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 Encore un matin [09-09]

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MessageSujet: Encore un matin [09-09]   Mar 3 Juil - 16:48

Lune Brunissante, 9ème année du règne de Sire Vainqueur Loinvoyant

Déjà cinq lunes que les apprentis artiseurs avaient entamé leur formation, et le rituel de début de journée était toujours le même. Seule changeait pour Clément, la fréquence de ses douleurs articulaires, plus rapprochées alors que s'en venait la mauvaise saison. Levé bien avant le jour, le maître gravissait la courte volée de marches largement en avance sur le premier élève. Plus d'une fois, il lui avait fallu les redescendre pour aller houspiller un serviteur, car aucun feu de brûlait dans l'âtre, et alors, gare aux récriminations du vieillard. Une fois assuré de la température de la salle, il s'installait dans l'un des fauteuils, le même que celui qu'il avait occupé lors du tout premier cours, et se concentrait sur ce qu'il prévoyait pour cette nouvelle leçon.
Quand les premières lueurs du soleil levant commenceraient à iriser le ciel, un apprenti arriverait, puis un autre, et encore un autre... L'un après l'autre, ils s'installeraient en silence, ou avec quelques propos étouffés, de part et d'autre du vieil homme. Ce n'est que lorsque le dernier aurait pris sa place dans le cercle de fauteuils, que Clément se lèverait pour les saluer. Alors, commencerait un nouveau cours.

Pour l'heure, il était encore seul dans la semi-obscurité, ambiance idéale pour songer tranquillement. Les jeunes (et moins jeunes) gens en étaient maintenant presque à la moitié de leur formation. Il était temps de passer aux choses sérieuses, et de commencer des exercices plus réalistes.
Certes, les étapes précédentes n'avaient pas été les plus passionnantes, et il avait senti la frustration de ceux qui espéraient faire des miracles dès les premiers instants, mais elles n'en étaient pas moins nécessaires. Clément comptait bien que les futurs artiseurs soient plus les maîtres de l'Art que ses esclaves. Malgré que, cela aussi, il fallait s'y exercer constamment, le vieil homme en savait quelque chose. On pouvait bien tenir ses capacités en laisse durant vingt, quarante années, durant toute une vie même. Au final, ce serait toujours l'Art le maître, et les artiseurs resteraient ses jouets. L'expérience y perdrait sans doute la plupart de son intérêt s'il n'en avait pas été ainsi.
Il en était à ces réflexions lorsque la première présence, accompagnée du premier écho de pas, se fit entendre. Il était temps de s'éloigner de ces spéculations stériles, pour reprendre sa concentration.
Spoiler:
 
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 3 Juil - 18:44

Comme chaque matin depuis plusieurs semaines, Acuité s’était préparée pour venir assister à son cours d’Art. On ne voyait presque plus les marques de l’incident dont elle avait été le principal objet un mois plus tôt, tout du moins, les marques physiques. Intérieurement, la jeune femme était toujours perturbée et les questions se bousculaient sans arrêt dans son esprit, sauf durant les cours. Elle tâchait de faire le vide absolu, afin que personne ne puisse connaître ses secrets. Aussi, sans le savoir, elle érigeait instantanément des barrières mentales, sans se douter que forcément, cela influençait son apprentissage de façon négative. Mais elle ne voulait rien risquer.

Après avoir coiffé et agrémenté ses cheveux de peignes cuivrés avec l’aide de Brume, elle avait enfilé une robe en velours très simple d’un ton blanc perle bordé de doré, et s’était enfuie dans les couloirs encore obscurs du château. Elle connaissait le chemin par cœur, et arrivée en bas des quelques escaliers qui menaient dans la salle de cours, elle commença à se concentrer et ne senti que la présence du Maître d’Art. Surprise, elle jeta un coup d’œil à la fenêtre non loin d’elle et s’aperçu que le soleil se levait à peine. Elle était un peu en avance.

Lorsqu’elle pénétra dans la pièce, un feu brûlait déjà dans l’âtre, et comme elle s’y attendait, Maître Ordajonc trônait également sur son fauteuil. Elle le salua d’un signe respectueux de la tête en lui faisant une révérence, puis elle entreprit de se déchausser. Depuis le début, elle était plus à l’aise sans ses bottines. Enfin, elle tira un des fauteuils installés auprès du mur et vint se placer sur la droite du Maître. Alors, elle posa ses avant bras sur les accoudoirs et posa son regard sur la teinture aux couleurs chaudes qui était affichée dans la pièce, jusqu’à ce que son regard se perde et que ses yeux se ferment.

Elle tâcha de s’ouvrir à l’Art. Mais comment n’ouvrir qu’une petite trappe, lorsque tout le contenu de ses pensées souhaitait se déverser ? Elle pensait au vide, au vide absolu. Cette hésitation devait être perceptible, lui provoquant un blocage qu’elle avait du mal à gérer. Bien sûr, elle voulait artiser, réussir les exercices qui lui étaient confiés, elle s’en sentait capable et la puissance de l’Art lui ouvrait les portes de la confiance en sois. Mais en même temps, elle avait tant à cacher que cela l’emportait et que ses tentatives pour artiser se vouaient à l’échec, presque tout le temps.

Aujourd’hui, elle en était sûre, elle y arriverait. Une pensée simple, un mot unique, peu importe, elle transmettrait le message voulu sans l’usage de la parole. Des bruits de pas se firent entendre, les autres élèves entrèrent peu après. Elle sourit, en songeant qu’elle les avait sentis arriver.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 3 Juil - 22:20

Assis sur le bord de son lit, Vaillant regardait le soleil se lever. Le spectacle était beau (la mer, l'horizon, les ténèbres à peine transpercées), comme il l'était chaque matin par la grâce d'Eda, bien qu'il n'ait jamais vraiment pris le temps de le contempler auparavant, trop occupé par le fourmillement des choses terrestres. Aujourd'hui encore, Vaillant regardait le soleil, mais son esprit était ailleurs.

Il les voyait, là, tous, un par un. Acuité, Rune, Nim, Orge, Maya... A cette heure, ils gravissaient les marches sans peine, pour se rendre à la Salle d'Art. Ils étaient nombreux (plus qu'il ne l'avait d'abord imaginé), et dans l'escalier étroit, le cortège prenait du temps, les étudiants arrivaient au compte-goutte dans la Salle au feu chuchotant, près du vieillard irascible qui maîtrisait si aisément le fleuve.

Vaillant avait hâte de les rejoindre, un désir brûlant teinté d'appréhension, pourtant il resta encore quelques minutes immobile sur son lit. Enfin, lorsque le disque solaire émergea pleinement de la ligne océane, il se leva sur ses jambes et se mit en route. La Salle était proche et relativement accessible, mais pour Vaillant, la route était longue et douloureuse. C'est pourquoi il s'assurait d'avoir champ libre, d'arriver le dernier, pour que personne n'assiste à sa difficile ascension.

Cela faisait à présent plus d'un mois qu'il avait été défait au combat. Pourtant il sortait tout juste de la convalescence. La première semaine, il était resté quasi-inconscient ; durant cette période, il avait beaucoup maigri. La deuxième semaine, il n'était pas en mesure de sortir de sa chambre. La troisième semaine, il avait repris les cours d'Art, mais il avait encore une peine extrême à se déplacer. Aujourd'hui, il pouvait se mouvoir seul, muni d'une béquille ; son état s'était beaucoup amélioré mais bien sûr, il ne s'en satisfaisait pas. N'allait-il pas demeurer invalide à vie ? Ne devait-il pas s’accommoder de cette stupide canne pour monter une vulgaire volée de marche ? Ne lui faudrait-il pas désormais s'appuyer aux murs et arriver après tous les autres ?

Lorsque Vaillant arriva à la porte de la Salle d'Art, son visage était recouvert d'une fine pellicule de transpiration, mais il était content : bien qu'il n'apprécie guère la compagnie, c'était l'endroit où il se sentait le mieux à présent. Là, il était capable, et il en était sûr, il serait en mesure d'accomplir de grandes choses. Toute son ambition s'était resserrée sur cette pratique dans laquelle il était novice encore ; il était pressé, ardent, et passé le seuil il s'ouvrit tout entier, comme une fleur trop fragile s'épanouit au soleil. Il n'avait plus guère de murailles depuis son "accident", et il n'aimait rien tant que de sortir de son corps.

Ce matin encore, il n'avait pas trop mal calculé : il n'avait pas l'air en retard, ou quelques minutes à peine. Le Maître d'Art n'avait pas encore pris la parole.
- Maître Ordajonc, le salua-t-il sobrement, avant de rejoindre sa place rapidement - ou du moins, le plus rapidement qu'il put.

Prenant place parmi eux, il parcourut d'un regard bref le cercle de ses camarades, et toujours taraudé par cette horrible impression d'être observé, il s'essuya maladroitement le front du revers de la manche. Les habits qu'il portait étaient sombres et fonctionnels, ses cheveux relevés en queue de guerrier : Vaillant venait au cours d'Art comme jadis à l'entraînement, et il comptait bien exceller à l'un comme il avait, flamme éphémère, brillé à l'autre...
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Ven 10 Aoû - 12:40

Trente-cinq ans. C’est le temps qu’il a fallût à Duncan pour revenir prendre des cours d’art.
Trente-cinq ans. C’est surtout le temps qu’il a mis à se décider à apprendre à utiliser son don.

Comme tous les matins Duncan se faisait un devoir d’être exactement à l’heure, son métier le lui imposait, et il se l’imposait lui-même pour toutes ses autres activités. Vêtu de sa tunique de garde il se rendit dans la tour d’art à grandes enjambés.

Le cours avait lieu chaque jour à l’aurore, et contrairement à ce qu’il avait pensé, cela lui avait apporté beaucoup de difficultés. Non pas que le réveil matinal le gênait, en tant que Garde il avait appris à découper son sommeil dans la journée. Mais le fait de devoir être présent tous les matins au même moment lui avait posé des problèmes d’organisation. Ne pouvant plus assurer le tour de garde de cette heure, il avait dû s’arranger pour réorganiser son emploi du temps, dans la machine bien huilé qu’est la garde du château. Et c’était sans compter les ragots dans son dos, qui le disaient trop vieux pour assurer la garde du matin. Mais il préférait les ignorer, il avait pris sa décision, et ne se défilerait pas comme il y a 35 ans.

Les choses avaient peu changé dans la salle de cours, les mêmes tapisseries, la même cheminée. La plupart de ses camarades sont toujours de jeunes nobliaux, peut être même les enfants de ceux qu’il avait connu à l’époque. Seul le vieux maître était toujours le même, certes il avait pris de l’âge, mais lui aussi en avait pris et d’une certaine manière cela le rassurait.

Car oui Duncan, malgré sa nouvelle détermination, ne se sentait toujours pas à sa place dans cette salle. Il avait certes appris à lire depuis son dernier passage, mais il jurait toujours avec le reste des personnes présentes. Il était de loin le plus âgé des élève, et bien qu’il ait déjà eu des cours par le passé, un des moins doué. Mais Duncan était habitué à être différent, toute sa vie il a juré par sa taille avec les gens qui l’entourait. Et cette fois-ci il était bien décidé d’aller au bout de ce qui serait certainement le dernier défi que la vie lui imposerait. Ces idées lui permettaient de mettre de côtés ses différences et de se concentrer sur les exercices que lui demandait le vieux maitre.

Le dernier élève pénétra dans la salle. Duncan avait toujours eu du mal à se souvenir des noms des nombreux nobles qui se baladait à la cour, mais lui il le reconnaissait. Il s'agissait du noble qui avait subit une lourde blessure lors du tournois et dont on parlais beaucoup à la cour et parmi les gardes. une manière de rappelait à tous qu'un combat, même de démonstration, restait un danger permanent.

Ce n’était, de toute façon, pas le moment de se concentrer sur le dernier arrivant. Le cours allait commencer et Duncan aurait besoin de toute sa concentration.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 28 Aoû - 18:00

L'un après l'autre, ses élèves entraient, silencieux, et s'installaient, chacun à sa manière. Acuité et ses barrières si fortes depuis quelque temps, Orge toujours impétueuse en-dedans, curieusement suivie de la timide Maya, Duncan et ses espoirs, lesquels avaient bien changé depuis leur première rencontre, sa jeune parente Rune... et ce jusqu'à ce qu'un seul fauteuil reste inoccupé. Pour finir, bon dernier comme il les y avait habitués, Vaillant.

= " Jeunes Artiseurs, je vous souhaite à tous le bonjour. Y a-t-il des question, des expériences, quoi que ce soit que vous souhaiteriez partager ? "
Une fois le calme installé, le Maître, debout, commençait à peu près toujours de la même manière. Il considérait comme important de donner la possibilité à ses apprentis de s'exprimer, s'ils en avait le désir. Tout en attendant une réaction, qui viendrait ou non, Clément constata que la majorité de ses ouailles avait déjà commencé à chercher l'état propice à l'exercice de l'Art. Bien. Ils n'étaient tout de même pas si bons à rien que le vieil homme l'avait cru au départ.

Cette étape préalable passée, il reprit :
= " Aujourd'hui, nous allons d'abord procéder à quelques exercices très simples, comme un échauffement de l'esprit. Puis nous passerons à quelque chose de nouveau, car vous êtes maintenant suffisamment avancés pour exercer votre Art en-dehors des limites de cette pièce. Nous verrons cela en temps voulu. "
Il marqua une pause, le temps de scruter la physionomie du cercle de ses élèves.
= " Pour l'heure, nous allons simplement aller toucher l'Art, juste l'effleurer pour être certains que nous commençons à l'apprivoiser. L'Art est sauvage, mais avec l'habitude, il est possible de s'en approcher sans se faire mordre. Détendez-vous, mais gardez toujours bien la conscience de vous-mêmes. Allez-y, à votre rythme, comme d'habitude. Ne précipitez rien, ne forcez pas. Je vais vous proposer un chemin, mais si vous tenez à suivre le vôtre, alors, suivez-le, bien que je ne le recommande pas si vous n'êtes pas sûrs de vous. "

Il se tut de nouveau, pendant un long moment, afin de laisser à ses élèves le temps de se mettre dans l'état d'esprit souhaité. Quand il reprit la parole, c'était un ton plus bas, pour ne pas perturber la concentration des apprentis.
= " Vous êtes en vous-mêmes, et doucement, vous laissez votre esprit s'ouvrir. Oubliez l'Art, ne cherchez pas absolument à le saisir, ce serait la meilleure manière de l'effrayer. Prenez conscience que vous n'êtes pas seuls. Il y a une lumière, comme le soleil brillant de tous ses feux. Accueillez-la, juste telle qu'elle est. N'attendez rien d'elle, comme elle n'attend rien de vous, Simplement, contemplez-la "
De nouveau, il interrompit son discours, laissant le temps aux retardataires pour arriver là où le Maître souhaitait les mener. Toujours en silence, il se leva, et commença à faire lentement le tour des fauteuils, attentif à l'un, puis au suivant, chuchotant parfois quelques mots, parfois s'arrêtant plus longuement pour une explication ou une correction.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 28 Aoû - 21:24


Maya Vatis, 22 ans, fille de pêcheur.

Maya s'était assise à côté du doyen des élèves. L'homme, Duncan, détonnait quelque peu parmi toute cette jeunesse, et elle trouvait à cela un côté rassurant. En effet, la fille de pêcheurs était bien consciente qu'elle aussi, devait faire tâche d'huile parmi ces jeunes bien mieux nés, bien plus doués ou bien plus dégourdis qu'elle ne le serait jamais. Malgré les mois passés en compagnie des mêmes camarades de cours, elle avait du mal à se sentir réellement liés à eux.
Tout compte fait, n'était-ce pas une comédie qui se jouait en ces lieux depuis le début ? Et cet Art si porté aux nues, s'agissait-il vraiment d'autre chose qu'une chimère issue de quelque imagination fertile ? Néanmoins, en jeune fille effacée et obéissante comme elle l'avait toujours été, elle s'était bien gardée de s'en ouvrir à quiconque : ces gens-là devaient savoir ce qu'ils faisaient, elle n'était qu'une demoiselle ignorante qui ne comprenait pas leurs buts. Aussi avait-elle persisté à se présenter tous les matins dans la salle de cours de Maître Ordajonc, et à suivre de son mieux les directives qu'il leur donnait à tous.

Une brève inquiétude la traversa à l'annonce du programme de la journée. Alors que certains devaient se réjouir de passer à de nouvelles expériences, Maya les craignait. Elle doutait même d'effectuer correctement les exercices qu'ils répétaient depuis les premiers cours. Pourtant, il n'était pas temps de se tracasser pour la suite des événements, mais plutôt de calmer son esprit pour avoir au moins l'air de faire comme les autres. Et c'est ce qu'elle fit. Il n'était pas difficile de visualiser la scène évoquée par leur professeur, et Maya avait à l'esprit les reflets d'un soleil couchant sur une mer calme, lorsque le Maître d'Art s'approcha d'elle.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 11 Sep - 8:58

Lorsque le Maître d’Art prit la parole, Acuité rouvrit les yeux. Elle le contempla longuement tandis qu’il parlait.
-Y a-t-il des question, des expériences, quoi que ce soit que vous souhaiteriez partager ?

Oui songea-t-elle. Elle avait approché le fleuve d’Art, de près, de très près. Et elle avait senti l’attraction incroyable qu’il provoquait. Sans le vieux Maître d’Art, où serait-elle désormais ?
Depuis, la jeune femme était en proie à des sentiments contradictoires. Mélange d’attraction et de peur. Outre le fait du fleuve, elle cherchait aussi à protéger ses pensées les plus intimes, et il était difficile pour une novice d’arriver à maîtriser autant de choses, en si peu de temps.
Pourtant elle se forçait, mais elle n’arrivait pas à mettre le doigt sur la bonne méthode. En parler devant les autres élèves ne mènerait à rien. Personne dans cette salle, hormis Maître Ordajonc n’était au courant, de ce qui s’était passé en dehors du château, ce matin là.

Au delà de sa peur, au-delà du fleuve, elle avait artisé. Mince luciole dans la nuit, son message avait été porté jusqu’à deux autres feu follets, errants non loin de là. Et cela lui avait sauvé la vie.
Néanmoins, elle avait beau se forcer à revivre cette scène douloureuse, elle n’avait pas la moindre idée de comment elle avait réussit cet exploit. Aussi, elle ne prit pas la parole, et se contenta d’attendre la suite.

Le Maître leur proposa d’être leur guide s’ils le souhaitaient, elle ne put qu’accepter cette proposition. Concentrée sur les paroles du vieil homme, elle tâcha de lâcher prise, mais aussitôt, une angoisse se forma dans sa poitrine.
Ses mains se mirent à trembler légèrement et pour mieux les contrôler et ne rien laisser paraître, elle agrippa le bord des accoudoirs. Et si l’Art la consumait entièrement ? Que resterait-il d’elle ? Mieux que tous les autres ici présents, excepté le Maître pensa-t-elle, elle avait approché, presque touché, cet outil puissant, et elle avait bien comprit, ce dont l’Art était capable.

Une seule erreur de sa part et s’en était fini.

A nouveau, elle ouvrit les yeux et reprit son souffle.
Elle devait se calmer et être plus apaisée pour y arriver. Après un long soupir salvateur, son esprit se posa un peu et elle aperçu la lumière dont parlait le Maître, mais si pour les autres elle scintillait dans un horizon sans voile, pour la jeune femme l’accès était différent.
Des nuages, des barrières, l’empêchaient de profiter de tous ces rayons. Elle comprit alors que tant qu’elle aurait peur de s’ouvrir aux autres, elle n’y arriverait jamais.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 14 Oct - 21:54

Si cassante qu'elle puisse parfois être, Vaillant aimait la voix du maître d'Art. Il se laissa bercer par son flot, qui les guidait vers un flot tout autre, plus séduisant encore, et plus destructeur, celui de l'Art qui leur était encore si inconnu...

Vaillant n'avait jamais respecté aucun vieillard comme il respectait désormais Maître Ordajonc. Il avait toujours considéré la vieillesse comme une tare. L'esprit pouvait être acéré, un corps débile ne lui inspirait que mépris, à lui, le jeune homme dans la fleur de l'âge qui se targuait d'être un guerrier.
Ironie du sort, lui-même était débile aujourd'hui. Il s'y ne parvenait encore à l'accepter, s'il n'y parviendrait probablement jamais, il avait découvert que la puissance de l'esprit pouvait égaler, pouvait dépasser celle de la chair. Le Maître d'Art aurait été bien incapable de courir sur cent mètres pour sauver sa vie ; mais quel adversaire l'aurait pris en chasse quand il pouvait détourner les esprits ?
Aussi, comme par report d'allégeance, Clément était devenu son maître comme ne l'avait jamais été aucun maître d'armes. Il suivrait docilement sa voie jusqu'à ce qu'il soit capable de tailler la sienne. Il avait tellement hâte !

Pressé d'en arriver au fait, Vaillant ne souleva aucune question, aucune expérience ; il n'avait rien à partager avec ces camarades qui lui étaient si étrangers, qui, dans sa méfiance généralisée, lui paraissaient presque hostiles. Il fut soulagé que nul autre ne se manifeste, et les paroles du Maître d'Art lui firent battre le cœur :
- Puis nous passerons à quelque chose de nouveau, car vous êtes maintenant suffisamment avancés pour exercer votre Art en-dehors des limites de cette pièce. Nous verrons cela en temps voulu.
Pour l'heure, ils suivirent le chemin d'Ordajonc, celui de la Lumière que chacun, en lui, devait laisser pénétrer, et admirer aussi prudemment que possible.

Mais Vaillant, trop enthousiaste, n'avait que faire de prudence. De conscience de lui-même, il n'avait que trop. Dans la contemplation, il s'abîmait. Il était si largement ouvert, si épanoui qu'il sentait autour de lui la présence plus ou moins timide de tous les élèves, à l'exception d'Acuité qui formait une sorte de zone aveugle d'où sourdait l'ombre. Vaillant s'en détourna ; il n'avait d'yeux que pour le soleil. Si souple, il s'agenouilla sur la terre rouge, saisit une poignée de sable entre ses doigts, comme il faisait à l'entraînement. Mais le sable était si brûlant qu'il s’incrusta dans la paume de ses mains.

Précipitamment, Vaillant se releva sous le soleil de plomb. La chaleur était si torride qu'elle lui brûlait la peau. Dans un moment d'horreur, il sentit son visage partir en lambeau. Alors il poussa un cri sans mot et sa douleur sans frontière se déversa sur le clan d'Artiseurs défaits des leurs barrières.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Sam 26 Oct - 22:39

= " C'est bien, Maya. "
commenta le vieil homme en arrivant près de la plus timide de ses élèves. Certes, il passait la plupart du temps pour un éternel insatisfait, mais des dizaines d’années à former de jeunes - ou moins jeunes - gens lui avaient aussi appris à reconnaître quand quelqu'un avait besoin d’être encouragé pour trouver sa propre confiance. Et nul doute que Maya était de ceux-là. L'Art se trouvait bien dans la vision de la fille de pêcheur, mais d'une manière très diffuse. Trop, comparée à ce que le Maître attendait. Mais comme le but était de se familiariser avec le domaine qui deviendrait spécialité pour quelques-uns, il préféra se charger lui-même de corriger. Glissant un peu de lui dans la scène, il en intensifia légèrement le contenu magique, avant de se retirer tout aussi discrètement. Vainqueur aurait sans doute été ravi d'apprendre qu'il arrivait à Clément de pousser ainsi un exercice pour accélérer les choses.

Puis il laissa la jeune fille pour passer au suivant, continuant son manège et restant quelques instants auprès de chacun. Arrivé à Acuité, il lui sembla pourtant qu'il aurait besoin de plus de temps pour elle. Ses origines auraient pourtant dû lui faciliter la tâche, mais il y avait de toute évidence autre chose. Et l'Ordajonc se doutait bien de quoi il pouvait s'agir, car il n'y avait pas eu la moindre ombre de blocage pour elle aux premiers temps.
= " Il est bon de connaître les dangers, Acuité, mais ils ne doivent pas tout empêcher. Quand vous avez appris à marcher, il vous est sûrement arrivé de tomber, et plus d'une fois. Pourtant, on vous a relevée, et je présume que vous avez essayé de nouveau. N'est-ce pas ? "
Il lui laissa le loisir de répondre, commenter, ou quoi que ce soit, avant de préciser :
= " Vous ne risquez rien, ici. "

Comme pour prouver le contraire, le cri mental de Vaillant résonna à cet instant. Avec un juron indistinct, le Maître détourna son attention de la fille de Glace, pour la reporter sur l'estropié. En vitesse, il l'entoura d'un voile de nuit, assez sombre pour absorber la lumière aveuglante, assez frais pour atténuer la brûlure, et surtout, suffisamment épais pour isoler le jeune homme de ses camarades. Le mal était sans doute fait, et chacun aurait reçu un choc d'une manière ou d'une autre, mais si l’expérience restait brève, il leur serait plus facile de s'en remettre.
= " On va tout recommencer à zéro. Reprenez les exercices de concentration de base, "
aboya le vieil homme, même si le seul responsable de l'incident ne l'entendrait pas. De toute manière, ça ne ferait jamais de mal aux jeunots, et il ne pouvait pas risquer quoi que ce soit de plus compliqué : maintenant, il avait besoin de temps pour s'occuper de Vaillant.

A la suite ce ce qui n'avait duré que quelques instants, mais qui pourrait facilement passer pour des jours entiers d’après les perceptions du jeune noble désormais coupé du reste du monde, Clément en vint donc à son cas. Prudemment, et se couvrant lui-même de ce voile sombre, pour le cas où le brasier ne serait pas éteint dans l'esprit de son trop enthousiaste élève, il s’immisça dans son monde intérieur. Il n'y glissa d'abord pas entièrement, attentif à ce qu'il allait bien pouvoir y trouver, et qui déterminerait la manière dont il réagirait, ainsi que celle qu'il emploierait pour ramener Vaillant à une situation plus normale. Le passage de savon viendrait ensuite.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 17 Nov - 22:38

C’est le son des cris du clan qui la tirèrent de sa concentration. Dans la salle, une sorte de panique suivit d’une torpeur avait envahi chacun des artiseurs. Et puis, aussi subitement que la tempête avait éclatée, elle s’était instantanément calmée. Derrière ses murailles, Acuité n’avait rien senti. Pourtant, à en juger par le comportement du Maître, l’incident aurait pu être grave.

Il leur demanda de recommencer les exercices de bases et comme tout le monde n’avait d’yeux que pour Vaillant, Acuité se douta que la faute provenait de lui.

Le visage des artiseurs montrait encore la douleur de l’instant vécu. Même bref, chacun semblait un peu hébété et effrayé. Elle s’enorgueillit un moment d’avoir de si bonnes murailles, rien ne pouvait l’atteindre.
Mais d’un autre côté, elle ne pouvait artiser correctement sans les abaisser. Ce dilemme l’ennuyait, et tandis que chaque élève recommençait les mêmes exercices ennuyeux, elle se mit à réfléchir sur la façon de procéder, pour s’ouvrir à l’Art, sans se trahir.

Si le Maître ou pire, un élève fouillait sa tête, ses secrets pourraient être révélés, et cette idée lui était insoutenable. Elle devait trouver un moyen, il devait bien exister. Peut-être que Vainqueur saurait comment faire ? Elle lui demanderait de la former et de l’aider à progresser.
Non pas que les méthodes de Maître Ordajonc lui fasse défaut, juste que la peur d’être découverte dans cette pièce la tétanisait et empêchait toute essence d’Art de la caresser.

Derrière ses murailles bien dressées, que voyait-elle ? Elle se concentra à nouveau et perçu les infimes passages des autres élèves devant elle, qui tâtonnaient à travers l’Art sans même la voir. Pourtant, elle les voyait bien. Tapis dans l’ombre de cette barrière, elle observait le style de chacun.

La délicate hésitation de Maya, la fougue d’Orge et Vaillant qui…Vaillant qui avait totalement disparu ?
Où était-il passé ? Elle avait beau le chercher aux abords de sa forteresse, il n’était nulle part. Elle se demanda alors si l’incident précédent n’était pas plus grave qu’il n’y paraissait.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Sam 30 Nov - 18:01

Vaillant cherchait frénétiquement les morceaux de son visage. Il finit par les rassembler sur le sable, lambeaux inertes et roussis, qui soudain se ressoudèrent pour former... une chose, une chose qu'il lui sembla reconnaître, amas de peau grotesque où saillaient les traits de Vainqueur.
- Alors camarade, on remet ça quand ? lança la chose d'une voix moqueuse, avant de lui sauter au visage.

Vaillant fit un geste brusque pour se protéger, mais désormais leur peau ne faisaient plus qu'une, et il ne pouvait l'arracher sans blesser sa propre chair... L'horreur et le dégoût l'envahirent, alors que ses ongles hésitaient sur sa peau. Et puis, sans crier gare, un voile noir s'abattit sur lui. L’atmosphère brûlante redevint respirable. Comme un linge frais, une présence bienveillante se trouvait près de lui.

- Maître Ordajonc ? murmura-t-il mentalement, mais seule l'obscurité l'environnait.
Il porta les mains à son visage, palpa ses traits. La chose avait disparu, mais l'angoisse étreignait toujours son cœur. 
- Maître Ordajonc, est-ce vous ? Où sont les autres ? reprit-il, inquiet.

Il ne percevait plus rien ni personne en dehors de l'ombre, qu'il sentait se faufiler dans son esprit. Il aurait dû s'en protéger, peut-être, mais s'en sentait tout-à-fait incapable. Dans la solitude obscure, il avait même besoin d'un âme amie, et lui fraya un passage entre ses murailles en ruines, blotti dans l'ombre comme un enfant blessé.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 22 Déc - 17:36

= " Acuité, je ne me souviens pas vous avoir dispensée de faire comme tout le monde. A vos exercices. "
grogna le Maître alors qu'il s'accordait un instant pour vérifier que chacun de ses élèves suivait ses consignes. Instant qui n'aurait visiblement pas été perdu. Une fois de plus, il se demanda comment Vainqueur pouvait bien prétendre que lui, Clément Ordajonc, se devait de former un tel ramassis d'incapables. Et pire, d'y trouver un futur Maître. Si même la Loinvoyant du troupeau se mettait à refuser d’écouter ses consignes, comment un seul d'entre eux pourrait bien devenir un Artiseur digne de ce nom ?

Il y avait pourtant plus urgent que ces récriminations déjà bien radotées, et il en revint au cas de Vaillant. La fournaise s’était éteinte. Bien, bien. Et le gamin s’inquiétait de ce nouvel isolement, constata-t-il sans étonnement. Il commença par desserrer légèrement le maillage du tissu de nuit, le rendre un peu moins imperméable, tout en surveillant la manière dont son élève réagissait au début de retour de l’extérieur. Et surtout, sans s'approcher plus qu'il ne l’était déjà. Il sentait bien l’état d'esprit du fougueux Artiseur, mais ce dernier devait apprendre seul à se sortir des situations qu'il causait. Clément relâcha encore un peu le tissage sombre, suffisamment cette fois pour que Vaillant puisse s'en extraire sans son aide lorsqu'il aurait retrouvé ses esprits.

Calmez-vous, tout ce que vous avez vu ne vient que de votre propre imagination. Cela ne peut vous faire de mal si vous le refusez suffisamment fort.
commença-t-il, plus docte que consolateur. Aucun de ses élèves ne pouvait l'imaginer comme un grand-père gâteux, à gourmander un enfant qui se serait écorché le genou, n'est-ce pas ?
Vous devez apprendre à vous discipliner. Quand vous serez prêt, revenez. Vous pouvez le faire seul, et cela aussi, vous devez l'apprendre.
Sa voix mentale gardait un détachement identique à cette distance qu'il maintenait avec l'accidenté, et il ne fit plus aucun geste dans sa direction, se contentant une fois de plus du rôle de l'observateur.
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mer 26 Fév - 22:02

Lorsque le Maître d'arme la gourmanda, elle ferma les yeux comme si cela pouvait atténuer la réprimande.
Cependant, au lieu de reprendre les exercices de base, comme cela lui était demandé, ses interrogations pointaient toutes vers Vaillant.

Délicatement, à tâtons, elle cherchait à ressentir à nouveau la présence de chacun dans ce monde parallèle au service de l'art, mais elle dû se rendre à l'évidence, Vaillant avait tout simplement disparu.

Elle rouvrit les yeux et regarda en direction du jeune homme. La tête légèrement penchée en arrière, les yeux mi-clos, il paraissait proche de l'endormissement au premier abord. Pourtant, en le fixant un peu plus, elle remarqua les traits de sa mâchoire tendus.

Au fond d'elle, un sentiment d'inquiétude était entrain de naître.  Est-ce que l'Art avait réduit en cendres l'esprit du blond? Elle frémit à cette idée, bien certaine que ce triste destin pouvait frapper à la porte de chacun ici présent.

Son regard se porta sur le cercle des autres artiseurs, tous étaient retournés à leur concentration comme demandé, mais l'atmosphère qui les englobait à présent n'avait rien de rassurant. Une onde d'inquiétude les traversait tous.

Diantre! Leur lien en tant que clan était-il déjà si puissant? Cette magie était décidément impressionnante et au delà de l'attraction qu'elle appliquait sur chacun, les artiseurs avaient, sans le savoir, déjà créé le lien indéfectible propre à un clan.

Au fur et à mesure que ses réflexions s'amoncelaient, la boule glacée au fond d'elle grossissait. Cette angoisse à l'idée que l'un des leurs avait été blessé ou pire, la tétanisa un instant.

A grand renfort d'un courage qu'elle n'aurait pas cru présent, elle se concentra sur le feu de cheminée et plongea dans les méandres de ces esprits à la recherche du seul être qu'elle ne pouvait sentir. Abaissant ses barrières mentales, se hissant à travers la pénombre, accrochée à d'infimes bribes de souvenirs ou de tout ce qui pouvait lui rappeler Vaillant, elle cherchait le jeune homme dans l'obscurité.

Ses barrières prêtent à jaillir pour protéger ses secrets, elle finit par arriver devant un dôme aussi noir que la nuit. D'une main incertaine, elle toucha cette surface glacée et d'une voix douce murmura.

Vaillant?

Dans la pièce aux murs de pierre, chauffée par l'âtre salvateur, Acuité s'était abandonnée sur son fauteuil. Si son visage paraissait apaisé, un large sourire s'afficha subitement sur ses lèvres. Elle était capable d'artiser volontairement. Et mieux que ça, elle en avait compris le principe.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Ven 21 Mar - 12:22

- Calmez-vous, tout ce que vous avez vu ne vient que de votre propre imagination. Cela ne peut vous faire de mal si vous le refusez suffisamment fort.

Vaillant entendit le Maître d'Art aussi distinctement que s'il avait véritablement parlé - et, l'esprit hagard, tenta de réfléchir à ce conseil. Il tâcha de lever ses murailles, mais n'y parvint qu'à moitié. Il se sentit soudain très seul, et abandonna l'entreprise. Il n'avait pas à se protéger du monde extérieur. Comme le vieil homme l'avait souligné, le danger ne venait que de lui-même et de son esprit meurtri. Mais comment se protéger de soi-même et des pensées dont il n'arrivait pas à se défaire depuis l'accident ?

- Vous devez apprendre à vous discipliner. Quand vous serez prêt, revenez. Vous pouvez le faire seul, et cela aussi, vous devez l'apprendre, continuait le Maître d'Art.

L'obscurité, alentours, s'était éclaircie. A distance, il distinguait clairement les vastes contours de l'esprit du Maître d'Art, mais ne percevait toujours aucun de ses camarades. Cette quiétude, toutefois, ne l'inquiétait plus. Il sentait qu'il lui suffisait de tendre la main pour lever le voile. Et cette certitude lui suffisait. Il se sentait plus en sécurité dans cette semi-pénombre qu'il ne l'avait été depuis des jours. Il craignait de s'exposer à nouveau aux rayons du soleil. Il se souvenait avec terreur de la sensation de brûlure sur sa peau, de la chose tapie non loin, et s'enveloppait de ténèbres.

Soudain, une main sembla percer le voile, et sentit distinctement la présence d'Acuité. Pour la première fois, car la jeune fille ne s'était jamais livrée lors de leurs exercices. Il fut surpris de comparer la forme de son esprit à celle de son corps, comme si toutes deux ne coïncidaient pas bien. Il lui semblait qu'il se trouvait en présence de quelqu'un d'autre que la Duchesse blonde et dédaigneuse qu'il croisait depuis de longs mois.

Submergé de gratitude pour cette apparition qui le tirait d'une solitude affreuse, il s'ouvrit tout entier à elle et, en quelque sorte, l'absorba. Dans ce monde de songes, ses sentiments étaient décuplés, et il se comportait à l'opposé de la réalité. Lui qui avait été si renfermé ces dernières semaines, fuyant toute présence humaine tout en désirant ardemment un confident, se livrait sans y regarder. L'attirant dans la douce torpeur de l'obscurité, il se blottit contre elle, et elle ne put rien ignorer, alors, de l'enfance dorée de Bauge, des frères laissés là-bas, de la mère trop pieuse, des rêves et des plaisirs qui avaient été siens depuis son arrivée en Cerf.

De sa blessure, enfin, qui lancinait à l'extérieur et sourdait à l'intérieur, avec cette honte et cette haine d'avoir été trompé, meurtri puis abandonné, comme un agneau à l'abattoir qui ne pouvait depuis détourner les yeux du couteau.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Sam 5 Avr - 10:56

Clément n'avait pas perdu de temps à vérifier si Acuité lui obéissait, certain que la jeune béarnaise ne pousserait pas l'incorrection jusqu'à refuser de suivre son injonction. Les rares éléments de ce genre avaient tous quitté la classe au cours du premier mois, où le professeur s’était montré particulièrement pointilleux sur la discipline, en partie dans le but de se débarrasser des élèves les moins assidus : aucune raison donc que ce côté-là vacille à présent, qu'il pensait.

Pourtant, alors qu'il se détachait peu à peu de Vaillant, ayant senti qu'il commençait à se reprendre, il remarqua la présence de la Loinvoyant, bien plus proche qu'elle n'aurait dû. Allait-il continuer dans le rôle du vieux Maître intraitable et intransigeant ? Eh bien, pour cette fois, non. Il formait certes des Artiseurs, et il s’efforçait de les faire tendre vers la perfection, mais il ne devait pas pour autant s'agir d'individus isolés les uns des autres. Il formait un Clan, un groupe de personnes liées entre elles par quelque chose que le commun des mortels, non doté de cette magie, ne pouvait comprendre. Cet aspect n'avait pas encore été tellement travaillé, car il y avait déjà tellement à faire. Mais Clément n'allait pas empêcher un geste mental en ce sens. Et puis, il était aussi curieux de voir où cela mènerait les deux concernés, et d’évaluer en même temps leurs capacités dans une situation non prévue.

Il resta donc en retrait de tous ses jeunes élèves, attentif et prêt à intervenir si nécessaire. Vaillant devait trouver lui-même le chemin de son retour, mais qu'une aide lui soit apportée par l'un de ses camarades ? Pourquoi pas. Surtout de la part d’Acuité : cela pourrait faire du bien à ces deux esprits-là, et leur professeur se tenait prêt à ramasser les pots cassés le cas échéant.

Spoiler:
 
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Acuité Loinvoyant
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Sam 5 Avr - 14:48

Elle l’avait trouvé et lui avait sentit sa présence. Elle fut consciente d’être parfaitement visible pour lui et elle voulut lui sourire pour lui montrer qu’elle le dépassait sur les chemins de l’Art.
Depuis le cours de tir à l’Arc, une sorte de compétition permanente se jouait entre eux, et aujourd’hui, elle pensait véritablement avoir gagné.

Sur le point de lui cracher sa défaite au visage, elle perdit pied subitement, comme si le sol s’était effondré sous elle et qu’elle tombait dans un puits sans fond. La présence de Vaillant était si forte autours d’elle, qu’elle comprit finalement, que le voile épais qui s’accrochait à elle n’était autre que lui. Il l’entrainait dans les profondeurs de ses propres pensées, de ses propres souvenirs et elle était sur le point de se noyer.

Il s’ouvrit entièrement et l’ombre devint lumière. Une lumière aveuglante qui lui offrit tout, même ce qu’elle ne souhaitait pas posséder. Ainsi, elle fit un voyage à travers les souvenirs de Vaillant. De son enfance à aujourd’hui, elle fut consciente de tout. Ses espoirs, ses rires, ses peines, ses souffrances, ils devinrent siens.
Elle fut surprise de découvrir un souvenir dans lequel elle reconnu Taebryn. Qui était cette fille à son bras? Mais elle n’eut pas le temps de s’arrêter sur ce détail, déjà, il lui montrait autre chose.

La douleur qu’elle ressentait alors était autant physique que morale. Elle se sentait humiliée, flouée, et la rage qu’elle contenait semblait la dévorer de l’intérieur. Etourdie par autant d’informations en si peu de temps, elle ne put reconnaitre la personne vers qui était tournée cette décharge de sentiments négatifs.  

Et puis, elle arriva au fond du puits. L’image de Vaillant repris une forme qu’elle reconnue. Il avait l’air tout aussi mal en point qu’elle et au delà de la colère qu’elle éprouvait face à ce qu’il venait de lui faire subir, une forme de compassion l’envahi. Il souffrait. Beaucoup et en silence.

A son tour, fin et délicat comme de la soie d’araignée, le jeune homme s’immisçait en elle. Instinctivement, elle dressa ses barrières mentales et rompit le contact. Son temps de réaction avait été trop long à son goût.
Elle se leva d’un bon, en hurlant un « non !» qui résonna quelques secondes dans la pièce.

Hébétée, pantelante, son regard était tourné vers Vaillant, tandis que celui du Clan ne regardait qu’elle. Qu’avait-il vu  en elle ? La panique s’ajouta au surplus de sensation…si Vaillant avait détecté Brun à travers son cœur, elle risquait d'avoir de gros soucis, le Maître d’Armes plus encore.
La migraine qui accompagnait le réveil brutal de l’Art l’empêchait de penser correctement et à deux doigts d’invectiver Vaillant sur ce qui s’était passé, elle vacilla et sombra dans l’inconscience.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 6 Avr - 21:59

Vaillant entourait Acuité et lui livrait tout, avec une générosité libératrice. Ils partageait un même esprit, à présent, et dans cette ivresse il lui parut naturel de sonder ce nouvel alter-ego. Mais à peine s'était-il approché qu'il fut rejeté brutalement. Leurs mains se séparèrent et Acuité disparut soudainement.

Vaillant se retrouva seul dans l'obscurité avec une terrible sensation d'abandon. Un sentiment de faiblesse et une volonté d'à tout prix le camoufler, c'est tout ce qu'il avait eu le temps de ressentir lors de leur brève communion.

- Acuité ? appela-t-il mentalement, sondant les ténèbres.
Mais aucune réponse ne lui parvint. Il ne sentait même plus la présence du Maître d'Art.
Où était-elle ? Où était-il ? Pourrait-il un jour les rejoindre ?

L'angoisse le saisit alors qu'il réalisait, comme dégrisé, le danger de sa situation. Où était-il ? Dans quel pétrin s'était-il mis ? Etait-ce cela, le fleuve d'Art qui engloutissait les esprits et laissait les corps bavants, à l'état de nourrissons décérébrés ?

Il tâcha de se souvenir des paroles du Maître d'Art, qui lui intimait de revenir, par ses propres moyens. Pouvait-il le faire seul, vraiment ? Il aurait préféré que l'on vienne le chercher, même Acuité. Il avait trop peur de ce qui l'attendait dans la lumière. Et si le rêve recommençait ?

Enfin, il prit son courage à deux mains et écarta le voile. Dehors, point de sable brûlant, point de visage grimaçant. Mais une lumière qui peu à peu s'intensifia, jusqu'à l'éblouissement.

Brutalement, Vaillant réintégra son corps. Il sentit la douleur de sa jambe et, plus intense, de sa tête qui semblait cerclée d'un anneau de fer. Point de couronne, non, mais une migraine qui l'empêcha d'abord de reconnaître ses camarades, et lui mit le cœur au bord des lèvres.

Il prit conscience des regards posés sur eux, sur Acuité surtout, affaissée sur le sol. Tout à propre douleur, il ne ressentit aucune commisération, ni même inquiétude pour elle. Elle lui semblait à des lieues de l'intimité qu'ils avaient partagée. Et cette pensée le répugnait : il s'était ouvert à elle sans pudeur, stupide, et elle lui avait tourné le dos et s'était enfuie comme une voleuse.

Etait-ce la rancœur, ou bien les suites de son voyage mental, il sentit qu'il allait vomir. Il se leva et balbutia avec ce qu'il pouvait de solennité, mais sa bouche était pâteuse :
- Maître Ordajonc, puis-je me retirer ?

Chancelant sur les pieds, il se demandait s'il aurait la force de descendre seul ce maudit escalier.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 25 Mai - 17:42

En se retenant d'intervenir, Clément avait été témoin de la rencontre d'esprit à esprit entre les deux jeunes artiseurs. Il avait deviné comme l'un se déversait maladroitement vers l'autre, obstinément fermée. Et il avait attendu. Aucun ne se trouvait en danger, l’expérience ne pouvait que leur être bénéfique, dans le fond. Même s'il leur faudrait des lunes, ou plus probablement, des années, pour en prendre conscience. Comme le jeune noble revenait finalement à la réalité, le maître d'Art se leva, lentement.
= " Cela suffit. Vous tous, sortez. Et pas de retard demain matin. Vous avez tous encore bien du travail. "

Son regard se tourna vers le principal responsable de l'interruption.
= " Vaillant, vous, vous restez ici. "
Le ton n'acceptait aucune contradiction. Il aurait besoin de réfléchir à ce qui venait de se passer, mais ne pouvait laisser ni le Fruturive, ni la Loinvoyant à eux-mêmes après cela. Alors que ses étudiants débarrassaient le plancher, et sans plus sembler se rendre compte de la présence du premier ni de quoi que ce soit d'autre, il tendit son Art à la recherche du protecteur de la seconde, pour instiller dans son esprit la volonté de monter les escaliers de la Tour où il se trouvait. Il allait avoir besoin des muscles de l'homme pour ramener l'inconsciente, dans les deux sens du terme, jusqu’à ses quartiers. Il la verrait ensuite, quand il aurait terminé de s'entretenir avec Vaillant.
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Taebryn Ruderacine
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 27 Juil - 10:32

Taebryn attendait à côté de la porte comme d'habitude. ces heures de cours d'Art lui semblait ne jamais finir. Et puis, en fin de matinée toujours, Acuité sortait de la pièce, comme vidée de toute vitalité.

Ce jour là pourtant, rien ne se passa comme prévu. Il entendit la sommation d'Acuité, vive et claire. Et avant même qu'il ne frappe à la porte afin de s'assurer que tout allait bien, celle ci s'ouvrit sur une horde d'étudiants qui disparurent bientôt dans les escaliers en colimaçon.

Glissant un oeil à l'intérieur de la salle, il aperçut alors Acuité, gisant sur le sol, livide.
Il se précipita alors auprès d'elle, s'assura de ses fonctions vitales en posant un doigt à sa jugulaire.
Dans une incompréhension totale, son regard passa de Vaillant au Maître.

- Seigneur Ordajonc, que s'est-il passé?, demanda-t-il en passant un bras sous les dos de la jeune femme et l'autre sous ses genoux afin de la porter.

Il jeta un nouveau regard à Vaillant. Depuis leur soirée au Nid, ils ne s'étaient pas reparlé, mais le Béarnois trouva le moment mal choisi pour des retrouvailles, d'autant plus que le nobliaux semblait coupable de l'état de la petite Duchesse.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Lun 28 Juil - 21:55

Les Artiseurs quittèrent la salle, mais cette faveur lui fut refusée.
- Vaillant, vous, vous restez ici.
C'était autant un ordre qu'un fait, car le jeune noble se sentait tout à fait incapable de désobéir à la volonté explicite du Maître d'Art. Y avait-il instillé quelque magie ?

Vaillant était trop défait pour y réfléchir et, concentré sur la répression de sa nausée, se rendit vaguement compte de l'entrée de Taebryn. Son ami. Ou presque.

L'homme se précipita sur Acuité et lui tâta le pouls comme si on l'avait sauvagement agressée. Que s'était-il passé ? Il n'aurait su l'expliquer lui-même, mais il était sûr d'une chose : il n'avait rien fait de mal. Alors pourquoi le Béarnais le regardait-il ainsi ?

- Je n'ai voulu blesser personne, dit-il, s'adressant autant au valet qu'au magicien.
Etait-ce pour cela que l'Ordajonc le retenait ? Pour lui reprocher ce qu'il avait "fait" à Acuité ?
- Ça n'est pas ma faute, gémit-il, comme un enfant coupable.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 19 Aoû - 9:54

= " Votre protégée a abusé de ses forces. Le reste ne vous concerne pas. "
répondit froidement l'Ordjonc à l'homme d'armes. Ce qui se passait dans cette pièce devait y rester, et il n'allait certainement pas donner des explications poussées sur l'Art à un tel profane.
= " Vous feriez mieux de la ramener à ses appartements, et de veiller à ce qu'elle se repose. Mais si elle se réveille, arrangez-vous pour garder son esprit focalisé sur quelque chose de concret. Je la rappellerai plus tard, il nous faudra discuter. "

Attendant bien d’être obéi, le maître d'Art resta immobile et silencieux, apparemment désintéressé des deux autres hommes, jusqu'à ce que le non-artiseur veuille bien quitter les lieux. Cela fait, il alla refermer tranquillement la porte, comme s'il ne s’apprêtait qu'à une simple conversation de routine avec Vaillant, et prit un siège non loin de ce dernier.
= " Croyiez-vous vraiment que ce serait toujours simple ? Ou que vous ne feriez jamais d'erreur ? Rasseyez-vous donc, "
Son ton initialement sévère se radoucit, sans pourtant que la note professorale n'en disparaisse.
= " Personne ne vous accuse de rien. Ce qui s'est passé ne pourra que vous rendre plus prudent, plus résistant à l'avenir, et c'est vrai pour vous comme pour la demoiselle Acuité. Ce genre d’expériences n'est jamais agréable, mais reste souvent nécessaire pour progresser vraiment. "
Le jeune noble pouvait sentir que le vieux maître se faisait quelque peu distant, évoquant des souvenirs qu'il maintenait hors de portée de quiconque, mais pour lesquels il éprouvait un mélange de vive affection et de tristesse. Cela le rendait bien éloigné de l'image du vieil homme glacial et intraitable, qu'il montrait généralement à ses étudiants.
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Mar 26 Aoû - 22:06

Le vieil homme donna brutalement congé au Béarnais, et Vaillant en fut rassuré. Il avait envie d'être seul, et c'était toujours un de moins - surtout celui-là. Il ne resta plus dans la pièce que lui-même et le Maître d'Art, qui refermait déjà la porte. Le jeune noble avala sa salive acide et se prépara au pire.

Mais l'Ordajonc l'invita à s'assoir, ce qu'il fit avec soulagement, et lui adressa des paroles calmes et positives. Ça n'était pas sa faute. C'était une erreur et les erreurs aidaient à progresser. Les Artiseurs en passaient par là.

Il crut voir un sourire sur les lèvres parcheminées du vieux Maître. Un sourire ?! Il y regarda mieux mais la migraine brouillait sa vue et la chose lui paraissait improbable. A moins que...
- Avez-vous vécu pareille chose, Maître ?

C'était faire preuve d'audace, mais il aurait souhaité se rapprocher de son mentor. Comme s'il avait besoin de quelqu'un d'autre que Vainqueur pour susciter l'admiration dans son cœur. Un nouveau maître. Un nouveau meneur.

Soudain la tête lui tourna et il avoua :
- Je ne me sens pas bien.
Il espérait que le vieil homme lui donnerait de cette écorce de saule dont il parlait parfois. Il en avait assez de souffrir.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Sam 30 Aoû - 17:09

La question de son élève avait quelque chose d'audacieux qui lui donnait envie de le rembarrer fermement, mais en même temps, le poussait à la sincérité. Tout d'abord, il reprit pourtant sa distance d'homme de Béarns.
= " Aucune expérience n'est semblable à une autre. "
Et puis, considérant le jeune noble, et sentant le besoin qui lui pesait, il se décida à lâcher quelques mots de plus.
= " Bien que plus personne ne s'en souvienne, j'ai été jeune moi aussi. Et j'ai commis des erreurs, moi aussi. Sans elles, je ne serais sans doute pas à cette place aujourd'hui. Pourtant... j'aurais préféré que le passé prenne un autre chemin. "

Furtivement, filtra par-delà les barrières du maître, l'image d'une jeune femme pleine de vie. Ses cheveux châtain brillaient de mille feux sous les reflets d'un soleil de printemps au beau fixe, et elle partait d'un rire empli d'insouciance. Mais en moins d'un battement de cœur, Clément avait retrouvé le contrôle mis à mal par ses souvenirs doux-amers, et mis fin au partage. Le malaise de Vaillant fut curieusement le bienvenu, et le vieil homme se releva aussitôt.

= " Je vais vous chercher quelque chose. Ne bougez pas. "
Il disparut un moment dans ses appartements attenants, puis revint avec un récipient fumant qui dégageait une senteur un peu âcre, avec un autre parfum impossible à identifier.
= " Patientez encore un instant, le temps que l’arôme des plantes se transmette suffisamment à l'eau. Cela devrait vous soulager. "
Posant son chargement à même le sol de pierre, il revint s'asseoir auprès de son élève.
= " Et vous, Vaillant. Pensez-vous que quelque chose, aujourd'hui ou demain, puisse parvenir à justifier le prix que vous avez payé ? "
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Vaillant Fructurive
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Sam 30 Aoû - 22:01

Vaillant écouta les paroles du maître d'Art et opina silencieusement.

Il avait du mal à imaginer que le vieillard avait été jeune, jusqu'à cette image qu'il intercepta. La jeune fille, qui devait être morte aujourd'hui, était auréolée de la lumière du cœur. Maître Ordajonc avait été jeune, tout comme lui, et amoureux, plus que lui, et lui aussi regrettait le passé, sans doute avec plus d'amertume encore.

Plein de sollicitude, le vieil homme partit lui chercher un remède qu'il posa à même le sol. Vaillant faillit perdre l'équilibre en le ramassant, et s'accrochait désormais au bol comme si sa vie en dépendait. L'odeur du breuvage était amère et, pressé, il effleura l'eau brûlante de ses lèvres. Mais les dernières paroles du Maître d'Art le figèrent comme une statue.

Il avait toujours si bien protégé son secret, par honte ou par un reste de loyauté, qu'il n'avait pas pensé qu'Ordajonc puisse être au courant. Pourtant, à y réfléchir, c'était évident. De la même façon que le Maître entendait leurs échanges, une telle force d'Art n'avait pu échapper à sa vigilance.

Vaillant se sentit soudain moins seul et en voulut presque au vieil homme de n'avoir pas révélé avant sa connaissance des événements. Ils étaient quatre à présent : Vainqueur et lui-même, Acuité et Clément.

- J'aime à penser qu'El et Eda m'ont détourné du corps pour me rapprocher de l'esprit, répondit-il, comme s'il y avait mûrement réfléchi.
De fait, il s'était jeté corps et âme dans l'apprentissage de l'Art depuis que ses chances de s'illustrer à l'épée s'étaient évaporées.

- Mais nous savons très bien, vous et moi, que ce n'était pas la faute d'El et d'Eda, reprit-il dans un murmure, cherchant du regard la confirmation du Maître d'Art.
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MessageSujet: Re: Encore un matin [09-09]   Dim 31 Aoû - 8:35

Le vieil homme haussa ses sourcils de neige en voyant l'empressement de son jeune élève à se brûler avec la boisson qu'il avait préparée à son intention, mais ne fit aucun commentaire. Pourtant, cette simple attitude reflétait assez bien le caractère de Vaillant. Il lui faudrait apprendre la patience, mais l'Art commençait déjà à s'en charger. Clément avait confiance en la vertu du temps et de l’étude, et en ces projets qu'il allait bien falloir commencer à aborder avec le baugien. Sauf que ce dernier avait visiblement besoin de parler d'autre chose dans l’immédiat. Qu'à cela ne tienne, le maître, lui, n’était pas impatient.

= " Vous ne donnez pas l'impression de réellement aimer le penser. N'est-ce pas plutôt une manière de mieux accepter ce qui fut ? Et je vous suis parfaitement sur le fait que nos dieux ont moins de pouvoir que ne leur en prête le commun. Les faits qu'on leur attribue peuvent bien souvent trouver une autre explication. "

Quand on maîtrisait la magie des Loinvoyant, on voyait autrement les figures divines. On se sentait plus sur un pied d’égalité avec elles. Et pourtant, certaines choses ne pouvaient être évitées. Clément ne savait pas exactement ce qui s’était passé durant ce fameux tournoi, auquel il avait soigneusement évité de paraître. Mais il aurait fallu être aveugle de l'Art, pour ne pas percevoir que la magie royale y avait été utilisée, et pour ignorer les changements qui en avaient découlé chez Vaillant. Pour le vieil homme, les plus significatifs n’étaient d'ailleurs pas les plus visibles. La rancœur du blessé envers le roi ne lui avait pas échappé, et connaissant le caractère de Vainqueur comme sa propension à user de sa magie pour de mauvaises raisons, il avait été aisé de supposer un scénario général qui s'approchait de la vérité. Que le souverain ne soit pas seul responsable importait peu : pour l'heure, les sentiments de son élève l'arrangeaient trop pour qu'il tente de les tempérer.

= " Mais connaître les responsables ne permet pas de changer le passé. Cela, même l'Art, qui nous fait parfois apparaître semblable aux dieux, ne le peut. Par contre, l'avenir... que voulez-vous pour votre futur, Vaillant ? Que voulez-vous vraiment ? "
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Encore un matin [09-09]

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