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 L'arc blanc [09/09]

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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: L'arc blanc [09/09]   Jeu 31 Jan - 20:52

La convalescence d’Acuité était achevée depuis un moment. A nouveau, elle déambulait dans le château à l’intérieur comme à l’extérieur. Cette mauvais expérience l’avait pourtant transformée, et la jeune femme un peu oisive qui profitait d’un séjour à Castercelf n’était plus la même. Elle ignorait ce qu’il se murmurait dans les couloirs et s’en moquait car de par son ascendance, elle n’avait jamais profité d’une grande popularité.

Mais depuis qu’elle était remise sur pieds, ses journées se suivaient et se ressemblaient toutes. Le matin, assez régulièrement, elle rencontrait l’officier Ortwin qui lui enseignait le maniement des armes avec pédagogie et sérieux. C’était une personne intéressante, qui paraissait très mature pour son âge alors que la plupart des gardes semblaient profiter de leur statut pour courir la donzelle et boire à la taverne. Ortwin n’avait pas l’air d’être le genre qui prendrait plaisir dans ce genre d’activité. Parfois, elle le trouvait même un peu trop austère à son goût. Mais, avec les progrès de la jeune blonde, notables de jour en jour, l’attitude du jeune homme semblait se détendre un peu, jusqu’à sourire quelques fois. Elle progressait vite, et elle aimait cela.

Le midi, elle mangeait rapidement avec ses parents la plupart du temps, en visite au château pour de multiples raisons. Elle ne s’attardait jamais, car ses après-midi étaient exclusivement dédiés à l’Art. Théorie, pratique, expérience qu’elle aimait mettre en place, elle s’y était plongé avec beaucoup d’intérêt jusqu’à en développer une certaine addiction.

Le soir, elle passait son temps dans la grande salle, à donner l’illusion que tout allait bien, mais son regard porté sur le feu tandis que son esprit virevoltait le long du fleuve argenté ne tromperait pas longtemps les autres artiseurs.
Parfois, elle préférait pourtant séjourner dans sa chambre, et secrètement, elle fabriquait de nouvelles flèches pour cet arc qu’on lui avait apporté durant son repos. Un magnifique arc en bois blanc sculpté.

Depuis son attaque, elle n’avait pas remis les pieds à la chasse car la peur la tenaillait encore un peu. Mais ce jour là, elle mourrait d’envie d’essayer cette nouvelle arme qu’elle ne cessait d’admirer lorsqu’elle était seule. Cette arme, offerte par un inconnu. Elle avait cessé de se poser des questions sur le généreux bienfaiteur, car s’il avait souhaité être reconnu, c’est en main propre qu’il lui aurait remis ce présent.

Arrivée sur le champ de tir, elle posa son carquois et entreprit de sortir son arc de la housse en toile qui le protégeait. Il était plus grand que son ancien arc, enfin…il était à sa taille en fait. Le précédent ayant été offert par son père pour ses treize ans, elle s’était adaptée en grandissant à la taille de plus en plus petite.

Avec ce nouveau venu, il lui fallait prendre d’autres repères. Heureusement, il faisait beau, un temps parfait pour venir s’entrainer un peu. Entrainée par sa bonne humeur, elle s’était coiffée d’un chignon simple et lâche dont certaines mèches s’échappaient avec la bise marine qui lui refroidissait les joues et le nez. En un mois, elle avait perdu du poids. Entre la convalescence, les cours de maniement d’armes et son obsession de l’Art, elle avait fondu mais peu lui importait. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était d’être occupée en continue pour ne plus penser à ce mauvais souvenir et les questionnements qui en avaient découlés concernant l’homme qu’elle aimait. Homme qu’elle n’avait aperçu que de loin depuis un mois et en de rares occasions. Mais peut-être était-ce mieux ainsi ?

Lorsqu’elle retira l’arc de son sac, un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il était vraiment parfait. Elle caressa du bout des doigts les sculptures qui courraient le long du bois, avec affection. Puis elle retendit la corde avant de commencer. Une habitude qui ne la quitterait très certainement jamais.

Elle encocha la première flèche, une de ses nouvelles créations dont la taille était plus adaptée elle aussi. Concentrée, elle visa le centre de la cible la plus proche. Ses doigts tremblaient un peu, mélange d’excitation mais aussi et surtout de peur, face à l’échec.

Dans un bruit sourd, la corde envoya la flèche qui siffla avant de se planter entre le centre et la bordure. Il allait falloir travailler pour s’ajuster. Satisfaite toutefois de ce premier tir, elle s’avança vers la cible pour récupérer sa flèche. Celle-ci était bien enfoncée, surement une conséquence directe de la force que l’arc lui procurait. A nouveau, elle sourit avant de revenir se placer pour un deuxième essai.
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Brun Braveterre
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Sam 2 Fév - 20:10

Brun traversait la cour quand il entendit le bruit mat d'une flèche s'enfonçant dans la cible. Jetant un coup d’œil dans la direction d'où provenait le son, il fut surpris de découvrir la silhouette d'Acuité, et ralentit le pas.

Ce fut une heureuse surprise.

Il fut content, d'abord, de constater que la jeune fille était bien portante, bien que plus frêle qu'auparavant. Elle s'était bien sûr remise physiquement, ses blessures n'étant que superficielles selon les critères d'appréciation du maître d'armes ; mais surtout, elle avait retrouvé suffisamment d'assurance pour sortir s'entraîner à l'air libre.
Certes, il savait qu'elle s'initiait à l'épée depuis plusieurs semaines déjà avec Malvoisin. Il n'avait pu s'empêcher de se demander, avec une certaine rancœur, depuis quand les officiers de l'Armée royale entraînaient les jeunes Nobles, tâche qui lui incombait logiquement. Mais il avait fini par se raisonner : après tout, il était sans doute préférable pour les deux parties qu'ils se tiennent éloignés l'un de l'autre ; elle, parce qu'elle ne semblait plus supporter sa présence depuis qu'il avait mis à jour ses "sentiments" dans l'infirmerie, lors de la Joute ; lui, parce qu'il ne tenait pas à se mettre son roquet de chaperon - et encore moins le Duc de Béarns - à dos, et tout ça pour quoi ? Pour une amourette d'adolescente interprétée de manière malveillante.

Il fut content, ensuite, parce qu'avec les flèches martelant le cœur de cible résonnait une évidence : l'arc lui convenait à merveille, à sa stature et à sa force. Il l'avait bien choisi.
Il l'avait choisi parce qu'il connaissait la tristesse que peut causer la perte d'une vieille arme, même si cela n'était qu'un objet. Or de tristesse supplémentaire la jeune Loinvoyant n'avait pas besoin, après les blessures et l'outrage qu'elle avait subis. Il n'avait pas envie d'être celui qui lui ramènerait, après cette épreuve, les débris de son arc brisé... C'est donc tout naturellement qu'il s'était dirigé, après avoir aidé les gardes à débarrasser les corps mutilés, dans le magasin où il était familier. Cela l'avait apaisé plus que de mesure, et il avait eu la sensation de trouver l'objet parfait : un arc en bois blanc, aux lignes pures, sans aucun ornement si ce n'est le petit visage gravé sous la main directrice ; une arme, surtout, de qualité excellente, propre à tuer avec efficacité.

C'est donc en connaisseur que, sans vraiment y penser, il s'arrêta tout à fait et se mit à contempler l'osmose nouvelle entre Acuité et cette branche polie par l'habileté humaine. Si bien que lorsque la jeune fille, ayant vidé tout son carquois, l'aperçu fatalement après avoir retiré ses flèches, il se trouva tout bête, planté là à l'observer.
Saisi par la nécessité de dire quelque chose, il s'inclina légèrement en guise de salut et déclara platement, ne traduisant pourtant que la vérité nue :
- Je suis heureux de voir que vous allez mieux.

Et puis, comme s'il s'apercevait du formalisme de ses propos, il ajouta avec un plaisir mal dissimulé :
- C'est un bel arc que vous avez là. Une nouvelle acquisition ?
Sur un tel sujet, il ne risquait guère de sortir du sentier prudemment tracé.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Sam 2 Fév - 22:40

Après avoir récupéré sa première flèche, Acuité continua ses tirs, ajustant au fur et à mesure sa force et ses angles. Vraiment, cette arme était parfaitement équilibrée. Rapidement, elle avait trouvé ses repères et radieuse, elle avait compris qu’il ne lui faudrait pas beaucoup de séance pour devenir aussi opérationnelle avec cet arc qu’avec l’ancien.

Quant à le tester en milieu naturel, en pleine chasse, c’était une autre affaire.
Bien que remise de ses blessures physiques, elle n’avait pas encore reprit suffisamment confiance en elle pour sortir chasser à nouveau. Et il lui semblait impossible de demander à Taebryn de l’accompagner. Le domaine de la chasse au faucon n’appartenait qu’à elle, c’était son jardin secret et nul n’y était invité.

Mais peut-être, après avoir effectué suffisamment de cours avec Malvoisin, serait-elle capable de retourner à ses occupations du passé. D’ailleurs, il serait peut-être nécessaire de raccourcir quelques plumes à ses flèches, afin de leur donner une meilleure pénétration dans l’air.

C’est en plein milieu de ses réflexions qu’elle se rendit compte qu’on l’observait. Jetant un coup d’œil dans la direction de la silhouette, elle reconnu immédiatement Brun avant de baisser le visage et de regarder le sol. Impossible pour elle de le regarder droit dans les yeux.

Alors qu'elle était persuadée qu’il allait poursuivre son chemin sans s’occuper d’elle, après tout, cela faisait bien un mois qu’ils ne s’étaient pas recroisé, il lui adressa la parole. Contre toute attente, il lui annonça même être heureux de la voir bien portante. Le ton était si neutre, qu’il lui sembla évident que ce n’était là que formalité.

Avant même que la jeune femme ne réponde, il poursuivit son discours, lui parlant de l’arc comme si la discussion était banale et commune. Comment pouvait-elle l’être ? Après ce qu’ils avaient traversé ? Si elle avait pu, elle se serait jetée contre lui pour le frapper ou l’étrangler. Comment osait-il se présenter ainsi, comme si rien n'était ? Puis elle se rappela que sans le vouloir, elle l’avait déjà fait. Sa colère diminua tout aussi instantanément, car elle était réellement heureuse de le voir. Même si elle ne pouvait le contempler face à face comme avant, le savoir juste à côté suffisait à la faire fondre.

Toujours absorbée par les gravillons du sol, elle répondit avec un sourire contraint mais d’un ton tout aussi morne :

- Merci pour votre sollicitude.

Sollicitude. Un mot parfait pour cette situation où elle dénonçait sans en avoir l’air qu’après lui avoir sauvé la vie, il avait simplement disparu pour vaquer à ses occupations comme si elle n’était rien.
Elle avait pourtant eu toutes sortes de visites, des plus étranges aux plus farfelues, mais de lui, rien.

Laissant tout cela de côté, son visage s’illumina lorsqu’elle se mit à parler de l’arc, car ce présent qui pouvait passer pour barbare aux yeux des Dames, était véritablement précieux pour elle, et c’est toujours sans le regarder, faisant mine de resserrer la corde au niveau de la poupée supérieure, qu’elle reprit :

- En effet (et le ton changea tout autant, passant de commun à passionné), un arc magnifique, offert durant ma convalescence. J’étais inquiète de ces nouvelles dimensions et j’avais peur de venir le prendre en main mais..finallement…aheum…excusez moi, je m’emballe un peu.

Les joues roses, elle stoppa net son récit alors que ses doigts caressaient encore le bois chéri. Il n'avait pas besoin de tout savoir, après, que lui importait qu'elle apprécie autant cette nouvelle arme? Elle ignorait même qui lui avait offerte.

Les yeux rivés sur le présent, elle restait le visage bas ; ainsi, il ne pourrait voir son regard ni ce qu’il cachait.
En dehors de l’arc, c’était bien la meilleure arme dont elle disposait contre lui.

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Brun Braveterre
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Dim 3 Fév - 14:00

Dès le début, Acuité mit à soin particulier à ne pas rencontrer son regard. La conversation frisait l'absurde : ils se tenaient là, à plusieurs mètres l'un de l'autre ; lui, pesant chaque mot, elle, regardant le sol avec obstination ; et s'échangeant des propos vides de sens.

- Merci pour votre sollicitude.
Les mots d'Acuité était aussi conventionnels que les siens, mais il avait touché juste : à la mention de son arc, la glace sembla fondre et elle s'anima, l'espace de quelques secondes. Dérapage contrôlé : bientôt la jeune fille s'excusa et retomba dans le silence.

Las, presque en colère, le maître d'armes le laissa s'installer. Il voulait voir combien de temps la jeune Loinvoyant, qui l'avait côtoyé plusieurs mois durant à l'entraînement, qui était le sang de son meilleur ami, parviendrait à feinter son regard. C'était en deçà de la politesse la plus élémentaire, et il aurait préféré qu'elle lui tourne le dos plutôt que rester là à jouer la comédie.

Il se remémora un à un leurs derniers échanges. A l'infirmerie, elle était partie sans un mot, comme s'il l'avait offensée. Par la suite elle l'avait soigneusement évité tout en lui dépêchant son chien pour être bien certaine que leurs routes ne se recroiseraient pas. La chose avait eu lieu dans la forêt, pour son salut : avec Vainqueur, il lui avait sauvé la vie, et il n'oublierait jamais le regard terrifié qu'elle lui avait lancé à son réveil. Il était sans doute la dernière personne qu'elle aurait aimé revoir dans ces circonstances, comme son poing le lui avait signifié. Et depuis le manège avait repris sa ronde : elle s'était trouvé un professeur de substitution et voilà qu'elle n'était même pas capable de le regarder en face, comme un être humain.

Il lui sembla soudain qu'il en avait assez toléré ainsi. Elle était peut-être de sang Loinvoyant, mais il ne se laisserait pas insulter davantage. Il n'avait rien demandé et voilà qu'on lui supposait toutes les fautes, comme s'il l'avait affligée de ses avances alors qu'il n'avait fait que repousser les siennes ainsi que la décence et un minimum de bon sens l'exigeaient.

Furieux, il avala les quelques mètres qui les séparaient et se planta devant elle de telle façon qu'elle ne put plus l'ignorer. Et ce n'est que par pur égard pour sa condition qu'il ne lui saisit pas le menton pour la forcer à lui faire face.
- Parlez-moi. Regardez-moi, bon sang ! ordonna-t-il. Cessez de vous comporter comme si j'allais... Par El, vous n'avez pas à avoir peur de moi ! Je n'ai aucune intention de vous faire du mal, d'attenter à votre honneur ou quoique ce soit, contrairement à ce que vous semblez penser ! Alors, bon sang, regardez-moi !
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Dim 3 Fév - 20:36

Le silence s’était installé entre eux. Un silence gênant, presque douloureux pour Acuité. Elle le savait face à elle, si près physiquement, mais si éloigné dans leurs façons de penser, qu’elle se sentait dans une impasse.
Comprendrait-il a quel point il était difficile pour elle de se remettre de tout cela ? Elle en doutait très sincèrement. Mais elle n’eut pas le temps d’y songer plus.

Comme explosant, le Maître d’arme avala la distance qui les séparait en quelques pas. Elle le sentit encore plus proche, planté devant elle et pouvait sentir le vent se heurter sur ses vêtements. Pourtant, elle ne releva pas le visage et préféra fermer les yeux dans l’attente. Mais l’attente de quoi ? Brun avait toujours fait preuve d’un caractère posé et calme envers elle, et l’atmosphère qui semblait les envelopper en cet instant était électrique, inquiétante.

Alors, elle reçu sa sentence verbale comme une pluie de grêle et considéra un moment le paroxysme de la colère qui habitait l’homme. Chaque mot la frappait et s’il ne criait pas, le ton employé était bien plus ferme et plus mécontent qu’à son habitude. Elle n’avait pas souhaité cela. Elle ferma les yeux et serra les paupières à chaque ordre qu’il lui lançait. Mais elle écouta tout ce qu’il lui dit, et comprit alors, que tout ce qu’elle craignait était peut-être sur le point de se produire. Ils ne se comprenaient pas.

Plus la colère irradiait de Brun et plus Acuité se sentait petite et vulnérable. Elle ne comprenait pas pourquoi il semblait autant lui en vouloir et pourquoi il voulait autant qu’elle lui parle ou même qu’elle le regarde. Elle, la jeune femme qui l’observait toujours de loin, qui restait dans son sillage en prenant soin de ne pas être sur sa route.
Cet amour qu’elle chérissait, tout en sachant qu’il n’était pas réciproque, son jardin secret qu’elle entretenait avec soin et affection était entrain de lui éclater à la figure.

Une larme roula sur sa joue, puis une autre tandis que ses lèvres se mirent à trembler au fur et à mesure que les mots l’accablaient. Et enfin, ne sachant que faire, elle se laissa glisser sur le sol, à genoux d’abord, puis assise, ramenant une main sur son visage afin de recueillir toute la tristesse, la frustration et l’incompréhension qui se mêlaient au fond d’elle. De l’autre, elle ne lâcha pourtant pas l’arc et le garda sur ses genoux.

Alors d’une voix faible et chevrotante, mais qui gagnait en intensité petit à petit, elle parla. Simplement, sans détour, elle confia toutes ces dernières inquiétudes et tout ce qu’elle ressentait depuis longtemps, mais qu’elle n’avait osé dire de vive voix.

- Ce jour là…dans les bois. J’ai tué cet homme alors qu’il essayait de me violer. Je l’ai tué mais…je savais qu’il en restait encore à mes trousses et j’avais peur qu’ils ne me rattrapent. Quand j’ai senti ces mains sur mes épaules, vos mains…je pensais que c’était eux. J’ai frappé ce qui était devant moi, sans même réaliser que c’était un de mes sauveurs. Ma vision était floue, j’avais du mal à savoir si j’étais dans la réalité ou toujours dans l’Art. Et puis…j’ai reconnu votre visage…..

Elle marqua une courte pause, reprit son souffle et continua :

- Votre visage et l’expression qu’il affichait. D’abord, vous m’êtes apparu comme quelqu’un soulagé d’avoir retrouvé un bien précieux qu’il croyait perdu…et puis…j’ai réalisé que je n’étais peut-être pas tout à fait éveillé, car passé la surprise…votre regard affichait plutôt quelque chose comme du dégoût. Ce qui est compréhensible, car j’étais défigurée, couverte de sang et à moitié nue…j’ai même vomis devant vous…Alors après tout ça…comment pourrais-je jamais vous regarder droit dans les yeux ?

Elle soupira et se força à respirer profondément pour calmer ses sanglots, et la technique semblait fonctionner, car même si quelques larmes coulèrent encore, sa voix et sa respiration avaient retrouvé un rythme presque normal.

- Vous pensez que j’ai peur de vous ?....Ce n’est pas de vous que j’ai peur Br..Sire Braveterre, mais c’est de lire de la pitié dans votre regard.

Elle se rendit compte qu’elle avait failli l’appeler par son prénom, comme le jour où il l’avait sauvé. Heureusement, elle s’était rattrapée à temps. Et comme pour compléter ses pensées, elle murmura pour elle-même :

- Car rien n’est pire que de voir la pitié dans le regard des gens qu’on aime.
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Brun Braveterre
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Lun 4 Fév - 20:49

L'attitude d'Acuité irrita encore davantage le maître d'armes. Non contente de détourner les yeux, elle les ferma tout bonnement ! C'était puéril, mais après tout, pourquoi s'en étonner ? Jamais la petite Loinvoyant ne lui avait parut si jeune.
Et puis une larme roula sur sa joue et elle se laissa glisser sur le sol. Interloqué, le maître d'armes la regarda sans trop savoir quoi faire. Il ne comprenait pas... mais bientôt vinrent les premières paroles, en entraînant d'autres en une longue confession.

Brun se rappelait fort bien tout cela mais les souvenirs d'Acuité étaient plus douloureux encore. Il revoyait par ses yeux ce qui s'était passé et ne s'étonnait plus que la jeune fille se montre si fragile. Après tout, elle avait failli mourir et avait elle-même tué.
Pourtant c'était de lui-même qu'elle lui parlait, de ses faits et gestes qui lui avaient paru insignifiants, fonctionnels, sans importance. De son soit-disant dégoût. Dégoûté, bien sûr, il l'avait été ! Par les forfaits de ses agresseurs, pas par elle... il avait vu bien pire dans sa vie qu'une jouvencelle vomir.

Tout cela lui rappelait de fort mauvais souvenirs.

Mortifié, il saisit la jeune fille par les épaules et la releva comme fétu de paille. Il avait envie de la secouer pour qu'elle se rende compte de l'absurdité de ses paroles, mais il était bien conscient de s'être montré, déjà, trop brutal.
- La pitié n'est pas un mauvais sentiment, Acuité, au contraire, serina-t-il.
L'empathie n'était-elle pas justement ce qui les distinguait des bêtes ?

La tenant toujours par les épaules, comme pour donner plus de poids à ses mots, il poursuivit :
- N'ayez pas de honte. Vous n'avez pas à vous sentir coupable de ce qu'ils vous ont fait. Ce n'est pas de votre faute, vous n'êtes pas responsable de ce qui est arrivé.

Puis, réalisant que ses paroles contredisaient trop ouvertement les reproches de Vainqueur, il ajouta, consciencieux :
- Bien sûr, vous n'auriez pas dû partir seule ainsi. Vous n'êtes pas encore capable de vous défendre par vous-même.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Lun 4 Fév - 23:30

Il avait posé ses mains sur ses épaules et elle fut surprise de ce contact si franc. Et tandis qu’il la relevait comme si elle ne pesait rien, ce qui n’était peut-être pas faux vu sa carrure, elle songeait que ce contact était fort différent du dernier qu’il lui avait apporté.

Ce jour-là, il l’avait secoué comme si le temps le pressait, mais aujourd’hui, il paraissait plutôt vouloir l’attirer vers la lumière, la redresser vers le haut. Ses mains étaient fermes et chaudes, elle pouvait sentir cette chaleur à travers ses vêtements. Comment faisait-il ? Elle avait toujours les mains glacées. Plus jeune, on lui avait dit une fois que les hommes qui possédaient les mains chaudes étaient ceux au cœur chaud et généreux. Elle se plaisait à croire que Brun était comme ça, derrière sa carapace.

Elle se sentit minuscule face à cette présence confiante, apaisante. Et les paroles qui accompagnaient le geste lui firent du bien. Sans le vouloir, il venait de la déculpabiliser, de lui redonner courage et elle lui en était reconnaissante.

Au-delà, il la morigéna un tout petit peu, se rapprochant des paroles de Vainqueur. Et tandis que la brise marine séchait ses dernières larmes, elle répondit avec un sourire :

- Les mauvaises habitudes ont la vie dure.

Elle espérait secrètement que l’atmosphère s’était enfin détendue et que la colère de Brun était apaisée.
Et puis, prenant son courage à deux mains, elle posa enfin son regard sur lui et fut saisi de voir à quel point il était proche. La distance qui les séparait était égale à celle de ses bras et encore…

Comme elle aurait aimé se lover contre lui, contre ce corps offert à bras ouvert irradiant la chaleur et la sécurité. Mais elle chassa rapidement ces pensées pour ne pas être déstabilisée, trop consciente que ce moment d’une nouvelle intimité ne durerait pas. Bientôt, il retirerait ses paumes et ce geste qui devait lui paraître naturel, sans arrière pensée, ne serait qu’un lointain souvenir pour lui alors que cette chaleur resterait longtemps en elle.

Les yeux de la jeune femme croisèrent ceux du Maître d’Arme et si d’ordinaire elle détournait le regard, cette fois-ci, elle ne cilla pas. Elle le regarda comme elle ne l’avait encore jamais fait.
Comme hypnotisée, les mots sortirent tous seuls par sa bouche, lentement et avec sincérité :

- Je vous regarde Brun… Je vous ai toujours regardé. Et vous avez raison, je ne suis pas responsable de ce que ces brutes m’ont fait. Personne ne l’est, c’était un accident.

C’était étrange de prononcer son nom en toute conscience et l’intimité naissante avait aidé dans cette démarche. Après tout, pourquoi se retenait-elle ? Lui-même l’appelait par son prénom sans aucune gêne, alors pourquoi en éprouverait-elle à son égard ? Elle reprit :

- A ce sujet, j’ai été malpolie. Je ne vous ai toujours pas remercié.

En réalité, elle n’avait surtout pas eu l’opportunité de le faire. Ces dernières semaines de repos forcé et de ressenti les avait éloigné plus qu’ils ne l’étaient.

- Merci d’avoir sauvé ma vie et mon honneur, merci d’être venu me parler aujourd’hui et…( son sourire s’élargit) merci de m’avoir laissé vous appeler par votre prénom au moins une fois. J’espère que vous ne m’en voulez pas.

C'était une confession plus qu'une requête.
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Brun Braveterre
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Dim 10 Fév - 23:19

Un "accident". Brun n'aurait pas qualifié son agression ainsi, mais il laissa passer. Tout comme il laissa passer, sans rien dire, ses premiers mots.
Il était plus confortable pour lui de faire comme s'ils n'avaient pas existé. Comme si les sentiments de la jeune fille, depuis ce mois qui lui paraissait une éternité, n'avaient pas duré.

Comment se comporter autrement ?
Elle était attendrissante avec ses joues rougies pas les larmes. Et il fut étrangement rasséné, soulagé presque, de ses remerciements, de son regard quoique perçant. Les choses revenaient, lui semblait-il, à la normale. Du moins étaient-ils quitte et pouvaient-ils dialoguer, malgré ces sous-entendus un peu déroutants...

- C'est bien naturel, répondit-il avec détachement.
Il relâcha progressivement la pression de ses mains sur ses épaules, pour la lâcher tout à fait. Il attendit quelques secondes, comme pour s'assurer qu'elle n'avait pas choir à nouveau, et poursuivit :
- Pour mon nom, pas de problème. Vous pouvez m'appeler Brun. N'oubliez pas qui vous êtes.

Et, comme pour atténuer la dureté apparente de ses paroles (il aurait pu invoquer n'importe quelle autre raison), il lui donna une claque amicale sur l'épaule. Le geste n'était peut-être pas tout à fait approprié, mais il ne sembla pas s'en apercevoir.
- Je vous laisse vous entraîner, sourit-il.

- A bientôt ! lança-t-il à la volée alors qu'il s'éloignait déjà, en direction des écuries.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: L'arc blanc [09/09]   Mar 12 Fév - 19:06

A son grand étonnement, le Maître d’arme sembla presque soulagé de ses remerciements. Il ne releva en rien les mots qui avaient précédés, nouvelle tentative de la jeune femme pour espérer un peu d’amour et de sentiment en retour. Rien de tout cela ne lui échappa : son attitude fuyante bien que décontractée, comme s’ils s’étaient toujours côtoyés ; bien que le terme d’ »apprivoisés » lui parut convenir un peu plus.

Acuité était arrivée en Cerf, haute de sa naissance, héritière promise à un avenir tout tracé depuis l’intendance d’un Duché complet. Certes ce n’était pas pour tout de suite, mais à l’époque, son père nourrissait de grands espoirs à son sujet. Mais l’arrivée d’un nouveau né changerait pas mal la donne.
Au fil du temps, ici au château, elle avait lâché un peu de leste. S’adonnant à des activités diverses, profitant de ce qu’elle considérait comme des vacances. Son caractère autrefois glacial s’en était considérablement adouci. A présent, elle était une jeune femme fraîche et souriante, proche de sa suite et des gens dans leur globalité.

Brun paraissait très introverti et au début, elle ne savait jamais comment l’aborder. Aujourd’hui, elle se rendait bien compte qu’elle ne comprenait toujours pas la majorité de ses comportements.
Après tout, n’était-il pas passé de la colère à l’attention en l’espace de quelques minutes seulement ?

Encore une fois, il fit état de son statu. « N’oubliez pas qui vous êtes ». Phase qui lui rappela douloureusement celle qu’il lui avait chantée lors de son premier rejet. Et comme pour lui couper le sifflet, il lui avait lancé une claque amicale sur l’épaule, comme si elle n’avait été qu’un jeune garçon à qui il enseignait.
Surprise, elle en était restée les yeux ronds quelques instants, bouche entr’ouverte tandis qu’il s’éloignait sans même se retourner.
Alors, son visage se ferma et son bras se tendit dans le vide, prêt à rattraper cette ombre qui lui échappait encore.
Ne partez pas..restez..j’ai encore tant de questions à vous poser…

Elle n’agrippa que de l’air, avant de serrer sa nouvelle arme contre elle.
Tout lui paraissait si clair et évident, qu’elle aurait pu se gifler de ne pas avoir vu tout cela avant ce jour.
Il ne la considèrerait jamais comme Acuité. Pour lui, elle serait toujours ce maillon de la chaîne Loinvoyant. Une héritière royale. Et en tant que Maître d’Arme du château, il mettrait un point d’honneur à être correct et à la protéger comme il le ferait avec n’importe quel Loinvoyant.
Cela la peinait véritablement de n’être considérée que par son rang. Elle méritait mieux. Elle méritait que cet homme la regarde différemment, comme une femme.

Son amour n’avait ni présent, et ni futur. Pourtant, elle avait tenté de se dégager de cette emprise mais rien n’y avait fait. Elle l’avait évité, elle l’avait ignoré mais chaque fois qu’il apparaissait dans l’endroit où elle se trouvait, il y prenait toute la place avec une naïveté touchante.

Il avait toujours fait preuve d’énormément de déférence envers elle mais ne s’était même pas présenté pour la voir lors de sa convalescence alors que nombre de ses visiteurs étaient de parfaits inconnus. Un mystérieux personnage lui avait même fait don de cet arc sublime. Alors cette expression sur son visage quand elle avait repris connaissance après l’agression, l’avait-elle rêvé ? Ou n’était-ce que le reflet de sa dévotion envers les Loinvoyant ?

C’est Vainqueur qui aurait du se tenir près d’elle à ce moment là, elle était sa cousine, son sang. Mais à sa place, l’homme qu’elle aimait la regardait sans sembler trop y croire, soulagé.
Et puis, cette colère face à son comportement…était-il si orgueilleux qu’il ne supportait pas qu’on l’ignore ? Où devait-elle chercher plus loin ?

Il était plus que temps de prendre une décision en relation avec tout cela.
Debout, secouée par le vent marin elle contempla quelques instant la direction qu’avait pris l’homme qui, vraisemblablement, n’éprouverait jamais rien pour elle.

Pourrait-elle un jour le détester ?
Une légère douleur, ou plutôt, un pincement au cœur répondit à sa question et sa décision fut prise.
Elle resterait fidèle à ses sentiments, mais elle les effacerait en sa présence pour ne plus l’importuner. Ce n’était pas honnête, mais au moins, ils pourraient tous deux retrouver un semblant de relation normale.
Oui, même si sa décision la menait sur une impasse, elle suivrait quand même cette route la tête haute et ne pleurerait plus. Et puis, entre ce nouvel arc, les cours d’Art et d’épée, elle serait suffisamment occupée pour ne pas trop y penser. Rester digne, s’endurcir et ne plus être esclave de ses désirs, c’était cela devenir adulte et plus mature.

D’un mouvement décidé, elle se remit en position, prête à améliorer son tir. Concentrée sur sa respiration, la corde tendue, elle visa le mile. La flèche fusa, fendant l’air en un sifflement meurtrier avant de se planter tout près du centre rouge. Satisfaite, elle encocha une seconde munition.
Ténacité, rigueur et discipline : elle ne quitterait pas l’aire d’entrainement avant d’avoir touché le cœur de la cible.

Il ne voyait en elle qu’une Loinvoyant ? Elle allait lui montrer un visage Loinvoyant.


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L'arc blanc [09/09]

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