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 Graine de colère [05/09]

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MessageSujet: Graine de colère [05/09]   Ven 1 Juin - 16:05



Depuis toujours, Bourg-de-Castelcerf comptait sa part de vifiers. Des nobles, des gens du commun et même des vauriens. Tous vivaient leur différence en solitaire, ne trouvant que rarement l'occasion d'évoquer à voix haute leur magie. Bien sur, le danger d'être reconnu motivait leur discrétion, mais, plus important, la pudeur guidait leurs gestes.

Faucheur ne faisait pas exception à la règle, encore qu'il ne soit nullement motivé par la pudeur mais bien par l'habitude; chacune de ses activités étant bardées de secrets et de mystères par soucis d'efficacité.
Seulement, un parfum de changement flottait dans les airs. Par delà le royaume, des vifiers s'organisaient, des vifiers se rebellaient, des vifiers réclamaient justice! Et voila que sous les traits de Meric Duroy, ils frappaient à la porte de Castelcerf. Timidement, pour l'instant. Mais Faucheur savait ce que ça signifiait. Bientôt, le mouvement gagnerait le duché du roi et les vifiers deviendraient une force avec laquelle il faudrait compter.
Faucheur était vifier lui-même et en quête de pouvoir, justement. Il ne saurait laisser passer sa chance et s'était donc empressé d'accueillir le changement sous les traits de Meric. Plus que ça, il comptait bien alimenter sa colère et l'utiliser à bon escient. Mielleux et complaisant, il avait proposé un logement au jeune homme et calmé ses hardeurs en promettant de rassembler les vifiers des alentours, qu'ensembles ils concocteraient la meilleure des vengeances.

Et il avait tenu sa promesse. Aussitôt dit, aussitôt il avait lancé le mouvement: un message circulait de vifier en vifier disant qu'il était temps de se mobiliser, qu'ils avaient rendez-vous avec l'histoire dans la taverne de Faucheur.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Ven 8 Juin - 20:54

Cela faisait bientôt trois jours que Meric était arrivé à Castercelf. Le bourg était agréable, quoique secoué par les vents de bords de mer glacés. Il n’avait jamais aimé le froid et c’est pour cela qu’il avait rajouté une peau de bête sur ses épaules.
Ici, les habitants ne le regardaient pas avec étrangeté. Bien sûr, ils avaient repéré que le jeune homme n’était pas de la ville, mais pour eux, sa tête n’était pas mise à prix. Quel bonheur de pouvoir retirer son capuchon à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, sans risquer la pendaison.

Aussi, depuis son arrivée, il furetait. Cherchant à travers les dialogues de la ville, des informations sur les habitudes de sa cible. Il savait déjà qu’elle aimait chasser, et l’information était d’autant plus intéressante qu’il avait appris qu’elle y allait souvent seule. Restait à savoir où exactement, et quelques jours de planque aux abords du château lui donneraient réponse.

A ce sujet, le château était imposant mais moins peuplé que ce qu’il avait pensé. Il avait déjà passé une journée complète non loin de l’entrée principale afin de voir qui y entrait et qui en sortait. Beaucoup de pages, de serviteurs, en clair, des personnes qui ne ferait sûrement pas attention à sa présence. Mais il avait également noté la présence de la garde, composée de solides gaillards.
C’était le frein principal à son plan de kidnapping de la fille du Duc. A première vue, l’attraper dans les bois serait un bien meilleur moyen d’assouvir sa vengeance, sans éveiller les soupçons. Il n’était pas rare de retrouver des corps mutilés par des sangliers. A ce jour, c’était son meilleur plan. Mais il ne fallait pas agir dans la précipitation, d’autres plans plus valables pouvaient se présenter.
Et pour couronner le tout, s’il arrivait à créer la vague de fureur des vifiers présents en Cerf, il pourrait aisément profiter de la cohue pour la capturer ni vu, ni connu.

Ses pensées dessinèrent un sourire carnassier sur son visage, alors même qu’il poussait la porte de la taverne où il logeait. Le propriétaire des lieux était un homme étrange, trop aimable pour être honnête. Meric s’en méfiait comme de tous ceux qu’il rencontrait à la taverne. Ici, les vifiers paraissaient encore se découvrir, sans vraiment connaître leurs dons. Cela aurait pu en être presque touchant. Enfin, il n’était pas là pour leur apprendre à utiliser le vif, mais bien à les liguer ensemble face à un ennemi commun.

Il salua le propriétaire des lieux d’un hochement de tête et s’installa à une petite table, dans un coin. Comme s’il avait lu dans ses pensées, ce dernier s’approcha une choppe de bière à la main. Il la posa sans délicatesse sur la table de bois, déjà abîmée. Meric en bu une grande gorgée, et expira bruyamment avant de reposer la choppe.

-Merci, dit-il simplement.

Il avait clairement évoqué à Faucheur le projet de lever les vifiers, mais avait gardé sous silence la petite vengeance personnelle qu’il préparait. Nul n’avait besoin de connaître ses desseins, déjà qu’il avait mis la puce à l’oreille de Cendre. Il ne voulait pas faire la même erreur ici à Castercelf.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Sam 21 Juil - 15:36

Brasier était arrivé depuis plus d'un mois à Castelcerf, et en l'absence du Roi pour répondre à ses questions, il rongeait son frein entre consultations discrètes au près des vifiers de Cerf et entretiens avec le Reine-mère.

S'il avait appris que se tenait cette rencontre entre vifiers, ce n'était donc pas par hasard. Tout comme se présence dans cette taverne était loin d'être innocente.
Il espérait faire plus que répondre à ces âmes solitaires et meurtries qui venaient à sa rencontre. Il espérait montrer à tous ce qu'il était possible d'accomplir, ensembles. Pour la première fois, il avait prévu de prendre un risque et de se révéler aux yeux de parfaits inconnus en tant que maitre du Lignage.

Seulement, il attendait le bon moment, anonyme au milieu des clients de ce lieu sordide, une cape dissimulant autant que possible sa silhouette. Quand il vit Meric entrer, il recula un peu plus dans le renfoncement de sa place et resserra sa capuche sur les traits de son visage. Voir le meilleur ami de son fils à Castelcerf ne lui disait rien qui vaille.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Jeu 26 Juil - 20:53

Lorsque Cendre avait eu vent de l'information s'étaient immédiatement posés des problèmes très concrets. Bien sûr, elle irait. Mais comment ? Elle ne pouvait ainsi quitter le service de Dame Mésange pour se rendre à Castelcerf, comme ça, sans raisons. Elle pouvait bien sûr inventer toute sorte de mensonges, mais aucun ne lui paraissait pour l'instant réellement convaincant. Et puis, le destin lui avait donné un petit coup de pouce...

La Duchesse se languissait de sa fille unique. Il ne se passait pas un jour sans qu'elle ne se demande comment allait Acuité, ou qu'elle ne saisisse une brosse qui lui rappelle les longs cheveux d'Acuité, ou qu'elle n'évoque un mot drôle ou touchant qu'un jour avait dit Acuité. Pour Cendre qui se trouvait auprès d'elle tous les jours, cela avait quelque chose d'obsédant. Ce n'est que lorsqu'elle vit la Duchesse écrire une longue lettre à sa fille, ce qu'elle ne faisait d'habitude qu'à la lumière des chandelles, que Cendre eut le déclic.

Pourquoi n'irait-elle pas elle-même porter cette lettre à Acuité ? Bien sûr Castellonde ne manquait pas de messagers plus qualifiés et moins précieux qu'elle au service de la Duchesse. Mais les messagers ordinaires ne restaient pas plusieurs jours auprès des destinataires de leur fardeau pour s'enquérir de leur santé, de leur nouvelle vie à Castelcerf, de leurs nouveaux amis, des aventures qu'ils avaient pu y vivre, de leur progression magique, de l'état de leur garde-robe, de la qualité de leur sommeil et j'en passe. Elle, Cendre, pouvait faire cela, porter à Acuité l'amour envahissant de sa maîtresse et lui retourner tous les détails insignifiants qui lui étaient si précieux.

L'argumentaire eut tôt fait de convaincre Mésange, dont les émotions laissaient transparaître un manque évident d'impartialité. Fort heureusement, elle lui donna son accord avant de s'en référer à Glace. Pourquoi d'ailleurs lui ferait-elle part de l'absence de sa servante personnelle ? Cendre était plus qu'enchantée de s'éloigner du Duc quelques temps, même si la présence de son délégué à Castelcerf, un certain Taebryn, entachait quelque peu la perspective libératrice de ces vacances - de même que l'impossibilité d'emmener Flair avec elle. Elle en aurait presque oublié la raison pour laquelle elle avait demandé congé.

Pourtant c'est à la Taverne de Faucheur qu'elle se rendit en premier lieu, avant même de passer au château délivrer son message. Ayant sous-estimé la longueur de la route, elle venait tout juste d'arriver. Elle était si rompue qu'elle ne prit pas le temps d'admirer Bourg-de-Castelcerf (où elle n'avait jamais mis les pieds, pas plus qu'ailleurs dans le Duché central) et demanda son chemin à la première occasion.

Avec une certaine anxiété, elle rabattit sa capuche sur son visage et poussa la porte du débit de boisson. En ces lieux se pressait le villageois lambda et elle se demanda, déboussolée, si elle ne s'était pas trompée d'endroit. S'approchant du comptoir, elle balaya la salle des yeux en attendant que le tavernier vienne prendre sa commande. Il ne lui fallut que quelques secondes pour repérer les silhouettes indistinctes qui, par leur discrétion manifeste, contrastaient tant avec le reste des clients qu'elle se mit à craindre pour leur sécurité. Elle espérait qu'ils pourraient s'entretenir dans un endroit plus discret.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Ven 3 Aoû - 3:05


- Le plaisir est pour moi, Méric. Mais la bière est vraiment peu de chose, tu ferais mieux de garder tes remerciements pour plus tard.

Un clin d'oeil complice et une main amicale posée sur l'épaule de son protégé, Faucheur n'avait pas l'air le moins du monde soucieux ou inquiet. L'entreprise était pourtant nouvelle en Cerf : réunir les vifiers ainsi, et dans quel but ! mais finalement, ça ne changeait pas vraiment de ses affaires habituelles. Il était chez lui, dans sa taverne, son antre et ce n'était pas si différent de la réunion des maquereaux et coupe-jarrets des ruelles pour qu'ils lui payent leurs dû, pas bien plus dangereux que d'habriter des pirates outriliens pour vendre les failles dans les défenses côtières des Duchés, pas aussi sensationnel que le commerce d'esclaves - sans tatouage s'il vous plait, nous ne sommes pas comme ses barbares de Chalcède voyons.
Le gros lard qui tenait le bar lui fit un signe et Faucheur tourna distraitement un oeil vers la porte qui se refermait sur un client s'en allant. Enfin, cela pouvait véritablement commencer. Le rêveur prit la choppe de Méric sans lui demander sa permission et sortit une clef en métal de la poche intérieur de sa veste. Tout en faisant quelques pas vers le centre de la pièce, il sonna le rassemblement.

- Mesdames et messieurs, maintenant que nous sommes entre-nous, je pense qu'il est temps d'aller dans un endroit légèrement plus au calme, non que les oreilles soient connues pour trainer dans mes murs, mais simplement pour que le commerce de mon humble établissement puisse continuer à tourner pendant notre petit réunion. Suivez-moi je vous prie.

Le sourire de Faucheur était contagieux. Il était un hôte confiant et non un conspirateur apeuré, indiquant même à certains de conserver leur verre comme si de rien n'était. Il n'avait pas dit comment il savait que tous ici étaient vifiers. Et il n'avait visiblement aucune intention de s'expliquer sur le sujet. Le contrôle de la suite des évènements lui appartenait, tout comme la clef qu'il tourna pour ouvrir la porte cachée à l'arrière de la cuisine, donnant vers un escalier, lâchant un mot de passe à l'un de ses gardes - purement par protocole, et pour l'impression aussi. Une cave à vins des plus classiques, si ce n'était la large table ronde et les bougies présentes pour l'occasion.
Le nombre de chaises correspondait parfaitement, encore un mystère que Faucheur ne s'empressa pas de résoudre, se contentant d'un simple "Prenez place, vous êtes ici chez vous." Il fouilla de nouveau dans ses poches pour en sortir une petite amulette qu'il déposa sur la table devant lui avant de s'asseoir également.
Le vifier vérifia consciencieusement les boutons de ses manches avant de relever la tête vers ses camarades de Vif, comme s'il venait seulement de se rappeler qu'il devait prendre la parole. Il sourit de nouveau largement, mais d'un sourire factice cette fois, assurant que tous ses mouvements même précédents étaient eux-aussi travaillés.

- La confiance ne fait pas vraiment partie de notre quotidien, or il va me falloir en faire preuve ici même car c'est seulement ainsi que nous pourrons bâtir quelque chose, quelque chose pour nous vifiers.
On m'appelle Faucheur - oh non, ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas obligés de me révéler votre nom, ce n'est d'ailleurs pas le mien bien entendu. Un pseudonyme utile toutefois et qui pourra vous ouvrir certaines portes. Si vous êtes de Cerf, vous avez peut-être entendu parler de moi. Laissez-moi vous rassurer : ce que vous avez entendu est vrai.
Il n'y avait absolument rien de rassurant là-dedans, la simple confirmation qu'ils se trouvaient bien dans le repaire d'une tête pensante du crime organisé. Faucheur donnait son identité sans demander en retour. Quoi de mieux pour dominer une assemblée d'égaux que de se distinguer. Mes mains ne sont sûrement pas les plus propres, mais vous conviendrez qu'elles sont à-même de répondre à nos besoins présents. Je vous serai donc gré de ne pas vous offusquer outre-mesure qu'un individu tel que moi ait pris l'initiative de cette réunion, simple facilité logistique si vous voulez. Mais nos problèmes personnels n'intéressent personne ici. Si nous sommes là, c'est pour parler des problèmes de notre communauté, des problèmes du Vif.
Si vous avez répondu à mon appel, c'est que vous en avez assez d'une vie à vous taire. Nous sommes là pour nous exprimer, mes amis,
conclut-il sérieux mais agréable, invitant à la parole.

Il s'amusait toutefois. Cette situation était excitante et pleine de promesses, il avait toujours vu le vif comme un outil personnel mais jamais comme sa plus grande chance d'accroitre ses relations et il adorait les nouveautés comme un enfant les sucreries. Surtout quand les nouveautés peuvent lui permettre d'acquérir plus de pouvoir. Oh il n'était pas très rassurant de constater que Faucheur s'amuser.
Le maître de cérémonie attendit patiemment sans ajouter un mot de plus, se contentant de jouer avec la chaîne de son amulette, la mordillant et la nouant entre ses doigts sans avoir l'air d'y prêter attention.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Lun 13 Aoû - 13:58

Brasier ne détachait pas son regard de Faucheur depuis que ce dernier avait sonné le rassemblement. Voir Méric, puis Cendre, arriver dans la taverne lui avait déjà causé un choc suffisant. Découvrir que le maitre des lieux prenait ses marques en tant qu'instigateur d'un mouvement vifier lui vrillait littéralement les entrailles.
Cet homme avait un pouvoir de meneur, ce qui n'était pas une bonne nouvelle. Ses paroles flattaient l'âme, tout ce qu'il fallait pour qu'on l'écoute et qu'on le suive. Bien malgré lui, Brasier ne pouvait que s'en défier.

Très sérieux, et abaissant sa capuche alors qu'il entrait dans l'arrière salle, Brasier révéla son identité sans faillir, tournant même le visage pour rencontrer les regards de Cendre et de Méric. Il ne s'afficherait pas comme étant lié à qui que ce soit, mais il ne se cacherait pas en tant que maitre du lignage, qu'on se le dise. Force tranquille, il prit place sans hésiter ni calculer.
Brasier était le genre d'homme droit dans ses godasses et qui dégageait une autorité naturelle, peu importait les conditions.

Attentif mais défiant, il écouta le discours de Faucheur. Quand l'occasion de s'exprimer se présenta, il garda le silence, préférant voir où tout cela mènerait plutôt que de tenter d'influer sur le cours des événements en prenant, le premier, la parole.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Lun 13 Aoû - 19:54

Après l’annonce de Faucheur, toute la mauvaise graine qu'il restait dans la taverne s’était avancée dans l’autre pièce. Meric était étonné de voir le nombre de participant à la rébellion, si rébellion il y avait. Car à l’heure actuelle, rien n’était moins sûr. Le bruit courait parmi les vifiers qu’un soulèvement était à prévoir pour bientôt. Grand bien leur fasse, Meric en profiterait juste pour atteindre sa cible, et s’il n’y parvenait pas, peu importe. Le Duc avait également une épouse.

Avec un sourire mauvais, tout à ses pensées, il s’avança parmi le troupeau. La plupart puaient autant que leurs bêtes et le jeune homme ne pu s’empêcher de grimacer, quand soudain, une odeur lui parvint. Une odeur qu’il connaissait. Il chercha autour de lui, les sourcils froncés, humant l’air discrètement. C’est alors qu’un des hommes retira son capuchon. Il le reconnu immédiatement. Sire Brasier Vifargent. Le vieil homme s’autorisa même à lancer un regard appuyé à Meric qui tressaillit intérieurement.

Bon sang !!! que fait-il ici ? Lui souffla sa petite voix intérieure.

En proie à une sorte de tétanie, il s’immobilisa quelques instants, avant d’ordonner à ses jambes de continuer d’avancer. Il s’installa le plus loin possible de l’homme sans vraiment cesser de le surveiller du coin de l’œil. Sire Brasier. L’homme qui avait de sang froid, abattu le cheval de lien de son meilleur ami, l’homme qui était pourtant le père de son meilleur ami, ce même homme qu’il avait décidé de retrouver après son altercation avec Cendre, mais il était arrivé trop tard. Il n’était pas dans son domaine en Béarn, et maintenant, Meric comprenait pourquoi.

Sa présence ne laissait rien présager de bon. Brasier était un meneur né, un chef de meute. Ceux qui ne le craignaient pas étaient fous à lier. Il possédait ce don, tout comme Ondin. Ce don qui faisait que quiconque croisant son chemin l’écoutait et le respectait, parce qu’on savait que notre vie pouvait dépendre tout autant de son bon vouloir.

Intérieurement, Meric était en panique, aussi, il n’écouta qu’en partie le discours de Faucheur, Maître de ce coupe gorge qu’il appelait taverne. L’homme s’enorgueillit des crimes commis, flattaient le vif et leurs possesseurs et certains s’y laisseraient surement prendre.

Sur sa droite, un homme déjà prit la parole, arguant des méfaits de la populace, sur des vifiers. L’heure était à la vengeance et à la naissance d’un nouveau mouvement de colère. Meric ne put que s’en frotter les mains. Lui qui pensait avoir des difficultés pour s’approcher de sa cible, commençait sérieusement à penser que cela serait finalement bien plus aisé avec pareils alliés. Son sourire s’élargit, dévoilant ses crocs blancs prêts à attaquer. C’est alors qu’il la vit : Cendre était là également. Malgré son capuchon, il reconnu son regard.

La cause hein ? lui souffla la petite voix avant d’émettre un rire strident. Réglons d’abord le compte de la famille du Duc, et alors après…nous nous occuperons des vifiers. Utilisons les d’abord….d’abord mon ami…servons nous de ces pouilleux, trop occupés à aboyer qu’a vraiment mordre.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Ven 7 Sep - 14:32


Cela démarrait lentement comme toujours. Mettre des inconnus dans une salle et leur demander de comploter et de médire sur la gestion du royaume n'était pas des plus naturels, chacun avait ses réticences, chacun ses véritables intentions à cacher. Le dessus du gâteau se révélait croquant à souhait, et Faucheur avait hâte d'atteindre le coeur de cette délicieuse petite assemblée de vifiers.
Il avait proprement accepté la présentation de Brasier, n'osant pas encore le défier ouvertement si tôt dans la partie. Les autres n'avaient pas la carrure de meneurs, ils assemblaient les faits et savaient se plaindre comme il faut mais aucun n'avait encore eu le cran de proposer quoique ce soit. Faucheur sourit de nouveau alors qu'un léger silence s'installait. Temps pour moi de reprendre la parole, ronronna-t-il en dévorant ses interlocuteurs des yeux et lâchant comme à regret son amulette avec laquelle il n'avait cessé de jouer.

- Notre condition est en effet bien triste mes amis, et vos récits à tous nous le confirme encore. Notre don fait peur, par notre naissance nous sommes comme marqué au fer rouge à l'instar des esclaves en Chalcède, prisonniers en somme de notre condition. Qui ici peut se targuer d'avoir une vie heureuse ? Oh je veux bien avoir réussi dans mes activités et Sir Brasier ici présent jouit des avantages de la noblesse, mais que peut un vifier seul face aux préjugés !
Il dévorent ces Duchés comme ils nous dévorent nous-mêmes, comment pouvions-nous être tant ici en Cerf et pourtant être des inconnus les uns des autres ? Le Lignage, ô comme j'aurai aimé en avoir entendu parler plus tôt, lorsque enfant je parlais aux rats et que ma mère me battait me croyant fou... Même si ce n'était qu'une chimère, rêver de son existence m'aurait bien aidé. Mais je n'avais pas la chance d'habiter Béarns sûrement car sinon ses membres m'auraient protégés... comme un fils, je présume.


Le vifier sentit ses mots faire mouches dans quelques esprits, la réunion était en Cerf et presque tous étaient cerviens - comme si de toute façon, il allait s'amuser à déployer des moyens pour atteindre les vifiers de Béarns, c'était bien trop loin de son réseau pour qu'il puisse en tirer le moindre profit. Quant au Lignage, si la plupart le découvraient peut-être maintenant, la nouvelle de la mort du fils de Brasier avait circulé à durant le mois. Il avait eu raison de faire des recherches sur ce comte avant cette réunion, c'était l'homme dangereux à abattre ici.
Le Lignage ne serait pas l'organisation qu'ils rejoindraient, oh non, le Lignage ne pouvait pas promettre autant que ce que lui pouvait donner. Faucheur était un homme généreux. Il ne demandait que de simples faveurs en retour. Rien de bien méchant en somme.

- Nous sommes d'honnêtes citoyens du royaume mes amis. Le système nous a rejeté depuis longtemps, alors nous vivons à sa marge, encapuchonné, ombre parmi les ombres. Et cela nous satisferait sûrement bien, vivre nos vies avec nos compagnons de lien, et même entre nous qui sait ? Les Duchés n'ont pas qu'un seul visage, pas qu'une seule couronne et les Loinvoyant ne dirigent que ce qu'ils peuvent voir depuis leurs châteaux, nous avons plein de place pour nous autres.
Avions, plein de place.
Je ne suis pas un homme fier. Mes activités ne me le permettent pas. Je ne me marierai sûrement jamais, je ne serai jamais officialisé à telle ou telle position, mon nom ne connaîtra pas la gloire et comme je pourrais m'en satisfaire ! Une part d'ombre, une miette, un reste, un tout petit reste de cette monarchie pour m'y laisser vivre, voilà ce que je désirai avoir. Et alors que nous ne demandions rien, cette minuscule insignifiante petite place qui ne leur coûtait rien et qui signifiait tout pour nous, ils nous la prennent !
J'ai pu vivre avec le ressentiment des hommes, je ne ploierai pas devant leur persécution ! Et si c'est un royaume qui nous fait face, alors nous aussi nous devrons être unis, pour se protéger, pour partager les connaissances de notre lignée, certes oui, mais plus encore : pour nous battre et reprendre ce à quoi nous avons droit depuis toujours, la reconnaissance. Et si les Duchés doivent nous craindre pour cela, qu'ils nous craignent donc.


Il avait peur de surjouer. Se laisser gagner par ses émotions était peut-être le meilleur moyen de les communiquer, mais avoir insidieusement attaquer les fondements du système servait plus son propre plaisir que ses objectifs. Les vifiers ne devaient pas se tromper de cible. Le combat se dirigerait pour leurs avantages, il n'en donnerait que les détails pratiques. Et tant mieux si ces détails correspondaient donc avec les siens, Faucheur ne luttait pas contre les coïncidences.
Le malfrat passa sa langue sur ses lèvres après avoir tant parlé - il n'avait pas pris de verre face à lui, souhaitant être tout entier face à son auditoire. L'adhésion des hommes étaient tout, le reste négligeable. S'ils l'acceptaient comme chef, rien n'était impossible même porter un coup à la famille royale elle-même.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Jeu 13 Sep - 20:51

C’est par le plus grand des hasards que Soudaine avait entendu parler de cet évènement, qui pourtant la touchait de près. N’ayant que très peu de contacts avec les vifiers, surtout à cause du métier qu’elle exerçait, elle n’aurait probablement jamais su qu’une réunion allait avoir lieu si elle n’avait pas tendu l’oreille à quelques mots échangés à voix basse par deux hommes, dans l’auberge de sa tante. Retenant la date et le lieu, elle commença à poser des questions autour d’elle sur cette homme appelé Faucheur. Déjà auparavant, elle avait entendu des rumeurs à son propos, et aucune n’était flatteuse, en particulier celles concernant ses activités. Sa méfiance s’était alors éveillée et l’avait fait hésiter. Au final, sa curiosité l’avait emporté sur tout le reste.

Quand ce soir là arriva enfin, elle servit quelques mensonges à ses palefreniers et à sa famille, se libérant donc un peu avant la fin de la journée, et prit un autre cheval que Flèche pour se rendre à la réunion. Celle-ci avait pourtant tenté de la convaincre de la faire venir, décidée à se trouver près d’elle dans une situation aussi dangereuse, ce que Soudaine avait refusé net. Pas mal d’habitants de Bourg-de-Castelcerf étaient capables de reconnaître Flèche, en particulier pour sa robe immaculée et la cavalière qu’elle portait souvent. Soudaine serait rapidement remarquée par un passant, et elle ne tenait pas à informer toute la ville de l’endroit où elle se rendait, et encore moins de ceux qu’elle s’apprêtait à y rencontrer. Elle entra donc chez Faucheur drapée d’une cape grise, qui cachait ses cheveux, ses habits de travail, et qui jetait une ombre sur une partie de ses traits.

Cet endroit n’aurait pas pu être qualifié de miteux puisqu’il était dans un état meilleur que la plupart des tavernes de Bourg-de-Castelcerf, cependant il n’avait rien de chaleureux ou même de confortable, et à ce qu’elle en savait, sa fréquentation habituelle n’avait rien de rassurante. Même armée, Soudaine ne se serait jamais rendue dans un endroit pareil en temps normal. Elle se faufila jusqu’au bar, cherchant des yeux le propriétaire, mais elle était arrivée trop tard et ne vit que son dos alors qu’il descendait les escaliers. Elle suivit le mouvement, peu à l’aise parmi ces gens. La plupart d’entre eux étaient d’une pauvreté dont elle était loin de ressentir les affres. Certains ne semblaient pas s’être lavés depuis un certain temps. Elle se demanda à quel genre d’animaux ces personnes se liaient, et comment les bêtes en question pouvaient supporter l’odeur de leurs compagnons.

Faucheur entama son discours. Il savait employer les mots de manière subtile, Soudaine s’en rendit compte à l’instant où il ouvrit la bouche. Ses phrases étaient tournées de telle sorte qu’il puisse plaire sans pour autant promettre quoi que ce soit. Quand chacun autour de la table se mit à raconter sa propre histoire personnelle, Soudaine ne put que retenir un soupire. Elle avait déjà entendu ces pleurnichages des dizaines de fois auparavant, et n’était pas là pour en entendre d’autres. Pour combler son ennui et sa frustration, elle commença à observer les visages qui l’entouraient. Ils étaient bien plus nombreux qu’elle ne l’aurait imaginé, d’autant que tous les vifiers de Bourg-de-Castelcerf n’étaient sans doute pas présents. Seuls deux visages lui parurent familiers, et elle pria pour que ceux-là ne la reconnaissent pas et n’informent pas toute la communauté vifière que la maîtresse d’écurie était des leurs. Ce genre d’info circulait à une vitesse impressionnante, et en très peu de temps la cour le saurait, puis la royauté elle-même. Elle se félicita d’avoir pensé à cacher son visage.

La longue série des sérénades s’acheva enfin, quand le tavernier reprit ses belles paroles. Il leur exprima son soutien et sa compassion, presque touchant de mièvrerie, et pourtant animé par la flamme de la détermination. Elle suivit son regard quand il désigna un Sir Brasier. Ainsi cet homme d’un certain âge faisait partie de la noblesse. Il ne venait clairement pas du coin et Soudaine s’interrogea sur sa présence à Castelcerf. Faucheur continuait son discours, et certains de ses arguments laissèrent Soudaine perplexe. Le Lignage... Elle n’avait jamais tellement comprit de quoi il s’agissait. Son grand-père lui en avait vaguement parlé autrefois, comme d’une communauté à laquelle il avait appartenu étant jeune. C’était de là que lui venaient ses connaissances sur la magie des bêtes, ces mêmes connaissances qu’il avait transmise à Soudaine. Existait-il réellement une telle organisation, et si oui, où se trouvait-elle exactement ?

Faucheur était de plus en plus vague dans ses propos, mais ses paroles avaient un certain effet exaltant sur la jeune femme, qu’elle tenta de réfréner. Il incitait à la violence de manière insidieuse, elle le sentait parfaitement. Un silence répondit à ses propos, pendant lequel Soudaine réfléchit à une manière de le pousser à se dévoiler plus. Elle était méfiante, mais surtout elle voulait savoir dans quoi cet homme inquiétant comptait entrainer tous ces vifiers en quête d’un meneur.

Vivre entre nous ? Elle espéra que sa voix était assez ferme. Et oublier nos proches, et oublier ceux qui nous soutiennent, nous acceptent et nous chérissent ? Pour devenir quoi, au juste ? Des bêtes ? Il y eut des murmures choqués, certains protestant qu’elle avait les mêmes propos que les anti-vifiers, mais ils souhaitaient trop entendre ce qu'elle avait à dire pour provoquer une esclandre. Car c’est ce qu’ils craignent de nous. Est-ce cela que nous recherchons ? Confirmer leurs légendes, leurs histoires de sorcellerie et de bestialité ? Devenir des monstres, et au nom de quoi ? De notre fierté vifière ? Elle avait pratiquement craché ces deux derniers mots. Se penchant, elle planta son regard dans celui de l’homme, et une partie de ses cheveux s'échappèrent de sa capuche pour venir toucher la table. Car vous n’êtes peut-être pas fier de ce que vous êtes, Faucheur, mais certains ici tiennent sans doute à le rester.

Bien qu’elle n’ait pas cherché à s’attirer l’approbation de la salle, quelques murmures appréciateurs lui confirmèrent qu’elle avait vu juste. Au moins une partie des vifiers présents étaient assez malins pour se rendre compte de la folie que représentaient les aspirations de Faucheur. Bien sûr, Soudaine n’avait pas été claire, sur la solution alternative à cette violence que prônait le tavernier, pour la simple raison qu’elle n’en avait pas. En attendant, elle n’avait rien trouvé d’autre que de calmer les ardeurs.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Ven 21 Sep - 0:43

Lorsque le maître des lieux les invita à passer dans l'arrière-salle, Cendre fut surprise de constater que tous ceux qui se trouvaient là en étaient. Ils n'avaient pas glorieuse allure et elle les avait d'abord pris pour de simples villageois. Elle fut rassurée qu'ils ne se trouvent qu'entre Vifiers ; le secret serait mieux gardé, si tant est qu'une réunion aussi importante, par le nombre comme par l'esprit, puisse rester secrète.

Ces Vifiers inconnus, elle les suivit jusque dans l'arrière-salle en question, qui s'avéra être une cave à vin. Presque inconnus : elle reconnut bientôt Brasier, auquel elle adressa un sourire timide, mais indéniablement amical. Bien qu'elle lui envoyât régulièrement des missives, elle n'avait pas revu le vieil homme depuis bien longtemps, et sa vue l'emplit de nostalgie et de tristesse, à la pensée de la mort d'Ondin - mais d'espoir, aussi : car à ses yeux, le Comte de Vifargent serait l'homme de la situation s'il se résolvait à passer à l'action, comme sa présence à Castelcerf, comme sa présence ici le laissait présager.

Toutefois, ce fut Faucheur qui, le premier, prit la parole - et la garda. Alors que de nombreux d'entre eux se montraient incertains, il avait l'air tout à fait sûr de lui - un peu trop, même. Il menait manifestement le jeu, se décrétant maître de la situation comme du lieu.
Cette arrogance agaça Cendre. Elle trouvait que Faucheur parlait beaucoup, parlait beaucoup de lui, se vantant qui plus est de ses activités criminelles comme s'il y avait là quelque source d'honneur. Etait-on sensés faire confiance à un individu pareil ? Etait-on sensés le suivre et l'écouter ? De l'autre bout de la table, elle avait envie de lui arracher cette agaçante babiole avec laquelle il jonglait, l'air content de lui.

C'est alors qu'elle croisa le regard de Meric. Son sourire amer se figea, et elle retira tout à fait sa capuche, le dévisageant toujours avec défiance, et une certaine répugnance : il l'avait reconnue, elle n'allait pas se terrer dans son coin. Elle était toutefois rassurée d'avoir tout ce monde autour d'elle. Si tant est que ces villageois, qui déjà se fendaient de témoignages plus ou moins hargneux sur leur condition malheureuse, ne soient pas autant de petits Meric en puissance. Elle était bien incapable de dire quelle direction prendrait l'assemblée.

Faucheur, manifestement, voulait imposer sa direction. Et elle devait lui reconnaître un certain talent pour parler en public, et exciter les âmes à El sait trop quoi. Cependant, s'il visait les Vifiers de Cerf, il ne pourrait convaincre ceux de Béarns : elle faillit jaillir de son siège lorsqu'il parla de la "chance d'habiter Béarns", où une telle réunion n'eut pas été possible, à moins de finir en morceaux dans la rivière. Mais sa voisine de siège, une femme aux cheveux argents, la devança de peu.

Ses paroles se voulaient provocatrices, mais elles ne purent, outre qu'elle était heureuse de voir quelqu'un se dresser si haut contre Faucheur, qu'emporter son adhésion. Avec plus de modération, mais tout aussi déterminée, Cendre poursuivit :
- C'est aussi mon avis. Une telle situation ne peut plus être tolérée, et nous devons nous unir pour y remédier, mais à juste cause tout moyen n'est pas bon. Quoique vous proposiez -Faucheur, vous qui avez l'air si fier de vos méfaits - nous devons éviter la tentation de la violence. Sans quoi nous passerons pour les bêtes dans l'état desquelles ils ne demandent qu'à nous maintenir.

Et son regard s'attarda, pesant, sur Meric dont elle soupçonnait les projets de sang. Avant de se reporter, plein d'attentes, sur la personne de Brasier. Elle espérait, elle savait que sagesse et modération viendraient par sa bouche. Et feraient mouche, leur sort en dépendait !
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Sam 22 Sep - 21:49

D'un rire goguenard, un vifier resté bras croisés dans un coin prit la parole. Il avait l'oeil vif et le sourire crapuleux. En vérité, il travaillait sur les docks, au déchargement des péniches venues de Bauge. Officieusement, l'homme faisait passer des marchandises pour Faucheur, ce qui ne l'empêchait pas, officiellement, de pouvoir affirmer, sans faillir, n'avoir aucun lien avec lui. ce qui l'arrangeait particulièrement en ce jour.

- ça vous va bien de tenir ce genre de discours. Deux dames qui viennent nous parler violence! Laissez donc la guerre à ceux qui entendent quelque chose à son fonctionnement. (rire sombre) Ma famille? Vous croyez que leur sort ne m'inquiète pas?! Bien sur que si! Et plus que tout, je tremble pour mon fils qui vient d'avoir 6 ans et qui fait ses premières expériences du Vif. Je tremble à l'idée qu'on le surprenne entrain de lier le plus beau des liens avec un animal. Parce que vous savez ce qu'ils seraient capable de lui faire? Peut-être que vous ne le savez pas, mais moi je le sais très bien, et je peux vous assurer que la seule réponse que ce genre de personne comprend, c'est la violence. Mais je ne vous parle pas d'agir à tord et à travers, de ces actes dignes d'animaux, mais bien d'une frappe ciblée, précise et efficace, portée en plein coeur et avec l'assurance de se faire comprendre: les vifiers ne sont pas à négliger et encore moins à mépriser. Qu'on se le dise! Ils sont forts, ils sont nombreux et ils ont leur mot à dire.

Plutôt content de lui, l'homme, qui se nommait Grisby, se mit à se balancer sur son siège l'air de demander: alors, vous avez quelque chose à redire?
Sa fierté n'eut pas le temps de parader bien longtemps, rapidement mit à mal par un grondement venu de loin. Brasier allait s'exprimer et les plus avertis l'aurait vu venir sans mal. Et pour cause, ça faisait quelques minutes qu'il bouillait littéralement face à ce monceau de crétineries proférées à tords et à travers.

- Oh, mais vous allez vous taire, bougre d'âne! Finit-il par exploser. Vous ne savez même pas de quoi vous parlez! Laisser un enfant de 6 ans se lier? Autant dire qu'il peut comprendre quelque chose à l'amour!!

Non mais vraiment... Il y avait de quoi désespérer. A Faucheur, lui en voulant particulièrement de cette dérive.

- L'ignorance. N'oubliez pas ce mot et, surtout, n'essayer pas de nier son importance car il est au coeur du problème. Vous pouvez bien vous targuer de faire face au danger, d'être des combattants et des victimes d'une cruauté sans nom, vous ne valez pas mieux que toutes ces personnes que vous accusez: vous vous complaisez dans l'ignorance et la peur de l'autre. Pire! L'ignorance et le peur de vous même!

A ces mots, il tapa du poing sur la table et sa voix monta d'un ton:

- Ridicules, vous êtes ridicules! Au nom de quoi voudriez-vous monter au créneau? Vous n'avez rien à défendre si ce n'est votre honte d'être ce vous êtes!

Choc, il savait l'être. Mais ce n'était pas pour cela qu'il était venu. Plus doux et se révélant maître du lignage:

- Et quand bien même auriez-vous des savoirs ou une communauté à défendre auprès de l'ennemi dont vous parlez, je n'ai que faire de ce que pensent les piliers de bar ou les lavandières à l'heure du thé. Ce qui m'importe, aujourd'hui, c'est de vous découvrir si ignorants de votre propre magie, de voir à quel point on vous a privé de ses trésors. Je regrette, si vous saviez à quel point, si vous saviez... Je regrette de vous avoir laissé loin de nos savoirs... De ces pratiques que nous avons pu apprendre, à l'abri de la crainte, à la lumière d'une place de village où il est permis de rire des bêtises de son animal de lien, de comparer ses expériences à voix haute, sans crainte du regard défiant de son voisin.

Se levant soudainement.

- Je regrette. Mais de votre colère, je n'ai que faire. J'ai perdu mon fils, il est mort par crainte et ignorance, ce que je ne saurais pardonner. Mais il est hors de question que je me laisse dévorer par le feu de la vengeance.

A ces mots, c'est Méric qu'il cibla de son regard.

- La violence ni une explosion de colère ne sauraient me libérer de cette souffrance qui me fouaille les entrailles. Tout comme vivre parmi les miens, en Béarns, ne saurait me protéger. Parce que s'il y a bien une chose que ma magie, notre magie, m'a apprise, c'est qu'il n'existe rien de plus important que le dialogue.

A tous:

- Le dialogue avec notre animal de lien, avec ce monde si surprenant qu'ils révèlent à nos yeux ébahis. Mais aussi le dialogue avec votre voisin, incapable de concevoir qu'on puisse parler aux animaux sans en devenir un nous même. Avec le Roi! Ignorant de notre condition et de nos souffrances. Avec tous ceux qui se présenteront sur notre chemin. Parce que oui, il est temps qu'on nous entende. Mais surement pas qu'on entende le mauvais message: nous ne sommes pas des brutes, nous sommes une communauté fière de ses savoirs et de sa magie. Et il serait temps que vous viviez comme tel!

Avec un hochement de tête en direction de Cendre, comme pour lui signifier qu'il laissait la suite des opérations entre ses mains, et à Soudaine, pour lui signifier qu'il ne comptait pas l'ignorer à l'avenir:

- Vous savez où me trouver si l'envie vous prend d'arrêter de babiller.

Et sur ces mots, il quitta la réunion, masse imposante occultant toute la porte avant d'en rabattre le battant derrière lui.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Mar 25 Sep - 9:37

Ahhhh le blabla de Faucheur commençait à devenir assommant…
Meric bailla avec bruit, n’ayant aucun scrupule à montrer son ennui. Cependant, il continua à écouter le discours, espérant y voir une petite once de future guerre intestine. Les vifiers devaient vivre dans l’ombre depuis quelques temps, mais il lui apparaissait d’après les dires de Faucheur, qu’ici en Cerf, les lois anti-vifières n’existaient pas. Du moins, pas encore…

Ce groupe de magie animale, était sur le point de devenir un feu brûlant, une vague incandescente qui un jour, placerait le Royaume dans une fournaise jamais vu jusqu’alors.
Lui, Meric Duroy, tiendrait avec plaisir le rôle de l’étincelle, tandis que la fille du Duc serait l’allumette qui embraserait cette guerre.

La métaphore lui plut, et il s’enfonça un peu plus sur sa chaise, l’air satisfait avant de faire un tour de salle du regard. Certains présents buvaient les paroles de Faucheur comme du bon vin, d’autres semblaient sceptiques. Sire Brasier ne montrait rien, comme à son habitude. Mais connaissant le vieil homme, il ne devait pas apprécier le discours mis en place par le Roi de la manipulation.

Puis, une femme prit la parole. Il ne voyait pas son visage mais la ferveur et l’ardeur qu’elle mettait dans ses paroles lui fit lever un sourcil. Une mèche de cheveux argentés s’échappa de son capuchon pour venir frôler la table sur laquelle elle s’était appuyée. Etrange, songea-t-il. Voilà bien une crinière hors du commun. Il écouta donc ce qu’elle avait à dire, car après tout, c’était bien le but de cette réunion stupide.

A travers ses belles paroles, il y avait de la peur. Peur de perdre ce qu’elle possédait à l’heure actuelle.
Pauvre petite fleur fragile, murmura sa voix intérieure avec semblant de compassion, avant d’éclater d’un rire rauque.

Pourtant, d’autres voix s’élevèrent, approuvant ces dires. Le sourire de Meric s’élargit. Par EL, que les vifiers étaient naïfs…et avides de reconnaissance sociale. Comme dans les hautes sphères, il fallait emporter l’approbation de la foule avant d’agir, devenir leader, avoir confiance.

La petite Cendre se rangea également au beau discours de la « blanche » ce qui finit d’achever Meric.
Ah les femmes….elles ne devraient décidément pas avoir le don de la parole. Elles se reconnaissaient vifières mais pas bêtes. Allons bon ! Etaient-elles toujours femmes lorsque leur corps se laisse aller à travers leur animal à une longue course à travers les bois un matin d’hiver ?
Se proclamer vifier implique d’accepter cette part animale au plus profond de son être, au détriment de sa part humaine bien évidemment. Même sans être lié, Meric avait conservé cela de Maara.
La sensation du sang chaud de sa proie glissant dans sa gorge, tandis que le pouls décélère jusqu’à disparaître. Le vent caressant sa robe fraîchement nettoyée par la poudreuse récente. La course du lièvre tentant de fuir, quand on sait déjà qu’il finira dans notre gueule. Voilà, ce qui faisait de lui un vifier. Ce rappel de sensation lui serra le cœur et il tenta de se reconnecter à ce qui se passait dans la pièce.

Un autre vifier avait prit la parole afin de s’opposer aux femmes et comme Meric s’y attendait, Sire Brasier finit par exploser. Si le début de ses mots œuvrait pour la masse, il fit un écart spécialement dirigé contre Meric. Comment osait-il parler de la mort d’Ondin devant tous ??? Comment osait-il parler de sa souffrance devant lui….

Le sang de Meric ne fit qu’un tour et la rage lui écrasa les entrailles. Son regard devint plus dur sous sa capuche et lorsque le comte sorti de la pièce seul, il ne put s’empêcher de le suivre.
Il n’avait pas besoin de l’interpeler. Brasier était un vifier averti, qui était à l’écoute de sa part animale quand il le fallait. Etant dans ces lieux parmi les loups, il était surement aux aguets.
Aussi, lorsque tout deux pénétrèrent dans l’autre salle, Meric ne pu s’empêcher :

- Vous ne savez rien sur la mort de votre fils, cracha-t-il avec violence, puis d’un ton qui paraissait très calme, presque douloureux il ajouta : Vous n’y étiez pas…

Il serra les dents et s’avança, passant à côté de cet homme qu’il respectait et qu’il pouvait craindre, sans lui adresser un regard supplémentaire. Cet homme qui autrefois aurait pu être un bouclier pour la survie de son fils, mais qui n’avait fait que se terrer pour les droits du lignage. Il le haïssait...

Que Faucheur termine son recrutement pour mettre en place cette vague de terrorisme. Avec ou sans son aide, il se vengerait, mais à l’heure actuelle, sa seule volonté était de quitter cette maudite taverne.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Jeu 18 Oct - 0:50



Des réactions, c'était ce qu'il attendait. Bonnes ou mauvaises, on ne pouvait lire dans un livre que lorsque celui-ci était ouvert, et les paroles et les silences étaient autant de lettres tracées à l'encre noire sur le canevas de Faucheur. Sa petite introduction fut reçue assez diversement, mais malgré la pluralité des avis, le tavernier clandestin se garda bien d'affiche autre chose qu'une bienveillance attentive. Et puis, il y avait du bon même dans les plus adverses des remarques.
Meric s'y croyait sûrement un peu trop, se permettant de n'en avoir rien à foutre, ingrat face l'invitation et la main tendue de Faucheur au nouveau venu en Cerf, sans soutien, sans appui, sans rien du tout à part sa petite gueule de fugitif recherché. Le revanchard utilisait Faucheur mais l'intéressé voulait aussi l'utiliser en retour, c'était du donnant-donnant. La générosité, c'était vraiment un truc rare pour les hommes comme eux. Bah, la position d'électron libre incontrôlable avait aussi ses avantages, il trouverait bien quoi faire avec un esprit si combatif de toute façon.
Les contestataires commencèrent les premières, la fierté de la dame aux cheveux d'argent était à double tranchant et s'engager sur ce terrain lui ferait quitter la ligne modéré qu'il tentait d'adapter à son discours mais la dernière phrase de l'amie Méric pouvait facilement être retournée. Les attitudes pacifistes ne tenaient jamais très longtemps lorsque de l'autre côté, on avait des gens qui ne se privaient pas d'user de violence à votre encontre. Il préféra laisser les hommes y répondre d'eux-mêmes, il avait déjà bien parler et le temps était aux histoires personnelles. Grisby n'avait pas vraiment eu à être dirigé dans sa prise de parole, il croyait lui-même à ce qu'il disait, "pauvre petit" compatit Faucheur se parant d'un sourire énigmatique.

Et le brasier s'alluma alors. Faucheur en haussa les sourcils de surprise, ne l'attendant pas aussi tôt et pas de cette manière. On lui avait dit que le noble avait des manières d'ours, mais il y avait un monde là. Sûrement les campagnes de Béarns, ça perdait en prestance ce que cela gagnait en charme bucolique la province.
Faucheur l'écouta attentivement et le laissa parler, laissant planer un silence un peu méprisant pour seule réponse avant de le fusiller littéralement du regard - finir sur le dialogue, c'était une vraie plaie pour son argumentaire de conflit ! Et l'enfoiré coupait court aux arguments en voulant quitter immédiatement la salle, et il ne pouvait pas le forcer à rester sans passer pour un tyran. Le tavernier transforma son grincement de dents en un soupir, puis mit la main dans une poche intérieure de sa veste pour en sortit une clef qu'il tendit nonchalamment à Brasier alors qu'il passait près de lui pour rejoindre l'escalier.

- Vous en aurez besoin pour sortir après les escaliers, laissez-la à mon homme avant de rejoindre la salle principale de la taverne. Dommage que vous ne restiez plus. Il attendit alors que le noble sorte pour tenter de reprendre la parole, rapidement coupé par un Méric fusant hors de son siège. Faucheur n'eut même pas à feindre l'incompréhension, et c'est tout honnêtement qu'il haussa les épaules en signe d'échec face à son assistance.- Et moi qui croyais être un tavernier plutôt agréable.

Blague à part, vous savez effectivement où trouver Sire Brasier, et vous savez donc ce qu'il vous offre, et ce que moi je vous propose. Je ne possède rien de son savoir, et sûrement encore moins de sa sagesse. Le vif, j'en sais pas beaucoup plus que vous tous ici, je suis mon propre maître dans ma pratique de ma magie et j'ai pas l'ambition de changer ces choses là, c'est pas "ça" qui nous cause des problèmes, non ?
Alors, si vous voulez apprendre des trucs comme si vous manquiez d'éducation, allez donc voir le vieux. Ca lui a pas permis de sauver son fils et ça a encore moins permis aux vifiers de se faire bien voir en Béarns, vu comment ça dérape là bas. Je ne sais pas s'il a déjà mis en place son "dialogue", mais je pense que s'il était véritablement sincère dans sa démarche, il pourrait au moins avoir la politesse de dialoguer avec nous, pauvres ignorants, vous trouvez pas ?
C'était la moindre des choses de profiter de l'affront qu'il lui avait fait en partant, se permettant un ton plus agressif. Les absents ont toujours tort parait-il. Faucheur laissa son effet retomber avant d'enchainer de nouveau. Le but était aujourd'hui de rassembler, et de rassembler autour de lui surtout.
- Aux voix qui s'élèvent et à ceux qui hésitent encore, je ne propose pas vraiment quelque chose de différent, mais je suis réaliste.
Je souhaite dialoguer avec la couronne, mais je veux avoir le choix des termes.
Je veux avoir les moyens d'assurer que nos négociations ne se retournent pas contre nous, que nous ne parlons pas les mains vides alors que les vrais monstres nous tiennent et nous maintiennent telles des bêtes, eux avec la force des armes et du pouvoir.
Je propose la résistance devant l'oppression, rien de plus, rien de moins. Et j'ai les compétences pour la mener à bien, avec votre aide, et avec votre soutien.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Lun 12 Nov - 18:51

Elle ne s'était pas attendue à ce que quelqu'un appuie sa parole, pourtant ce fut le cas. Une voix, celle d'une femme plutôt jeune, s'éleva pour la soutenir. Soudaine jeta un coup d’œil reconnaissant dans sa direction. Puis ce fut à nouveau le tour des plaintes et des revendications, des menaces et des rêves de violence. La maître d'écurie se renfrogna. Tout cela prenait une tournure fort fâcheuse. Elle se douta soudain que Faucheur avait une telle influence qu'il aurait été vain de vouloir le faire changer d'avis. Il n'était d'ailleurs pas là pour parlementer mais pour estimer le nombre de ses troupes. Après avoir vu certains dresser des arguments face à lui, il ne dirait probablement rien de plus intéressant, et ne révélerait aucune information sur ses intentions. Elle jura tout bas. Si elle avait été plus subtile, elle aurait peut-être réussit à en découvrir plus.

Puis ce fut l'homme âgé, un sire qu'elle avait déjà vu plusieurs fois à Castelcerf, qui prit l parole. Elle l'écouta avec attention, ayant la sensation d'un calme soudain au milieu de la pagaille, alors même qu'il criait presque ses mots. Ses mots, étaient d'une justesse absolue. Ils lui apportèrent la paix, mais aussi la honte, de n'avoir apprit à se servir de l'art que de manière erratique – son grand-père avait pourtant fait bien des efforts pour lui apprendre une certaine subtilité. Soudaine sentit son respect pour l'homme s'installer en elle. Ils n'étaient pas si seuls que ça, pas tant abandonnés à la violence de leurs propres comparses. Ils y en auraient pour déjouer les plans de violence du tavernier. Soulagée, elle chercha le moment idéal pour s’éclipser. À son grand damne, Faucheur se lançait dans un nouveau discours entrainant. Sans lui adresser un mot, elle se leva, passa derrière lui et sortit à la suite du noble. Elle voulut le rattraper, puisque contrairement à ce qu'il avait sous-entendu, elle n'avait aucune d'idée d'où le trouver. Mais il fut plus rapide qu'elle.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Sam 8 Déc - 19:08

Cendre pâlit lorsque Brasier prit la parole. Si elle était d'accord sur le fond de son message (il fallait privilégier le dialogue), elle était certaine que la manière de le délivrer avait détourné du vieil homme la majorité de l'assistance. Car, avant de reprendre plus posément, le Comte de Vifargent ne les avait-il pas traités d'ânes, d'ignorant et de ridicules ?

Bien sûr, ignorants, ils l'étaient, bien sûr c'était déplorable... mais enfin on ne pouvait leur en tenir rigueur, on pouvait les en plaindre seulement, car de qui auraient-ils appris ? Il n'y avait pas d'équivalent au Lignage ici en Cerf, et il ne concernait qu'une minorité en Béarns. Elle-même, de Bac à Castellonde, avait manié sa magie avec rien d'autre que son instinct, car on ne lui avait rien donné de plus ! Et on ne lui aurait rien donné si, poussée par le danger, elle n'était venue elle-même le chercher.

Faucheur perçut bien ces failles dans le discours de Brasier et sut les exploiter une fois que le vieil homme les eut abonnés. Abandonnés : Cendre, qui aurait dû s'en douter (sa seule présence à cette réunion relevait sans doute de l'exploit), vécut son départ comme tel. La femme aux cheveux d'argent se leva à son tour. Voilà que tous les modérés quittaient la salle ! Meric également, sans nul doute pour d'autres raisons... Comment pouvaient-ils laisser le sort, l'image des vifiers entre les mains de Faucheur et de sa future clique ?

Cendre était écœurée et c'est le visage assombri qu'elle écouta, avec une admiration cynique, la nouvelle harangue de Faucheur. La tavernier avait champ libre à présent pour se moquer du maître du Lignage, et son cœur se serra quand elle réalisa que, dans une certaine mesure, il avait raison.
Ca lui a pas permis de sauver son fils et ça a encore moins permis aux vifiers de se faire bien voir en Béarns...

Et lorsque Faucheur appela à la résistance devant l'oppression et que l'ensemble des vifiers encore présents reprirent en choeur : Résistance !, elle dut se rappeler que ses paroles étaient creuses, que son projet restait flou et teinté de violence, pour garder bouche close.
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MessageSujet: Re: Graine de colère [05/09]   Sam 8 Fév - 23:40


Les "résistances" étaient repris en choeur, mots martelés en même temps que les poings sur les tables. Faucheur sourit légèrement, admiratif devant la crédulité de l'être humain. Ces idiots y croyaient vraiment. Il leur avait donné des mots pour repas, et ils lui mangeaient tous docilement dans la main.
Charmeur, verbeux, manipulateur, il l'était depuis longtemps. Mais cela ne cesserait jamais de l'étonner. Que ses simples petits tours marchent tellement bien.

Le pouvoir le grisa un instant - oh qu'il l'aimait cette sensation, asseoir son contrôle sur les gens - et il dut être tiré de ses pensées pour constater que l'on attendait de lui qu'il parle de nouveau. Qu'il les abreuve encore de ce doux nectar auquels ils venaient goûter. Mignons abrutis, Faucheur les adorait déjà, sa petite bande de vifiers renégats.

- Résistance. Le mot n'est pas neutre et ne nous y trompons pas. Résister, c'est ne pas plier. Résister, c'est répondre à un agresseur. Résister, c'est une légitime défense et nous devons garder cette conviction là, bien ancrée dans nos coeurs, réchauffant notre courage, car nous sommes les faibles mais justes souris s'attaquant aux puissants cerfs tortionnaires. Notre lutte sera ardue.

Faucheur passa sa langue sur ses lèvres, comme s'il buvait lui aussi son propre vin, emporté par le moment, jubilant intérieurement de ses nouvelles conquêtes. Il reprit, encore plus serpent tentateur que précédemment.

- Mais toutes les luttes le sont. Il n'y a pas de combat sans adversité, et mes amis, quel adversaire nous avons là : le pouvoir lui-même ! Non, pire. L'aveuglement du pouvoir ! Brasier a raison en parlant d'éducation, mais ce n'est pas pour nous, pas à nous d'être éduqués. C'est à la couronne que nous devons donner une leçon.
Rien que le dire tout haut, apprendre à notre putain de roi à respecter le Vif, ça vous fait grimper les sangs n'est-ce pas ? Une sorte de furie morbide, héroïque, combattre pour une cause plus grande que soit. Oui, oui, il nous faut cette énergie, mais il nous faut agir froidement. Calmement. Posément.
La résistance implique une position de faiblesse, et ainsi, il nous faut redoubler de prudence dans notre organisation et dans nos actions. Pas de questions, pas de discussions, pas de renonciation.
Le secret est notre meilleur allié.


Ne jamais employer "je" pour donner des ordres à quelqu'un que vous ne possédez pas. Ils n'étaient pas encore à lui, ils allaient le devenir, une fois qu'ils se seraient mouillés ou simplement en y réfléchissant un peu plus. Cela dépendait des gens, savoir quand ils décident - étrangement d'ailleurs - de suivre les décisions de quelqu'un d'autre plutôt que les leurs. Mais pas maintenant.
Faucheur ne pouvait se déclarer chef. La résistance, si ce n'est dans son organisation tout du moins dans son principe, est foncièrement démocratique.
Il lui suffisait d'agir comme tel.
Et au bout d'un moment, sans même qu'ils s'en apperçoivent, naturellement, il le deviendrait.

Pour l'heure, il se contenta simplement de leur donner à chacun un papier, avec un lieu et une heure pour le prochain rendez-vous. Avec une toute petite instruction. L'instruction la plus simple et la plus logique au monde : n'en parler à personne. Personne.
Ayant donné des adresses et des dates différentes, formant et déformant des groupes, Faucheur saurait bien vite qui serait ou non digne de confiance.

Ils sortaient maintenant un à un dans les rues, à intervalles irréguliers et dans des directions aléatoires. Comme des petits maillons mis bouts à bouts, telle une chaîne dont l'aubergiste était le cadenas. Ou la clé.
Faucheur grimaça. Il détestait les cadenas et les chaînes, c'était le genre de chose qu'il préférait briser.
Non, comme des cellules, formant un même organisme, agissant de concert sous la direction d'un cerveau. Les yeux du gredin brillèrent de plaisir à cette dernière pensée et au paradoxe final de la situation : le premier pas vers l'anarchie impliquait un pur totalitarisme.
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Graine de colère [05/09]

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