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 Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]

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MessageSujet: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Dim 22 Fév - 21:12

Lune du Grain et Lune de l'Oraison (06 et 07), 10ème année du règne de Sire Vainqueur Loinvoyant

Jusqu’à Jhaampe, le voyage s’était plutôt bien passé. Le temps où le plus jeune des Ordajonc avait parcouru les routes des Duchés était révolu depuis bien longtemps, et le maître d'Art d'aujourd'hui n'avait plus rien d'un coureur de chemins, mais l'Art constituait une aide non négligeable pour limiter les problèmes les plus handicapants de l'âge, et le chemin n'avait pas été aussi difficile qu'il l'aurait cru. Un peu long, certes, mais les routes restaient bien tracées, bien que plus hésitantes à l'approche des Montagnes. Les auberges étaient souvent peu remplies, et malgré l'effort de guerre bien visible lorsqu'on parcourait les régions soumises aux Loinvoyant, le ravitaillement restait correct du moment qu'on avait de quoi payer.

Les habitations colorées de la capitale montagnardes lui étaient apparues après une bonne Lune de voyage, mais malgré leur attrait, il s’était contenté de séjourner dans une hôtellerie un peu à l’extérieur, et de reprendre la route dès qu'il avait été prêt. Il avait rapidement trouvé la voie bien distincte dont l'existence même criait une utilisation de l'Art, que mentionnaient ces manuscrits légués uniquement d'un maître au suivant. Avec elle, il s’était enfoncé vers les étendues sauvages, et les témoignages de présences humaines s’étaient peu à peu raréfiés, à tel point qu'il avait progressivement cessé de tenir le compte des jours et des Lunes écoulés : si loin de la civilisation, quelle raison subsistait de continuer à mesurer le temps ?

Et les expériences de ces monolithes sombres tels les Pierres Témoins de Castlecerf n'avaient rien arrangé. Il avait bien lu des avertissements, dans ces parchemins qu'un âge manifeste rendait respectables, mais c’était toujours de manière si détournée, qu'une confrontation directe s'imposait malgré tout. Et puis, ne connaissait-il pas l'Art mieux que quiconque vivant en ce monde ? Car, c’était évident, les piliers, comme la route, avaient un lien avec la magie Loinvoyant. D'autre part, en quittant la capitale des Duchés, Clément s’était aussi affranchi des règles qui avaient régi sa vie jusqu'alors. Pourquoi donc continuer à respecter cette prudence, ces barrières qu'il s’était à lui-même imposées, pour pouvoir tenir son rôle de maître et d'exemple ? Il en était libéré, désormais.

Alors, le vieil homme avait touché aux piliers, et trouvé sans grande difficulté la manière de les utiliser. Son premier "voyage" par ce biais l'avait amené en un lieu humide, et tout aussi froid que les montagnes qu'il avait quittées. Peu désireux de s'y attarder, et poussé par une soif de découverte d'adolescent, il avait réitéré l’expérience. Ce signe-là lui disait quelque chose... et le passage précédent laissait un goût d’inachevé qui poussait à en vouloir encore. Il avait donc cédé, et quelle n'avait pas été sa surprise, alors qu'il reconnaissait le lieu où les portails l'avaient mené... non loin d'une bourgade cervienne de province, c’était la Pierre du Jugement de la Colline du Gibet (*) qui se découpait maintenant devant lui. Il se retrouvait presque à son point de départ, après tout le chemin parcouru...

Non, c’était inacceptable, sans compter qu'il ne pouvait rester ici, car son départ devait maintenant être connu de tous. Vainqueur avait sans doute concentré ses forces ailleurs que dans la recherche de son ancien maître d'Art, dont la défection l'arrangeait probablement, mais Clément préférait malgré tout éviter de traîner dans les environs. La taverne du village voisin aurait pourtant été bien accueillante... mais non, il refusait de s'y risquer, et d'y risquer sa quête dont il sentait toujours l'importance. Malgré le mal de crâne grandissant en même temps qu'un malaise plus diffus, il retourna donc son attention sur la pierre. Ses cinq faces portaient chacune un symbole, certains semblant se raccrocher à quelque chose qu'il aurait jadis vu ailleurs, alors que d'autres ne lui évoquaient absolument rien. Se fiant autant à ses souvenir d'anciennes lectures, qu'à son intuition et même sa chance, il en choisit un qui ne semblait ni trop étrange, ni trop familier, et avança.

[(*) Judgment Stone on Gallows Hill, j'ai pas la version française, en gros dans la région de Flétribois]
[je m'auto-répondrai d'abord une ou deux fois pour la suite, histoire d'arriver tranquillement jusqu'au temps de la crue d'Art]
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Mer 25 Fév - 21:59

De nouveau, cette douce obscurité, calme et attirante, l'enveloppa. Plus clairement que les fois précédentes, il sentit une présence, si maternelle qu'elle ramenait à la surface de sa mémoire des souvenirs qu'il avait cru oubliés. S'agissait-il de la déesse Eda ? En cet étrange « lieu », une telle pensée ne semblait même pas sacrilège, et il eut l'impression qu'un rire provenant de l’entité y répondait. La présence lui échappait cependant, et tenter de l'approcher semblait aussi impossible que retenir le courant d'une rivière entre ses doigts. Et pourtant, Clément tendait tout son être vers cette insaisissable « elle », avide de cette entièreté qu'il pressentait. Laquelle l'avait repoussé avec une ferme tendresse, arguant qu'il n’était pas encore prêt. Pas prêt, lui, le maître d'Art des Duchés ? Que pouvait-il bien lui rester à apprendre, avait-il répliqué en pensée, blessé dans son orgueil. Non, pas prêt, avait-« elle » confirmé sans plus d'explications, et une bourrasque d'air glacé l'avait accueilli dans le monde qu'il ne quitterait pas encore cette fois-ci.

Lune d'Or (08), 10ème année du règne de Sire Vainqueur Loinvoyant

Inconscient du temps qui, au-dehors, s’était écoulé sans lui, le vieil homme n'avait pu que ramper vers le premier substitut d'abri qu'il avait trouvé, et s’emmitoufler dans ses couvertures pour tomber d’épuisement. Heureusement pour lui, c’était la belle saison dans les Montagnes, et il disposait encore de provisions en quantité suffisante. Après quelques heures, ou quelques jours de repos, il ne savait plus, il avait pu se déplacer un peu, et aviser une cabane de berger abandonnée qui avait constitue son refuge par la suite.

C'est là, alors qu'il reprenait doucement ses esprits et ses forces, que le débordement d'Art l'avait surpris. Il y avait eu d'abord ce cri d'agonie, insupportable, qui sapait toute force et tout courage, et provoquait une peur incompréhensible. Car il y avait de la fureur dans cette expression de la créature, quelle qu'elle soit, et si elle se savait impuissante et condamnée, il ne ferait pas bon se frotter à ses semblables, s'il en existait quelque part. La puissance du hurlement aurait ébranlé n'importe quel Artiseur, mais elle n’était rien face au déferlement magique qui avait suivi.

Comme pris de folie, le fleuve d'Art s’était gonflé, encore et encore, comme ses semblables du monde purement physique après de longues pluies d'orage. Son murmure charmeur, toujours présent, s’était fait vacarme qui cherchait à entraîner quiconque se trouverait à sa portée. Le maître savait bien ce qui se passerait s'il cédait, et pourtant, les promesses d'apaisement lui semblaient plus attirantes que jamais, après son expérience dans les monolithes de pierre mémoire. Les forces pour y résister lui semblaient si difficiles à mobilier...

C'est en prenant conscience de la marque du dragon assassiné qu'il parvint à se maintenir. D'un coup, il lui sembla parfaitement clair que son intuition avait été juste : Vainqueur se fourvoyait totalement avec sa guerre, c’était vers les Montagnes et cette route menant au-delà qu'il fallait se tourner. Et lui, Clément Ordajonc, maître d'Art enfui de Castlecerf, devait lui en faire prendre conscience. Si la quasi révélation était venue de l’extérieur, il n'en prit pas conscience et, poussé par une urgence nouvelle, s'appuya plutôt sur le flot tourbillonnant d'Art, pour lancer son message aux Duchés, comme lors d'un Appel. Le roi, et tous ceux qui pourraient le capter, devaient comprendre.

Et un dé pour la réussite, sur une échelle de 1 à 6 donc ronge_ongles
J'expliquerai en conséquence à quoi arrive Clém, dans le message prochain.
[edit : argh... avec un 1, ça va être un beau flop triste ]


Dernière édition par Clément Ordajonc le Dim 1 Mar - 20:59, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Mer 25 Fév - 21:59

Le membre 'Clément Ordajonc' a effectué l'action suivante : Le hasard en action

'Hasard' : 1
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Dim 1 Mar - 21:04

Presque aussitôt, il se rendit compte qu'il s’était surestimé, comme un tout jeune étudiant trop avide d’égaler ses aînés. Sauf que le décalage entre sa propre maîtrise et la puissance suscitée par la créature était autrement plus important que celui le séparant de ses élèves, et sa récente errance dans les pierres noires l'avait laissé affaibli. Il devait mobiliser toutes ses ressources pour ne pas céder au courant magique, et dans sa soudaine hâte à s'en éloigner, il ne parvint à convoyer son message que vers ceux qui se trouveraient les plus proches de lui sur le plan de l'Art. Ceux que la crue toucherait le plus durement...

Il aurait pu se contenter d'un « fuyez pauvres fous » prononcé d'une voix mentale encore autoritaire, cependant, là n’était pas le cœur de son annonce. Alors, renonçant à utiliser à son propre bénéfice ce courant trop indomptable, il puisa dans ses propres forces, quoique bien conscient qu'il en aurait encore besoin pour se tirer d'affaire... si jamais c’était possible.
Vous regardez au mauvais endroit, qu'importe Chalcède. Au bout de cette route se trouve l'important pour notre monde !
C’était bien sûr la route d’au-delà des Montagnes que désignait son esprit, celle qui, il le sentait, menait à l’être qui venait de donner une telle démonstration de puissance, et pourtant, se mourrait. Ce qui serait son cas à lui aussi s'il ne réagissait pas très vite. Il était déjà tellement attaché au flot magique, pourrait-il encore parvenir à s'en défaire sans finir comme... comme Primevère ?

Lune Brunissante (09), 10ème année du règne de Sire Vainqueur Loinvoyant

Sur la voie de pierre sombre venant des hauteurs sauvages, il cheminait, lent et courbé tel le vieil homme qu'il était, les yeux dans le vague. Depuis combien de temps avançait-il ainsi, grignotant de la distance pas après pas avec une obstination animale, il n'aurait su le dire. Ses provisions étaient épuisées depuis quelque temps, mais il avait continué, se nourrissant de plantes qu'un instinct sûr lui désignait comme comestibles. Qu'aurait-il pu faire d'autre, de toute manière ? Cette route était comme une évidence tracée dans ces paysages vides de toute humanité, et la suivre semblait la seule chose valable, lorsqu'on gardait encore une étincelle de vie suffisante pour refuser de se coucher sur place dans le seul but d'attendre la fin.

Et puis, elle apparut. La silhouette découpée au sommet d'une colline, cheveux brillant d'un or irréel sous l’éclat du soleil, sembla faire se déchirer les brumes de son esprit. Il la connaissait, au moins, de cela, il était certain, alors que sa mémoire superposait celle qui avait jadis compté tant pour lui, à l'ombre chinoise de la jeune femme.
« Primevère, »
murmura-t-il pour lui même, sans réaliser que la brève existence de sa compagne s'était achevée depuis bien longtemps, et que, quand bien même un miracle lui aurait permis de survivre, trop d’années s’étaient écoulées pour qu'il puisse s'agir de la même personne. Happé par sa certitude, il la vit changer de direction sans le remarquer. Non, c’était impossible, elle ne pouvait pas partir ! L’idée de la perdre était trop insoutenable, et il reprit sa marche en enjambées aussi grandes qu'il le pouvait, quittant finalement la route pour couper à travers les prairies. Son corps était encore en bon état pour son âge, même si l’arrivée d'un tel spectre hirsute et déguenillé ne devait rien avoir d'engageant.
« Primevère, attends, »
appela-t-il encore, poussant cette fois sa voix alors qu'il arrivait tout juste à portée d'audition, le ton suppliant. Puis il dut se soutenir à l'arbre le plus proche, tout son souffle lancé dans le dernier cri par lequel il espérait attirer l'attention de celle qui se trouvait là.


[HJ : priorité à Merriska clin_oeil]
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Sam 14 Mar - 18:47

Merriska tendit son Vif vers la brebis égarée qu’elle pourchassait depuis déjà plusieurs heures et pressa le pas dans sa direction. Les divagations de l’animal l’avaient amenée dans une zone des Montagnes qu’elle ne fréquentait jamais, et pour cause : l’ancienne route qui y était tracée la plongeait dans un état de profond malaise, et nul être vivant ne s’en approchait jamais.

Alors pourquoi Brigitte… La jeune fille haussa les épaules. La brebis s’était comportée étrangement, ces derniers jours, et cette escapade n’était que la cerise sur le gâteau. Mieux valait la retrouver au plus vite, et pourquoi pas essayer de comprendre ce qui n’allait pas chez elle une fois rentrées.

Enfin, au sommet d’une énième colline, Merriska retrouva sa Brigitte, occupée à brouter paisiblement l’herbe qui commençait déjà à se raréfier. C’était à n’y rien comprendre… mais, maintenant qu’elle l’avait retrouvée, la jeune fille n’allait pas chipoter.

Occupée à mener un double assaut – physique et mental – sur la pauvre bête, Merriska n’entendit pas le premier appel qui s’éleva depuis l’ancienne route. Si la pensée de son étable et de ses compagnons n’avait pas fait céder Brigitte, le robuste bâton dans la main de sa propriétaire s’en était chargé, et le duo se mit en route, direction Jhaampe. Satisfaite d’avoir enfin mis la brebis en mouvement, la jeune fille s’élança d’un bon pas, pressée de s’éloigner de cet endroit oppressant.

Pourtant, une voix dans son dos la fit s’arrêter net, puis se retourner. « Attends » ? Avait-elle bien compris ? Elle n’avait pas entendu sa langue natale depuis des années…

Le vieux bonhomme qui l’avait appelée s’appuyait sur un arbre, à mi-hauteur, et il ne payait pas de mine. La peau parcheminée, les cheveux et la barbe blanche en bataille, les vêtements dépenaillés… mais ce qui marqua le plus Merriska furent les yeux de l’inconnu. Ils brillaient d’une lumière folle, presque effrayante. Un instant tentée, par sécurité, de le planter là et de rentrer chez elle au plus vite, la jeune fille se rendit vite compte qu’il paraissait épuisé et incapable de lui faire le moindre mal.

Compatissante, mais tout de même prudente, Merriska descendit donc de sa colline pour s’arrêter à plusieurs mètres de lui. Restée en haut, Brigitte s’était remise à brouter, aussi la jeune bergère se concentra seulement sur le vieillard :
– Qui êtes-vous ? demanda-t-elle lentement, peinant à retrouver les mots qu’elle n’avait plus prononcés depuis si longtemps. Que faites-vous là ?
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Mar 24 Mar - 10:56

Il eut un instant de soulagement en voyant la silhouette stopper, et se rendre enfin compte de sa présence. Il tentait encore de reprendre haleine lorsque la jeune femme s'arrêta à quelque distance de lui, et quelque chose lui dit qu'elle n'approcherait pas plus, même s'il n'en comprenait pas vraiment la raison. Cheveux et barbe blanche en broussaille suivirent le mouvement de dénégation qui répondit tout d'abord à la question.

« Ce n'est pas toi… »
prononça le vieil homme avec une déception évidente, et d'autant plus marquée qu'il sentait s'évanouir l'unique repère de son esprit embrumé.
« Qui êtes-vous ? »
répéta-t-il un instant plus tard, alors qu'il semblait enfin comprendre une partie des mots qui lui avaient été adressés. La fatigue ayant raison de lui, il se laissa glisser au sol, et s'appuya contre le tronc de l'arbre, rabattant les paupières sur son regard égaré. Après un nouveau moment de silence, comme si chaque phrase lui demandait une concentration intense, et sans rouvrir les yeux, il finit par ajouter :
« Je ne sais pas. Je ne sais plus. Plus rien. »
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Dim 24 Mai - 15:31

Ses questions semblèrent plonger l’homme dans un état de désarroi le plus profond, et il murmura quelques paroles incohérentes avant de se laisser glisser au sol, abattu et épuisé. Merriska fut tentée de se rapprocher un peu, de se porter à son secours, mais il ne lui avait pas répondu et son instinct animal hurlait au piège.

Pourtant, les paroles suivantes trahissait un sentiment de détresse si profond qu’elle ne put rester insensible et se porta à sa hauteur, avant de s’accroupir près de lui. D’une main, elle tenait encore son bâton de berger, prête à s’en servir, mais elle posa l’autre sur l’épaule de l’inconnu, compatissante.
– Ce n’est pas grave, prononça-t-elle lentement, apaisante. Levez-vous, si vous pouvez. On doit s’éloigner de la route, elle est… “mauvaise”, expliqua-t-elle, faute d’un meilleur mot.

Avec la prudence qui la caractérisait, Merriska n’osait pas tendre son Vif vers l’homme pour appuyer ses dires. Il venait certainement des Duchés… elle ne voulait prendre aucun risque. Elle espéra qu’il veuille bien l’écouter et la suivre sans discuter jusqu’à Jhaampe.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Sam 30 Mai - 21:26

Perdu, le vieil homme se sentait perdu. Il ne savait pas où il se trouvait, géographiquement parlant, mais ce n'était rien à côté de la confusion qui régnait à l'intérieur de son esprit. Il était tout autant perdu dans sa tête. Il n'y retrouvait plus rien, seulement des traces de savoirs qu'il avait jadis possédés, mais dont il ne restait plus que des empreintes en négatif dans la poussière de souvenirs fugaces et flous. S'il avait connu les coutumes des montagnes, il se serait estimé bon à partir loin de toute présence humaine, en quête de la miséricorde de Chranzuli. Mais, tout ce qu'il y avait, ici, c'était cette jeune femme qui évoquait chez lui l'une de ces parcelles de mémoires aussi insaisissables que la fumée.

Comme elle se décidait à s'avancer jusqu'à être toute proche, il rouvrit les yeux, peinant visiblement à comprendre ses mots simples.
« Pas grave ? Je ne sais même plus qui je suis… ou qui j'étais. »
Maintenant, il n'était plus rien, c'était au moins quelque chose qui semblait assez évident. Mais par-delà les brouillards qui lui occultaient l'âme, il lui semblait deviner que tel n'avait pas toujours été le cas. Il lança un regard perplexe à la route, avant d'en revenir à Merriska.

« Vous pouvez… m'aider ? »
demanda-t-il avec une humilité que sa vie d'avant ne lui avait pas vue témoigner depuis des éons, sa main parcheminée tendue vers la bergère en un geste presque suppliant. Il aurait besoin de sa force à elle pour parvenir à se remettre debout. Cependant, les paroles concernant le chemin dont il venait suscitèrent finalement quelque chose chez lui, et il la corrigea patiemment, retrouvant presque un ton professoral, mais sans la touche de solennité vaguement supérieure qui allait avec sa fonction passée.
« Pas mauvaise, non. Elle a une utilité, que vous et moi ne comprenons pas. Je savais, avant… Elle n'est que pour certains, que pour ceux qui ont reçu un don particulier. »
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Dim 2 Aoû - 15:27

Le vieillard semblait véritablement perdu, ne cessant de répéter qu’il ne savait plus rien, même pas sa propre identité. Un long séjour dans le froid, dans la neige, sur cette route peut-être, lui avait-il fait perdre la mémoire ? Merriska songea que c’était tout à fait probable. Il fallait à tout prix qu’elle le ramène à Jhaampe, où il serait soigné et où son esprit finirait certainement par s’apaiser. Mais la route était longue, et elle n’était toujours pas sûre qu’il accepte de la suivre…

Pourtant, après avoir contemplé la route une nouvelle fois, le vieil homme revint à Merriska pour lui demander de l’aide. Ravie qu’il coopère, et bouleversée en même temps par son ton presque suppliant, elle lui tendit la main sans une hésitation. Quelques instants plus tard, il était de nouveau sur pied, et elle resta à ses côtés alors qu’ils entamaient l’ascension de la colline qu’elle avait descendue pour le rejoindre.

Alors qu’il l’entretenait de la route, Merriska hocha la tête sans rien dire. Il était évident qu’ils n’avaient pas ce don, qu’aucun Montagnard ne l’avait. Malgré tout, il avait peut-être raison : il fallait bien que cette voie ait eu une utilité pour ceux qui l’avait créée, à l’époque. Ils étaient sûrement tous morts depuis longtemps, ceux qui avaient ce don.

Considérant le sujet clôt, la jeune bergère se tourna de nouveau vers le vieil homme et, tout en marchant, lui expliqua ce qu’elle projetait de faire :
--- Une fois cette colline montée, on pourra aller droit sur Jhaampe. Il y a quelques heures de marche…
Merri songea qu’elle pourrait le laisser là et aller chercher de l’aide, mais elle répugnait à l’abandonner à son sort. Il n’avait pas l’air particulièrement stable, qui sait s’il n’allait pas se remettre à vagabonder, retourner sur la route ou se planter dans une crevasse ? Non, le plus sûr était de l’escorter, coûte que coûte, à son rythme, jusqu’à la capitale.
--- … on va y aller doucement. Oh, je m’appelle Merriska. Et vous ? ajouta-t-elle, curieuse de mettre un nom sur ce drôle de personnage.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Mer 12 Aoû - 21:07

Péniblement, et avec l'aide de la jeune fille, il se mit en marche. Au moins, son absence de souvenirs l'empêchait-elle de savoir que, peu de temps auparavant, il n'avait pas tant de peine à se mouvoir. Mais maintenant qu'aucune aide magique ne pouvait plus corriger les défaillances de ses vieux membres, son âge réel le rattrapait.

« Jhaampe, »
répéta-t-il comme pour s'imprégner du mot, avant de laisser passer un silence, plein de réflexions pour sa part, même si là encore, elles ne menaient pas à grand chose de clair.
« C'est… une ville ? La plus proche ? Je crois… je crois que j'y suis déjà passé. »

Peut-être que la vision de cette cité dont le nom lui semblait vaguement familier, évoquerait quelque chose de plus en lui ? Et de toute façon, il ne pouvait pas rester là dans l'immensité sauvage, à attendre que la mort veuille bien de lui. Ou plutôt, si, il l'aurait pu, mais un restant de fierté le fit préférer la voie ouverte par la bergère. Et la manière dont il accueillit la présentation de cette dernière dénotait d'une éducation distinguée, incluant une connaissance avancée des bonnes manières. Malgré les présentes lacunes de son esprit, certaines choses restaient suffisamment ancrées en lui pour ressortir d'elles-même au moment approprié.

« Heureux de vous rencontrer, demoiselle Merriska. Je vous dois plus que des remerciements. Quant à moi… »
Il hésita encore, cherchant mentalement à préciser le peu qu'il pressentait, avant de s'avouer vaincu dans un soupir.
« Je vois… quelque chose de jaune. Dans mon nom. Mais je n'arrive pas à me rappeler de quoi il s'agissait. Choisissez donc celui que vous souhaitez me donner. »
Une expression désolée vint conclure, alors qu'il s'en remettait à sa sauveuse. Car désolé, il l'était autant pour lui-même, que pour la demoiselle qu'il chargeait de la tâche de trouver une nouvelle identité à un vieillard qui avait perdu la sienne.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Sam 22 Aoû - 15:14

Lentement, mais sûrement, l’improbable duo s’était mis en marche, et Merriska avait bon espoir qu’ils puissent même accélérer une fois en terrain plat. Pendant ce temps, l’inconnu peinait à mobiliser ses souvenirs, et elle sourit avec indulgence à l’idée qu’un homme simple comme lui puisse déjà être passé par Jhaampe. Autrefois habitante du Duché limitrophe, elle n’en avait jamais entendu le nom avant d’y être conduite par le destin ! Patiente mais ferme, la blonde déclara :
— Oui, c’est une ville. Nous sommes dans le royaume des Montagnes et la dirigeante, l’Oblat, vit à Jhaampe. On est encore un peu loin.

Puis le vieil homme, avec des formes auxquelles elle n’était pas habituée et qui la fit presque douter de ses origines – qu'elle imaginait roturières –, la remercia pour son aide, et avoua qu’il ne savait plus son propre nom. Avec un demi-soupir, Merriska songea qu’elle aurait dû s’en douter : il ne se souvenait plus de rien ! Mais elle devait se pencher sur le problème qu’il lui présentait ; elle devait lui trouver un nom, et un nom jaune.

Le soleil, du beurre, du mimosa, du miel, un poussin… Chaque possibilité qui s’offrait à elle lui paraissait plus ridicule alors qu’elle considérait l’homme ridé qui lui faisait face. Quel nom pourrait bien lui aller ? À son troupeau, elle donnait en général les noms de ses proches, des Duchés comme des Montagnes. Alors l’inspiration lui vint, et elle se tourna vers l’inconnu avec un sourire timide :
— Si vous le voulez bien, je vous appellerai Alric.
Ce nom-là, nul mouton ne l’avait porté, et pour cause ! c’était celui de son père. Même s’il n’avait rien de jaune, la jeune fille avait l’espoir que l’inconnu lui fasse l'honneur de l'accepter.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Lun 14 Sep - 19:38

Clément hocha lentement la tête, comme pour bien intégrer tout ce que lui expliquait la bergère. Il parvint à lui sourire en retour lorsqu'elle lui proposa un prénom.
« Alric, très bien, »
commenta-t-il seulement, car peu lui importait dans le fond le choix que ferait Merriska. Un prénom simple, pas trop difficile à se souvenir, et qui ne sonnait pas trop bizarre, il ne demandait rien de plus.
« Avez-vous connu quelqu'un qui portait ce prénom ? »
s'enquit-il avec politesse, car il lui avait semblé que la jeune femme n'avait pas choisi au hasard. Mais même une conversation courtoise devenait compliquée, tant il se sentait fatigué, usé, bref, vieux. Il dut se résoudre à questionner de nouveau sa sauveuse, car il ne se sentait pas de taille à poursuivre des heures durant.
« Vous avez dit que la ville était loin… combien de temps à cette allure ? N'y aurait-il pas… une cabane ? ou un abri quelconque, plus proche d'ici ? »
Par le passé, il avait su parfaitement cacher ses sentiments et ses faiblesses, mais aujourd'hui, tel n'était plus le cas. Et la perspective d'une longue marche l'inquiétait, tout simplement.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Mer 20 Jan - 16:54

Le vieil homme accepta le prénom, et Merriska relâcha la respiration qu’elle avait, sans même s’en apercevoir, retenue en attendant sa réponse. La détresse évidente de l’inconnu l’avait touchée, et maintenant ce nom les rapprochait encore. Alric. Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas pensé à son père. La question du nouvel Alric la détourna de ses pensées, et elle baissa le regard, gênée et heureuse à la fois.
— C’était le prénom de mon père. Je suis contente qu’il vous plaise…

Elle laissa un court silence les envelopper, avant de reprendre, concentrée :
— J’ai mis la matinée à arriver ici, mais je ne venais pas de Jhaampe. Peut-être… peut-être qu’on pourrait y être en quatre ou cinq jours, sans aller vite. Sinon, il y a un cabane près d’ici, je l’ai croisée en venant, mais je ne m'y suis pas arrêtée. Je pourrais allumer un feu, vous donner des provisions et vous laisser le temps d’aller chercher du secours ? Je mettrais moins de temps, seule.

Merriska répugnait à le laisser, mais elle avait peur que plusieurs jours de marche dans la neige et le vent n'aient raison de lui. Il avait l’air si faible… Si elle se dépêchait de rentrer à Jhaampe, ou si, mieux, elle croisait quelqu’un avant d'atteindre la ville, elle pourrait être de retour en moins d'une semaine. Elle espéra que cela suffirait.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Dim 31 Jan - 19:24

Le vieillard regarda sa sauveuse un peu plus intensément lorsqu'elle lui révéla l'origine du prénom qu'elle lui avait choisi, puis inclina légèrement sa tête chenue.
« Je considère cela comme un honneur. Votre père devait être un homme de bien, puisque vous êtes aujourd'hui si prête à assister votre prochain. »
Il ne fut pas certain de bien comprendre les réflexions suivantes de la jeune femme, qu'elle semblait s'adresser à demi à elle-même. A moins qu'elle n'ait surestimé les capacités de concentration de l'ancêtre, qui ne retint qu'une chose : il existait un abri non loin.
« Je vous en prie, montrez-moi ce lieu. Le plus proche sera le mieux… »

Il soupira en rassemblant ses forces pour suivre la nouvelle direction qu'indiquerait Merriska. Et puis, il lui revint qu'elle avait parlé d'aller chercher des secours… l'idée ne lui disait rien qui vaille, vraiment, même s'il n'avait aucune explication rationnelle à proposer pour étayer cette crainte. Mais comme il n'était plus le maître raisonnable que Castelcerf avait si longtemps connu, il décida de se fier à cette étrange intuition, et agrippa le bras de la jeune femme de ses vieux doigts crispés, soudain impérieux.
« N'appelez personne… je veux juste… du temps. Du repos. Mais personne… Je dois… me souvenir. Juste du calme, un abri, un endroit… tranquille. Ne racontez pas… aux autres. »
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Ven 5 Fév - 12:38

Un homme de bien ? Merriska n’avait jamais considéré sa famille sous cet angle, et les souvenirs qu’elle en gardait remontaient à son enfance. Pour elle, c’était simplement Papa et Maman, qui, au contraire de ce que pensait le nouvel Alric, évoluaient dans un cercle assez fermé et ne laissaient pas les inconnus s’approcher de trop près. La raison, la jeune femme ne l’avait comprise que des années plus tard, des années trop tard, en repensant aux circonstances qui avaient entraîné le massacre. Ne jamais trop se révéler aux autres.
Elle avait su dépasser cet enseignement, heureusement, depuis son installation dans les Montagnes, et elle s’était liée d’amitié avec plusieurs personnes. Pourtant, malgré les années qui s’écoulaient paisiblement, elle restait la plupart du temps sur ses gardes, par réflexe. On n’était jamais sûr de rien.

Loin de s’épancher à propos de son triste passé, Merriska tâcha de se raccrocher au présent lorsqu’Alric se remit à parler faiblement. Il ne voulait voir personne, n’informer personne de sa présence ? Ce voeu entrait curieusement en résonance avec les pensées que la blonde entretenait quelques instants plus tôt, mais elle n’y décelait nulle sagesse. Il était affaibli, épuisé, sûrement malade par dessus le marché. Et il ne souhaitait voir personne ?
Une étrange certitude commença à monter en elle, et elle dévisagea le vieillard d’un autre oeil. Il était connu que les montagnards en fin de vie avaient coutume de se perdre dans la nature plutôt que de laisser leurs proches supporter leur lente agonie, alors peut-être était-ce le souhait du nouvel Alric ? Non, il venait des Duchés, et lui avait demandé de l’aide à peine quelques minutes plus tôt... C’était à n’y rien comprendre.

D’une voix toujours douce mais sans tenter d’atténuer ses propos, dans l’espoir de provoquer une réaction de l’inconnu, Merriska lança :
— Voulez-vous mourir, pour souhaiter rester seul dans les Montagnes ? Vous n’êtes pas en état de vous passer de l’aide d’un guérisseur.
Puis, véritablement inquiète, elle ajouta, plus mesurée :
— Si je ne peux pas aller chercher quelqu’un pour vous aider, est-ce que je peux au moins rester avec vous le temps que vous alliez mieux ?

Tout en parlant, Merriska avait dirigé leurs pas vers ladite cabane, surveillant d’un oeil que sa brebis suive le mouvement. L’entêtement, les motivations d’Alric lui étaient totalement incompréhensibles, et elle se demanda ce qu’elle allait bien pouvoir faire de lui.
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   Jeu 11 Fév - 11:21

La manœuvre de la bergère sembla tout d'abord inutile. Le vieillard resta silencieux, sans plus faire attention à ses paroles que si elle n'avait rien dit. Puis, s'immobilisant un instant en soufflant,  il finit par assurer, aussi tranquillement que s'il s'était agi de la pluie et du beau temps.

« Je ne cherche pas la mort à tout prix… mais je ne la combattrai pas si elle vient à moi. »
Il sembla prêt à se remettre en route, mais se ravisa, soudain traversé par un éclair de lucidité qui sembla éclaircir son regard vague.
« N'ai-je as suffisamment vécu ? Il est temps de laisser place à d'autres. Et vos guérisseurs ne pourront guère lutter contre cette fatigue qui s'accroche à moi. Elle n'est pas de leur ressort. »

La suite lui tira un sourire… attendri, oui, c'était bien cela, aussi étrange que cela puisse paraître sur son vieux visage.
« Me prenez-vous réellement pour votre père, ou votre grand-père, jeune Merriska ? Vous n'avez pas à vous sentir responsable de mon devenir. Quoique j'apprécie le geste, croyez-le bien. »
Lentement, il reprit la marche en compagnie de son ange gardien.
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MessageSujet: Re: Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]   

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Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver [06 à 09 - 10]

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