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 Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]

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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Sam 28 Déc - 18:30


Lune du Sommeil, 9e année du règne de Vainqueur Loinvoyant


Il y avait presque deux lunes que Chiara avait rejoint sa famille à Castelcerf et déjà le mal du pays se faisait cruellement sentir. Elle avait renoué tant bien que mal avec les rituels qui rythmaient agréablement son quotidien à Castelorme, les adaptant à la vie de la capitale cervienne dans le vain espoir de s’y sentir un peu chez elle, mais ça ne suffisait pas à combler le manque. Chaque jour en fin de matinée arrivait un moment de désoeuvrement qu’elle passait à contempler le paysage qui s’étendait derrière sa fenêtre. Certes, elle était fort bien logée et la vue était splendide. Certes, le Duché de Cerf était une contrée riche et magnifique. Certes, elle avait une vie heureuse et bien remplie qui eut du lui éviter ces instants de lassitude. Mais à chaque fois qu’elle s’arrêtait pour étudier les reliefs de la ville et de la campagne au-delà, elle était prise d’une insondable mélancolie contre laquelle elle se refusait à lutter. Pire, elle s’y complaisait et s’en délectait, y trouvant la preuve indéniable de son appartenance profonde au Duché de Rippon. Même si elle savait que sa présence à Castelcerf était nécessaire et servirait leur cause, elle attendait avec impatience le jour où les prémisses annonciateurs de la fin de l’hiver signeraient son retour à la maison.

C’est donc un jour comme un autre et un moment morne comme tous les précédents qui la virent soudain se redresser avec la certitude qu’elle devait sortir de son boudoir. Elle avait fini sa correspondance et avait encore plusieurs heures à tuer avant de retrouver Raki, trop pris par ses obligations ducales ce jour-là pour passer du temps avec elle. Pourquoi ce jour-là plutôt que la veille ou le lendemain ? Elle n’en savait rien elle-même. Ce dont elle était sûre, c’est qu’il lui fallait quitter ses appartements pour le moment et aller faire un tour dans le château. Elle vérifia machinalement son apparence dans un grand miroir ornementé venu avec elle de Rippon, caressa du bout des doigts l’étui de velours qui contenait ses cartes au fond de la poche cachée dans les replis de ses jupes, puis sortit sans savoir où elle allait. Pour quelqu’un d’aussi méthodique et organisé, se promener au hasard était franchement étrange, mais c’était une sorte de voix intérieure, un instinct secret qui lui commandait de se laisser aller pour une fois et de laisser la chance guider ses pas. Or elle faisait confiance à la Fortune. Ne lui avait-elle pas offert un destin à la mesure de ses ambitions ? Elle pouvait bien accorder quelques instants de répit à son esprit maniaque de l’ordre et de la bienséance.

Au fil des couloirs et des salons, elle se perdit à nouveau dans ses songes mais sans sombrer dans la morosité. Castelcerf, s’il n’avait pas la grâce et le confort de Castelorme à ses yeux, était certainement un ravissant palais, fort agréable à vivre, en plus d’une redoutable forteresse. Cette pensée la ramena à l’humiliante tutelle sur Rippon, à la guerre qui se préparait, au raid chalcédien qui avait amené à cette situation inextricable. Ces sauvages savaient-ils seulement que l’une des leurs s’était élevée au point de tous les dominer de loin. Sans doute pas, le ciel en soit remercié. Car la déstabiliser, c’était déstabiliser Raki et le pouvoir en Rippon, ce qui menacerait tout ce qu’elle s’était efforcée si durement de construire ces vingt dernières années. Il y avait bien longtemps qu’elle ne se considérait plus comme chalcédienne de toute façon, si tant est qu’elle se soit jamais vue comme telle un jour. Sa naissance n’avait été qu’une farce, un coup du sort, une épreuve destinée à mesurer sa motivation à s’élever. Elle en était là de ses réflexions lorsqu’elle se rendit compte qu’elle s’était arrêtée de marcher.

Ses pas l’avaient menée dans une partie basse du château qu’elle n’avait encore jamais visitée mais qui ne lui était pas totalement inconnue pourtant. N’était-ce pas là qu’était installé le maître d’Art de Castelcerf ? Un homme fort mystérieux qu’elle n’avait aperçu que de loin au cours de certaines de ses visites. Il ne se mêlait jamais aux mondanités du palais. Et bien ! Puisque son instinct ou son destin l’avaient menée là, autant aller au bout de sa route. Il faut boire le vin quand il est tiré. Elle frappa donc avec légèreté au battant fermé devant elle puis entra dans une vaste salle au-delà d’une courte volée de marches. Un bon feu brûlait dans la cheminée, réchauffant l’atmosphère d’une pièce autrement dénuée de toute fantaisie. Deux rangées de fauteuils longeaient les murs et d’épais tapis couvraient le sol. Pas déplaisant, songea-t-elle en avançant du pas lent et mesuré qui seyait à une duchesse. Le maître des lieux allait-il la surprendre et la gronder comme une fillette ? Non. Elle redressa les épaules comme par réaction à une dispute imaginaire, ce qui la fit sourire intérieurement. Elle le vit alors, humble vieillard parcheminé et blanchi qui semblait l’attendre fort paisiblement assis dans son fauteuil près de l’âtre. Jamais à court de mots et de formules de politesse, elle se trouva pourtant un peu démunie pour une fois en songeant qu’elle était venue sans se faire annoncer, sans escorte ni serviteurs et était entrée sans attendre qu’on l’y invite. Les mains jointes devant elle, elle apaisa son esprit dans un parfait exercice de maîtrise et adressa un aimable sourire à son hôte en inclinant la tête pour le saluer d’un air affable.

- Maître Ordajonc.




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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Ven 3 Jan - 18:38

Même s'il ne faisait que peu d'apparitions parmi le grand monde, voire peu d'apparitions hors de la tour où il résidait et donnait ses cours, Clément n'avait pu ignorer les divers invités d'hiver de Castlecerf : en plus de ses compatriotes Béarnais, la famille ducale de Rippon s'y trouvait désormais au grand complet. Et sachant les projets du jeune chien fou qu’était pour lui l'actuel souverain Loinvoyant, la présence des Lunabille ne manquait pas de le faire se poser nombre de questions. Il avait aperçu de plus ou moins près les jeunes Sérénité et Songe, mais s'ils auraient assurément un rôle à jouer dans le futur des Duchés, ils ne semblaient pour l'heure poursuivre que des buts qui lui importaient peu. Le Maître d'Art n'avait pas plus lié de relation avec leur père, non seulement parce qu'il n'avait officiellement rien à voir ou faire avec le Duc Raki, mais aussi du fait d'un caractère qui, visiblement, ne s'accorderait pas facilement au sien. De toute manière, sa fonction le rendait peu disponible et empêchait la nécessaire discrétion souhaitée par Clément.

Restait donc la dernière arrivée en Cerf, la Duchesse Chiara. Comme elle n’était pas plus douée d'Art que les autres membres de sa famille, et qu'elle ne s'en rendrait donc pas compte, il s’était permis d'effleurer son esprit, malgré la désapprobation de sa propre conscience profonde. Il avait cru percevoir une femme complexe, plus influente qu'elle ne semblait au premier abord. Mais ce seul contact ne lui suffirait pas pour comprendre de quel bord étaient les Ripponais, ce qu'ils cherchaient, et ce qu'il pourrait y avoir à en tirer. En bref, quelle était leur place sur le grand jeu d’échiquier d’où Vainqueur entendait l’écarter dès qu'il pourrait se passer de lui, et quels mouvements leur étaient permis.

Pour cela, la solution était simple : il lui fallait rencontrer la dame Lunabille en personne, et de préférence, loin de toute paire d'oreilles autre que les leurs. Oh, Clément voyait bien vers quoi il tendait de plus en plus, mais sa fidélité, ne la devait-il pas aux Duchés avant tout ? Alors, si le roi s’entêtait à se lancer dans sa guerre puérile, le vieil homme considérait comme son devoir de lui rappeler l’intérêt de ses sujets, quitte à passer pour le radoteur de service. Voire à se mettre en peine de plus que de seuls mots. Sa décision de, finalement, faire venir Chiara jusqu'à lui, semblait un premier pas en ce sens. Et même si sa conscience s’était de nouveau fait entendre à l’idée de, encore, se servir de l'Art d'une manière pas tout à fait orthodoxe, nécessité faisait loi.

En l'absence d'autre possibilité, Clément s’était donc assis dans son habituel fauteuil de la salle où il enseignait. Calme, sûr de lui, il avait cherché cet esprit qu'il avait déjà touché une fois. La première fois, il avait trouvé la Duchesse occupée, et l'avait laissée à sa tâche sans la déranger. La seconde avait été la bonne, et il avait doucement instillé une pensée étrangère. Rien de la force d'un ordre d'Art, rien qui ne puisse être combattu si c’était la volonté de l’épouse de Raki, pourtant, il avait eu l’agréable surprise de la deviner se mettre en chemin. De ce subtil fil d'Ariane, il avait continué à la guider par les couloirs du château, partageant en même temps ses pensées vagabondes sans qu'elle n'en sache rien. Voilà qui promettait.

Il ne quitta l'esprit de la Duchesse que lorsqu'elle arriva au seuil de son antre. Un instant lui fut nécessaire pour revenir à la réalité, laps de temps que son invitée avait déjà mis à profit pour frapper à sa porte, et entrer. Une personne qui allait de l'avant, nota-t-il intérieurement. Le vieil homme se leva donc, non sans raideur, pour lui répondre d'un salut plein de sobriété. Aucune surprise n'apparaissait dans son attitude, comme si cette rencontre avait été prévue et agréée à l'avance par les deux protagonistes.
= " Dame Lunabille, soyez remerciée d’être venue jusqu’à ces hauteurs. Auriez-vous la bonté de fermer la porte derrière vous ? "
Certain qu'elle allait s’exécuter – on ne refusait pas une telle faveur à un homme de son âge – Clément l'invita ensuite à s'installer, et commença avec les politesses d'usage.
= " Choisissez-donc un siège, il n'en manque pas ici. Comment se passe votre séjour en Cerf ? "


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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Sam 4 Jan - 0:12

La sobriété et la simplicité de mise autant que d’attitude du maître d’Art plurent immédiatement à Chiara qui se flattait – non sans une certaine vanité – de briller par son calme et son élégance discrète. Accédant en silence à sa requête, elle revint sur ses pas pour fermer la porte avant de choisir un siège et de s’installer. Le fauteuil sur lequel elle avait jeté son dévolu se trouvait stratégiquement disposé devant l’âtre, près de celui du maître, presque face au reste de la salle et dos à un pan de mur. Avait-elle conscience des choix minutieux qu’elle faisait ? Nul n’eut su le dire à la voir disposer avec soin ses jupes autour d’elle. Elle paraissait, c’était un fait, mais y’avait-il autre chose derrière son raffinement et sa beauté ? S’il était aussi fin et versé dans l’Art qu’on le disait, alors sans aucun doute Clément Ordajonc avait-il déjà la réponse à cette question.

- Je vous remercie de votre hospitalité, Maître Ordajonc, commença-t-elle avec un sourire aimable. Il semble que je me sois sottement égarée en traversant le Palais. Sans doute est-ce la Fortune qui me fit alors vous trouver sur mon chemin.

Si le visage ridé et impassible du maître d’Art lui restait difficile à déchiffrer, elle crut en revanche déceler une brève lueur dans son regard intelligent et curieux. À n’en pas douter, c’était lui qui l’avait guidée jusque là, et si l’idée d’être ainsi manipulée pouvait être assez déplaisante, elle n’en était pas moins impressionnée. Certes, elle pouvait se tromper, se leurrer elle-même, mais elle s’était toujours montrée fine mouche et son instinct lui soufflait aujourd’hui qu’elle avait été appelée d’une manière ou d’une autre auprès de cet homme.

- Castelcerf est un endroit plaisant à vivre, tout comme le Duché qui l’entoure, je vous remercie de vous en inquiéter, répondit-elle prudemment en joignant les mains dans son giron. Mais si vous êtes moitié aussi attaché à vos appartements que je le suis à Castelorme, vous comprenez certainement combien Rippon me manque. Les Loinvoyant savent recevoir, cependant, et je serais bien ingrate de ne point m’en rappeler. Ne souffrez-vous pas trop de l’isolement ou du froid en cette saison ?

À son tour de faire assaut de politesse. Elle s’était montrée prudente et réservée dans ses réponses, mais que pouvait-on attendre d’autre quand une conversation démarrait à peine entre deux inconnus. Bien peu de gens savaient à quel point elle était renseignée sur les habitudes de tous ceux qui comptaient dans les Quatre-Duchés. Mais pour un maître d’Art comme Clément Ordajonc, le tour de force ne résidait que dans le fait qu’elle doive se servir de sa plume et de messagers pour accomplir ce qui ne lui demandait à lui qu’un simple effort intellectuel. Du moins était-ce ainsi qu’elle imaginait l’Art. Car qu’en savait-elle après tout ? Pas grand’ chose. Et le sujet ne pouvait l’intéresser à l’avenir que dans la mesure où il se révélait utile à sa cause.

- J’ose espérer que je ne vous dérange pas à un moment où vous attendez la venue de vos élèves.

Elle en doutait fort mais après tout, un excès de politesse ne pouvait pas faire de mal. Et puis il fallait laisser le temps à la trame de se tisser, à chacun de s’habituer à l’autre, afin que se révèlent ou non les affinités et les intérêts communs, les véritables raisons de sa présence en ce lieu. Pouvait-il connaître son rôle dans la rébellion qui était sur le point d’éclore en Rippon ? Non c’était impossible à ce stade. L’Épée Ardente était à peine à l’état embryonnaire. Il s’agissait forcément d’autre chose. Mais elle était trop fine pour croire que Clément Ordajonc avait simplement une faveur à demander à son époux et espérait qu’elle l’influencerait dans le bon sens.


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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Mer 8 Jan - 22:14

Clément pouvait paraître avantagé pour juger des caractères, pourtant, il n'usait que très rarement de sa magie dans ce but. C'est que quand on avait des principes stricts et des limites nettes qu'on imposait à ses étudiants, il devenait bien compliqué de les outrepasser soi-même. Pas impossible certes, ou cette entrevue n'aurait pas existé, mais un genre de culpabilité s'accrochait ensuite sans qu'on puisse s'en défaire.

= " La Fortune ? Je ne crois pas à ce genre de choses. "
Fut-ce l'ombre d'une expression amusée qui se dessina fugitivement sur les traits du vieil homme ? Que la dame Lunabille croie ce qu'elle souhaite, il ne comptait pas la détromper. Qu'elle pense avoir deviné ou non, il éviterait de lui confirmer la vraie raison qui l'avait amenée jusqu'ici. Cependant, fidèle au caractère du Duché dont il restait originaire, il ne ponctua que d'un hochement de tête d'approbation les bavardages que la jeune femme servait en réponse à ses politesses.

= " Ne vous en faites pas, je ne manque de rien. Et l'isolement s’avère tout relatif lorsqu'on est béni de l'Art. "
Pour un peu, on aurait pu croire que la Duchesse visitait un pauvre vieillard oublié du reste du monde. Qu'il ait mentionné sa spécialité dans la phrase précédente ne relevait pas du hasard, pas plus que les derniers mots de la suivante.
= " Il n'est pas non plus dans les intérêts du roi de me laisser me changer en stalagmite de glace, dans l’immédiat. "
Sur ce que deviendrait sa situation plus tard, quand Vainqueur aurait un nouveau Maître d'Art peut-être plus malléable, il n'irait rien parier. Et d'ailleurs, il est fort probable qu'il ne voudrait rien en savoir. Libéré de sa charge, Clément pourrait se laisser guider par cet appel qui le poussait régulièrement vers les Montagnes... mais ce jour ne viendrait pas de sitôt, étant donne la médiocrité de ses petits artiseurs en formation. De l'avis du Maître, naturellement. D'ailleurs, voilà que la ripponienne les mentionnait, toute à ses politesses. Une dame du monde, assurément, et qui savait jouer son rôle à la perfection.

= " Non, absolument pas. Ils ont eu leur leçon ce matin, et c'est déjà plus que suffisant pour la plupart d'entre eux. Savez-vous que le jeune Nim fait partie de la dernière classe d'artiseurs ? "
Un peu de subtilité, certes, ça ne faisait pas de mal. Mais passer des heures à tourner autour du pot ? Tout de même pas. La dame Lunabille n'avait pas forcément toute sa journée de disponible, et quand bien même ç'aurait été le cas, une trop longue absence risquait de se remarquer. Sans compter qu'à la base, Clément n'avait rien d'un courtisan. Il préférait bien les discours francs et clairs. Quant à savoir si son interlocutrice avait eu connaissance de l'histoire du jeune forgeron rescapé, il n'en doutait pas un instant.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Sam 11 Jan - 0:27

Nous y voilà, songea Chiara en se détendant imperceptiblement. Elle noua ses mains dans son giron et s’adossa plus confortablement dans son fauteuil alors qu’un demi-sourire venait jouer sur ses lèvres. La mention du seul rescapé du raid chalcédien en Rippon les amenait enfin sur le terrain qui intéressait vraiment son interlocuteur, elle en était certaine. Le jeune homme avait été, sans doute bien malgré lui, le déclencheur de tous les événements qui bouleversaient aujourd’hui sa vie et ébranlaient la politique tout comme les relations entre les Duchés. Un bien lourd tribut à payer pour Rippon, certes, mais elle éprouvait néanmoins une forme de compassion pour ce jeune homme meurtri et même probablement gravement traumatisé. Même si elle s’était efforcée de tout oublier de ses origines, elle n’ignorait pas de quoi étaient capables les Chalcédiens. Un peuple adepte de l’esclavage ne pouvait, de toute façon, pas être bien évolué. Par El, qu’elle les méprisait ! Elle chassa rapidement ce cours de pensées qui la détournait de son interlocuteur et darda sur ce dernier un regard calme.

- Non, je l’ignorais.

Elle baissa les yeux avec une modestie feinte destinée à lui laisser le temps de se composer une expression neutre, quand bien même elle n’avait pas franchement l’air bouleversé pour le moment. Elle se réservait toujours ces instants de réflexion grâce à certains artifices mondains, celui lui était infiniment utile pour mener les conversations comme elle l’entendait et en tirer le meilleur parti. Quand elle releva la tête, son regard avait la limpidité et l’innocence qu’on attendait de la jolie duchesse qui évoluait dans un monde où les apparences étaient tout. Pour un être comme Clément Ordajonc, cependant, nul doute qu’il était visible qu’elle avait eu le temps de réfléchir.

- Je déplore le fait qu’il n’ait pas vu en Castelorme un refuge assez sûr lorsqu’il a vécu ce drame. Nul doute que la face du monde tel que nous la contemplons aujourd’hui en eut été grandement changée.

Cette fois, elle s’était mouillée suffisamment pour ouvrir la voie à une conversation plus intéressante. Même si elle était versée dans l’art de converser sans jamais dévoiler le fond de sa pensée, le temps était venu de prendre des risques. Peut-être en serait-elle récompensée par un nouvel allié pour l’Épée Ardente. Dans le cas contraire, elle pouvait tout aussi bien être montrée du doigt et rejetée pour avoir élevé la voix contre le roi, toute duchesse qu’elle soit. Il était trop tard pour reculer, toutefois, et elle n’était pas du genre à le faire de toute façon.

- La guerre qui s’annonce dévastera Rippon, mais aussi les autres Duchés. Je crains malheureusement que personne ne soit en mesure de faire changer d’avis à sa majesté. Tout isolé en ces lieux que vous soyez, je ne doute pas un instant que vous sachiez que mon époux est venu plaider contre la tutelle qui nous est imposée.

Elle arrangea un pli imaginaire sur sa manche, s’offrant un nouveau souffle et laissant également à Maître Ordajonc le temps de choisir la suite qu’il souhaitait donner à cette discussion. Même si elle ne s’était pas encore irrémédiablement opposée au Roi et à la politique, se contentant de déplorer les conséquences possibles pour sa contrée, elle avait dévoilé une partie de son opinion. Elle était impatiente à présent de découvrir si le maître d’Art l’avait fait venir pour discuter politique comme elle le soupçonnait depuis qu’il avait mentionné le jeune Nim. Si elle s’était fourvoyée, elle passerait pour une idiote présomptueuse, une écervelée qui se confiait au premier venu et affichait des opinions dangereuses. Mais l’Épée Ardente avait désespérément besoin de soutiens puissants pour libérer Rippon du joug de l’envahisseur représenté par Kesar.
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Dim 19 Jan - 19:24

Clément avait vécu suffisamment d’années pour apprendre la patience, et il laissa la dame Lunabille prendre le temps de formuler ses mots. Il n’était pas pressé, de toute manière.
= " Il avait un objectif plus pressant. Et je trouve compréhensible qu'il ait souhaité s’éloigner du plus possible des lieux. Mais sa mésaventure aurait fini par être connue jusqu'ici, dans tous les cas. "
Là encore, le maître d'Art n'était pas innocent de la venue de Nim à Castlecerf, mais là non plus, il n'avait pas l'intention de confirmer son rôle. Quoique l'Appel d'Art, qui ne faisait pas partie des secrets, pourrait suffire à expliquer la hâte du garçon à atteindre la capitale des Duchés.
= " Malheureusement, chacun interprète son histoire à sa manière, et s'en sert pour ses objectifs personnels. Alors que quiconque se serait trouvé à sa place, ne pourrait cautionner de nouveaux projets guerriers. "

Personne ne pouvait prétendre avoir littéralement connu ce qu'avait vécu le jeune forgeron, mais Clément avait tout de même été avec lui, ce jour-là, grâce à cette étrange artiseuse qui n'avait pourtant pas répondu à l'Appel. Un problème sur lequel il n'avait guère eu le temps de se pencher, d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, cette expérience, alliée à sa position de professeur pour le futur Artiseur, tout renfermé qu'il soit, lui permettait de penser qu'il comprenait plus de Nim que la plupart de ses contemporains. Et même si le jeune homme n’était pas exempt d'envie de vengeance, le vieillard était bien certain qu'elle s’éteindrait peu à peu d’elle-même, si personne ne lui donnait les moyens ou les occasions de l'exercer. Il inclina sa tête chenue en un signe d'approbation à la suite.

= " Je me doute bien que vous n’aviez pas fait ce voyage pour admirer la côte cervienne, mais j'ignorais de quoi il retournait exactement. Quant aux décisions du roi, en effet, elles sont siennes et il y tient. Bien souvent, les conseils extérieurs lui importent peu. Votre époux risque fort de s’être déplacé pour rien dans cette affaire-là. "
Tout cela aurait pu sonner comme une remise en place pour la Duchesse, mais le ton employé par le vieil homme laissait bien entendre qu'il ne s'agissait pas de cela. Clément non plus n'approuvait pas les choix de Vainqueur, et il n'en faisait pas mystère. L'amertume lorsqu'il évoquait l’entêtement du souverain, était bien assez claire. Mêlée, sans doute, à un brin de nostalgie au souvenir de Prospère, qui avait été bien plus proche de l'Ordajonc, et bien plus sage dans ses décisions.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Lun 27 Jan - 14:16

Chiara dissimula un geste infime d’agacement en nouant ses doigts devant elle. Si Nim était venu à Castelorme d’abord, ses problèmes eussent été bien différents aujourd’hui, elle en restait convaincue. Ses deux index relevés effleurèrent un instant sa jolie bouche rose, signe d’une certaine réflexion, puis se replièrent avec les autres comme si de rien n’était alors qu’un sourire affable revenait éclairer les traits de son visage.

- Je fréquente le pouvoir et ses arcanes depuis suffisamment longtemps pour reconnaître ceux de l’espèce de Vainqueur. Il sera sans doute un grand roi, tel qu’en rêvent les Quatre-Duchés après le beau règne de Prospère. Mais il est encore jeune et habité d’une fougue bien naturelle.

Elle pencha légèrement la tête de côté, comme si elle étudiait cette possibilité dans sa tête, réfléchissant à un avenir incertain et flou, puis revint au présent sans s’être départie de son demi-sourire un seul instant.

- Raki est un fin négociateur et sait se montrer convaincant. Mais je crains que n’ayez raison malgré tout : Sa Majesté ne se laissera pas détourner de son projet.

Nouvelle pause, son sourire s’élargit à peine perceptiblement.

- Il nous faudra donc trouver d’autres moyens de sauver Rippon de ce désastre annoncé. Car notre Duché ne saurait supporter le coût d’une guerre ni une occupation à long terme des troupes royales. La tutelle de Kesar Bonsergent est une hérésie à laquelle il convient de mettre fin au plus vite.

Sans compter que cela mettait sa propre position considérablement en danger. S’il venait à avoir vent de ses origines, le pouvoir ripponais en serait fortement ébranlé. Jamais encore elle n’avait ressenti avec tant d’intensité et d’amertume le danger qu’elle avait fait courir à Raki en devenant sa duchesse. Elle étouffa sans pitié la flamme de fierté et de rébellion qui s’était éveillée en elle quelques instants pour garder cette attitude digne et posée qu’elle se devait d’arborer en toutes circonstances.

- Comprenez-moi bien, je ne cherche nullement à contester l’autorité de Sa Majesté ou sa légitimité à agir d’une manière ou d’une autre. Mais notre duché est à la frontière avec les États Chalcèdes et si nous en subissons parfois – et depuis toujours - les conséquences dramatiques comme ce pauvre Nim, je doute que plonger notre contrée toute entière dans la guerre et le chaos puisse résoudre quoi que ce soit. Les Ripponais forment un peuple fier et indépendant. Je serais étonnée que Kesar parvienne à avoir réellement le dessus. À moins de tous nous exterminer. Mais je ne pense pas que ce soit dans les projets de la couronne.

Du moins pas à court terme. Mais il venait de lui traverser l’esprit qu’il se trouvait toujours un moyen de stopper une rébellion en lui coupant la tête de manière radicale. Si la famille ducale de Rippon venait à être assassinée, et si Vainqueur et Kesar parvenaient à faire passer cela pour une infamie des Chalcédiens, alors tout serait perdu pour toujours. Pour la première fois depuis son arrivée à Castelcerf, elle se sentit réellement et profondément mal à l’aise. C’était ridicule, bien sûr. Vainqueur n’était pas de ceux qui éliminent purement et simplement les voix dissidentes, il savait s’imposer sans massacrer, ne serait-ce que par sa volonté d’acier. Et quand bien même il eut décidé de frapper ainsi, il ne l’eut pas fait à Castelcerf pendant qu’ils étaient sous sa protection. Mais à présent que l’idée était implantée dans son esprit tortueux, elle ne pouvait s’empêcher de voir cette toute nouvelle crainte s’étendre. Raki mort, elle ne serait pas de taille à lutter contre l’union de Sérénité et Vainqueur. Et si elle était bâillonnée, si Songe était trop jeune et inexpérimenté pour s’imposer, alors le roi aurait les rênes de Rippon en main et c’en serait fini de cette belle et prospère contrée. Elle porta la main à sa gorge, soudain un rien plus pâle, et déglutit pour se reprendre. Non, c’était idiot et pervers de penser ainsi. Vainqueur n’était pas un assassin. Mais son entourage ? Elle se reprit en un éclair et renoua ses mains dans son giron en arborant un sourire neutre et calme.

- Je m’emporte, pardonnez-moi. C’est que je suis très attachée à ma patrie et bouleversée par ce qui nous arrive.

Elle n’avait absolument pas l’air bouleversé par les événements en réalité, mais il fallait bien tempérer un peu ses propos. Elle était allée très loin. Peut-être trop. Elle craignait à présent de s’être montrée imprudente. Qui pouvait dire ce qu’il y avait dans la tête de ce vieux Maître d’Art qui en était à son troisième roi Loinvoyant ?
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Mar 28 Jan - 22:02

Si Clément avait un point commun avec Vainqueur, c’était bien la conviction d'avoir raison dans ses conclusions, mais il  savait cesser d'insister lorsqu'il ne parvenait pas à faire partager son point de vue. Ce qui ne changeait rien à son opinion personnelle.
= " Si je puis me permettre de vous corriger de nouveau, Duchesse, les rêves du peuple ne se soucient guère des rois ou de leurs semblables. L'abondance des récoltes ou le sens des vents ressemble plus à leurs préoccupations. A moins, bien sûr, que des événements bouleversent leur mode de vie et de subsistance. Et malheur au souverain dont la décision en serait la cause. "
Les puissants étaient-ils si ignorants des soucis de leurs sujets ? A moins que l'Art ne soit réellement un si grand avantage ? Avec ses possibilités d'effleurer les esprits incognito, et de révéler les pensées profondes de tout un chacun ? Clément en était venu à considérer cela comme naturel, mais il devait bien s'efforcer de se rappeler qu'en effet, il était une exception, et un privilégié. Dans l'instant, il aurait d'ailleurs été fort tenté de l'exercer sur la pimpante et insaisissable Chiara, mais il n'en fit rien.

Cette duchesse qui devait avoir l'habitude de séduire, par les mots autant que les gestes, qu’espérait-elle de lui ? Et croyait-elle que ses manières pouvaient avoir un effet sur le vieil homme qui lui faisait face ? Encore ne savait-elle probablement pas que la seule à qui Clément put penser comme à une femme restait, encore et toujours, Primevère. Il reprit, sans s'encombrer d'autant de précautions que la Ripponaise :
= " Ni votre Duché, ni aucun autre. Et avez-vous déjà quelque idée quant à ces, hum... moyens ? "
Le jeu commençait à fatiguer le maître d'Art, qui avait l'habitude de discours plus directs. Quelque chose qu'il ne pouvait, au moins, pas reprocher à Vainqueur. Il laissa son interlocutrice achever son laïus enflammé, pour s'en excuser l'instant suivant.
= " La fougue de la jeunesse, disiez-vous plus tôt ? "
commenta-t-il finalement avec un rien d'amusement. La Lunabille ne semblait pas plus âgée que Vainqueur, et de toute manière, ils étaient tous des gamins, d’après son échelle à lui.

= " Dame Chiara, contrairement à vous, je n'ai que peu d’affinités avec ces subtilités de langage. Parlons clairement, voulez-vous ? "
Il se concentra un instant, les yeux dans le vague, sondant d’éventuelles présences alentours. Rien. Son regard toujours vif revint à la jeune femme.
= " Je puis vous assurer qu'il n'y a ici aucune paire d'oreilles autre que les vôtres, et les miennes. Bien. Vainqueur veut faire la guerre. Vous, votre époux, et moi, ne sommes pas d'accord, corrigez-moi si je me trompe. Et il est inutile de tenter de raisonner le roi. Il veut sa guerre. "
Oui, Clément parlait du Loinvoyant comme s'il s'agissait d'un enfant gâté réclamant son cadeau, et c’était bien ainsi qu'il le voyait.
= " Je ne compte pas porter atteinte au fils de Prospère, mais j’étudierai toute proposition susceptible de le ramener à de plus sages sentiments. La fougue d'un souverain ne doit pas faire s’écrouler tout ce que ses pères ont patiemment construit. "
Voilà. Il ne pouvait plus faire marche arrière désormais, et espérait bien qu'il en soit de même pour la Lunabille.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Ven 7 Fév - 18:02

- Le mode de vie et de subsistance des Ripponais est d’ores et déjà menacé, malheur à Vainqueur s’il ne sait pas préserver son peuple, souligna sombrement Chiara.

Elle trouvait insoutenable d’être aussi impuissante, en particulier lorsque le problème concernait le bien-être du peuple dont elle avait la responsabilité. Telle une mère louve veillant farouchement sur ses petits, elle aurait voulu épargner au peuple de Rippon toutes ces épreuves. Lèse-majesté criait une voix moqueuse dans son esprit. Mais elle n’en avait cure.

Devant l’attaque frontale de Maître Ordajonc en revanche, elle hésita l’espace d’un instant. Face à n’importe quel autre interlocuteur, elle eut emprunté un chemin détourné, lancé une conversation parallèle en l’interrogeant sur l’Art ou tout autre sujet. Mais cet homme était un vénérable vieillard en plus d’être Maître artiseur. Aussi décida-t-elle de jouer franc-jeu. Il n’était plus temps de jouer les mondaines ou les diplomates.

- Je suis opposée à cette guerre, vous avez vu juste, et Raki l’est aussi. Mais nous sommes dans une position infiniment délicate. Pour être franche, je crois que Vainqueur espère calmer nos craintes en nous faisant la grâce d’épouser notre fille. Mais je suis tout aussi opposée à cette union qu’à une occupation de nos terres et une tutelle de ce soldat de bois.

Cette fois, elle avait posé ses cartes sur la table, elle jouait à visage découvert. De toute évidence, c’était ainsi que Clément Ordajonc entendait discuter, aussi se plierait-elle à ses désirs.

- Loin de moi l’idée de porter atteinte à la couronne, approuva-t-elle en réponse au serment identique de son interlocuteur. Mais il est indispensable d’arrêter cet élan belliqueux avant qu’il ne détruise tout sur son passage.

Elle marqua une pause et son regard se fit pensif quelques instants, soucieux même. Elle cherchait par quel bout aborder le problème, comment se montrer franche sans se mettre plus en danger qu’elle ne l’était déjà.

- Je suis prête à m’impliquer dans une lutte physique contre la tutelle qui nous humilie, lâcha-t-elle finalement. Mais Raki est n’est pas un soldat. Il a fait prospérer Rippon comme jamais auparavant. Il sait habilement négocier et entretenir de bonnes relations avec tout un chacun, mais il ne peut envisager sans états d’âme de s’opposer au pouvoir en place. Au contraire de moi.

Elle ne dirait pas à quel point cette lutte était engagée, elle ne souillerait pas davantage son nom. Si déjà, elle parvenait à ne pas impliquer Raki. Le pauvre subissait déjà ses foudres dans le secret de leur chambre conjugale, la moindre des choses était de ne pas le déshonorer en public. Elle darda un regard limpide mais déterminé dans celui du vieux maître à qui elle venait de dévoiler l’un de ses vilains petits secrets.

- J’aurais préféré que le mariage de ma fille ne soit pas un argument dans cette négociation qui oppose Rippon à son suzerain, mais je dispose de bien peu de moyens pour arrêter cette guerre pendant qu’il en est encore temps. Prendre les armes et soulever notre duché serait prématuré, mais je suis prête à tout pour protéger les habitants de notre contrée. Kesar n’a pas sa place à Castelorme et aucune guerre ne sera lancée avec le sang de nos sujets. J’en fais le serment, tout comme j’ai juré il y a vingt ans d’aimer et de protéger le peuple qui a fait de moi sa duchesse.

L’expression de son visage et son regard s’étaient durcis, elle était réellement et farouchement déterminée à éviter ce malheur à son pays. Elle croyait dur comme fer à la justesse de sa cause et on lisait sans peine dans son attitude à quel point elle pouvait se montrer forte. Une meneuse-née. Si elle était née homme, nul doute que la face du monde en eut été changée. Mais la Fortune avait décidé de ne pas lui faciliter la tâche. Elle luttait donc avec ses armes de femme. Et son esprit redoutablement acéré.

- Ma vie est entre vos mains à présent, Maître Ordajonc, conclut-elle avec un sourire sans joie.
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Mar 11 Fév - 19:30

Le moment de flottement de Chiara confirma au maître qu'elle était plus habituée aux circonvolutions serpentiformes d'un discours apparemment sans conséquences. Clément, lui, n'avait jamais eu besoin de s'y exercer, le lien d'Art avec Prospère rendant invariablement caduques les tentatives de dissimulation, et le caractère entier de son fils ne s'y portant que peu. Au moins ne s'était-il pas trompé sur les opinions du couple ducal, mais de cela, il n'en avait guère douté. Il commença par approuver d'un hochement de sa tête blanche.
= " Notre roi n'est pas homme à se laisser dicter ses actes par une épouse. Quelle est l'opinion de votre fille sur cette... possibilité ? "
Les quelques rumeurs qu'il avait pu surprendre, ne semblaient pas confirmer que la jeune partage l'avis de ses parents sur la question. A moins que Sérénité ne cache son jeu d'une manière particulièrement subtile : ce qui n’était pas exclus, si des fois la fille avait pris des leçons de sa mère.

= " Ce Kesar est donc si mauvais homme que cela ? ou lui reprochez-vous d’être l'instrument de Vainqueur ? "
Il se demanda à partir de quel point la Lunabille commençait à définir "porter atteinte à la couronne", mais ne laissa rien transparaître de ses interrogations. Pas question de briser par ses doutes ce début de confiance entre comploteurs, parce que oui, c’était le mot. Ils avaient un but commun, c’était net. Pourtant, tout restait à construire.
= " Nous sommes d'accord là-dessus. Le problème des moyens reste malgré tout entier. Peut-être vais-je faire s'effondrer vos espoirs, mais je n'ai moi-même qu'une marge de manœuvre très limitée. Vous comprendrez que je ne puis utiliser les méthodes contre lesquelles je tente au quotidien de prévenir mes élèves. Et je fais confiance à Vainqueur pour m’écarter à la première opportunité, ou au premier doute. "
Elle avait visiblement parlé honnêtement, lui en faisait de même. Et elle était la première à qui il s'ouvre aussi clairement de ses sentiments en la matière.

= " De la résistance ? Je crains que cela ne fasse que stimuler la soif de sang de sa Majesté. "
Son expression le disait sceptique quant à la solution évoquée par Chiara. Mais quelle meilleure alternative avait-il à proposer ? Dans tous les cas, si la situation était réellement telle qu'elle la décrivait, il avait bien fait de porter son attention sur elle plutôt que son époux. Cependant, il ne retint pas un soupir de frustration. Il y avait un problème, et un gros, mais pas l'ombre d'une solution convenable. La détermination de son interlocutrice serait sans doute un atout, mais encore fallait-il trouver à le placer. Son dernier commentaire, avec le ton de celle qui monte à l’échafaud, lui fit cependant hausser ses sourcils de neige.
= " Allons, duchesse, croyez-vous réellement que je vous aurais fait venir jusqu'ici pour ensuite dénoncer vos propos à la garde royale ? "
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Dim 23 Fév - 15:11

- Ma fille, commença Chiara en détournant les yeux vers une tapisserie dont elle sembla étudier le motif tout en parlant, est une jeune femme fière et ambitieuse.

Elle n’aurait évidemment jamais à ses yeux ni sa finesse, ni sa vivacité d’esprit, ni même sa volonté, celle qui lui avait permis de s’élever des plaines chalcèdes à Castelorme, mais elle devait bien lui reconnaître la fierté de son sang et suffisamment d’avidité pour viser rien moins que le statut de reine des Quatre-Duchés. Son regard revint se poser sur son interlocuteur, calme et un rien amusé comme le disait l’éclat brillant dans le gris d’acier.

- Sérénité trace sa propre route et croit peut-être que la position d’épouse de Vainqueur lui donnera tout ce à quoi elle aspire. Il est évident pour moi, cependant, que jamais le Roi ne se laissera influencer par sa femme dans les domaines d’importance. Il a bien assez de confiance en lui pour ne pas quêter les avis d’une épouse, si intelligente soit-elle.

Or, impitoyable mère frustrée qu’elle était, elle n’était pas certaine que Sérénité soit d’une grande finesse d’esprit même si elle la savait plutôt instruite et fine. Mais cela, il était vain de le préciser.

- Elle se retrouve, bien malgré elle et malgré moi, je vous prie de le croire, l’enjeu et le sujet d’une négociation qui dépasse de loin le simple arrangement d’une union profitable à deux duchés. Malheureusement, toute figure maternelle que je sois, je n’ai pas assez d’influence sur elle pour la convaincre de se montrer plus réservée et prudente.

Poussée par les rumeurs et encouragée par la bienveillance de Bienséance Loinvoyant, cette petite sotte s’était jetée à la tête du roi au bal de l’été, lui avait-on rapporté. Aucun détail ne lui avait été épargné. Pas plus que la rencontre entre les deux jeunes gens qui avait suivi. Elle en était excédée, d’autant que sans cela, elle se serait attardée à Castelorme au lieu de venir aussi vite à Castelcerf. En tout cas, voilà qui était clair : si elle était opposée à l’union de Sérénité et Vainqueur, sa fille en revanche était prête à tout pour devenir reine. Peut-être par ambition, peut-être par amour sincère du peuple et du roi, ou peut-être juste pour surpasser sa mère dont elle n’avait jamais été très proche. Clément Ordajonc revint alors sur Kesar et à nouveau le regard de la duchesse s’évada vers un paysage qui lui donnait le loisir de réfléchir et de peser ses mots pour qu’ils soient empreints de la plus grande honnêteté possible.

- J’ignore si Kesar a bon ou mauvais fond. J’ignore même s’il a suffisamment de profondeur en lui pour pouvoir effectivement être bon ou mauvais. Il est en tout cas un brave soldat, de cela au moins je n’ai aucun doute.

Et c’est bien ce qui la terrifiait. Car en bon soldat et en bon enquêteur, il finirait immanquablement par plonger dans leurs vies et mettre à nu leurs secrets, notamment celui qui les détruirait tous à Rippon : son origine. On ne pardonnerait pas à Raki d’avoir caché cela, d’avoir épousé une moins que rien des États Chalcèdes, on l’accuserait de négligence ou même d’entente avec l’ennemi. Elle chassa ces pensées résolument une fois encore, une simple contraction d’un muscle sur sa mâchoire indiquant sa tension intérieure quand ce sujet lui revenait en tête.

Si elle fut surprise d’apprendre que le Maître artiseur n’avait pas sur le roi l’influence qu’elle avait cru ou espéré, elle n’en montra rien. À peine un frémissement de l’arc délicat de son sourcil auburn. Le coup était rude, pourtant. Mais qu’avait-elle espéré au juste ? Elle-même eut été bien en peine de le dire. À nouveau sa mâchoire se contracta légèrement. Elle était déçue et tendue, le sujet était sensible.

- Sa Majesté y réfléchira peut-être à deux fois si elle doit faire face à l’opposition de son peuple en plus de mener une guerre meurtrière. De tous temps nous avons négocié avec les États Chalcèdes et de tous temps ils ont rompu les accords par ces raids incontrôlables avant d’approuver de nouvelles trêves bénéfiques à tous. Les Chalcédiens ont beau être de rudes et frustes guerriers, ils n’en sont pas moins de fins stratèges. Ils sont belliqueux, certes, mais pas complètement idiots. S’ils craignent une attaque des Quatre-Duchés, ils accepteront de négocier, mais s’ils apprennent que le roi n’est pas suivi par la totalité de ses vassaux, ils s’engouffreront dans la brèche. Les Dieux nous viennent en aide, dans ce cas…

Les yeux gris voyagèrent quelques instants autour de la pièce alors que les mains fines et racées lissaient un pli imaginaire sur ses genoux puis se renouaient paisiblement.

- Je n’ai pas le pouvoir de m’opposer au roi, ni celui de diriger les armées ripponaises, c’est une évidence. Mais si quelqu’un pouvait lui faire comprendre ce qu’il aurait à perdre à s’aliéner une grande part de son peuple, en particulier celui vivant dans la contrée dont il a prévu de se servir de base arrière pour sa guerre, alors peut-être arriverions-nous à lui faire entendre raison…

Y croyait-elle réellement ? Impossible à dire. L’espoir était trop ténu, il lui glissait entre les doigts, allait et venait, gonflant parfois son cœur avant de l’assécher en le quittant. Elle regarda le vieux maître bien en face et garda le silence quelques instants avant de reprendre avec bien plus de douceur que lors de ses interventions précédentes.

- Je méconnais l’Art et ses usages… L’effort vous est-il de fouiller un esprit ou bien au contraire de vous prévenir de le faire naturellement ?
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Jeu 6 Mar - 20:13

Parfaitement calme, Clément écoutait ce que la Duchesse avait à dire à propos de sa fille. Tout au plus esquissa-t-il un hochement de tête en milieu de discours pour indiquer qu'il était d'accord avec la positon de Chiara. Mais visiblement, Sérénité n'avait plus l'âge d'accepter bien sagement l'opinion de sa mère. La manière dont celle-ci choisissait ses mots semblait même suggérer un certain conflit entre elles, pas officiel, mais plutôt, derrière les portes d'appartements privés.
= " Votre fille ne peut donc servir la cause qui nous est chère, "
conclut-il avec sobriété. La nouvelle n’était pas réjouissante, car ils auraient besoin de tous les alliés possibles pour arriver à quelque chose. En même temps, ils ne pouvaient se permettre d'aborder n'importe qui, au risque de se faire coller une épithète de traîtrise prématurément.

= " Et tout dévoué à son roi, je suppose. Mais un homme dépourvu d'imagination, c'est bien cela ? "
Connaître les forces et faiblesses de ceux qu'il n'arrivait pas encore à nommer opposants, c’était certainement un début. Resterait à trouver un moyen de tourner cela à leur avantage. Pourtant, la suite le fit secouer négativement sa tête blanche.
= " Quand le roi a décidé quelque chose, il y a peu de moyens de le faire, ne serait-ce que revoir sa décision pour y réfléchir de nouveau. Je crains que vous ne parveniez qu'à condamner plus sûrement votre peuple en tentant de le libérer. "
Un soupir de lassitude se fit entendre dans le silence de la grande pièce, devant l'apparent cul-de-sac qui se présentait à eux.

Mais juste après, le regard de l'Ordajonc sembla retrouver une lueur plus vive. N'incluait-elle pas un rien d'amusement, même ?
= " Pardonnez-moi, je parle comme un vieillard qui aurait déjà baissé les bras. Tant qu'il n'y aura pas de meilleure solution, je comprends que vous souhaitiez tenter celle-ci. Connaissez-vous bien l’âme Chalcédienne ? "
Nulle malice ou signification cachée dans cette question, inspirée seulement par les assertions de celle qui avait refusé d'en rester une. Le maître d'Art poursuivit sur le même ton :
= " Leur manière de penser ne m'est pas familière. Mais peut-être songez-vous à être celle qui mettrait le doute dans l'esprit de notre souverain ? "
Chiara Lunabille n’était pas plus mal placée que quiconque pour cela : étant donnée l'obstination du principal concerné, pourquoi ne pas tenter une interlocutrice inattendue ?
= " Je peux tenter de lui parler de nouveau, mais je crains qu'il ne lui reste que de maigres réserves de patience sur ce sujet à mon égard. Son père ne se serait jamais conduit ainsi... "

On en revenait aux regrets si souvent ressassés dans la caboche du vieil homme, sur l'immense différence entre Prospère et Vainqueur. Différence qui, à son avis, était cause de bien des soucis présents, et encore plus à venir. Le changement de sujet qui vint ensuite le surprit quelque peu, mais la demande était légitime, et l'ignorance, compréhensible. Un pli désabusé déforma sa bouche un instant, avant qu'il ne commence ses explications d'un ton qui ne laissait pas de doute sur sa fonction d'enseignant.
= " C'est une question bien plus complexe qu'il n'y paraît. Au départ, les étudiants ne savent rien faire de leur Art. Tout au plus peuvent-ils percevoir des choses étranges par hasard, mais cela reste trop rare pour qu'il y ait un réel intérêt. Fouiller un esprit, comme vous dites, ne fait pas partie de ce que je leur enseigne. Bien au contraire, j'ai aussi pour responsabilité de leur inculquer les limites à ne pas franchir. Ce n'est pas impossible pourtant, et je me doute bien que Vainqueur songe à de tels usages. "
Dans ces derniers mots, ce n’était plus du roi qu'il parlait, mais de l’élève dissipé qu'avait été le Loinvoyant, et la désapprobation de Clément n'avait nullement besoin d’être explicitée. En même temps, la quantité de paroles, chez ce béarnais d'origine, peu enclin aux palabres, laissait percer sa passion pour le sujet en général.

= " Mais l'usage de l'Art, quel que soit le but, a aussi sa contrepartie. Il demande de l’énergie, et... "
L'espace d'un instant, le maître en magie royale hésita à poursuivre, chose qui lui arrivait plus que rarement. C’était pourtant lui qui avait amené Chiara jusqu'ici : il lui devait ses réponses.
= " L'Art exerce une forte attraction, qui peut mener n'importe lequel de ses utilisateurs à sa perte. Une perte d'esprit. Et plus on l'utilise, plus l'attraction se fait forte. Il peut donc arriver que l'envie d'artiser prenne le pas, malgré la voix de la raison qui exigerait de s'en abstenir. "
La duchesse était bien assez intelligente pour comprendre les non-dits.
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Lun 21 Avr - 12:32

Dépourvu d’imagination, c’était bien cela. Kesar n’était rien de plus aux yeux de la duchesse que le plus fidèle des dogues du chenil royal. Et le ciel seul savait ce que Vainqueur allait ordonner à son chien de garde concernant Rippon. Le soupir et la lassitude apparente du vieux Maître d’Art glacèrent intérieurement Chiara. Si lui baissait les bras, qui pouvait-elle encore espérer rallier à sa cause ? Mais non, comme elle il connaissait des moments de faiblesse mais toujours l’espoir finissait par renaître au cœur de l’obscurité la plus épaisse. Sage et paisible, la duchesse ne fit pas un geste, attendant la suite patiemment. Si elle avait approuvé l’opinion du vieillard sur Kesar Bonsergent d’un hochement de tête léger et gracieux, elle s’abstint de tout autre commentaire jusqu’à ce que le sujet de l’âme chalcède se présente. Avait-elle manqué de discrétion ? La main glacée qui emprisonnait son cœur en permanence resserra brièvement son étreinte, manquant lui couper le souffle. Mais non, là encore, l’affolement était inutile – en plus de lui être totalement étranger par nature.

- Les Chalcédiens sont nos voisins en Rippon et bien que les frontières ne soient guère facilement ouvertes, nous avons appris à les connaître. Les guerriers y sont souverains. El nous vienne en aide si les clans s’unissent sous la bannière d’un chef ambitieux et stratège.

Chiara marqua une pause et son regard se perdit dans le lointain comme si elle cherchait un souvenir. Avait-elle déjà assisté aux attaques chalcédiennes ? Avait-elle combattu ? Qui pouvait dire ce que les enfants ripponais avaient vu au fil des années ?

- Les raids tels que celui dont ce malheureux Nim fut le seul rescapé ont existé de tout temps, et si nous les déplorons et les combattons, nous ne pouvons pourtant changer la nature belliqueuse de nos voisins les plus proches. Le choc de l’acier et l’odeur du sang ne font que les exciter davantage, les encourager à nous provoquer encore. Je crains plus que tout le jour où nous cesserons de dialoguer avec eux, si difficiles et limitées que soient les négociations, car alors ils marcheront sur nous et il n’y aura pas trop des armées de quatre duchés pour les repousser.

Cette opinion était-elle traîtresse ? Peut-être. Il eut sans doute fallu se montrer plus confiante en son peuple et en son roi. Mais comment croire que la belle armée brillante et policée de Vainqueur pouvait défaire les sauvages guerriers qui se battaient depuis leur naissance ? Le désespoir s’infiltrait parfois en elle tel un serpent sombre et sournois. Elle le chassa pourtant. Elle aussi. Sans pitié.

- J’ai peur qu’il ne soit plus temps de parler au Roi. Ainsi que vous l’avez souligné vous-même, il n’écoute guère d’autre opinion que celle qu’il s’est forgé par lui-même. Cependant, il serait bien irresponsable de ma part de ne pas vous encourager à le faire néanmoins. Après tout, personne ne sait de quoi demain sera fait ni ce qui peut se passer dans la tête de sa Majesté. Il est le fils de Prospère, il doit bien y avoir en lui quelque chose de feu son père.

Un sourire plus détendu accompagnait ces derniers mots. C’est qu’elle plaisantait, la Lunabille ! Mais toujours avec courtoisie, avec calme et sans faire d’éclats. Elle s’amusait comme une grande dame, comme une femme d’esprit.

Elle redevint plus neutre alors que leur conversation s’orientait vers l’Art suivant sa propre initiative. Curieuse de nature, elle était avide de connaître et comprendre toutes ces choses qui lui étaient inconnues, même si elle n’en montrait rien la plupart du temps. Une duchesse reste discrète, à sa place, calme, neutre, maîtresse d’elle-même et de son image. Toutes ces choses qu’elle s’était apprises à elle-même lui résonnait parfois encore dans la tête. Mais l’Art l’intéressait cependant, et c’est pourquoi elle avait questionné Maître Ordajonc.

Ses traits redevenus graves et sérieux, elle hocha légèrement la tête à la fin des explications du maître. Elle comprenait à travers ses mots que ce domaine recelait bien des dangers et des subtilités qui lui échapperaient toujours. Elle comprenait oui, elle entendait ce qu’il disait comme ce qu’il n’exprimait pas. Et si elle éprouvait fortement le désir de poursuivre cette leçon informelle, elle devait orienter la conversation à présent car il était un sujet qui devait être abordé.

- La jeune Acuité Loinvoyant fait partie de vos disciples, n’est-ce pas ? Est-elle une élève agréable ?
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Lun 5 Mai - 18:03

Le vieil homme avait continué à écouter attentivement les explications de l'encore jeune femme qui lui faisait face. Toujours rien qui ne lui donne une solution miracle, mais cela restait bon à savoir, et à force de méditer là-dessus, peut-être qu'une issue commencerait à se dessiner.
= "Je persisterai à défendre ma position auprès de Sire Vainqueur. Quitte à lui rappeler une demande qu'il m'avait faite lui-même il y a bien des années."
N’était-ce pas le roi en personne qui avait requis ses conseils pour le futur, au jour de sa prise de fonctions ? Eh bien, Clément lui rafraîchirait la mémoire, si jamais cela s’avérait nécessaire. Lui ne l'avait pas encore perdue, malgré son âge avancé. Et tant pis s'il essuyait une autre rebuffade excédée.
= "Mais ne fondons pas trop d'espoirs là-dessus. De plus, notre souverain est lui aussi parfaitement informé de ce qui concerne vos belliqueux voisins. Tous les ouvrages de Castlecerf ne comprenant ne serait-ce qu'une seule ligne sur Chalcède doivent se trouver désormais dans le bureau de sa Majesté. Il n'est pas un sot, et il se prépare... mais il sera bientôt las des préparations, et avec sa soif d'action et de gloire... Pourrait-il défier El lui-même qu'il ne s'en priverait pas."

Ses indications sur la magie Loinvoyant semblaient convenir à la novice qu’était la Duchesse. Celle-ci ajouta pourtant une question parfaitement inattendue.
= "Elle suit les cours dispensés à ceux arrivés avec le dernier Appel, en effet. Mais agréable ou non n'est pas une qualité qui y est testée. C'est une élève assidue et sérieuse. Quoique parfois un peu trop prompte à suivre son propre avis."
Venant d'une fine mouche comme la dame Chiara, aucun doute que sa réponse devait apporter de l'eau à un moulin de la Lunabille. Mais lequel, et dans quel but  ? En quoi la fille de Glace pouvait-elle bien servir leur jeu ? Cette sorte d'alliance informelle qui se tissait peu à peu entre eux, au cours de la discussion, était de toute manière déjà trop avancée pour qu'aucun d'eux ne puisse désormais reculer. Autant presser clairement la Duchesse de jouer cartes sur table. Quoiqu'il se prendrait presque au jeu, ainsi qu'en témoignait une brillance un peu plus nette de son regard.
= "Je pourrais sans doute vous éclairer de meilleure manière, si vous m'indiquiez en quoi le caractère d’Acuité Loinvoyant vous importe."
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Lun 26 Mai - 23:43

Le fait que Vainqueur soit un homme intelligent et ouvert, capable d’étudier à fond un sujet avant de se forger son opinion, avait quelque chose de rassurant et de terrifiant à la fois. Au moins ne se lançait-il pas à l’aveuglette, mais son opinion serait définitivement des plus difficile à influencer. Impossible même, sans doute. D’une certaine manière, elle s’y était préparée, et c’est là que la menait la conversation avec Clément Ordajonc depuis le début. Mais elle n’en était pas moins amère. Elle laissa passer ces émotions une fois de plus car elle n’y pouvait rien changer pour le moment. Autant se concentrer sur la suite. Et la suite était tout aussi intéressante et stratégique. Le Maître d’Art semblait l’avoir compris d’ailleurs, à le voir s’animer ainsi. Le visage de la Duchesse se fendit d’un gracieux sourire. Elle acceptait de jouer le jeu.

- Je comprends par là qu’elle a un caractère affirmé, ainsi que sa Majesté. Sans doute un trait commun aux Loinvoyant.

Un souffle amusé s’échappa de ses lèvres alors que ses mains se resserraient dans son giron, mais sans tension cette fois. Indulgente envers son interlocuteur, bien plus qu’envers elle-même, elle admit volontiers qu’il était juste de lui exposer la raison de sa question.

- Peut-être savez-vous que j’ai un fils, plus jeune que Sérénité de quelques années ?

Eda savait qu’elle l’avait désiré cet enfant, tout comme sa fille aînée d’ailleurs. Mais la vie avait été cruelle en lui retirant ses deux enfants, chacun d’une manière différente. Parfois elle doutait qu’un troisième enfant puisse la réconcilier avec la maternité mais pourtant, elle ne cesserait jamais d’essayer. Et puis, il restait beaucoup de chemin à parcourir avec Sérénité et Songe, ne serait-ce que pour resserrer les liens distendus entre eux.

- Mon époux et moi-même regardons depuis quelques années déjà du côté de Béarns. Mais je n’aimerais pas vouer deux enfants à une vie de rancœur et de peine s’ils ne parvenaient pas à s’entendre. Aussi espérais-je un peu en apprendre davantage sur Acuité avant que de suggérer une possibilité lointaine au Duc et à la Duchesse. J’espère que vous ne trouverez pas cette demande inconvenante.

Elle se montrait franche et droite, elle e regardait bien en face sans chercher à se dérober. Elle jouait franc-jeu, là encore.

- Il me paraît juste de demander à ceux qui la fréquentent l’opinion qu’ils ont de son caractère plutôt que de me fonder uniquement sur mon avis propre qui pourrait être influencé par l’idée que je me fais d’une jeune duchesse ou de la fiancée potentielle de mon fils, comprenez-vous ?
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Sam 7 Juin - 19:49

= "Et commun à bien des personnes proches du pouvoir, me semble-t-il. Ce doit être une capacité utile pour survivre dans ces milieux."
se permit-il d'ajouter, avec l'esquisse d'un sourire en coin que ses élèves ne lui connaissaient pas, et ne soupçonnaient sans doute pas plus. La Duchesse elle-même n'échappait visiblement pas au type de caractère qu'elle évoquait. Si la suite l’étonna, il le montra à  peine, mais prit soigneusement note mentale de la chose.
= "Je l'ai entendu dire, en effet. Votre héritier pour Rippon. Me rappelleriez-vous son prénom ?"
Rêve ? Non, ça n’était pas ça, mais quelque chose d'approchant. Un nom qui semblait bien faible, dans tous les cas, un mirage, face à la toute-puissance d'un Vainqueur autoproclamé.

= "Je ne prétendrai pas comprendre vos craintes de mère, mais votre démarche me semble sage, et je peux vous renseigner, dans ma mesure. La demoiselle Acuité ne se définit pas en quelques mots, pas plus que quiconque. C'est la plupart du temps une jeune fille bien élevée, et assidue à ses devoirs. Douée, même. Mais malgré cette façade, elle semble en quête de quelque chose. Est-ce propre à son âge, ou parce qu'elle a tout récemment quitté l'entourage de sa famille directe ? Je l'ignore."
Il avait parlé lentement, cherchant la meilleure manière de décrire son élève pour la potentielle belle-mère, les meilleurs mots pour transcrire, sans la travestir dans un sens ou l'autre, sa vision de la fille de Glace.
= "Elle m’apparaît comme confrontée peu à peu à des choix importants, des choix qui pourraient changer tout le reste de sa vie, mais sur lesquels elle ne s'est pas encore décidée. Sachez bien qu'il s'agit d'une impression qui m'est propre, cependant, je ne craindrais pas de parier que l'avenir proche nous montrera bien plus nettement qui est Acuité Loinvoyant."
Oui, il s'agissait d'une opinion personnelle pour laquelle il n'avait aucun exemple tangible à fournir. Cependant, en tant que maître d'Art, il disposait d'un moyen de connaissance direct et empirique sur ses étudiants, qui lui donnait une vision unique de leur caractère.
= "Et puis, comme vous le savez, elle possède l'Art. En ce domaine, elle se montre particulièrement secrète. Il est naturel de tenir à préserver ce que renferme son esprit, mais cela me semble un peu poussé chez elle. D'autre part... je ne crois pas avoir mentionné qu'un lien se développe entre les membres d'un Clan, un lien bien difficile à concevoir pour les extérieurs. Cela n'a pas empêché des Artiseurs de prendre époux ou épouse avec qui ils ne partagent pas notre magie. Mais ce fait doit être su et accepté par les deux concernés."
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Chiara Lunabille
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Lun 23 Juin - 19:39

Les éclaircissements apportés par le maître d’Art laissèrent Chiara songeuse. Non au point de lui faire renoncer à son projet mais il lui faudrait manœuvrer avec subtilité. D’autant que ces deux enfants étaient encore jeunes et avaient tout le temps d’affirmer chacun leur caractère propre. Avec le temps, peut-être Songe s’intéresserait-il davantage aux affaires de ce monde. Mais Acuité ? Serait-elle un jour la compagne douce et attentive dont il aurait besoin ? Malgré ses doutes, elle hocha la tête lentement, signifiant par là à Clément Ordajonc qu’elle prenait en compte son opinion avec le plus grand sérieux.

- Songe est un garçon d’une grande douceur ainsi que le laisse supposer son nom.

Une fois de plus, elle se prit à regretter de ne pas l’avoir nommé elle-même. Hardi ou Brave, par exemple. Mais elle ne devait pas penser en ces termes, se morigéna-t-elle intérieurement.

- J’ai bon espoir que cette placidité et ce goût prononcé pour la nature et la compagnie des animaux fassent de lui un homme posé et lucide. Avec les bons encouragements et les enseignements adéquats, il sera un duc sage et respecté.

Encore faudrait-il qu’il admette un peu mieux son rang et son héritage. Mais elle ne perdait pas espoir. Songe avait seulement besoin d’être guidé et bien conseillé. Il avait passé trop de temps loin de ses parents et du pouvoir, voilà tout.

- S’il acquière davantage de confiance en lui et de maturité, il pourrait faire un époux agréable pour Acuité. Une femme de tempérament comme elle semble l’être lui serait sans doute également profitable. Mais de là à ce que ce mariage les rende heureux, il y a encore du chemin à parcourir.

Elle sourit, un instant tournée en elle-même et plongée dans ses souvenirs de jeunesse, puis revint à son interlocuteur sans perdre cette expression vaguement rêveuse.

- Ma propre destinée m’a sans doute rendue plus sensible au fait que deux êtres doivent s’accorder pour faire leur vie ensemble. Comme je vous l’ai dit, je m’en voudrais beaucoup de condamner deux jeunes gens à une vie sans amour alors que je sais à quel point le mariage peut être source de félicité.

Ce que laissait suggérer les paroles du vieil homme de la fougue et de la détermination d’Acuité lui plaisait à bien y réfléchir. Elle-même n’avait-elle pas été une jeune fille décidée et en quête de destinée ? Si la jeune Acuité parvenait à découvrir ce qu’elle désirait et se fixait des objectifs clairs, elle deviendrait une femme aussi redoutable qu’elle-même, à n’en pas douter.
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Clément Ordajonc
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   Sam 12 Juil - 20:13

Songe, ah oui, c’était cela. Étrange prénom pour un futur duc, mais les Lunabille devaient avoir leurs raisons, qui ne concernaient ni n’intéressaient le Maître d'Art.
= " Votre fils est encore jeune, n'est-ce pas ? Tout comme la demoiselle Acuité, il a le temps de grandir encore, d’évoluer, et pourrait même vous étonner, qui sait. "
Lui-même ne ressemblait pas au Clément Ordajonc d'aujourd'hui, à l'âge de l’héritier de Rippon. Et ne se doutait pas le moins du monde de ce que le destin avait prévu pour lui, bien qu'il en soit aujourd'hui pleinement satisfait. Ou l'était-il vraiment ? La Duchesse semblait, elle, toute heureuse du couple qu'elle formait avec Raki, mais il n'osa pas sonder son esprit pour savoir si c’était la réalité, ou une simple façade de bienséance. Et devant son air rêveur, il ne put s’empêcher de rameuter ses propres souvenirs, plus lointains certes, mais toujours clairs. Fugitivement, il se demanda ce qu'il serait devenu si une certaine artiseuse s’était montrée moins téméraire...

= " Peut-être pourriez-vous rencontrer la fille du duc Glace durant votre séjour à Castlecerf ? Afin de vous faire votre propre idée. Vous trouverez certainement une bonne raison pour faire sa connaissance. J’espère en tout cas que cette conversation vous a été agréable, et quelque peu utile. Je ne souhaite pas vous mettre à la porte, mais il me semble que nous nous sommes dit tout ce qui importait. "
Le vieil homme se leva lentement, en prenant appui sur les bras de son fauteuil, et ne parla de nouveau qu'une fois en position debout. Si sa manière de congédier Chiara pouvait sembler cavalière, pour lui, c’était simplement une question de bon sens : ils en avaient manifestement terminé, donc, pourquoi s’éterniser ? Son interlocutrice avait certainement bien mieux à faire.

= " N’hésitez pas à venir me trouver ici si l'envie vous en prend. En-dehors des cours, qui se déroulent le matin, vous ne croiserez personne la plupart du temps. Je vous ferai savoir si j'ai quelque besoin de vous, ou quelque information à partager. "
Il ne précisa pas la manière dont il la préviendrait en cas de nécessité, mais la lueur dans son regard indiquait qu'il ne comptait pas utiliser de méthode conventionnelle, lui qui était pourtant si intraitable avec ceux de ses étudiants qui tentaient de s'aventurer dans ce genre de voie. Il raccompagnerait encore son invitée jusqu'à la première porte, puis la laisserait retrouver seule son chemin, à demi satisfait de cet épisode.
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MessageSujet: Re: Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]   

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Une voix dans l'ombre [Fin Novembre 09 - Clément Ordajonc]

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