuvre encore dissimulé sous un immense tissu. Le gong se refit entendre, à trois très théâtrales reprises, et des hommes apparurent autour de l'objet de tous les regards.

Au milieu de la foule, Ewena se dressait sur la pointe des pieds pour assister à la scène. Elle était tellement transportée de voir tous ces gens qui, bientôt, contempleraient la merveille à laquelle elle avait participé, qu'elle ne se rendit pas compte qu'elle murmurait des encouragements. Là-bas, les esclaves commençaient, avec difficultés étant donné ses dimensions, à retirer la toile qui faisait encore écran. Des touches de couleur émergeaient peu à peu au sommet, puis des formes blanches harmonieusement sculptées en-dessous.
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